17.2.10

L'histoire d'une femme qui n'était pas mon genre.

Ne pas vouloir d'enfant, c'est se préparer à des regrets.
Allaiter, c'est aliénant.
Travailler avec des enfants jeunes, c'est passer à côté de quelque chose d'irremplaçable.
Accoucher sans péridurale, c'est masochiste.
Le voile c'est la soumission.
Le string, c'est la soumission.
Les purées maisons, c'est de l'esclavage.
Les petits pots N..lé, c'est le formatage.
Le nourrissage à la demande, c'est se plier au diktat du bébé
Le nourrissage à heure fixe, c'est se plier aux diktats de la société.


Mais.
Mais je ne dis ça que pour mon propre compte.
L'important dans tout ça, ma sœur chérie, c'est que tu te sentes libre de faire comme tu veux. Parce que tu vois, ta liberté, c'est ce pourquoi nous avons tant lutté.


D'où nous vient ce sentiment de menace double? Nous nous trouvons heurtées de toute ces façons d'être femmes et tout autant de nos désaccords, comme si chaque trait posé risquait d'effondrer la perspective.

Comme je le disais dans mon précédent post, tout en affirmant que le but ultime est de prouver qu'il y a toutes les façons d'être femmes, il se renvoie partout, plus ou moins amèrement : "est-ce donc ça, être féministe?"

Je vois rarement les hommes dans une telle incertitude du fait masculin. Par contre, ce que j'entends là, il me semble l'avoir entendu delà même façon dans d'autres positions, vécue de l'en dehors ou de l'en dedans comme minoritaire.
C'est ainsi que certains noirs se font traiter de bounty, (noir dehors et blanc dedans) avec le même soupçon de traitrise. C'est ainsi que souvent, le regard se détourne des cibles encore à atteindre pour se centrer sur des convulsions intestines.

Est qu'il en va ainsi de tout militantisme? Est-ce seulement la nécessité de la lutte qui codifie ainsi le bon et le mauvais, non pas seulement en soi, mais au regard des objectifs?
Est-ce chez les femmes, compte tenu de l'extrême complexité des liens mères-filles, la marque plus archaïque, plus durable du tabou de la rivalité?
(Peut-être, sur ce dernier point, cela vaut le coup que je fasse une incise pour situer de quel endroit je parle. Oui, je pense que la théorie psychanalytique de l'Oedipe est fondamentale. Oui, je pense également que cela ne fabrique pas tout à fait les mêmes enjeux de l'aborder d'une place de fille et d'une place de garçon. Grossièrement, on peut dire que du sein au fantasme de pouvoir épouser sa maman, le garçon ne change pas d'objet de désir. L'objet change de nature, mais pas de support. Il a toujours été là et le troisième personnage, le tiers qui arrive dans l'histoire pour dire "Eh ,bonhomme, je t'aime bien, mais celle-ci, c'est MON amoureuse, il a toujours été en place de troisième. On peut considérer sans effroi de s'opposer à lui.
Chez les filles, ça me semble de fait un poil plus complexe. Il va falloir que je lâche un objet dispensateur de confort, de chaleur dans lequel j'ai habité des mois, dont l'odeur et l'émotion m'ont marqué d'une façon indescriptible, pour un autre objet extrêmement désirable sans doute, mais quand même arrivé plus tard dans l'histoire. Et je pense que je n'arriverais jamais totalement à traiter en tiers, cette dame qui fait obstacle entre moi et mon objet de désir.
Au fond, un garçon, tant qu'il ne tombe pas sur la limite, c'est à dire sur les effets de la rivalité, il peut tenir cette dernière à distance. Pour la fille, la rivalité est déjà là pour elle, entre ses deux objets internes.

Et je me demande combien de temps les psychanalystes vont feindre de croire qu'une expérience aussi différente dès l'origine n'aurait aucune trace, aucune portée dans le cerveau, la psyché, enfin bref dans le système qui se charge d'organiser et de maintenir le sentiment de nous-même.

Le sentiment de nous-même.

Et voilà que cette longue incise sur l'œdipe, qui m'embarrassait bien que je la trouvasse nécessaire, me fait retomber exactement là d'où j'étais partie. Au point que je vais laisser en coquetterie stylistique, la parenthèse ouverte en haut, sans la fermer en bas.

N'est-il pas temps que ce sentiment de nous-même ne ballote plus au regard de l'autre, qu'il soit homme ou femme?

Battons nous pour des sociétés féministes, pas pour que les individus le soient à ce qui, nécessairement, est notre convenance. On peut choisir d'accoucher sans péridurale tout en veillant à ce que la société fabrique assez d'anesthésistes pour les pratiquer. On doit penser et encadrer les différents choix de maternité pour en limiter l'impact sur le travail des femmes et sur sa rémunération, tout en acceptant qu'il y ait des femmes qui choisissent de ne pas contribuer aux revenus du ménage.

Pour celles d'entre nous qui ont connu le manifeste des 343 salopes, qui ont déverrouillé des professions réservées aux hommes, qui ont librement ouverts les bras à ceux qu'elles désiraient, il a quelque chose d'infiniment secouant à voir une jeune fille déclarer qu'elle veut juste faire un riche mariage.

Pensez, sisters, que nous ne sommes pas les seules.
Pensez à Herz, à Marconni et tiens, à l'oublié Bathélémy. Des vies d'ingénieurs, de scientifiques passionnés, un flux continu de génie humain, de rigueur et de curiosité intellectuelle qui des ondes hertzienne à l'invention des diodes et du tube cathodique
nous donnèrent cette merveille : la télévision.

Et la ferme des célébrités.

Tout ça pour ça?

Oui.

Nous nous sommes battues et nous continuerons à le faire pour des femmes qui, décidément, ne sont pas toujours notre genre.

10 commentaires:

luciole a dit…

Je viens de pondre le mien de billet c'est ici: http://lucioletome2.com/dotclear/index.php/post/2010/02/18/Je-doute-donc-je-suis-...-maman.

Comme toi je suis en effervescence de tant de choses à dire et à remuer, mais fainéantise quand tu nous tiens, alors en voilà au moins un.

Kozlika a dit…

C'est en mode décousu (j'ai ma logique interne :-P) mais je pense à Françoise Giroud et son : "La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente." (qui a dit : Sarkozy l'a fait ?) et à la revendication du droit au mariage des homosexuels, qu'ils soient individuellement pour ou contre afin d'avoir le droit de faire les mêmes conneries, revendication controversée en leur sein.

anita a dit…

@Luciole : bien contente de te voir ici! Nous nous croisons et je passe souvent silencieusement chez toi. C'est l'occasion d'être moins silencieuse.
@Kozlika : et moi, par association d'idée, à une page de Brétecher, dans les Frustrés, où l'on voit une femme se plaindre de l'inconscience de l'Autre, des exigences perpétuelles et du manque de reconnaissance, sous prétexte qu'elle est à la maison et que l'Autre travaille, jusqu'à la dernier image où l'on s'aperçoit que l'Autre est une femme. 35 ans déjà, bigre...

cultive ton jardin a dit…

"Grossièrement, on peut dire que du sein au fantasme de pouvoir épouser sa maman, le garçon ne change pas d'objet de désir."

En étudiant (il y a trèèès longtemps) le texte concernant le petit Hans, je m'étais aperçue de quelque chose qu'on ne remarque jamais. En tous cas pas à ma connaissance: ce gamin s'identifiait massivement à sa mère. Il prétendait avoir un bébé dans son ventre, et ni son père, ni Freud ne semblaient s'apercevoir de l'importance de ce détail. Ils se contentaient de l'évacuer en disant que les hommes ne font pas d'enfant, et basta. Par contre, ils disséquaient avec précision et constance tout ce qui allait dans le sens de la rivalité avec le père, tout ce qui était du côté de l'identification MASCULINE.

Du coup, je me dis que c'est peut être délicat pour une fille de changer d'objet de désir, mais ça ne doit pas être simple pour un garçon (ça ne l'était pas pour le petit Hans) de changer une identification majoritairement féminine en identification majoritairement masculine.

Cunégonde a dit…

C'est parce que je suis presque sûre que ne pas vouloir d'enfant c'est la meilleure façon de ne pas avoir de regrets que j'en veux pas;
Oui Kozlika, il faut militer pour le droit au mariage des homosexuels, nous devons avoir nous aussi le droit de non quand on nous demande en mariage car dans l'état actuel des choses, c'est trop facile de refuser!:-]]

l'âne Onyme a dit…

Et si la liberté, si la liberté d'être femme, d'être femmes c'était de se moquer comme de l'an quarante, soixante huit ou autre de ces glossateuses, prédicateurs, conseilleuses ?
Qui prédicatent comme d'autres caquettent, qui comme l'histoire se répètent ou balbutient, changent d'avis comme de chemise, de chemise en fonction des modes. Bref d'être SOI. Parce que être une femme c'est aussi être unique, avec ses idées sur son corps et sur ce que l'on doit en faire, sur l'éducation de ses enfants et sur ce qu'elle doit être.
S'inventer femme, n'est ce pas là la liberté ? N'est ce pas ce qu'il faut revendiquer ?
Et puis lire Bobin, qui parfois en dit de bien belles choses.
Moi de toute façon, ce que j'en dis, hein ! Je ne suis qu'un homme qui essaye de s'inventer hommes. Pas évident non plus.

anita a dit…

Merci de ton commentaire, Cultive ton jardin, et de ton éclairage. Tu as bien compris que je ne voulais en aucun cas faire une échelle de valeur. Simplement signaler que des contraintes légèrement différentes pesant sur les deux sexes, cela me paraissait inimiginable qu'il n'en reste rien dans l'espace psychique.
Et comme il me semble inimaginable qu'il n'y ait aucune traduction de la psyché en terme d'association préferentielle de neurones...
Mais ça fera sans doute l'objet d'un billet. Sauf flemme.

Tili_TousAutourDuMonde a dit…

Être femme est bien compliqué les différences de l'une à l'autre sont elles plus grandes que l'étendue des facettes d'un seul individu ?
Des bises ensoleillées.
Tili

Ciorane la pauvresse a dit…

Pour apporter un témoignage perso, je ne me suis jamais sentie femme ailleurs que dans le regard d'un homme, parce qu'il est différent. Quant au regard de la société, je n'arrive déjà pas à me sentir exclue en tant que pauvresse, sans doute parce que je m'en fous d'être dans cette société, je suis bien à côté, alors peu m'importe ce qu'elle pense de moi en tant que femme.
Pour ce qui est d'être mère, je n'ai jamais ressenti ce célèbre instinct maternel, je fais juste ce qui s'impose à moi comme une évidence sans trop creuser le pourquoi. Mais en sachant qu'il faut être d'abord une femme épanouie dans sa vie pour être une mère pas trop nase. J'ai toujours été femme avant d'être mère, ça n'a peut-être pas toujours plu aux gamins mais, sur le long terme, je crois que c'est mieux. Aussi bien, d'après ce que j'en ai vu, les gens qui se sacrifient le font toujours payer aux autres un jour ou l'autre.
Bon, c'est pas trop clair, tout ça... Mais si la vie humaine était simple, ça se saurait, non ?

Lyjazz a dit…

Très juste ce que dit Cultive ton jardin. Pas si facile d'être un gars équilibré. Et d'en parler. Ou de parler du fait que les gars ont du mal à prendre leur place aussi, à partir du moment où ils quittent le chemin tracé par leur pères. l'âne Onyme en parle.
Et puis je voulais aussi revenir sur ces hommes célèbres qui ont commis des tas d'inventions. Pour la plupart, ils pouvaient se consacrer à leurs recherches parce qu'ils avaient..... une femme à la maison.