13.6.10

bébés phoques


En ce moment, j'ai plein de bébés phoques.
De ceux qu'on pose sur la banquise, l'œil implorant et le poil mouillé devant les caméras et avec l'injonction immédiate et culpabilisatrice de "faire quelque chose!".
Docteur.

De résoudre le problème de ce jeune homme appareillé depuis des années, jamais signalé et dont on se dit, que peut-être, éventuellement il serait gêné pour entendre les bandes sonores aux épreuves orales de langue. Dans une salle déserte avec une seule personne. J'ai dit : "Ah? Et sept ans dans une classe plein d'adolescents bourrés d'hormones, il a entendu correctement?"


De celui qui terrorise tout le monde du haut de ses 8 ans manifestement psychotiques, qui est en attente de classe spécialisée et dont on me demande, faute de position claire du psychiatre et de l'inspection primaire de déclarer qu'il est "médicalement inapte à la scolarisation." Bon d'accord, mais du coup, comment vous allez pouvoir le scolariser dans sa classe spécialisé après? J'ai dit à l'Inspecteur que je pouvais faire un certificat comme quoi l'école de P. était "institutionnellement inapte à scolariser cet enfant." De toute façon, ça fait très longtemps qu'on est pas copains, lui et moi :-).

Celui qui vous demande un certificat d'aptitude pour aller en lycée agricole, parce que c'est le seul endroit qui l' a accepté et qui vous jure, les yeux en coquelicot, le nez en patate et la voix étouffée que non, absolument pas, il n'est pas sensible au rhube des foins. J'ai rien dit, j'ai tendu le paquet de mouchoir et levé un sourcil.

Celui qui a perdu sa maman et qu'on me supplie, à rebours d'une de mes rares règles intransigeantes (On voit un enfant de 6 ans avec l'adulte responsable, point barre.), d'accepter que la visite se déroule avec une grande sœur, parce que le père est en déplacement. Montez le son à 60 décibel et écoutez, sans frémir si vous le pouvez, la phrase proférée devant toute la classe : "PASSQUE C'EST PAS SA MERE QUI VA POUVOIR VENIR, HEIN!". Je suis héroïque, je n'ai pas répondu "il a un père, connasse, et une grande sœur qui a largement autre chose à faire de son chagrin que de jouer les mères de substitution".
J'ai eu le dit père longuement au téléphone, tout va aussi bien que cela peut, ils font face. Nous nous verrons en septembre, calmement. Dignement.


A vous, parce que vous êtes des potes, je vous dis : cette fin d'année, j'en ai marre.

11.6.10

brève de comptoir

Au bar.
Décidément, le supporter est maussade. A peine quelques occasion d'entamer un début de mugissement, vite suspendu et remplacé par un "putaiiiiiiiiin..."

A la 60° minute ( ou à peu près, hein, on va pas chipoter)
" On se fait chier , hein?
-tu parles. Je s'rais chez moi, j'aurais déjà tapé sur ma femme..."


Mea culpa. J'ai ri.

31.5.10

Dans le champ d'artichauts


Dans le champ d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Après tout, les têtes étaient presque mûres et les dames, même aux allures respectables, sont peut être armées tout à la fois de couteaux et de mauvaises intentions.
Jean, en bon trégorois, eut la méfiance aimable et la politesse vigilante. Rapidement convaincu que je n'emporterais que des clichés, il laissa monter un plissement amical au coin des yeux et entama la placote. D'abord légère, météorologique et locale.
Pas banale, non, parce que celui qui a couru le monde m'étonne parfois moins que celui qui n'a pas bougé d'auprès de son arbre.
Je ne crois pas que Jean soit bavard par essence. Je ne crois pas non plus que je sois toujours fascinée par les fragments d'histoire des champs d'artichauts. Mais cela s'est noué comme ça, parce qu'on était bien installé le long du muret, parce que la lumière se faisait attendre. Il s'est mis à raconter et moi à écouter.
Les notices biographique sont toujours étrangement sèches et leur dureté serre souvent le cœur. Jean raconte, sans aucune espèce de plainte, le père mort en 39, la mère aux cinq enfants qui se remarie avec le paysan aux six encore petits, le travail de ferme qu'il découvre à 14 ans. Les longues tablées qu'il faut nourrir. L'artichaut n'était qu'une culture de subsistance et les finistériens n'avaient pas encore amené le chou-fleur. On cultivait la Fin de Siècle.
Et on mangeait ce qu'on cachait aux Allemands.

Il ne met pas plus de vantardise que de plainte à raconter comment il s'est engagé en trichant dans la résistance à 16 ans. Il dit qu'il y avait sans doute plus de désir d'échapper à la tutelle du beau-père casse-pied que d'héroïsme. N'empêche. Il désigne là la petite butte où les résistants avait essayé de bombarder le sémaphore. Candides, ils y avaient encerclé les Allemands en oubliant de leur couper le téléphone. Les autres sont venus les cueillir comme des fleurs. La fosse creusée sous la contrainte, le tir en rafale, les corps qui tombent.

Il dira ensuite combien de petites fioles d'éther on trouvait dans les fossés, combien ils étaient jeunes, ces meurtriers drogués dont la bouche fendillée brûlait.
Et l'œil de Jean, méditatif, flotte sur les contour de ce paysage qu'il connait par cœur.
Il ne sait pas comment finir et moi non plus. Nous revenons à des phrases tempérées. Nous n'oserons pas poser les vraies questions ni donner les vraies réponses.
("Est-ce que cela compte, ce que je vous ai raconté?
-Oui. Pas comme pour vous. Mais oui.
-C'est de l'histoire ancienne, si ancienne.
-Mais vous l'avez vécu. Cela a existé. Cela existe encore. Des hommes meurent. Et puis on fait pousser des artichauts."
)

Nous nous saluerons, avec courtoisie et pudeur. Comme en Tregor.



NB : Et ce soir, en lisant, consternée, les justifications du raid israélien, je me demande comment Jean et moi, nous aurions fini cette conversation, en partie muette, sur la stupéfiante impression d'imbécilité que laissent les fracas humains soixante ans après.

30.5.10

Corolles.

Saison de coquelicots. La photo qui n'est pas prise, c'est celle d'un petit garçon fasciné, pouce dans la bouche, devant les corolles rouges qui dansaient. Les jupes des filles sont-elles la nostalgie du coquelicot, ou est-ce l'inverse?

Le vent joue parfois aprendre la photo à ma place :


Un coquelicot bichrome, un peu à la manière des fantômes délicats du jardin de Still.


Le pavot jaune annonce la couleur.
Est-ce un pavot, d'ailleurs? Il poussait en liberté surveillée sur le très beau sillon de Talbert, désert ce jour.


Comme un pt'it coquelicot. Mesdames.


J'ai même trouvé des artichauts câlins.


Dans le champs d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Je vous en parlerai demain.

23.5.10

16 heures, un jour de mai


Tout doucement, les bruits s'éloignent.
Les cris d'enfants ne font guère obstacle. Ils se fondent en paillettes brèves, comme si je les entendais en couleurs dansantes, tournant autour de moi sans m'alarmer.
Des jeunes parents s'installent, j'entends leurs échanges rapides, interrogatifs, je me souviens de ce temps-là, si encombré de détails pratiques, d'objets, d'éventualités multiples. Peu à peu, je détend le filet de ces voix, je passe au travers de leurs mailles inquiètes.
Comme les plongeurs, je franchis des paliers, je sens le poids de mon corps se modifier, la chaleur qui commence à la nuque et roule jusqu'aux reins.
Je repousse l'agacement d'un bruit entêtant, obscène. Un scooter des mers.
Je plonge, le sable chauffé sent la poudre, je goûte brièvement le plaisir d'avoir soif.
La tête dans mes bras, je fais ma première sieste sur la plage.

17.5.10

Pierres blanches

Des mots généreux, des fleurs, des pensées précieuses, des appels, un fin et doux réseau...
Amis inquiets qui, au son du précédent billet, ont cru le jour triste, ou moi soucieuse de l'âge, ne vous alarmez pas : je suis de celles que l'absence de solution rassure, que l'empêchement de croire en une finalité de la vie réconforte. Quand je bute, je me plains ou je tire les moustaches du chat et je bats mes enfants. j'embête mon monde.
Quand j'écris, c'est que je suis déjà un peu plus loin, que le courant a levé les obstacles.
Pis, à midi, j'ai pique-niqué là :


Je vous zème très beaucoup.
PS: pour ceux qui veulent, il y a quelques photos d'Irlande en ligne sur l'Œil de la Baleine...

16.5.10

Monde sensible.


(Post déconseillé aux moins de 40 ans) (et aux autres aussi d'ailleurs)

Danser à reculons*. Avec application, avec rage parfois, et parfois encore avec une légèreté inespérée, comme l'aile qui trouve, au ras de la falaise, le courant chaud et l'élan vers le haut.
De toute façon, tout cela finira mal et nos approches ne se différencieront que dans l'infinie variation de notre solitude. Nous mourrons, ici ou comme cela. La plupart d'entre nous n'auront jamais été champions olympiques et ceux qui l'auront été ne sauront jamais vraiment si cette fragile crête valait la peine de toute cette peine. Nous mourrons ici d'une mort occidentale, les malles pleines des rêves d'accomplissement qui ne surgissent qu'au sein des estomacs rassasiés, vaguement coupables de ne pouvoir qu'entrevoir ce que peut être la mort des autres, en plein vol de misère.
Nous n'aurons pas fait grand-chose et les rares, qui auront accompli des exploits, devront tenir dans l'ombre ceux qu'ils auront impitoyablement écartés, disqualifiés, ou bien même affamés pour les réaliser.
Nous mourrons à reculons, la miséricorde n'étant souvent que cette inaltérable capacité à réduire notre vision en quelques points scintillants, jusqu'à l'ultime confort d'un oreiller frais et des jeux de lumière sur le mur blanc.

Nous croyons avoir tendu la main vers les insignes irréfutables de notre destinée, nous avons pleuré de les voir nous échapper. Vaille que vaille, nous avons habité des lieux, aimé des passants. Nous avons voulu des objets et le soleil sur notre visage.
Nous avons acheté, poli et poncé, nous avons planté et arraché. Nous avons rêvé du désir des autres et, temporairement, nous nous sommes approprié leur paysage.

Nous n'avons rien fait d'autre que de chercher les pierres blanches. Jours heureux, fragiles instants, œuvres minuscules ou murmures flatteurs sur notre passage, satisfaction d'une maison remise en ordre, dernière retouche, réplique parfaite, nous avons moins peur de descendre à reculons quand brillent au loin, les pierres blanches des jours marqués, le dessin sinueux et toujours menteur de notre chemin parcouru.


*Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Appollinaire

(Demain, j'ai 47 ans. Je pense que ceci éclaire cela!)

12.5.10

Deux passants.


Ce matin, je regarde deux hommes sortir d'une voiture noire et, symétriquement, enfiler leur veste pour commencer une journée de travail.
Ils ont un peu plus que la trentaine, leurs traits sont agréables, plutôt neutres.
La voiture est parfaite propre, onéreuse sans doute, sans être ostentatoire, les chemises bleu ciel, les costumes bien coupés.*
De parfaits salary-men.

Et je découvre tout à coup, à quel point l'espèce m'est étrangère. Je suis moins désarmée par des hommes en boubou rose, par les marins du coin qui vous écrasent trois phalanges en toute généreuse inconscience, par les ex-junkies tatoués partout où il n'y a pas de veine affleurant, que par ces exemplaires répétés d'hommes corrects et interchangeables.

Je les rencontre parfois, quand ils viennent, entre deux rendez-vous professionnels, accompagner des enfants gentils en visite de maternelle. Si je demande un avis spécialisé en ophtalmologie, je suis sûre que cela sera fait. Et il est même possible qu'ils le feront eux-même et n'en chargeront pas forcément leur épouse. Ils sont courtois, efficaces et je les perçois comme indifférents.

Souvent, l'interrogatoire est pauvre. Tout va bien.

Est-ce la représentation que j'en ai, qui fait que je ne trouve pas la porte d'entrée? Est-ce au contraire, parce qu'il n'y a rien à voir, que je n'ai senti ni résistance, ni point de passage, que j'ai le sentiment qu'ils ne m'ont rien dit?

Probablement des deux. Mon efficacité tient à ma capacité de me fabriquer une image mentale des courants tensionnels, des marges de manœuvre, des mélodies intimes et des questions de mes interlocuteurs. Tout autant, voire bien plus que ce me disent, de leur enfant, mes mains et mes yeux. Et, sauf si l'imperfection de leur progéniture lance la consultation vers un terrain plus animé, la plupart du temps, je ne vois rien. Que des hommes corrects.

Est-ce l'éclat aveuglant de leurs chemises bien repassées qui brouille ainsi mes repères? Comment ça vibre, un homme impeccable? Est-ce que ça pleure? Ça rêve de quoi?
Ce costume leur est-il une jouissance, une obligation ou une armure?
Ce rasage de si près, est-ce à leur patron qu'ils le dédient ou à un amour?

Je regarde les deux inconnus approcher. Ils détonnent vaguement, dans cette rue. L'espèce n'est pas si nombreuse, ici, dans ce pays où les employés de banque risquent parfois l'absence de cravate et où, au vu de l'état de leur pantalon, vous donneriez cent sous aux hommes les plus riches du coin.
Je guette, du coin de l'œil, un rien, un tressaillement, un éclat de rire, un faux pas. Je n'ai pas d'hommes semblables dans mon paysage personnel, ni père, ni frère, ni époux, ni amis. L'un de mes oncles, peut-être, fut à cette image là.
Et peut être, d'avoir été une nièce assez aimée pour avoir eu de rares et brefs aperçus de sentiments profonds mais exprimés comme en se cachant, me laisse le sentiment que ces hommes là restent des hommes liés, comme lentement déshydratés, rendus pour ainsi dire, inaccessibles à eux-mêmes.

Passant correct en costume neutre, comme j'aimerais, si tu passes ici, tout vivant de tes rêveries, que tu me démentes...


* Je ne me souviens plus de la couleur de la cravate, mais il y en a de très jolies chez M. KA...

9.5.10

Aimer l'Irlande


Aimer le paysage
Comme la peau du Monde.
Le vent est né ici,
dans la brèche longue
des tourbes
Eveillant
Dans les collines immobiles
La harpe et l'herbe,
liées.

Il fallut si longtemps
En Irlande
Contourner du même pas
La pierre et le malheur
tenir le tumulte serré
Et l'œil sur la ligne des crêtes
que tous, ils savent chanter.

Croyez vous
qu'on puisse toujours
rester la voix basse?

Aimer l'Irlande
comme le vent du Monde
et les lacs d'eau noire
scellés sur l'Histoire.

7.5.10

L'homme aux 72 défauts et le démarchage par teléphone.

J'avais raconté ici comment l'Homme aux 71 défauts répondit à la dame qui lui proposait de réduire ses impôts.
Ce soir, c'est un monsieur qui lui propose un nouvel abonnement téléphonique.
Je vous la fais?
"Driiiiiing!!
(oui enfin, bip-bip-tut)
Homme à 70 défauts :
-Allo?
Monsieur Malpayé:
-Bonjour Monsieur à 69 défauts, je suis Monsieur Malpayé de la Société Kiventou, je viens vous proposer un nouvel abonnement téléphonique.
Homme à 68 défauts:
-Ah, c'est que voyez-vous, je n'ai pas le téléphone.
Monsieur Malpayé :
-Ah non?
Homme à 67 défauts :
-hébé non.
Monsieur Malpayé :
-Ah, bon, ben, c'est dommage. Et bien, au revoir Monsieur à 66 défauts
Homme à 65 défauts :
-Ben oui, au revoir Monsieur Malpayé."

M'en va devoir ouvrir une nouvelle rubrique. Mékilékon.
Pis même, je crois que je vais le sous-louer à ceux qui ont des Témoins de Kivousavez à faire lâche prise.

5.5.10

Des pt'ites fiches, des pt'ites fiches, toujours des pt'ites fiches...


Je sais bien que les gogos gobent tout, mais quand même...
Un fichier des élèves décrocheurs?
Ça existe déjà.
En au moins deux exemplaires.
Le premier est un cahier d'appel.
Le deuxième un logiciel de vie scolaire.*

Etant donné que la scolarité n'est pas obligatoire après 16 ans, à quoi peut bien servir qu'un tartempion au Ministère sache que le petit Nicolas a séché les cours de droit le 15 mai 1975? Karim du Lycée Tombé de Saint Troubidou Chef-Chef n'est pas venu en math?
A appeler le Recteur pour qu'il appelle l'Inspecteur d'Académie pour qu'il rappelle au Principal qu'il doit dire au CPE qu'il doit appeler les parent pour que ceux-ci tirent Karim du lit?


* auxquels ajouter la commission de suivi dans l'établissement, de la commission cas difficiles de l'Académie, des dossiers du conseil Général, voire de ceux du Juge pour Enfant, sans parler des registres mal tenus de votre humble servante.

4.5.10

Trois fois rien.


Je ne sais plus quel admirateur exaspéré des chats remarquait que les chats noir et blanc arrivaient toujours à coller leur poils blancs sur vos vêtements noirs et les noirs sur vos tee-shirts blancs.
Tout d'un coup, ça m'a semblé une excellente métaphore de l'adolescence.

_____________________

Quand je repars vers 16h de cette école, un petit garçon y rentre. Menu, vif et souriant. Un peu pâlot, mais le bonjour est clair. A cette heure là, le croiser au portail ne peut vouloir dire qu'une chose : il revient d'une rééducation orthophonique ou d'une prise en charge au centre médico-psychologique, juste à temps pour récupérer ses devoirs. D'ailleurs, de l'autre côté, sa mère est encore là. Elle a un physique ingrat, au moins vingt kilos de trop et une petite voiture sans permis couleur épinard. Le sourire qui flotte encore sur ses lèvres alors qu'elle regarde en direction du portail fait lever, dans ma mémoire, une cohorte de figures de mères démunies et affectueuses. Et, finalement, subtilement débrouillardes.

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est-ce que les japonais ont des pâtes alphabets en forme d'idéogrammes?

2.5.10

Pour le printemps

Je me suis fait une petite pelouse à carreaux...

29.4.10

pourquoi voyager?



"Mais finalement, me disait Eyjafjöll en tétant sa bouffarde, pourquoi voyager?
Il est parfaitement possible de s'exprimer en restant immobile. Regarde, il me suffit de plonger en moi-même et...
- Oui. Mais tu fumes trop".

Je suis toujours embêtée quand je la ramène comme ça avec mes foutus discours de prévention. D'un côté, je me sens obligée et puis d'un autre, ça m'embête. Au fond, il est gentil Eyjafjöll et plutôt du genre lent à la réplique d'habitude.
Mais c'est vrai que sa question me trotte.
" Pourquoi voyager, dit la question? Au fond, on fait très bien le tour sans boug...
Ah zut.

Celui-ci, je l'avais un peu déguisé en visite, comme on arrange la coiffure d'une petite fille pour aller chez Mère-Grand. J'en avait fait bouffer, comme les coquerets d'un ruban, le long éloignement de M'zelle Zuzu et la nécessité relative de ramener une partie de sa garde-robe.
Je n'ai, bien entendu, dupé quiconque.
Ils le savent tous, ils savent entendre ce léger claquement de voile qui prend soudain le vent et ils prennent, avec un humour sans doute empreint d'un léger soulagement, mes mines affairées de chien courant, plus encore impatient de suivre la piste que d'arriver au but.
Quel but?
Je sais bien ce que n'est pas le voyage. Empilé comme les signes d'une réussite sociale, il m'ennuie comme une vitrine de montres de luxe et c'est peu dire. Rangé soigneusement, ordonné avec grâce comme les indices d'une culture irréprochable et de bon goût, il a tendance à me laisser légèrement sarcastique extérieurement et au fond, bizarrement, obscurément rebutée.
Je décline souvent à l'avance et avec discrétion, ce que je dois avoir vu.
Je ne traque pas le château, ni les places célèbres,
Au fond, je n'aime rien tant que la rencontre à l'improviste, comme si dans le voyage, je cherchais à prouver que j'étais, entre tous, aimée du petit Dieu Mercure, bénie par l'herbe de la Détourne, protégée par un hasard tendre et malicieux.

Rencontre inévitable :


Rencontre menteuse et gaie :
celui-ci prit la précaution de nous prévenir qu'un bon Irlandais, toujours, préférera son imagination, quand bien même la vérité serait présentable.








Rencontres minuscules dans ce qui n'est qu'en apparence un désert minéral, le Burren enclos de dalles grises, percées de fleurs entêtées.

..........
Rencontres naïves, partagées entre la gourmandise et la timidité. Vous pouvez rire. Mais cette rencontre là a vraiment l'odeur de mon enfance. Le premier âne que j'ai aimé fut irlandais et je peux même dire que le premier irlandais cher à mon cœur fut un âne. Comme Titania.
.......................
Rencontre en foule joyeuse. Ici, très précisément, au grand scandale de M'zelle Zuzu, je me suis fait pincer les fesses par un Irlandais bourré. Heureusement, Puck m'avait déjà fait le coup de l'âne et je n'ai pas succombé au charme du grand couillon modérément contrit. J'ai mesuré mon âge, non pas tant en calculant le temps depuis lequel pareille mésaventure ne m'était pas arrivée, mais devant l'incoercible fou-rire qui m'a pris. M'zelle Zuzu en tenait pour ma main sur sa face. Défendable, mais je riais trop.


Rencontre émouvante à Belfast. J'ai une particulière tendresse pour l'expression ironique et sensible de ce buveur qui attendait les jours meilleurs. Il semble, malgré tout, qu'ils soient en passe d'advenir.





Et puis, parce que toute visite à son enfant devenue adulte est une nouvelle rencontre et avec son autorisation, ce portrait de M'zelle Zuzu qui a 22 ans aujourd'hui.
Avec tout mon émerveillement.

26.4.10

Ça se passe près de vous.

Depuis longtemps, j'ai du mal avec la notion de "trouble du comportement".
J'ai dans mes brouillons, une tentative de décrire la lente mise à feu d'un enfant pas tout à fait comme les autres, qu'une succession de maladresses, de vexations et de tentatives tout aussi meurtrières de vouloir son bien ont conduit à une asphyxie psychique désespérée.

C'est une asphyxie très réelle dont est mort Skander Vogt dans sa prison suisse.
Une prison dont j'apprends avec un mélange d'ébahissement et de rage qu'il ne devait y rester que 20 mois. Pour des délits significatifs, mais payés au tarif légal de sanctions.
En 99.
Il vient de mourir après 11 ans d'emprisonnement au motif que son état mental le rendait dangereux. Il existe en effet un article du code pénal suisse qui permet le maintien en détention de manière illimité si le détenu est jugé inapte à revenir à la vie civile.

Or en 2008 un article du Matin énumérait les signes clinique de son état mental perturbé : être monté sur le toit de sa prison pour protester contre ses conditions de détention. Avoir refusé l'obligation de soins, alors même qu'il ne semblait pas y avoir eu d'expertise psychiatrique pour affirmer sa possible altération de personnalité. Avoir mis le feu à son matelas.
On y apprend qu'il s'estimait discriminé par ses gardiens, en butte à leur racisme et à leur harcèlement.
Ceux-ci on attendu près d'une heure pour réagir après le nouvel incendie de sa paillasse. Le Monde
nous dit que les enregistrements des conversations entre les gardiens et les secours sont accablants.
Je cite :
"A d'autres moments, la conversation est ponctuée d'éclats de rire. "Ça fait 50 minutes qu'il respire la fumée. Il peut crever", constate un autre agent, auquel son collègue répond : "Ouais, ben ça lui fait du bien." ".

Le cynisme, la soumission à l'ordre établi, l'impossibilité de se représenter la souffrance de l'autre, l'invalidation incessante de toute doléance ne sont peut-être pas toujours des signes de trouble personnels.
Ils sont en tous cas l'indéniable marque des systèmes pervers.

10 ans d'enfermement, dont 8 au moins qui puent l'arbitraire.
Quel choix a-t-on laissé à celui qui a été un gamin de 20 ans, après avoir été orphelin de mère à 2 ans, abandonné en Tunisie par son bâlois de père, élevé par une tante qui l'expédiera à 13 ans, sans un mot d'explication, dans une Suisse où ne l'attend qu'une famille d'accueil de l'aide sociale?
Décidément, là aussi, un beau protocole expérimental de mise à feu.

24.4.10

Je suis revenue...


Estuaire de la Liffey 2010



Aussi improbable que cela paraisse, une capitale européenne commence là...

20.4.10

deuxième carte postale irlandaise

En attendant les photos que j'ai vraiment faites, quelques clichés que je n'ai pas pris :

1) Au pied de la montagne rousse, les maisons sont entourées de talus verts, coupés d'ajoncs en fleurs. Assis l'un à coté de l'autre, chacun sur sa tondeuse autotractée, deux hommes discutent paisiblement en regardant au loin. Il reste la moitié du travail à faire.
2) La fenêtre étroite de ce pub donne sur la rivière et son éclat un peu métallique découpe le profil en contre jour de ce vieil homme.
3)Le quartier où habite M'zelle Zuzu est populaire. Partout, dans le monde, la voix des mères qui somment leur progéniture de rentrer après avoir joué dans la rue, renvoie ce son mi-inquiet mi-exaspéré. Et la voix des pères qui prennent le relais après plusieurs tentatives infructueuses, gronde des mêmes menaçantes perspectives. Marchant au devant de lui, j'ai vu Paullie, le visage contracté autour de ses tâches de rousseur, pédaler de toutes ses forces avec le visage de tous les enfants qui prient pour qu'un miracle inverse la pendule.
4) A Milton Malbay, dans le Comté de Clare, j'aurais pu prendre la photo de cette enfilade délicate de façades allant de l'orange au pêche. D'ailleurs, j'avais tout fait pour. Y compris reculer doucement pour me garer en ayant vérifié que personne ne venait derrière moi ni à gauche. Mais pas qu'une voiture venant devant moi puisse tourner à ma droite. Trop fière d'avoir conduit à gauche avec légèreté depuis mon arrivée, le petit dieu Mercure m'a punie et me voilà coupable d'une aile irlandaise froissée. L'affaire s'est traitée avec la plus sereine des amabilités et force affirmations que tant qu'il n'y avait que de la tôle froissée, rien n'était bien grave.
5) J'aurais pu prendre aussi la photo de cette cuisine d'un poste de la Garda, où le sergent nous offrit le thé et des biscuits au gingembre, avant de nous assurer que tout était allright, que les assurances allaient faire leur boulot et que puisque nous avions le temps, il nous conseillait fortement d'aller à Kilaloe, parce qu'on mangeait au "Goosers" une excellente nourriture de pub face à la rivière.
6) Ou bien encore, ce couvre-théière dans la vitrine de Lehinch qui disait :
Tea is the answer. Who cares the question?

18.4.10

carte postale

Juste un petit mot d'Irlande, en passant, pour vous dire que ce blog reprendra à mon retour.
Bien à l'abri des cendres, venue en bateau et quelque peu envieuse de ceux qui auront à présenter un cas de force majeure à leur employeur pour justifier le fait de rester.

L'Irlande est une substance psychoactive à effet immédiat et à accoutumance rapide chez les sujets prédisposés.

Le Connemara est impossible à visiter. Non pas tant à cause de ses routes étroites et défoncées, mais parce qu'il vous force à vous arrêter à chaque tournant. Le maximum que nous ayons tenu entre chaque pause est de 17 minutes.
Le minimum, une minute trente.
Parce que vu d'en bas, la lumière dorée sur le lac n'était vraiment pas la même.

Même M'zelle Zuzu, pourtant fortement prévenue contre toute espèce de mouton : " Un mouton, c'est con, a fini par craquer. Les brebis qui broutent les talus sont toutes suivies de minuscules agneaux de quelques jours, qui craignent moins la voiture que la voix humaine. Ils ont raison de se réfugier en bêlant et en trottant de toute la force de leurs 4 allumettes noires.
Au bout d'une heure, elle était prête à en embarquer un dans chaque main.
Et puis le temps radieux, le ciel, l'eau noire, le vieux pont de l'Homme Tranquille...

Bon, je vous laisse.
J'ai une Guiness à boire.

11.4.10

Ça chie dans le ventilo.

J'aurais pu faire plus littéraire et dire qu'enfin, à l'UMP, on commence à dire que le roi est nu.
Et dès lors que que l'on commence à chuchoter ce qu'on s'est si longtemps interdit de penser, il n'y a qu'un pas pour pouvoir dire qu'il est non seulement nu, mais en plus, pas aussi bien foutu que les tâcherons préposés à l'effacement des Bourrelets Royaux des "Coins de rue et Images Immondes" voulaient bien nous le faire croire.
Le dogme de l'Infaillibilité poncifiante a vécu.
Longtemps, je me suis interrogée sur le silence et la soumission d'individus de droite somme toute plus intelligents et sans doute plus fondamentalement républicains que leur monarque. Mais on n'est pas Ministre de l'Intérieur durant des années sans acquérir quelques notions de bondage. Sans être une acharnée partisanne de la théorie du complot et du tous pourris, je dois quand même dire que je le soupçonne d'en tenir un bon paquet, bien serré avec un fil de soie.
Un bon paquet. Mais à sa manière à lui, avec ce qu'il voit et perçoit du monde. Or donc, si tu n'es pas un puissant, un du premier cercle, à tu et à toi avec les financiers, le cénacle bruyant et brouillon, tu n'existes pas.
Je crois qu'il n'a pas vu venir ce qui vient, non plus du petit noyau de fidèles fascinés ou des courtisans soumis. Il n'a pas vu l'immense cohorte des petits élus qui risquent la perte d'un siège autrefois solidement arrimé à une province qu'ils ne désirent pas quitter.
Il n'a pas vu que non seulement sa griffe ne s'étend pas sur tous les députés, conseillers généraux ou régionaux, maires ou adjoints, mais encore que ceux-ci étaient les mieux placés pour entendre sur les marché, les volées de bois vert que leurs anciens électeurs adressaient au gouvernement. Ceux-là n'ont rien d'autre à perdre que leur territoire d'élection, sont bien souvent plus propres que leurs chefs et ont compris que le nom du président sur une affiche est une formidable machine à perdre.

Si en plus ils sont jeunes et maîtrisent les réseaux, ils se lâchent. Sur le bouclier fiscal, l'effarant vaudeville de la rumeur, le bling-bling, la taxe carbone...

Vu de l'autre bord, c'est assez réjouissant. Un peu agaçant aussi, parce qu'on meurt d'envie de leur demander ce qu'ils font dans cette pétaudière et pourquoi ils ne se sont pas aperçus avant que cet homme là ne voyait pas plus loin que son nombril et qu'un politique nul en histoire, pauvre en géographie, fermé à la sociologie, dont la culture s'arrête à Bigard et le sens de la justice à la couverture d'Ici Paris, fait un sinistre présidentiable.

Mais je me reprends, en me rappelant que non seulement j'admets qu'on puisse être de droite, mais en plus qu'ils sont les mieux placés pour nous débarrasser, radicalement de cette calamité.
on dirait que même Juppé, prudent comme une couleuvre, a senti le vent...

10.4.10

Signes indéniables de printemps



Après les maquereaux grillés dehors, j'ai fait la sieste au soleil. Ça tweetait à bec que-veux-tu au dessus de ma tête. Il y avait des tuiuiuiui-huithuithuit, des touiiiii-touiiiii et des ricanements de goélands qui méprisent le petit peuple des arbres.


J'ai jeté mon vieil atlas routier démantibulé, amputé de nombreuses côtes, et acheté une nouvelle édition. Celui là me servira pour atteindre Cherbourg. Celui d'Europe fera l'affaire pour me perdre sur les routes étroites du Connemara. Je prévois des sacs de couchages à mettre dans la voiture, une réserve de soda bread et de vieux cheddar.


J'ai acheté du tissu.

Je dis beaucoup de bêtises avec la Clandestine qui chantonne :
La Clandestine : On a du tissu lulu
Moi : ça nous fait du brin à coudre.
La Clandestine : ouais, on a du lin sur la planche.
Moi : Et un voile dans la main.

C'est idiot.
Mais c'est le printemps.
Demain, je vais à la plage.