23.4.12
22.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, je renonce à.
En un mot, comme en cent, j'ai voté.
21.4.12
366 réels à prise rapide, aujourd'hui, plaque de rue
Ou qu'ils râlent, comme celui-ci, tête baissé et patte en avant, qui ressemble à un gamin boudeur sorti par l'arbitre.
J'ai vu aussi la tapisserie de l'Apocalypse et c'était savoureux d'entendre, en ces temps de promesses électorales et d'anathèmes, le long récit des menaces terribles qui allaient s'abattre sur nous.
Après, j'ai longé la rue aux Filles.
C'était une belle promenade.
Demain, je vote.
18.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ça n'aurait pas dû se passer ainsi.
Tu votes, tu votes pas, tu vote dur, mou, à gauche à droite, bleu, blanc ou rouge mais jamais, jamais, tu ne fais comme si la fatalité en avait décidé pour toi, quand sont programmées depuis si longue date cette élection et tes vacances.
17.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, la chaleur de
On verra demain ce qui reste des projets de poires.
C'est la vie, say the old folks
16.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, faux et usage de faux
Trop tard. Vous êtes mes complices.
14.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, sacs.
Parce que j'ai beau trouver des pois au wasabi dans mon supermarché, il y a encore des produits que je me fais livrer de Lutèce
Donc, entre mélasse de grenade et fèves tonka, du jus de yuzu.
Dans le mien, des coquilles saint-jacques.
Ça tombait drôlement bien.
On se serait cru un 12 avril.
13.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, une pièce particulière
Ce luxe inappréciable, cette "chambre à soi" est au bout du jardin et dire que j'y vois ma maison autrement est tout aussi réel qu'allégorique. Ses murs sont chaulés de vert très pâle et le soleil y dessine des emporte-pièces de lumière que je suis bien obligée de partager avec le chat.
Bienvenue chez moi.
12.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ils vont bien ensemble
La terrasse du bistrot avec la fin du marché.
les épiphytes avec le mur de pierre
Le citron vert et la menthe dans le mojito.
La pomme et le lard dans la crêpe.
Le fou-rire avec la soirée.
Le thème du jour avec l'humeur du moment.
11.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, moment professionnel
Je rêve de législateurs qui empêcheraient définitivement notre Etat de mettre des enfants en prison pour un délit sans victime qui n'est pas le leur.
Qui empêcheraient des marchands de vendre n'importe quoi, non seulement à, mais aussi au moyen d'enfants.
Qui, avant tout discours pompeux sur l'Education, commenceraient par rénover, dans toutes les écoles de France, l'endroit où ceux ci mangent et où ils pissent.
Qui comprendraient qu'élever l'enfant d'un autre est la tâche la plus subtile qui soit et qu'on ne peut continuer à mépriser, sous payer et abandonner ceux qui le font, des assistantes maternelles aux AVS.
Bref, je crois que j'ai rêvé qu'on réinventait la politique de l'Enfance.
10.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ce qui brille.
Pas les trucs en toc qui pullulent en période électorale et se ternissent immédiatement. Les promesses, les vraies, celles qui se déploient avec force, presque sans effort, celles qui attendent les spectateurs patients et admiratifs, les promesses allègres et têtues.
Le sourire de l'enfant qui jusque là, ne se voyait pas jolie. La feuille vernissée, compacte, qui se hisse au dehors de sa cachette. L'averse et la flaque. L'idée précieuse que l'on planque encore, mais qui fait fanal.
Et ce blanc d'argent qui brille enfin et signe tout autant le temps passé ensemble que celui, inconnu, qui reste à parcourir.
NB: la photo est celle qui servira au chic des clics d'avril et est affectueusement dédié à Luce Luciole et FG.
8.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, itinéraire.
Il faudra laisser la voiture. On marchera un peu, sur le sentier d'abord et puis directement dans le lit de la rivière marine déjà bien déchalée. Les bottes feront un bruit comique dans cette vase douce et rincée.
Plus loin là-bas, ce sera déjà presque la mer et avec de la chance, nous trouverons en grattant les palourdes grises qui ne ressemblent à rien d'autre qu'à des cailloux obtus.
Les doigts gelés, nous referons le chemin inverse. Ils s'arrêteront à la maison et nous boirons le muscadet. Sans doute serais-je la seule à attaquer les coquillages au couteau, sans même les cuire.
Mais peut-être pas.
Peut-être qu'il fera vraiment trop mauvais et nous aurons envie de rester au chaud. Ils viendront quand même et nous boirons et mangerons aussi. Mais pas les mêmes choses. Du café, par exemple et des petits gâteaux de Pâques.
7.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, laissez passer les petits papiers.
*En dehors, bien sûr, de ce que nous offrons au regard, généralement peu scrutateur, des autres.
6.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, le temps qu'il fait
Un petit vent cherche à percer les barrières que je lui oppose.
Le foulard sert encore de presse-étoupe, les châles sont encore à portée de main près du canapé.
Mais la lumière des printemps de ce pays est une aubaine, à profusion.
5.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un mot que j'ai écrit.
Et j'ai rajouté +++.
Sur un de ces post-it qui pointent hors de mes dossiers à l'ancienne, que je range dans mes antédiluviennes armoires.
Et puis je pense que j'ai dû soupirer, ou hausser les épaules, ou grogner.
Je n'aime pas quand une lettre de confrère vient confirmer un souci.
Et puis je réfléchis qu'à suivre, c'est très bien. A suivre oui, à voir comment ça se présente, et puis ce qu'on peut faire là, et puis encore un peu plus loin.
Suivre le mouvement, à côté, pas loin.
A suivre, parce que c'est tellement mieux que le mot fin.
4.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ceux que je porte
Oui, je porte tous ceux là et plusieurs dizaines de milliers d'autres avec moi.
Vous m'aimez encore?
Mais ne faites pas les fiers. Vous en portez autant que moi.
3.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ce que l'on porte.
La clé de Saint Georges.
Et pour ce qui me concerne, " Un Jardin sur le Nil" d'Hermès.
2.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, signatures.
Par contre, cet autre là me reverra et je tâcherai, au cours d'épisodes, à nouveau émaillés de signatures et de chiffres, de vérifier que ça ne va pas si mal.
1.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un gros mensonge.
31.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, le monde est petit.
Mots de ceux qui n'aiment pas réellement le hasard.
Hier, j'ai vue une petite fille qui ne mange pas. Cette nuit, dans mes rêves, une grande fille qui longtemps n'a pas mangé me dit que " la seule formation couture est est à Laval"
Ce matin, un gens que j'aime bien, qui résiste, comme d'autres avant lui, m'envoie des nouvelles lointaines et un petit bout de son intime archéologie.
J'ai passé ma journée au ras du sol et puis, après la douche, j'ai bu un verre d'un vin d'ailleurs.
Dans ma tête se croiseraient les mots, l'hier, mes rêves, le lointain avec la vie à vivre, les choses à avaler, le pugnace et l'aérien, mes mains rêches de terre et mon cœur attendri, les autres et moi...
Et je trouverais le monde petit?
Allons donc.
30.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, je pourrais écrire sur ma tête.
Cinq écoles, la mer à main gauche en montant, à main droite en descendant, soleil et chemin.
Peut-être, ce que j'aurais appris de cette journée, c'est combien nos vies ne sont lisses qu'en apparence, combien le hasard des rencontres peut mettre au jour un feuilletage insoupçonné, l'intrication, à notre présent, des multiples vies que nous n'avons pas vécues, qui sont restées amorcées, nées d'un moment, d'une humeur, d'une rêverie devant un paysage, d'un désir, instantanément figé, mais non point oublié.
29.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ça change tout le temps.
Ce pique nique improvisé sur cette plage que j'aime tant, était-il le dernier jour d'insouciance?*
Et qu'est ce qui change, sinon l'idée?
* Non.
Infiniment merci à ceux qui ont croisé les doigts, sans même demander pourquoi.
28.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, action éclair
Que ces éclairs là portent loin et bien plus longtemps que leur trace visible.
Des fois, les gens bien, c'est vraiment bien.
27.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, une personne nerveuse
"Il ou elle a ses nerfs" me semble très souvent très réducteur. Cette femme qui s'accuse de cela, d' être nerveuse, me semble triste, désemparée. Et trop fréquemment humiliée.
Cette autre-là y masque l'hystérie, l'excitation rampante, la fascination du conflit, fût-il minime.
Et ce petit garçon qui s'effondre en pleurs parce que je lui demande de dessiner un bonhomme est surtout terrifié d'échouer.
Je préfère le sentiment aux nerfs.
26.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, j'éviterai de dire que
Mais pourtant, on a assez facilement besoin d'une telle conjonction de coordination.
D'ailleurs, en cherchant une définition un peu plus soutenue, j'apprends avec un certain étonnement sa valeur poétique. Ainsi :
"Sa fonction est de suspendre la valeur de vérité de la proposition introduite, cette valeur pouvant être rétablie "
Et faut -il renoncer à une telle préposition quand on apprend ceci :
" Dans Qu'il est beau!, la suspension de la valeur de vérité conduit à un parcours de possibles et à la restitution de la valeur « vrai », y compris dans les cas d'intensité maximale."
"Que " c'est beau!
25.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un air en tête.
Aujourd'hui, ayant vanté à un ami virtuel, plutôt enchevêtré dans des mouvements contradictoires avec un être aimé, la paix du jardin, c'est naturellement "Monsieur" de Fersen qui m'a entêté.
"Dans la paix de son jardin, il cultive ses roses
Monsieur est un assassin quand il est morose"
Et ma foi..
24.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, super héros
23.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, toucher
Le ventre très doux des hérissons.
Des enfants. Toujours, je mets ma main à plat sur la poitrine, avant d'écouter leur cœur, avant de poser un stétho qu'ils trouvent toujours trop froid. C'est le signal du départ, quelque chose qui fait entrer l'examen dans un autre toucher. Je mets une main sous les reins, une sur le nombril. J'appuie un peu. Ils prétendent que ça chatouille. Quand je mets ma main sur leur dos, c'est que c'est fini.
Des fois j'ai un bisou. Toujours, je suis touchée.
22.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, le bien, le mal
J'ai vécu, en direct, la mort d'un autre terroriste, il y a 17 ans. Il avait été scolarisé dans l'établissement scolaire où je travaillais alors. Sa mort sous l'oeil des cameras menaçait de faire trainée de poudre dans ce secteur ultra sensible et le principal du collège, homme de valeur et de peu de mots avait dit devant tous les gosses survoltés " je ne peux pleurer le terroriste. mais je pleure, comme vous, l'enfant qu'il a été".
Je reste persuadée que ces simples mots ont empêché le quartier d'exploser.
Je ne sais pas comment nous pouvons empêcher les enfants qui nous sont confiés de devenir des hommes arrimés à une dévastatrice folie.
Apparemment, le Conseil Constitutionnel a décidé que cela ne passerait par le fichage généralisé des honnêtes gens.
C'est bien.
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ce qu'il en restera dans un an.
Rosier pompon, roses thé, églantiers. Certaines ont pris, d'autres pas. L'AP, revenue sur ses terres m'interroge. Celui-là, avec ses minuscules feuilles vertes, qu'est-ce?
Docte, je tranche.
Un églantier.
Je fais exactement pareil avec les boutons des petits nenfants.
Un coxsakie.
De toute façon, dans un an, personne ne se souviendra de mes prédictions.
20.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, au pied du lit
un valet de pied
fait le pied de grue
Au gré de mon pied.
Au pied de mon luth
le pied de mat
d'un valet de gré
je fais les voiles.
Mon lit sans pied
a-t-il encore un pied de lit?
Ou bien suis-je juste prompte
à naviguer dans le lit du vent?
A perdre pied
au fond de mon lit
l'œil fixé
sur la ligne de pied.
19.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, en toc
18.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un moment où j'ai regardé l'heure.
A 11 heures 37, le ciel de nuages s'est fendu. Sous la lumière en rideau, le gros rocher un peu plus jaune s'est mis à ressembler à un crapaud levant sa face béate au soleil et la frange des vagues est devenue de ce vert de glace liquide, insaisissable et si tentant.
A 11heures 51, le grain crépitant de grêle est arrivé. Mon amie Marianna m' a offert un café. Le printemps arrive.
17.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, fallait pas que
Ben si. Rinafoute. J'ai fait ou pas fait comme je voulais aujourd'hui. Mangé des crêpes, réparé une fermeture en un éclair, commis une- petite- horreur écologique, donné mon avis, bâillé, toléré le chat qui pue grave, médit d'un prix Nobel (ah ouais! tant qu'à faire à dauber, autant bien choisir sa cible) et pensé du bien d'un confrère, écouté la pluie, fondé une secte avec l'ami Franck et torché à la va comme je t'épouse un post sur fallait pas que. Mais en 100 mots juste. Même en mode flemme, il faut savoir garder de la coquetterie.
16.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, une belle image.
Elle ira dans ma bibliothèque, parce que j'ai envie de travailler sous son regard. Oui, sous ce regard clos pour mieux voir.
Ce dessin me rappelle que je cherche moins à savoir quelque chose des enfants que d'en protéger, en aidant les adultes qui les entourent, la part nécessairement secrète.
15.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, petite satisfaction personnelle.
En guise de remerciement, je l'ai poussée dans le trou.
Un jour, nous serons peut-être 366 à faire ces petits réels en chaînette.
14.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, moment de solitude.
Il en va tout autrement avec la raideur gourmée du rosier. Oh, il se laisse tailler, mais dans un silence offusqué, il prépare sa vengeance. Et c'est souvent la plus infime des rognures qui, perçant le gant et la peau d'une épine déloyale, m'arrache un cri.
Alors, suçant mon pouce, dans la solitude de mon jardin, je sens que monte en moi l'envie incongrue d'ouvrir grand la bouche et de brâmer : " Mônmaaaaan, y m' a fait mal!!!!!!"
13.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, il a dit.
La réunion n'est qu'une énumération de signaux de détresse, et nous sommes tout aussi désolés que sa maman. Bien sur il faudra faire un bilan complet pour savoir pourquoi c'est comme ça, mais en attendant, que pouvons-nous faire pour cet enfant qui met la tête dans ses bras à peine arrivé en classe et n'en bouge plus?
Comment pouvons nous le rejoindre? Comment pouvons nous, au moins pour les mois qui restent, soulager sa peine absolue d'être à l'école?
Puisqu'il ne ne nous écoute même plus, peut-on profiter des heures de soutien pour repartir de ce qu'il aime, qu'il n'aime même plus, parce qu'il est en arrêt complet?
Mais qu'aime-t-il? Il aime bricoler, il aime les bateaux et surtout... ah surtout il aime les paquebots.
Il a dit " moi, quand je serais grand, je construirai un Titanic qui ne coulera pas!"
Nous sommes quatre, émus, autour de cette table, méditant la phrase du petit garçon qui, malgré tout, malgré la tête dans les bras et les coups de pieds dans les chaise, voudrait bien ne pas couler.
(Oui, dans ce réel là, il y a 200 mots, malgré la consigne. 100 pour moi et 100 pour lui, qui ne sait ni lire ni écrire)
12.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, facile facile

Ben non. Rien. Y en aura pas de facile. Pas les deux doigts dans le nez, pas comme papa dans maman, pas à l'aise Blaise, tranquille Mimile, cool Raoul.
Et je ne parle pas de relax Max.
D'abord, j'aime pas trop beaucoup ça. Sauf par surprise, quand la légèreté est donnée de surcroit à l'effort, quand c'est inattendu. Comme cette fin de consultation, quand nous avons parlé, cette mère et moi, de la différence entre se faire soigner et prendre soin de soi. Et que c'était plein de chaleur et de drôlerie aussi.
Pas facile facile, non. Mais bien mieux.
11.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, blanc

Blanc d'argent, Blanc d'Espagne, de Meudon, de Zinc.
Céruse, écru, crème, ivoire, cassé, de lait, albâtre.
Neige, titane.
Franchement, si j'étais peintre, j'aurais pu vous faire quelque chose de bien avec ça.
Blanchir sous le harnais, blanchir de l'argent sale, razzia sur la blanche, des hommes en blanc, un meurtre d'oie blanche, j'aurais pu, si j'étais écrivain, vous chauffer à blanc tout en restant blanche comme neige.
Mais voilà, vous m'aviez laissé carte blanche et j'ai fait chou blanc.
Avec des pommes et des petits lardons, c'est très bon.
10.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, sentiment de déjà vécu
Mais j'ai, à portée de main, l'instrument idéal pour me rassurer. Bien que ses oreilles orientables signent son sentiment de déjà vécu, le chat, saisi, stupéfait et soudain bondissant, n'a jamais rien compris à l'essence de l'aspirateur.
Sans être méchante avec les bêtes, j'éprouve, devant la terreur non feinte de cet animal qui semble toujours en savoir plus que moi, un certain réconfort.
9.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, debout dans.
Parce que je sais que j'y suis à mon avantage, légère, tiède et rieuse. Mais c'est un matin de semaine et oui, bon, d'accord, je suis debout dans cinq minutes.
8.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, féminité.
Et puis, songeant aux nuits sans sommeil, à la jalousie, au dépit, à la morsure de l'attente, à la fantastique énergie dépensée auxquels m'ont conduit mon rapport à la masculinité, je suis subrepticement soulagée de n'avoir jamais vraiment désiré les femmes que, pour autant, j'ai profondément aimées.
7.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, leçon à apprendre par cœur

Par l'effet du hasard, ce jour est celui où je vais à mon moment de théâtre. J'y vais habituellement avec plaisir, mais ce soir avec un peu d'inquiétude. Car ce texte me résiste. J'en oublie des mots, des articulations.
Mais c'est parce que nous ne l'avons pas encore assez joué. Je ne me suis encore assez déplacée de long en large, je n'ai pas encore bousculé mes partenaires, je n'ai pas encore assez levé les bras au ciel. Je n'ai pas pris les mots à bras le cœur, je ne sais pas encore mon texte par corps.
6.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, il faudrait réparer.

Aujourd'hui, il faudrait réparer, chez cette amie, ce qui ne peut l'être. Il faudrait alors faire pousser à côté, en dessous, croiser les branches et les racines, pour que la brèche prenne moins de place.
Aujourd'hui, à mon travail, j'ai réparé un oubli, en grondant sourdement, parce que c'est l'injustice qu'il aurait fallu réparer.
Ce soir, je crois que c'est un soir où je ne crois pas beaucoup à la réparation.
5.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, pensée parasite
4.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, Oreilles

Oreilles, oreilles, est-ce qu'il m'en reste, d'abord, des oreilles?
Il faut, si vous le permettez, que je vérifie. Normalement, si les boucles sont encore là, les lobes aussi, et sans doute aussi les conques.
C'est qu'il faisait grand vent, aujourd'hui, Mesdames et Messieurs, un bon vrai grand vent foutraque de Mars, avec des nuages blancs qui jouent à chat et un soleil encore un peu en hibernation, mais pas chien. Un vent qui te souffle au nez, se fourre sous ton pull et rit.
Un temps qui dilate l'âme, mais Gast! qui, si on les arrime pas, fait tomber les oreilles.
3.3.12
366 réels à prise rapide. Fragment d'aujourd'hui raconté en statistique.
J'ai passé 4mn 37 seconde à écrire ce post. On pourrait penser que j'utilise habituellement 0,3 % de mon temps à des conneries. Toutefois l'étude est biaisée par le non comptage du temps passé à se rappeler comment faire un pourcentage foireux et celui passé à tirer les moustaches du chat.
2.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui,difficile
1.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un compliment
Sa mère le regarde avec sérénité mais surveille mes propres réactions avec une certaine anxiété. Elle est un peu malmenée par une consœur psychiatre qui semble toujours prendre les gens de haut.
Je dis : "il va bien, dites-donc. Qu'est ce qu'il a changé".
Elle rosit. Mais ce n'est pas un compliment.
29.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, jour en trop
Alorse, j'ai écriée des choses pas sérieusantes à quelqu'un que j'aime bien beaucoup et des trucalires à quelque dégun que je connaissiait pas du toutte.
Et pis si y a vraimente trop de trucalires en trop, c'est que j'ai encore paumationné mon sécateur que j'usois usuellement pour les branches et puis les mots et puis moncoeur aussi.
Les sécateurs se planquettent les 29 févriers. Tout lemonde y sait.
28.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, froid
Ça sent la terre dépliée, la jacinthe et d'un seul coup, venue en bouffée du jardin voisin, une irrépressible, magique, charnelle odeur de mimosa.
27.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui est slogan publicitaire pour vous vendre
Mais demain est un slogan publicitaire pour vous empêcher de le lire.
26.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, machine
Machines de guerre, comme les effrayantes machines à tuer de l'industrie du tabac. Complaisances presque machinales.
Trop tard pour faire machine arrière?
Machines folles, poétiques machines de l'Ile, qui toujours m'émeuvent et me surprennent.
Machines administratives qui font des hôpitaux des machins sans âmes.
Théâtrales machineries de ces élections dont on voit les grosses ficelles.
La petite machine solidaire, la machine à café, chez machin...
Relancer la machine?
Allez, ce truc en 366 est une jolie machine à écrire.
25.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, moi je
Au bout de vingt ans de vie commune, nos habitudes se sont émoussées, nos rites ont tendance à s'effriter, notre routine, pourtant précieuse, a tendance à se dissoudre.
Aussi important et désormais, sans doute inévitable, que cela paraisse, je ne suis pas sûre qu'il soit bon de faire reposer notre couple sur le seul fait que nous nous aimons.
24.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, parce que je le vaux bien
23.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, musique.
(dédicace à CC, si par hasard il passe encore ici)
22.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, quelque chose marqué sur un objet
Depuis que j'habite là, l'idée de rentrer me remplit du désir de retrouver la mer et le vent.
Cette fois ci, je note que la ville à coté de laquelle j'habite n'apparait que très tard sur les panneaux, juste en fin de parcours. C'est pourtant une préfecture, mais dissimulée par une voisine plus grande. Cela renforce mon sentiment d'habiter au bout du monde.
21.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, hygiène.
Au fond, dans un sens ou dans un autre, l'hygiène mentale n'a jamais été mon fort. Est fou chez l'autre ce qui menace mon propre semblant de linéarité et je dois admettre qu'il puisse en être de même pour l'autre.
Mais je sais que le voyage, le déplacement, le paradoxal repos de l'œil sur le neuf, fait partie de mon hygiène la plus essentielle. L'inconnu comme un drap frais et blanc, comme une eau pure, le mouvement comme un drain.
Je suis en voyage.
PS : Yves Barré s'y met aussi
et c'est comme toujours réjouissant. Salutaire?
19.2.12
366 réels à prise rapide. Fragment d'aujourd'hui raconté en fait divers.
Dans ce quartier tranquille de B., les habitants évitent les reporters. On est entre soi et il est difficile de se faire une idée des évènements qui se sont déroulés dans ce pub irlandais. Le patron ne se souvient de rien. Le garçon essuie ses pintes sans rien dire. Il finira par avouer qu'elles étaient trois. Deux ont dîné d'un hamburger, la troisième a pris une patate au four. Ce que confirme le laboratoire de l'institut médico-légal. Par contre, aussi étonnant que cela puisse paraître, aucune n'a pris de dessert.
Notre reporter insiste. Pas même de Cheesecake? Non. Le garçon finira par lâcher un indice : elles riaient beaucoup.
18.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, sonnerie
Ne pas même avoir la tentation de remplir un programme de visite, accepter qu'il nous en échappe tant qu'on reviendra peut-être.
17.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, certitude absolue
Et même de cela, je ne suis pas sûre.
16.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, liste à faire demain sans faute
Prendre le temps de savoir comment fonctionnent les bus, le tram.
Chercher un endroit où manger ce soir, demain aussi.
Pour après-demain, faire confiance au pur hasard.
Décider si je prend tous les objectifs, ou un seul.
Essayer de comprendre comment s'offre cette ville.
Déambuler.
Chercher les lumières, les accents, les appropriations spontanées de ce banc là plutôt qu'un autre, de cette place-ci.
Etre en visite.
15.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, serrer
Je ne sais pourquoi ce vers de Tartuffe m'est revenu, à l'énoncé du jour.
Rien de plus éloigné de mon quotidien pourtant. Je ne serre que le café, de préférence avec un chocolat.
14.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, action de votre corps. Que des verbes.
Soupirer.
Jeter.
Reprendre
Rejeter.
Soulever, empiler. Fouiller. Replacer.
Remettre à plus tard.
Aspirer. Nettoyer. Brosser. Epousseter. Désabler, décaillouter, décoquillager, défeuillesmorter. Rincer. Se tremper. Sécher. Vider. Débrancher. Ranger.
Remonter. Tout saloper.
Merde. Ça gsiste vraiment, des gens qui lavent leur voiture plus d'une fois par an?
13.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, végétal

C'est la fin de mon tomatier saugrenu. Il a surgi fin août, au pied de l'olivier en pot, surprise d'un compost pas complètement métabolisé. La sage-femme lui prédit une courte vie, mais tout de guingois qu'il fut, il a bravement poussé ses petites tomates cerise tout l'hiver. Je songe aux multiples façons dont les plantes tiennent à la terre. Racines uniques, radicelles enchevêtrées, profondes, superficielles, celles qui se groupent et celles qui s'isolent, celles qui s'arrêtent à la limite de l'ombre.
Et...
12.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, l'imprévu.
100 mots maximum, le cailloulipo est léger. 366 fois de suite? C'est moins sûr.
14.9.11
Nidification

Un jour, quelqu'un y oubliera un livre. Un autre jour, une autre personne laissera, entre les pages, une fleur ramassée sur le chemin, au cours d'une de ces balades qu'on choisit de faire, malgré le temps gris, et qui vous récompense d'une miraculeuse lumière entre la déchirure des nuages. Un grain de sable viendra se loger dans l'embrasure de la porte et s'y fera oublier. La fêlure d'une tasse fera un coup au cœur, un regret minime et déchirant et puis on s'habituera. On la tournera du bon côté en buvant le café pendant un temps et on la jettera un jour. Ou bien non.
La maison perdra de son apprêt, se griffera au fil du temps, comme tous les visages qu'on aime pour longtemps. Il y aura des objets qu'on aura pas vraiment voulu, des cadeaux qui ne vont pas vraiment mais qu'on garde parce que les gens ont tellement voulu dire merci. Le jardin ne sera jamais exactement comme on voudrait, mais d'une année sur l'autre, il pourrait bien y avoir des belles surprises, des abondances imprévues qui remplissent de gratitude et d'un certain étonnement. On fera même l'emplette d'un sécateur pour faire un bouquet qu'on placera là, sur la table basse et il ne sera jamais pareil que le suivant.
C'est la maison de mon amie, une maison toute neuve malgré son grand âge et qui débute dans ses fonctions. Une maison qui lui ressemble déjà tellement, à la fois précise et improgrammée, une maison qu'elle prête, pour que d'autres qu'elle puissent y dérouler un moment de leur histoire avec ce pays au charme prenant.
Je ne passe jamais à proximité sans lui lancer un regard amical et je sais qu'elle me le rend malgré ses volets fermés. Elle attend, sans urgence, de sentir à nouveau la crêpe et le café.
C'est une maison et, déjà, c'est toute une histoire.
PS: et, pour ceux qui ont eu la gentillesse de me demander, au vu de mon long silence, si tout allait bien, la réponse est : oui, cré bien, ne vous inquiétez pas. Juste que l'écriture, ça a toujours des reflux. Mais je vous aime toujours, hein!
30.6.11
Méditer.

Parfois, ce qui bute, c'est le billet impossible à écrire, impossible à éviter.
Celui-ci, je tourne autour depuis plus d'un mois, très exactement depuis le jour de mon anniversaire.
J'ai reçu un putain de cadeau.
Des proches, qui méditaient depuis longtemps de créer en micro édition, une collection joliment appelée "La pensée vagabonde", m'ont fait la surprise de se lancer avec les pouèmes publiés ici.
Ils l'ont fait avec une telle chaleur, une telle générosité que j'en suis restée coite.
Ils l'ont fait avec une telle discrétion que je ne l'ai su qu'en découvrant le bébé bien emballé. Ils m'ont laissé le choix de le laisser à l'état d'incunable, comme un coup d'essai pour eux et cadeau pour moi seule, ou de le rendre public.
Ben voilà.
J'ai médité. Et puis finalement, j'ai décidé de me considérer comme éditée.
Là.
Pffff.
Cui qui n'en veut aka cliquer.
17.4.11
Avril léger
6.4.11
L'Afrique à Paris

Ceux qui me lisent depuis longtemps savent combien j'aime l'univers d'Alain Korkos. .
Alors, vous pourriez prendre ce qui suit pour une plogue amicale et rituelle. Ce serait dommage. Vous y perdriez beaucoup.
Le livre "les carnets de l'Afrique à Paris", pour lequel il s'est acoquiné avec la délicieuse Catherine M'Boudi, est un bijou.
Un bijou délicat, rieur, voilé d'amertume tendre pour la vie qui va pas toujours comme on veut, un bijou au charme têtu et insidieux.
Ce n'est pas seulement qu'ils la connaissent bien cette Afrique à Paris, ils connaissent aussi ce qu'est l'exil, ce besoin funambule de se rattacher au goût, à l'odeur, à la chanson qui vous a bercé sans y disparaître dans un exotisme qui ne serait plus qu'un embaumement.
Le dessin, ici, dépasse l'illustration : ce sont les portraits sensibles de ceux que vous croisez tout les jours sans forcément les regarder, de cette vieille dame qui attend l'avion après avoir rendu visite à ses enfants à l'employé de la ville dans son costume vert acide. Vendeuses de safu, sapeurs, coiffeuses pleines de sollicitude, coiffeur muet dont la seule douceur est de parfumer les tout-petits à la barbe-à-papa, écrivains, musiciens, colleurs d'affiches...
Dans la précision affectueuse de ces portraits, il y a un avertissement, à nous tous adressé. Ce n'est pas d'entendre ces étranges sabirs dans le métro, qui nous met en danger.
Ce qui nous met en danger de perdre notre âme, c'est d'oublier que ces langues, comme la nôtre, ne disent souvent que des choses très quotidiennes, très banales et très nécessaires, le petit qui marche couci à l'école, le tissu qu'on a trouvé, la peine de cœur, le boulot, la maman qui fatigue un peu, le recette du gombo qu'on ne fait pas tout à fait pareil.
Je me souviens, un jour, avoir été bouleversée par une simple phrase du Musée Anne Franck : " A la fin de la guerre, Amsterdam avait perdu plusieurs milliers de ses habitants".
SES habitants. Pas seulement "Les juifs avaient perdu plusieurs milliers des leurs.
Le livre d'Alain et Catherine, qu'on y parle de l'Afrance ou de la Frique ( copiraïte leurzigues) c'est avant tout un livre sur les parisiens.
Têtes de chiens, tiens...!
PS : c'est au Editions Parigramme. Ça se trouve aussi très bien sur le net
5.4.11
Printemps
et une gueule de loup
un nombril de vénus
et un cœur de Marie
Mon jardin j'en conviens
en reste trop sage
je t'autorise la verge d'or
et le tison de Satan.
27.3.11
C'est vrai, les délinquants sont de plus en plus jeunes...
S'il ne vous fallait qu'un motif pour aller voter aujourd'hui, ce pourrait être celui-là.
M, appelons-là comme cela, est un bébé sans papier.
Ou plus exactement, dans un pays où aucun enfant n'a besoin d'autres papiers que celui qui le rattache à une filiation, il est demandé à M, quelques mois aux prochaines fraises, d'avoir un titre de séjour.
Comprenez moi-bien, si vous avez eu la flemme de cliquer sur le lien : ses parents, eux, ont un titre de séjour. Un vrai, avec un travail et ils payent la part d'impôts qu'ils doivent pour que des politiques éditent des lois aussi ineptes, coûteuses et indignes que celles qui a privé M. de la possibilités d'être dans des bras paisibles, le nourrisson bienvenu qu'elle aurait dû être.
La maman de M. a commis une faute : elle a accouché prématurément en Algérie, où elle y avait, deuxième faute, une mère malade. Donc M, née ailleurs, est un bébé déclaré par un fonctionnaire zélé, touriste de passage pour 3 mois.
Et à l'issue de ces 3 mois, M bascule dans une clandestinité où la moindre bronchiolite coûtera un bras à des parents qui cotisent pour celles des vôtres...
Allons au bout de la logique : Ni les parents, ni la sœur de M. ne sont expulsables.
Verra-t-on un autre fonctionnaire zélé venir chercher cette enfant? La sucette et le doudou sont-ils compris dans les effets dont un individu en situation irrégulière a le droit de se munir avant son transfert en centre de rétention?
Il est à peu près certain que non, qu'au bout du compte, un juge va proclamer l'imbécillité absolue de cette mesure. Ce sera long, ça va mobiliser une armée d'autres fonctionnaires (zélés bien sûr, mais pas de la même façon) qui ont des chats à fouetter et pas des enfants, c'est votre argent, le mien , le nôtre, gaspillé dans cette stérile obsession.
Ceux qui applaudissent à cette stricte application d'une loi censée les protéger feraient quand même bien de se méfier... Cette histoire de nourrisson, planqué 3 mois, qu'un homme de la cité prend sous son aile... Ça vous rappelle rien?
Il s'agissait de sortir et non de rester, le nourrisson était un garçon et non une fille, celui qui l'a protégé une fille de Pharaon et non un bon docteur de quartier, mais ça s'est assez mal terminé pour ceux qui, sous couvert de soumettre les adultes, s'en sont pris aux tout-petits.
Il faut combien de pluies de grenouilles sur ce pays pour que les gens comprennent?
12.3.11
catastrophes
Vu d'un pays où on cumule les effets de manches, où la gestion récente d'une grippe plutôt moins mortelle qu'une autre a été une bouffonnerie digne du bordel autoritaire soviétique, l'efficacité des mesures nippones, de la construction au mode de rassemblement des enfants scolarisés m'impressionne singulièrement.
C'est bien la préoccupation continue d'intégrer le risque sismique dans (presque) toutes les activités humaines qui donnera un probable rapport de 1 à 100 entre le nombre de victimes haïtiennes et le nombre de victimes japonaises, malgré une magnitude plus élevée pour ce dernier tremblement de terre.
Mais, si l'explosion de la centrale de Fukushima atteint le caisson du réacteur, les japonais risquent de payer un tribut plus élevé encore, bien que plus tardif, à une catastrophe qui n'a rien de naturel. Je ne doute pas que, comme les écoles maternelles, les centrales nucléaires aient été construite en incluant la prévision d'une secousse de forte amplitude. Et je n'ai aucun doute sur le fait que des experts vont améliorer leur connaissance de la prévention, résumant la catastrophe à sa part accidentelle imprévisible.
Ma position sur le nucléaire ne bougera pas d'un iota. Elle repose sur mon incapacité à vivre comme pérenne et stable toute activité humaine, alors même que la nocivité engrangée de la radioactivité l'est pour des siècles et des siècles.
Non rien ne dure des constructions humaines, ni les lois qui encadrent la constructions, ni les structures politiques qui soutiennent ces lois, ni la vigilance, ni les affirmations du plus jamais ça.
25 ans après la catastrophe de Tchernobyl, qui se préoccupe de l'effondrement, goutte de pluie après goutte de pluie, du sarcophage fissuré censé nous protéger d'un nouvel accident?
Qui se préoccupe de la difficulté pour les équipes de recherches russes, ukrainiennes et bélarusses à trouver des financements pour leurs études à long terme des conséquences des retombées radioactives sur la santé publique? Si vous avez envie d'être à la fois effrayés et en colère, allez donc faire un tour sur la page qu'un confrère, JP Bachy, consacre à la bibliographie sur ce sujet.
Alors, je sais. J'attends les arguments économiques qui me diront l'importance de l'indépendance énergétique, de prévoir la fin du pétrole et cela réveillera des fantasmes archaïques de populations errant dans le froid et la nuit. Il n'y a pas de plus grande pesanteur que celle qui pousse un système à se survivre. L'énergie nucléaire est un garant de la croissance.
Oui, mais laquelle?
Par un de ces rapprochements qui ne frappent que lors d'évènements majeurs, je regardait justement un extrait du travail photographique de James Mollison, me promettant d'acheter le livre. Il s'intitule "Where children sleep" et met en dyptique un portrait d'enfant et l'endroit où il dort.
Katia, qui vit toujours, je l'espère du fond du cœur, à Tokyo, a 4 ans, trente robes et trente paires de chaussures.

Nous ne saurons rien de ce garçon, sinon son visage, son initiale nationalité, probablement roumaine et qu'il dort en Italie.

Ce ne sont pas les politiques énergétiques, qui, en elles-mêmes, empêchent certaines populations d'errer dans le froid. C'est toute la politique.
La décharge produite par le tremblement de terre aurait, dit-on, modifié l'axe de la terre de 10cm.
Je me demande si le risque consécutif d'une explosion nucléaire va à son tour, modifier, même imperceptiblement l'axe de pensée des milliers de parents de petites Katia. Risquer sa peau pour continuer à habiter là où sont ses racines ou son avenir, vivre avec le risque sismique pour ne pas laisser la catastrophe tout envahir, vivre et reconstruire, soit. L'être humain a toujours habité des zones dangereuses, parce que ce danger ne dépasse pas les possibilités de représentation humaine et restent généralement à l'échelle d'une génération.
Mais risquer sa peau, celle de ses enfants, de sa descendance pour offrir à Katia, 4 ans, une trente et unième paire de chaussures, garder sous des clés précaires, un si grand potentiel destructif pour soutenir la fabrication d'objets conçus pour leur inéluctable obsolescence, est-ce vraiment pragmatique?
6.3.11
Je m'la pète (mais je rentre)
N'empêche.
J'en comprend plus que je n'en parle et avoir réussi à saisir de la bouche de cette charmante collège girl de Kinsale, qu'elle me recrutait pour servir de jury au concours de Fish-pie qui opposait son collège à des pros de Cork, ben n'empêche, moi je trouve, ça l'fait.
et puis on m' a déja bombardé jury dans des trucs où je me sentais finalement moins légitime que pour goûter de la patate, du poisson et des langoustines.
Au fait, les gens, c'est l'anniversaire de Samantdi, paraît. On court chez elle et on lui dit combien c'est une belle dame qu'on aime.
4.3.11
Quelques haltes et des notes à moi-même.

Ici, j'ai rêvé aux gens que j'aime jusqu'à ce que la mer me lèche des pieds.

Ici, je me suis dit que j'avais décidément une particulière attirance pour les bouts du monde.

Ici, j'ai bu ma Red Rebel en lisant Flannery O Connor, qui n'est pas irlandaise, mais américaine et que je ne connaissais pas du tout. Ecrivain d'une grande force, une de ces dames cruelles et goguenardes dont la littérature anglophone semble avoir l'inépuisable secret.

J'étais bien chez O'Shea et j'y étais la bienvenue. Jeremy s'est prêtée à la pose avec une gentillesse presque désintéressée. Il m'en coûta un chaste baiser sur la joue et un incompréhensible compliment en gaélique dans l'oreille. Ce qui fut, au fond, infiniment plus moral que de lui faire boire une bière de plus. It made his day, and mine...

Notes à moi-même :
1)Anita, ce qui fait l'étanchéité de tes chaussures, ce n'est pas seulement le procédé de fabrication, mais le fait que tu penses à les lacer. Ça t'évitera une autre humiliante dissociation dans une tourbière.
2) Tu commences à trouver plus simple de rouler à gauche qu'à droite, tu trouves normal de boire une bière dans l'après-midi et tu tailles la bavette avec les attachants ivrognes du pub. Vérifie la date sur ton billet de retour et pense à tes enfants.
2.3.11
A part ça, rien.

La deuxième fois que vous entrez dans un pub, on vous appelle sweetie et on vous demande si vous voulez votre demi-pinte.
Je me dis qu'à la troisième, la barmaid va me tendre le meniou avec juste un clin d'œil et la main sur la tirette de Kilkenny.
J'ai rencontré ma première irlandaise complètement barrée. Elle est chanteuse de jazz cherche un logement à Lorient pour cet été, a quitté l'enseignement parce qu'elle ne supportait plus les mômes, a vécu au Liban, à eu trois accidents de voiture le deuxième en sortant de l'hôpital où l'avait amené le premier et le troisième il y a quinze jours, deux jours après son permis. Elle a fait campagne pour le labour party, mais là, elle fait la coordination du spectacle musical de Portmagee qui est en compétition avec les villages voisins. Enfin si on la laisse tranquille parce que là elle est fâchée avec une des chanteuses et avec la barmaid du Bridge Bar. Mais elle est pote avec le sculpteur qui a sculpté la statue de Chaplin qui orne le quai de Waterville et qui habite dans l'ile en face et elle est tout a fait d'accord pour me le présenter. Si je veux bien aller m'engueuler avec son père à sa place.
Allez savoir pourquoi... je crois que je vais décliner. Notez que j'en ai loupé, parce que je ne parle pas si bien anglais que ça.
Mais elle m'a au moins permis de comprendre pourquoi le patron est entré en poussant un canon factice dans le pub.
A part ça, une route dans la montagne, un irlandais qui poussait ses trois veaux au volant de sa voiture, l'inaltérable ciel bleu bien connu des touristes et pas encore de cheese-cake au Bailey's
Et la tourbe est vendue à côté des bouteilles de gaz à l'épicerie-essence-tabac-munitions-poste.
A part ça, pas de nouvelles.
Carte postale de Portmagee.
Ici, je roule, avec l'effort délibéré d'arriver à me perdre. Celui qui connait les routes irlandaises me pardonnera mon bilan carbone. En quelques heures, je n'use pas plus de combustible que dans votre heure quotidienne d'embouteillage. Je roule à petits pas, bien contente d'avoir le temps de constater que décidément, les ajoncs d'ici n'ont pas la même odeur que chez moi, que je n'avais pas exagéré leur absolue suavité qui va de la pêche blanche à la femme amoureuse.
Je me suis, cette fois-ci, pourvue de gants et de couteau pour en renouveler les brins, chaque jour dans ma voiture.
Et puis il y le but, qui est toujours une arrivée d'emprunt, plus ou moins heureuse, plus ou moins offerte. Je suis en ce moment à Portmagee, un des endroits dont vous n'aviez aucune raison d'entendre parler et qui est exactement l'endroit où j'avais envie de venir. il y a une dégringolade de maisons vers la mer qui s'enfonce si loin dans la terre qu'elle y fait figure de lac. Il y l'ile en face qui prend si bien les tons de mauve et de gris des arrières-plans.
Il y a les deux ou trois bateaux de pêche qui font de la sole frite du Bridge Bar une copieuse merveille.
Il y a cet extraordinaire silence de la nuit, parce que c'est sur des dizaine de kilomètres que les moutons y sont plus nombreux que les hommes et que, eux, la nuit, ils dorment.
il y a aussi, mais c'est une autre histoire, des irlandais qui font le gros dos devant la claque monumentale que leur a flanqué la crise financière. Sur les trois jeunes gens qui peuplent avec moi l'impeccable auberge de jeunesse de Portmagee, l'un espère l'Australie, l'autre l'Allemagne et le troisième est revenu de Nouvelle Zélande pour tenter de repartir à nouveau.
Ils pensent au but et moi, au déplacement...
20.2.11
Tu devrais écrire.

Il m'a dit tu devrais écrire.
Alors, je l'ai envoyé là, enfin, ici et il a dit oui.
Je pense que, comme beaucoup, il a pensé mais.
Mais écrire, hein, arrêter de crayonner et y aller franchement, avec un pinceau ou une truelle, mais qu'on en ait enfin, du papier à caresser. Que ça pèse dans le sac, que ça occupe les mains et les yeux en attendant cette rencontre au café qui n'aura peut être pas lieu, avec cette femme qui vous demanderait ce que vous lisez, ou cet homme, justement, qui aurait acheté le même, il y a 8 jours, mais qui n'aurait pas vraiment accroché, comme si on passait notre temps suspendus aux pages, harponnés par les histoires des autres.
Cousus, tout le temps, du fil blanc des destins inventés, des chansons qui traînent et vous entaillent. (C'est très important les entailles. Ça permet de voir le dedans, le dehors aussi quand on est dedans. Bien sûr, au moment même de l'incision, il y a cette surprise, la douleur parfois, ce moment de retrait. C'est rapide, une entaille, parce que c'est exactement le contraire d'une usure.
Ça fend l'enveloppe et on crie un peu, c'est saisissant.)
Il m'a dit tu devrais écrire et bien sûr, je m'en suis tirée avec une pirouette. Est-ce que je pouvais lui dire, moi, que j'avais passé mon samedi entre une librairie et un magasin de sport et qu'il n'y avait pas deux endroits plus propices pour comprendre à quel point c'était impossible d'écrire.
D'un côté, il y avait ces piles et ces piles, inlassables, entassées en tours précaires, tous ces gens qui avaient écrit comme le vieux juif qui courait dans le ghetto de Lodz en criant " j'ai la réponse! j'ai la réponse! qui a la question?"
Et puis de l'autre, il y avait tous ces gens qui avaient du temps à occuper avec leur corps et c'était bien d'être là, à les regarder sortir, parce que le magasin ne donne plus de sacs en plastique, alors ils en ont plein les mains. Et on peut leur inventer des vie, comme on s'invite chez les autres, aux caisses des supermarchés, en regardant ce qu'ils ont acheté. Même s'il n'y a rien de vraiment appétissant, la gourmandise, ce n'est pas les yaourts à la myrtille, c'est la vie qu'il y a autour. Comme cette fille, jolie et pâle, ce 14 février, qui n'avait déposé sur le tapis qu'un rouleau de papier cadeau et un pot de cire à épiler. On a beau grincer des dents à ces histoires de Saint Valentin, c'était bien, ces deux petits objets sur le gris du tapis roulant et entre les mains fatiguées de la caissière.
Ce magasin de sport c'était pareil. il y avait ce couple âgé qui sortait avec deux petits pliants métalliques et puis cette mère de famille avec une tenue de danse pour cette petite fille qu'elle houspillait sans tendresse, de ces mères qui veulent tout bien faire pour des enfants sans même savoir, au fond d'elles, si elles les supportent, ceux qui vont au ski et qui ont oublié le stick à lèvres, celui qui entre pour meubler son après-midi et qui contemplera longuement les kayaks de mer orange et bleu exposé dehors.
Et puis cette minuscule enfant qui réclame de la voix et du geste ses premières lunettes de soleil qu'elle peut mettre toute seule, qui s'en va le nez levé, marchant encore avec cinq degrés de gîte à chaque pas, avec l'étiquette qui lui caresse la joue, dans son petit manteau qui semble toujours devoir s'envoler avec elle dedans.
Je n'ai pas osé lui dire, à l'ami, que je ne savais pas créer des vies héroïques et aventureuses.
Alors que, peut-être, finalement, je n'avais aimé que ça, ces torrents de mots et d'évènements qui vous laissent pantelant, jusqu'au milieu de la nuit, ces vies d'outre-réel toujours si ardemment, si pleinement dessinées qui vous emportent toujours un peu plus loin. Mais qu'il faudrait, pour en inventer, que je m'éloigne de ces vies banales, aussi précieuses qu'est la mienne, dans leur imprécision salutaire, dans leur fatras alluvionnaire, ces vies à vivre.
Il me dit que je devrais écrire et moi je sais que je ne saurais jamais au nom de quoi extirper, plus qu'une autre, une vie minuscule hors de la rumeur du monde.
17.2.11
Tu fais de la photo...

L'un de mes premiers textes d'adolescente, je m'en souviens, je l'avais montré à ma grand-mère. Ouvrière à douze ans, elle avait, chevillée à l'âme, la passion des textes, celle qui, aux petites heures d'une lumière chiche, vous sauve de la vie étroite et du destin programmé.
Ce texte, court comme tout ce que j'écris, disait la rencontre entre une jeune fille... et un enfant malade. Il y était, question, déjà, de raconter des histoires pour prendre soin.
Ma grand-mère m'a rendu le texte avec un demi-sourire : "Tu fais de la photo, m'a t-elle dit.
Aujourd'hui, je fais des photos. Et je continue, dans ma tête, à prendre des instantanés, chaque fois qu'on me parle d'un enfant.
Parfois, il me semble que ma profondeur de champ est d'autant plus grande que je ne les vois pas, que c'est dans la façon dont les adultes me parlent de lui que je peux voir la composition, les lignes brisées, les appuis.
Je n'ai jamais pu voir ST. Il est si peu là. Son temps de scolarité, dans cette classe d'intégration est si bref, si souvent empêché par ces moments où il tourne comme une toupie, pour échapper à ce qui le harcèle.
Il use tout le monde, il cherche, se colle, happe et rejette tour à tour. Il vous démonte une classe, pousse un professionnel aguerri aux limites de sa patience et surtout, il semble, dès lors qu'il a cessé de jouer les bombes à fragmentation, remplir ceux qui l'entourent, d'une compassion intense. Ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Parce que ST, franchement, il cumule dans la biographie à la tronçonneuse. Né avec un handicap d'une mère gravement psychiatrisée et d'un père jamais identifié, il a vu rompre accidentellement le seul lien solide qu'il avait établi avec une première famille d'accueil. Il ne s'en est jamais remis. Des grands parents très âgés font ce qu'ils peuvent, mais ne peuvent qu'avec un souffle si court. C'est si usé, là.
A ces handicaps, il joint celui d'être né dans une période qui voit s'effondrer les crédits offerts pour la prise en charge quotidienne de ces enfants qui se blessent à tout contact avec le réel.
Alors, bien que la structure départementale en charge du handicap ait formulé une magnifique décision d'orientation, aucune structure n'a de place pour lui avant...Bah, mettons 18 mois.
Donc, on bricole. ST erre, d'un IME, normalement prévu pour des plus petits deux jours, à une maison d'enfant trois jours ou au centre d'accueil thérapeutique d'urgence, où il voit passer autant de monde que dans la salle des Pas Perdus, lui qui l'est tant.
Voilà, c'est ce qui se révèle dans cette réunion, alors que l'équipe de la maison d'enfants, presque humblement, demande à l'école si elle ne veut pas le scolariser une demi-journée de plus.
C'est là que j'appuie sur le déclencheur. Parce que clairement, ce n'est pas ça dont ST a besoin. Il a besoin que nous tirions ce cliché très vite, en en accusant tout les contrastes, sans faire dans le détail. Et que dans ce maëlstrom, on souligne à gros traits ce qui est si criant pour celui qui ne le connait pas : cet enfant est fou de ne pas pouvoir se poser quelque part et il est en train se noyer. Rien ne pourra avoir de sens pour lui si les visages ne cessent de tourbillonner autour de lui, s'il ne peut vider le sac qu'il trimballe d'un lit à l'autre.
J'ai renvoyé le cliché à la maison du handicap. Et je l'ai fait la rage au cœur, car toute solution d'urgence pour ST va en priver un autre enfant, tout aussi nécessiteux.
15.2.11
Un grand besoin d'Eire
Mais c'était trop lancinant, trop souvent.
Je retourne en Irlande. Promettez-moi pluie, vent, brumes et fossés, je m'en moque. Je vais en Irlande parce que je peux y rouler cinq heures et cinquante kilomètres et parce que je peux y songer aux débuts du monde.
Parce que c'est le seul endroit où il ne soit pas ridicule d'y photographier des moutons.
Parce que c'est un pays que l'homme ne s'est pas complètement approprié, parce qu'on y tolère l'indifférence du granit et la vigueur de la mer.
Parce que j'ai envie d'un carrot's cake et d'un thé et aussi d'une seafood chowder et d'une Murphy.
Parce que j'ai une commande de chaussettes de chez Penneys et que si vous savez ce que cela veut dire, c'est que vous y êtes allés.
Je pars avec un sac de couchage dans ma voiture, une play-list de la morkitu et une carte suffisamment approximative pour pouvoir me perdre.
Un Canon, des rêves et un peu de vous si vous voulez.
Le bateau s'appelle l'Oscar Wilde.
Une excellente occasion de se rappeler cette devise : " Je résiste à tout. Sauf à la tentation."
13.2.11
B. et sa mère.

Il fatigue tout le monde. Il bouge, il parle, il rit et il pleure plus que tout autre. Certains professeurs l'endurent, beaucoup le jettent. Un ou deux, à l'instar de l'infirmière, l'aiment en soupirant, parce que c'est un petit garçon vif et tendre, qui se précipite parfois à l'infirmerie, bouleversé d'une nième observation. Celui qui prend la patience d'éponger, moucher et démêler sous les hoquets l'objet de son souci est récompensé par un vrai, un irradiant sourire de lutin.
B. est sous Ritaline depuis trois ans et le dossier médical scolaire de ce petit garçon qui a fréquenté sept écoles avant le collège est vide. Je ne sais ni qui l'a prescrit ni sur quelle base.
Il est temps de demander à rencontrer son parent. En l'occurrence puisque le père vit ailleurs, ce sera sa mère.
Quand j'arrive la semaine suivante, elle est déjà là, discutant avec cette infirmière que j'apprécie tant. L'air absorbé, volontairement lisse de cette dernière qui écoute avec l'air ne n'en penser pas moins est déjà plein d'enseignement.
La mère parle. De tout. Sans frein, sans inhibition, avec humour et empathie, mais elle parle comme remonte un mascaret irrépressible. Cela déborde, cela charrie des blocs entiers d'histoire, ça colmate les fissures, ça se répand dans tous les coins, c'est très instructif et c'est saoulant.
Ce qui me frappe le plus, ce n'est pas tant de pouvoir attraper en moins d'un quart d'heure, les raisons des sept déménagements, le métier d'homme qui l'épuise, la rigidité violente du père qui liquéfie les gamins et l'absence de bilan neuropsychologique préalable à mise sous Ritaline.
Non, ce qui me frappe, c'est l'attitude de B, parfaitement posé sous le flot de paroles de sa mère, comme un chaton sous les coups de langue. Ses mains ne remuent pas, il ne tripote pas les objets de mon bureau, ne se tortille pas sur sa chaise, lève plaisamment le doigt pour glisser une remarque. Son visage mobile reflète chaque parole de cette mère qu'il aime si visiblement. Il ne s'émeut même pas qu'elle puisse me révéler, tout en faisant semblant de lui boucher les oreilles, que cette grossesse là ait pu ne pas être désirée. Son œil brille en coin, comme pour lui dire : "j' t'ai bien attrapé, hein!" Elle lui sourit.
Oui, cet entretien est à haute teneur en affects de tous ordres, mais il n'y a pas l'ombre d'une manifestation d'hyperactivité chez B en présence de sa mère. J'ai brusquement en tête l'image saugrenue de ces prématurés qui naissent dans le bruit et la stridence, dont les berceuses sont les bruits de pompe des machines avec les alarmes pour refrains et que le silence ouaté et protecteur du retour à la maison fait hurler.
Ceux-là, au grand étonnement de tout le monde, se rendorment au bruit de l'aspirateur.
Malgré tout ce qui peut me heurter ou me déconcerter dans le torrent de paroles de sa mère, le silence inattendu de B. me chuchote que c'est son bain nourricier et sa paradoxale protection.
9.2.11
D'une conversation anodine et de la fabrique de souvenirs

"Tu connais l'Irlande?
-Non. Et pourtant, que de souvenirs!"
Il y a des phrases comme cela. Selon qu'on est ou non prêt à répondre, elles vous trouent ou vous scotchent. Celle-ci s'est mis à me trotter dans la tête, avec un tel aplomb d'évidence, que je ne pouvais que tenter de la laisser rôder chez vous.
Il y a des lieux dont on découvre au premier regard qu'ils portent votre mémoire, il y a ces livres qui sont des bien sûr.
Il y a toutes ces chansons, ces musiques dont la source chaleureuse révèle l'inscrit en nous, comme à l'encre sympathique, le tatouage invisible d'une émotion enfin nommée. Les tableaux qu'on regarde en disant, merde, j'ai habité là, j'y suis encore.
Et puis ces gens qu'on cesse si vite de dévisager, pour aller l'amble avec eux, sûrement, sans hâte et sans alarme, parce qu'au fond, on les connaît de très longue haleine. Parce qu'il a suffit de quelques mots pour dérouiller une grammaire commune qui ne faisait que sommeiller faute d'emploi.
"Tu connais l'Irlande?
-Non. Et pourtant, que de souvenirs!"
Est-ce que cette phrase n'a pas toujours été?
7.2.11
Plume, caillou et autres belles rencontres
Je n'aurais jamais cru que le chemin soit si varié.
Je n'aurais jamais cru que j'aurai tant de coups de foudre pour tant de génies partiels mais si expressifs.
Je n'aurais jamais cru que je rirai tant, que j'aurai tant de fibres reliées aux vôtres.

Merci à vous tous.
2.2.11
Faudrait quand même pas pousser le petit bouchon trop loin.
Et c'est vrai.
C'est sur le net, via Crêpe Georgette et le fil Twitter de Bladsurb, que je suis tombée sur ces photos : Talons aiguilles pointure 29
Comme vous pourrez le constater, certaines pourraient porter, en gros, l'estampille ci-dessous :

Le truc, la bêtise, le rien, Madame la Marquise, c'est que ces photos, c'est pas dans le tréfond de l'ordinateur d'un pervers écumant qu'on les trouve, mais dans le supplément "Cadeaux de Vogue -France".
Et ça ne parle même pas de la misère, parfois, de la sexualité humaine. Ça parle, monstrueusement, de la complaisance au pognon et du maquereautage des mères sur les filles.
Je vous accorde un point, accordé à un respectable confrère : ce n'est pas du p0rn∞. On ne voit pas de zezette. Vous m'en accorderez un autre : si on en voyait une, nous n'aurions pas eu envie d'écrire à Vogue. Nous aurions écrit au Procureur de la République, point barre.
Alors on a écrit à Vogue une petite lettre ouverte qu'on a été plein de toubibs à signer. 190 aux dernières nouvelles.
Juste pour rappeler qu'il y a un avant et un après du déclenchement pubertaire. Et que si, déjà, sexualiser à outrance les très jeunes adolescentes, ça craint et ça se paye en trouble de la représentation de soi, le faire avant le premier poil, c'est de l'abus.
Mais ça ne suffisait pas, bien que cette palanquée de pédiatres et de médecins Education Nationale mis ensemble, ça ait fait un joli élan de fraternité pas con.
Alors on a mis une pétition en ligne, parce que la réglementation de ces publi-reportages, elle est aussi mince que l'écart entre certains bouts de tissu sur ces petites filles et le pénal.
Parce qu'à hauteur d'enfant, qu'on pose pour les 3 chuiches ou Vogue, ça fait le même effet quand une main d'adulte vous fait croiser les jambes, un peu plus haut, oui, comme ça.
Parce qu'il ne faut pas croire qu'un enfant de 8 ans n'a pas de sexualité. Il a juste la nécessité d'en mettre les représentations à distance le plus longtemps possible, jusqu'à ce que le corps se mette à dire qu'il est temps. C'est un processus actif, qui coûte une certaine énergie. Parce qu'il n'est pas facile d'ignorer comment on fait les bébés à 8 ans, alors qu'on le sait si bien à 3.
C'est bien assez difficile pour qu'on ne laisse pas l'industrie du luxe faire joujou avec, sous prétexte qu'il faut continuer à vendre des bijoux qui n'en peuvent plus d'être laids à des émirs qui n'en peuvent plus d'être riches.
Alors, dans cette pétition, on demande à ce qu'on arrête de vendre la peau des enfants avant qu'on les ait élevés. Vous avez le droit de la signer en cliquant là, et le droit de diffuser le lien.
Une ultime précision pour ceux qui passent trop rarement dans les parages pour savoir qui est Anita et ce qu'elle prêche : l'humanité baise, parfois comme elle veut, souvent comme elle peut. Parfois, les artistes parlent notre faille, l'ambiguïté, le risque, l'irreprésentable du troublé et du troublant. Souvent à leur risque.
Il n'y a pas de publicitaires maudits attendant dans des chambres sans feu, une reconnaissance qui leur viendra dans dix ans. Leurs œuvres n'existent que dans leur monétarisation immédiate.
Ces images ne parlent pas d'enfance, ni d'art, elles ne parlent pas de ce bien si intime et si déconcertant qu'est la sexualité. Elles parlent d'une excitation orchestrée, froidement, pour faire du pognon.
PS : un immense merci et des cornes de gazelle en masse à Alain Korkos pour sa brève dans @Si















