5.2.08

Mode mineur, enjeu majeur.


J'entends, chaque année, plus de mille histoires. Je touche, un peu ou beaucoup, sept à huit cent corps différents. Plusieurs centaines d'enfants dessinent sous mes yeux un petit personnage qui, à leur très personnelle façon, représente une partie d'eux mêmes.
Dans ce flot, je lance inlassablement bouées flottantes, lignes de traînes et miroirs dérivants, avec l'espoir de débarquer les scories, soutenir ce qui plonge, étayer ce qui surnage.

Avoir comme crédo, que pêcher à la dynamite, c'est de ne récolter que du poisson mort.
Observer les trajectoires, se réjouir d'élans nullement programmés, espérer que les fuites ne soient que des détours.

Se résigner à un certain lot d'échouages. Savoir qu'on n'aimera pas forcément ce qui poindra sous les sourires édentés et les couettes à élastiques roses, qu'un jour ils troqueront les tatouages de M*alabar contre des cartes d'électeurs.
Ou des flingues, des seringues, des rollex, des actions chez T*tal.
Ne jamais se résigner complètement.
En tous cas, ne pas se résigner aux systèmes qui poussent dans le trou.
Un enfant s'est pendu dans un établissement pénitentiaire pour mineurs.
Comme dans d'autres histoires, on ne connait pas les tenants et les aboutissants, on ne connait pas l'histoire sous l'histoire. On ne connait pas l'histoire de l'enfant.
Mais ce qui affleure de l'histoire de la mise en place de l'institution dessine un schéma trop connu, trop prévu.
Une volonté politique qui pousse au plus pressé, des gens très jeunes recrutés, peu formés, des lignes du cadre déplacées sans avoir été pensées. Espoir et sous effectifs.
Psychologues et médecins sans bureau, coins de table sans confidentialité. Adultes désemparés.
Bien sûr, on ne les sauvera pas tous.
Bien sûr, aucun système éducatif n'est capable de mettre au jour une tranche d'âge sans suicidés, sans internés, sans agresseurs, sans violeurs, sans mal vissés de tout poil, de toutes formes, et de toutes destinées.
Mais faut-il pour autant toujours recommencer les mêmes approximations? Prenez le schéma précédent, appliquez-le à n'importe quoi, la scolarisation de l'enfance handicapée, la prévention de la récidive d'abus sexuels, l'insertion professionnelle, tout ce que vous voulez, on vous garantit que ça ne marchera qu'après de cinglants échecs, et pas du tout si les échecs ne sont pas assez cinglants pour forcer à tout remettre à plat.
16 ans.
J'ai travaillé pas loin de l'endroit où il s'est pendu. Si cela se trouve, c'est à moi qu'il y a dix ans, le nez morveux et le tibia bleu des coup de pédales maladroits, il a tendu le dessin de son petit bonhomme.
Ou bien était-ce son frère?

10 commentaires:

Agaagla a dit…

décidément l'ambiance est à la triste aujourd'hui...

On ne peut pas les sauver tous, mais on aimerait au moins qu'on nous écoute avant de les envoyer par paquets contre les murs...

Yves a dit…

« La prison ne doit donc pas être un lieu de désespérance. Elle doit constituer un moment dynamique, utile et tourné vers la resocialisation.»

Pascal Clément, Garde des Sceaux, ministre de la Justice
Discours d'inauguration de l'EPM du Rhône
(source www.justice.gouv.fr)

dianeenminuscule a dit…

je ne sais plus, on dit que tout s'explique : le comportement agressif de celui-là, le défaut de langage de tel autre, l'isolement de cette petite… oui, on apprend parrfois, après, trop tard qu'il y avait quelque chose. mais comment faire, comment savoir, comment… quelques heures, c'est tout ce à quoi nous avons droit, on partage ce que nous voulons bien échanger, ce que nous pouvons peut-être surtout. est-ce que ça vaut la peine de commencer quelque chose si on sait qu'on ne pourra pas le finir, qu'on ne parviendra de toute manière pas à réparer, redonnner une vie à ce qui a été sauvagement arraché? je veux dire oui mais il faut penser à si… si on fait un demi-travail, est-ce que ça sera pas pire après, une fois que la plaie aura été rouverte? je me perds…
et puis il y a : ceux avec lesquels on aura un peu plus de temps… et… mais il y a toujours un grain de sable, une pierre, un rocher qui vient tout changer, casser un peu plus la machine et la refaire caler.

"elle allait mieux, mais ce week-end sa maman est morte, c'est mieux pour elle" pour elle? laquelle de deux? elle est soulagée. elles sont soulagées d'elle mais… elle ne sera plus là pour elle. et moi, qu'est-ce que je fais?

l'âne Onyme a dit…

Pendu : a-t-on l'image de ça en tête, comment ça peut être un enfant pendu ?
On aurait du en faire la photo, puis la présenter au responsable de tout ça, à celui qui par démagogie, pour gagner quelques voix indignes lors des prochaines élections a voulu mette en place ce type d'établissement. Et à ses opposants aussi, à ceux qui pensent qu'une discipline militaire peut faire rentrer dans le rang tous nos enfants perdus. Les bagnes de Belle-Ile ne sont pas si loin.
Chassez l'ignominie, elle revient au galop.

la bacchante a dit…

Ce qui me rassure dans tout ça, c'est de te savoir là où tu es...

anita a dit…

@Agaagla : je dois dire que cette nouvelle m'a particulièrement touchée.
@Yves : mais comment tu causes la france toi?
@Diane: voilà qui nécessiterai autre chose qu'une demi réponse... Tu ne dis pas grand chose de ton travail, sinon que tes préoccupations ressemblent aux miennes. Dans toutes ces vies, on voit des moments de prises en charge, puis plus, puis encore. Parfois le travail fait avec la génération suivante semble reprendre ce qui a été arrêté pour la précédente. Certains aléas nous semblent faire partie de l'histoire, mais aussi certains arrêts aux milieu du gué nous semblent meurtriers... Que de nuances...
@L'Ane. Parfois je ne sais pas. Le bagne, bien sûr que non. Mais la contention? Tu sais, on voit des jeunes qui sont allés si loin dans la destructuration. Et puis la dope, c'est pas rien, comme effet prolongé de court-circuits. Je crois que certains personnels d'EPM avaient vraiment de l'espoir de faire quelque-chose.
@La bacchante : comme je ne suis qu'une figurante dans l'histoire, j'ai le temps de peaufiner la réplique ;-)

BC a dit…

Tout çà c' est bien trop compliqué pour moi...mais, je ne pense pas que la prison pour ces jeunes soit une bonne chose ....l' idée de Ségolène me semblait plus humaine !

anita a dit…

@BC ; je ne suis pas pour les EPM - mais les incarcérations de mineurs existaient déjà. Un "quartier pour mineur" vaut-il mieux qu'un établissement?
Ce que je regrette, c'est qu'on présente la prévention comme "ne marchant pas" alors qu'on a tout fait pour asphyxier les structures qui s'en occupaient. Un éduc qui a 40 mesures éducatives à suivre ne suit plus, il court derrière.

Anonyme a dit…

wap.wab.ru.аська+знакомства
южная проститутки
он-лайн знакомства с иностранцами
знакомства bdsm d gbntht
секс зрелые женщины знакомства

http://trugdasertdedrt.com

Anonyme a dit…

лучшая женская попка года
преподаватели трахаются
мужское жесткое порно
homemade sex toys
телепроект дом2 порно