5.11.07

un dossier épineux


Jardinière intermittente, tolérante à la mauvaise herbe, feignasse d'exception, espérant peut-être toujours secrètement qu'une chose aimée puisse se passer de soins, j'ai, j'ai toujours eu, dans mon jardin, au moins un roncier.
Par la force des choses, celui-ci est généralement situé aux confins, dans les zones les moins visibles, mais hélas aussi, les plus susceptibles de déclencher un conflit de voisinage.
Il faut, un jour, décider la radicalité.
Le roncier, tout d'abord, se toise.
Il s'évalue posément, en enfilant ses gants d'un air assuré.
On en coupe quelques unes des branches les plus folâtres, les imprudentes pousses de l'année, qui s'imaginent conquérir un territoire à elles seules, dès lors qu'elles se seront poussées du col, hors de la pelote d'origine. Les présomptueuses partiront les premières.
Parfois les seules de la journée, pour peu qu'une visite arrive ou que l'on me proposât imprudemment de prendre un re-café.
Mais comme les chiottes ou le cimetière, le roncier, un jour, fatalement, faut y aller.
Et plus seulement du bout des doigts. La chose s'affronte des mains, de la tête, du pied, et parfois de l'épaule. On rend perfidie pour sournoiserie, on profite de la force agrippante de l'adversaire pour engluer les drageons les plus faibles et tirer d'un coup sec, on déterre, hache, taille, on poursuit les racines jusque sous les murs.
R. le roncier se venge d'une souple détente, fouette au ras des yeux, infiltre ses épines kamikazes sous les gants, juste à l'extrémité sensible de la pulpe des doigts, et se cramponne à tout, ne cédant que sous la lame.
Quand le sécateur a trouvé et tranché l'ultime lien barbelé, il me semble que la masse entière cesse de se défendre, que sa vitalité funeste s'éteint d'un seul coup, ne laissant plus sous ma main qu'une botte embrouillée et sans hargne.
Et quand la fourche, sans effort, la soulève en direction de la brouette, j'ai le sentiment essentiel que j'ai extirpé bien autre chose qu'un souci végétal.

7 commentaires:

meerkat a dit…

Puis-je t'espérer ? Je reconnais en toi la vaillance des combattants paresseux des ronciers. Je n'en suis encore qu'à le toiser et à affûter le sécateur. Et le fourbe, bien évidemment stratégiquement en limite de voisinage, allonge ses pieds sous les lauriers qui trainent par terre, se cramponne de toutes ses tentacules dans un grillage et me nargue vers un cul de basse fosse où je crains fort de sombrer. Re-café et pousse-café seraient bien sûr de la partie. :-)

anita a dit…

Je me dégage et j'arrive!

Marianne a dit…

Que voila une envolée de mots à la hauteur de la tenacité du roncier . La description du combat à armes égales , lui les épines vous le sécateur, est digne d'un scénario de film d'action .
Bon , Nicolas arrive aujourd'hui vos problémes devraient trouver solution .Bon café....

Marianne a dit…

Que voila une envolée de mots à la hauteur de la tenacité du roncier . La description du combat à armes égales , lui les épines vous le sécateur, est digne d'un scénario de film d'action .
Bon , Nicolas arrive aujourd'hui vos problémes devraient trouver solution .Bon café....

akynou a dit…

Je crois que je vais adopter une expression : ce gouvernement, quel roncier... En espérant qu'un jour, on le dégage de la même manière...

Fauvette a dit…

en voilà des blogueuses vaillantes ! S'attaquer au roncier ! Allez café et re-café les filles !

Still a dit…

Tu viens chez moi, dis, j'ai plein de café et de-recafé.... et une armée entière de ronciers disséminés dans le jardin... :-)