15.2.10

Voie lactée, ô sœur lumineuse...


Bon, je m'étais dit que j'attendrai d'avoir lu le bouquin d'Elisabeth Badinter avant de l'ouvrir sur le sujet, mais voilà... renseignements pris auprès de mon libraire local, n'yen a plus chez lui et c'est en réimpression.
Ceci rapporté au nombre de posts, de commentaires sur le sujet-et encore je ne twitte pas- le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait sacrément causer.
Surtout les dames.
Du moins dans les pages que je fréquente, parce qu'il paraît qu'en certains endroits, le mâle frustré s'est lâché lousse dans le crétinisme gras. On mentionne pour mémoire et puis on zappe parce que je ne suis pas sûre que ce soit le plus intéressant.
Par contre, voir comment le sujet enflamme les fils de commentaires, c'est passionnant et j'en suis tout à la fois ravie et perplexe.
Je me demande si je ne vais pas la jouer flemme perverse et me contenter de dégommer les arguments des uns et des autres, parce que c'est finalement tellement plus facile que de démêler le sac d'embrouilles entre celle qui allaite depuis 4 ans, celle qui a brulé le tire-lait, celle qui croit que la révolution va abolir, outre la pauvreté, la discrimination anti-femme, celle qui vomit la purée de brocolis bio, celle qui sait que les couches ne se compostent pas, celle qui s'alarme de voir la proportion de jeunes filles qui veulent faire un riche mariage et toutes les variations de celles qui veulent dire comment elles se sentent femmes avec ou sans parcelles-mères. Je ne vous mets pas les liens, baladez-vous, vous les rencontrerez vite

Et avec tout ceci, le sentiment que beaucoup, tout en affirmant qu'il y a urgence à être femme comme on veut, aimeraient bien-oh discrètement- qu'il n'y ait qu'une façon d'être féministe.

Est-ce que cela vaut le coup que j'y rajoute une goutte, sur ce blog de dimension modeste?
Bah, je disais justement il a peu, la nécessité, parfois, d'entretenir la rumeur du monde...
Disons que j'écris pour les archives d'un monomaniaque du siècle prochain...
Bien sûr, comme l'homme qui cherche sous le réverbère, la montre qu'il a perdu dans le bois, parce qu'il y de la lumière à cet endroit, il est bien possible que je ne situe rien de mes propres impasses.
On n'arrive pas à quelques encâblures de son demi-siècle sans avoir condamnés quelques-uns de ses projets. En quoi cela tient au hasard, à ma personnalité ou bien au contraintes invisibles que l'on autopsie si facilement chez les autres?
Ma foi, vous vous en débrouillerez.

J'ai beaucoup de mal avec le syllogisme déployé sur les couches lavables :1) il existe un courant qui en fait la promotion. 2) c'est toujours les femmes qui font les corvées. 3) donc il ne faut pas pousser les gens l'adopter.
Mais non d'un chien, pourquoi est-ce qu'on continue à prendre acte du numéro 2 comme s'il allait de soi? Et pourquoi, c'est l'inverse qui me semble toujours aller de soi.
Pourquoi est-ce que les copines, l'œil humide, continuent à couver avec admiration l'Homme pourri de défauts en me disant que j'ai de la chance? Moi, je trouve qu'il a bien eu de la chance d'avoir une femme qui n'a jamais lié le repassage au génome.
Il arrive aussi qu'on fasse avancer les questions en affirmant, mieux, en incarnant que la question ne se pose même pas.

J'ai aussi lu un post qui tenait pour argument que les couches lavables, c'était bourgeois, comme les purées maison et qu'il ne fallait pas en parler parce que ça allait culpabiliser la pauvre mère célibataire qui rame déjà avec ses 3h de transport en commun.
Merde. Pour le coup, le fondement a failli m'en escaper.
Des pauvres, j'en vois. Beaucoup. J'en touche et même j'en humme. Ben oui, des fois, le pauvre s'habille mal. Il fait de la malbouffe à ses gosses, (parce qu'il ne connait le blog de la cuisine de 4 sous), il n'achète pas de macarons à la rose et rendez-vous compte, il n'a même pas d'ordinateur pour lire ceux qui le défendent.
Les pauvres, depuis longtemps, ça sait que ça fait comme ça peut. Et c'est pas sûr effectivement que le jour où il lui tombe un sou de plus, il considère la couche lavable comme une priorité.
Mais je vous promet que le jour où je vois un blogueur renoncer à son ordi pour ne pas peiner un pauvre, promis je vais à Canossa, à pied et en espadrille biodégradable.

Quand j'écoute toutes ces femmes qui crient à la culpabilisation des femmes, je me demande toujours pour quoi j'ai été si difficile à culpabiliser.
En fait, je me fous un peu de la façon dont les femmes décident d'être femmes et féministes.
Je me fous beaucoup moins de la façon dont les sociétés sont féminisés ou non.
Et là, il y a bien entendu des constats d'alertes, que je partage absolument.
Oui, il existe des menaces sur les plannings familiaux, oui, dans la machine à broyer que sont nos sociétés avides, les plus vulnérables seront encore les femmes, oui la richesse mondiale est au mains des hommes, oui, nos pays entretiennent des liens diplomatiques avec une infinités de pays pratiquant une forme ou une d'Apartheid de la moitié de l'humanité.
Et oui, il faut continuer à élever la voix.

Mais, depuis les années 70 et les bons souvenirs de colloques animés
dans lesquels j'étais petite souris, il me reste une question, peut-être encore plus obscène que celle de la purée de brocolis roulé sous l'aisselle :
comment se fait-il que les femmes, celles-là même qu'on écrase sous la responsabilité de l'éducation des enfants, n'aient toujours pas appris à leurs petits mecs à faire une lessive?

Peut-être, suite demain...

12 commentaires:

Kozlika a dit…

Rhoooo, m'dame, ta dernière question est sérieuse ? C'est dans le package de l'oppression ça, aller jusqu'à la reproduire soi-même. Encore n'est-ce que "statistique" si j'ose dire, certain(e)s parvenant à s'en extraire et d'autres non et puis aussi que les mères ne sont pas les seules à élever leurs enfants, ce qu'ils voient autour d'eux, chez les copains, à la télé, dans le monde de dehors quoi, ça joue aussi un poil :-)

Sur les couches lavables, t'sais quoi ? j'ai pas d'opinion bien tranchée mais j'ai une copine qui dit dans les commentaires de chez Samantdi « je reviendrai aux couches lavables quand les mecs s'en occuperont à 50/50 ». Et là Badinter a un peu pas tort aussi : pourquoi ne milite-t-ton pas pour les couches lavables ET des couches jetables recyclables aussi ? Histoire d'avoir le choix.

Du même tonneau, réclamer l'allongement du congé maternité pour donner aux femmes qui le souhaitent les moyens de suivre les recommandations de l'OMS sans compromettre leur place professionnelle ET l'augmentation du nombre de places en crèche pour celles que le pouponnage lasse plus vite que les autres ? Et, pourquoi pas aussi d'ailleurs, le renouveau des nourrices allaitantes. Encore le choix.

Marianne a dit…

Au risque de faire un commentaire vaseux sur une question obscène , il me semblait qu'il était courant pour les mâles de faire leur lessive à la main.Pour le reste je ne suis pas compétente pour dire qui doit faire la cuisine , le ménage et prendre du plaisir avec les mômes lorsque la porte du nid familial est fermée et même si elle reste ouverte.

anita a dit…

Io sister!
La dernière question est -un peu plus qu'à moitié- sérieuse.
Car finalement, le stigmate le plus durable de l'oppression et le plus difficile à déverrouiller, c'est bien celui qui consiste à attendre que l'AUTRE bouge et au passage, l'attendre comme les juifs attendent le Messie : En étant suffisamment sûr qu'il n'arrivera pas pour s'épargner la perte des bénéfices secondaires.
Alors à la copine qui écrit "JE me mettrait aux couches lavables QUAND etc..."
j'ai fortement envie de répondre:
"Cocotte, avec un bébé, t'es déjà partie pour un bon demi-millier de lessive en deux ans. Commence, au lieu de choisir le mec qui fait le plus baver les copines, celui qui sait DEJA appuyer sur bouton de la machine. Si tu commentes chez Samantdi, tu ne fais pas partie du quart-monde, ni, probablement de l'Opus Dei.
J'en ai trouvé deux, nés avant 68, ça doit pas être introuvables maintenant.
Je suis partie près d'un an en formation, comme d'autres collègues. J'en connais qui ont passé leur WE à faire la cuisine pour remplir leur congélateur de petits plats préparés.
Je suis partie sans me retourner, je suis revenue sans toucher un balai.
Je sais, je suis une mauvaise mère".

Cette histoire de rapport à l'oppression, cela me rappelle un vieux dessin de WOlINSKI : un cadre syndical fait face à des ouviers, muets et visiblement sceptiques.
"Camarades, nous avons rendez-vous avec le patronat, il faut nous dire quelles sont vos revendications!
.......
-Allons camarades, c'est le moment!Salaire, primes, cadences?
Un ouvrier, la clope au bec, lâche finalement:
-Nous voulons la Révolution.
-Mais ça va pas camarade! jamais le Patronat et les syndicats n'accepteront...

Et si, plutôt que de brandir la l'effigie de nos sœurs aliénée, nous commencions par faire le ménage, mais dans nos couples et dans nos familles?
Pourquoi Badinter choisit de stigmatiser quelques extrêmes au lieu d'entendre que la plupart des femmes sont capables d'être dans "le lavable, le recyclable et même le polluant si j'ai pas le temps."
Tu crois pas que Badinter s'est précipitée sur la Leche League comme la droite sr le hiqab?

Anne a dit…

Je disais chez Otir l'autre jour que je déplorais notre incapacité à vivre ensemble harmonieusement dans nos différences, en substances.

Et que ces levées de bouclier ouvraient de bien belles brèches à ceux qui cassent les outils qui nous permettent de faire chacun nos choix. Dont acte.

Et je souris à ta conclusion. Ma belle-mère, fort vietnamienne et ex petite-fille très gâtée, a fait du très bon boulot en estimant que ça allait bien qu'elle se cogne déjà l'essentiel du ménage parce que femme.

Et engendré un Amoureux (pour moi) qui sait utiliser un aspirateur et un lave-vaisselle. Et lui a fait un petit frère tardif à qui il a administré nombre de biberons et changement de couches.

Du coup, entre le fait d'incarner, comme toi, par le geste, que non, c'est pas une fatalité, et sa propre formation, je me dis que oui, si les hommes avaient été éduqués tous comme ça, peut-être que les femmes et les hommes seraient plus facilement concentrés sur l'essentiel du fonctionnement de notre monde et pas s'écharper sur le brocoli bio ou pas et les couches lavables...

Kozlika a dit…

Hey, t'as qu'à lui dire toi même à la commentatrice 50/50. Une certaine anita, pêcheuse de baleine. Hi hi.

anita a dit…

Arff!!!!!
ce qu'il y a de bien dès qu'on a admis que l'inconscient était un sale con, c'est qu'on ne s'ennuie jamais.
Non mais quelle gourde, cette Anita qui essaye pieusement de ménager chèvre et chou!

Ça mérite un prochain billet.
Avec mauvaise foi, rationalisation, enfonçage de porte ouverte, fautes d'orthographe et peut-être même des morceaux de réflexion dedans.

pl4n3th a dit…

Hello Anita,
après avoir lu tous ces commentaires sous les billets dont tu parles, je choisis de commenter chez toi.
Parce que je ne l'avais pas encore fait, et parce que ta position fait le plus écho à la mienne (ou l'inverse !).
Dans tout ces discours, ce qui me frappe le plus et ce dont personne ne semble choqué c'est une fois de plus le discours comminatoire employé à l'endroit des femmes : "faites comme ça parce que c'est pour votre bien/ mieux pour votre enfant/ que sais-je encore..."
Imaginez-vous le même ton employé vis-à-vis des hommes ?
Nous sommes au 21° siècle et les femmes sont encore traitées comme des mineures. Me revient de mémoire cette loi (?) criminalisant la consommation d'alcool chez les femmes enceintes. Mais m...e, laissez- nous notre libre-arbitre.
Et moi z'aussi j'ai choisi de laisser mon Chéri se dépatouiller avec la vie familiale quand je m'en vais sans un regard en arrière. Mais j'ai la très désagréable sensation que l'exemple n'a pas percolé dans l'inconscient de mon 1° satellite. Plus macho que cet ado, tu meures. Bref, c'est pas gagné !

Fauvette a dit…

Moi je suis vraiment très surprise par l'emballement bloguesque sur ce sujet !

Tant mieux si cela permet à certaines d'ouvrir les yeux !
Dans mon entourage professionnel, je remarque de jeunes papas, très concernés par l'éducation de leurs enfants, et qui parlent de ménage à faire, des courses... avec un grand naturel. Rassurant non ?

Alors je me sens rassurée. Ils ont eu des mères qui les ont bien éduqués !
Bon, ils ne sont peut-être pas représentatifs de leur génération, je ne sais pas trop.

Et puis, je vois aussi de jeunes mamans, qui ne voudraient pour rien au monde être "dépossédées" de leur prérogatives à la maison. Si, si, cela existe encore ! Elles estiment que c'est à elles de faire le ménage et les courses, etc... Là, il y a du boulot à faire !

JEA a dit…

Voilà qui me rappelle aussi des débats épiques sur les femmes pratiquant l'excision...

LaVitaNuda a dit…

Au départ je me disais : il vaut mieux parler du dernier livre d'E.Badinter que du dernier BHL, mais à la vue des commentaires... je me tâte...
En tout cas, je me souviens d'avoir lu XY de la même, et d'avoir trouvé ce livre très intéressant. Du genre, livre "féministe" (guillements, car le mot est porteur de pas mal de sens contradictoires) qui intéresse les hommes.
Si si, c'est possible !

LaVitaNuda a dit…

Bien sûr, je parlais des commentaires dans les médias en général.

FD a dit…

Allez zou, depuis le temps que je lis en silence, il serait grand temps que je sorte de l'ombre ! La question finale de ce billet est peu ou prou celle que je me pose depuis bien 20 ans et j'aurais aimé y trouver réponse ça et là...Un jour. En effet, comment se fait-il que dans une société qui confie/refile l'éducation des enfants, donc des garçons, à la mère, nous les femmes soyons encore sous ce joug masculin ? Comme si en élevant nos garçons nous nous autosabordions sciemment, en reproduisant un schéma, un mode de fonctionnement (ou une hiérarchie, comme on veut...) qui nous laisse sur le trottoir. Je me posais la question déjà avant de devenir mère... Et le destin m'a faite mère de 3 jeunes mâles...un peu comme si j'avais entre les mains le moyen de changer le monde à mon échelle !
OK, ça ne répond pas à la question...
Pour les couches j'ai fait les 2. Et le coup des couches à laver à partager équitablement est un faux problème : la machine à laver et le sèche-linge sont nos amis, la question devrait se poser pour toutes les lessives en général. Un peu comme si on disait "bah non j'achète pas de draps parce que c'est moi qui m'y colle, à la lessive"...