31.8.09

Figures imposées.

Décidément, je suis inapte aux figures imposées.
Pas rétive,non : j'ai beaucoup affecté de l'être pour masquer une véritable impossibilité à tenir longtemps un canevas à l'avance établi.
Je m'y empêtre, la langue s'alourdit, la poussière se dépose, les cartes se perdent.
Il faut et je soupire. Il faudrait, le remord pointe et je prend le premier chemin traversier.

VOYAGE


Voilà que ce récit de voyage s'étiole, alors même que le voyage lui même continue son sillage enfoui, qu'il en remonte encore au fil des semaines, d'étranges fleurs, figures libres d'un souvenir en train de faire mémoire, en s'agrégeant comme naît l'atoll, de proche en proche, de loin en loin.
Peut-être aussi que ce qu'il y a à partager de ce voyage, c'est qu'on peut vivre très profondément qu'il n'y ait rien à en raconter.
Ou bien par bribes, comme ça, échappées du bistrot de la cale, tard le soir.
Oui, oui, en regardant loin derrière la glace du comptoir...
Rien à raconter, parce que rien, jamais, ne m'a imposé de me trouver un jour de juillet septentrional, dans ce port démesuré et presque vide. Seuls quelques ilots marquaient quelque activité. Là où la vie était, elle était volontiers frénétique, mais elle ne suffisait pas à éteindre le silence des entrepôts déserts.


J'ai croisé du sel, du bois, des hélices de navires qui avaient l'air de jouer à la guerre des étoiles. Des cuves à gaz flambant neuves partiraient un jour pour Abu Dhabi.
Les mêmes, rouillées jusqu'à l'os, iront à Karachi.
Il y a décidément plusieurs trous du cul du monde dans le monde.

L'un d'eux était ce port de Gävle, où j'ai voulu prendre la photo la plus terne de toute mon existence, parce qu'il n'y avait rien à faire ici et où j'ai dansé dans la caverne de sel parce que je m'y suis sentie légère et drôle comme jamais.



FAMILLE

"Où est-on mieux qu'au sein de sa famille?"
"Partout ailleurs!" s'esclaffait ma grand-mère qui préférait vraisemblablement Bazin au bassinant Marmontel.
Longtemps, j'ai fui les réunions de famille. Figures explosées, sauts périlleux dans le vide, juges impitoyables, notes truquées. J'ai attendu de prendre de l'âge, pour regarder avec plus d'humour, l'enfant que je suis encore, tout à tour reprendre et tenter de se défausser des vieilles marques, des antiennes connues, des bastions trop souvent défendus. N'en finit-on jamais avec le besoin de réparation?
Allons, on aménage, on desserre quand même les tenailles rouillés. On ne s'offusque presque plus et quand on ne tient plus le trop grand bruit, on s'en va.
Et puis, au bout du bout, ne viennent finalement plus que ceux qu'on aime, d'une tendresse qui n'a plus rien à voir avec les obligés.

Cette année fut belle. Sans doute parce que la figure imposée, c'était justement de s'inventer d'autres rôles. Durant notre familiale, épisodique et aléatoire "semaine de création", nous avons servi des textes que nous aimons, nous nous sommes déplacés, décentrés, pour dire mieux et nous y avons gagné chacun une part supplémentaire de liberté. Celle-ci est venue sans ses enfants, lire une vieille lettre ensevelie dans une armoire et dans l'évitement du choix, celui-là a raconté la triste sardonique histoire d'un employé modèle, Diogène a joué du chien à poil dur et j'ai joué avec un couteau sans spécialité. Il fut aussi question d'un mal aimé, des hommes que j'aime, d'un chant général, de Salvador Puig Antich et de la voix déchirante de Benjamin Fondane et d'autres beaux mots comme des vieux potes ou de fulgurantes rencontres.
C'était vraiment bien.

Ce qui tendrait à prouver qu'avec un peu de poésie, la vie, c'est pareil, mais en mieux.


TRAVAIL:

Ils vont me demander de parler de la grippe. Je crois même qu'ils vont me demander de montrer comme les hôtesses de l'air, comment on met et on enlève un masque chirurgical.
Je vais essayer de ne pas rire.

13.8.09

Voyage en bleu

J'ai été tagguée par Gilsoub en bleu et en sept.
Voilà donc sept petits bleus de mon voyage.
Un bleu grue:


Un bleu corvée. Ou bien, c'est selon, l'ultra-chic marin qui assortit les pelles aux manches à air.


Du bleu container :

Et celui-là, une dédicace à Yves.



Du bleu à la dérobée, à l'ombre de la cargaison.


Le bleu impassible de l'attente au large de Kaliningrad. Nous dansions doucement sur l'ancre et attendions le pilote.

Le bleu nuit de l'arrivée à Gävle, dans ce chenal si étroit que nous aurions presque pu toucher les balises de la main.

Comme toujours, la prend qui veut! Meerkat, un petit chat bleu? Du bleu, déjà plein chez Boutoucoat,mais elle en a sûrement en reserve. Still?

11.8.09

Embarquement 4.


Sans doute n'est-il de voyage absolu que dans la contemplation.

Quelqu'un vient. On échange des mots. Et bien qu'il soit question du pays, là-bas, de ces Iles Philippines semées sur la mer, on est déjà sorti de la géographie.
Les mots, doucement, vous arriment, vous suturent à l'histoire.
Le second regard sera différent.

8.8.09

Embarquement 3.



Le voyage, par un paradoxe, commence à l'escale.
Et l'escale, autre déplacement de l'habitude, n'est en rien du repos.
Très tôt et jusqu'à très tard, une multitude de véhicules sillonnent le terminal, de toutes couleurs et de toutes tailles.
Il y en a de très petits, véhicules de sécurité d'un rouge éclatant, des tracteurs pour amener et retirer les échelles de coupées, des camions citernes, d'immenses faucheux qui vont chercher les containers et...
De souriantes grenouilles qui les transportent à bord :


Parfois, cela travaille aussi coté mer : ici, cet homme concentré écoute son tuyau de vidange d'huiles usées.


Tout ceci forme une tornade disciplinée, une agitation méthodique où tout est prévu et rien, jamais, ne doit être laissé à la routine.
Le chargement des containers dépend, non seulement de leur port d'embarquement, de leur contenu et de leur poids, tout autant que de leur destination.
Tâchez d'imaginer, vous qui, comme moi, avez certainement toujours besoin du dernier de la pile, ce gigantesque jeu de pousse taquin. Il ne doit pas seulement être joli à l'œil : il doit être équilibré, quelque soit le temps, se défier de l'explosif et de l'inflammable et être prêt au déchargement avec le minimum d'effort.

Les dockers, si vite qu'ils aillent à terre, mettent une surprenante délicatesse à l'opération de grutage. Comme s'ils mettaient un point d'honneur à n'ébranler que très doucement le bateau.
Plus encore que le roulis, je crois que c'est ce mouvement qui a imprimé en moi une sensation que je découvre destinée à une durable nostalgie.
Le plus troublant, dans ce voyage, ce n'était pas d'être seule femme au milieu d'un équipage d'hommes. C'était, allongée sur ma couchette, de découvrir qu'un bateau qu'on charge a le même mouvement ample et doux qu'un lit où on fait l'amour.

6.8.09

Lazy Woman

"Lazy woman!" me dit l'ami Max en arrachant les mauvaises herbes à ma place.
Mais mon ami Max, qui refait un, non, deux bateaux, une grange en ruine, un vieux fourgon et héberge le cheval de sa fille, n'a définitivement pas les mêmes critères que moi.
Toutefois, il a raison. J'ai tout juste lavé mes p'tites brassières de voyage. Les photos sont en vrac dans l'ordinateur, les posts à moitié rédigés, j'ai pas appelé mon pôpa, ni fait les bagages de miss Bibi.
J'ai l'impression qu'il fait soleil absolument partout dans le monde, même la nuit, sauf chez moi.
Il fait un temps à bronzer sous la couette.
Qui m'aime m'y suive, tiens.

3.8.09

Embarquement 2.



Dès cinq heures du matin, j'ai vu le port s'éveiller, bruire, puis sonner dans toute une gamme d'alarmes.
Il y a des portes, des avis impératifs en allemand et dans un anglais que je ne comprends pas, des barrières de sécurité, des interphones.
Il y a des gens qui vont et viennent avec l'assurance un peu appuyée de ceux qui, souvent, travaillent sous le regard des néophytes.
Il est vingt heures, maintenant, sur le quai de Bremerhaven, j'ai un peu moins de 1500km derrière moi et je vais pour la troisième fois en vingt-quatre heures demander si quelqu'un en sait un peu plus sur l'arrivée de ce cargo, prévue, selon diverses sources entre midi et minuit.
Il est vingt heures, je suis un peu perdue et bien sûr, pointe la question lancinante des voyageurs et des amoureux : fallait-il se donner tout ce mal?

Mais il y avait cette voix. Elle a troué ma solitude, m'a promis, non pas monts et merveilles, mais une place auprès de lui, la chaleur, la sécurité, le confort. Elle m' a dit viens, qui est sans doute le plus beau mot de toute langue, et je l'ai crue. Je suis venue, irrésistiblement attirée par les mystères enclos en quelques mots. J'ai franchi en aveugle des bois et des plaines mornes. .
Et maintenant, j'attends.
Vous avez dit, comme tous ils font, que vous rappelleriez. Je suis sûre, comme toutes elles le sont, que vous allez le faire.
Que vous ne vous seriez pas donné la peine de m'appeler du milieu de la Baltique, pour me laisser échouer, comme cet autre traître, sur le quai de ce terminal.
Oui, vous allez rappeler et, cher Capitaine, je prie à cet instant pour que vous ne ressembliez pas à votre voix et que vous fassiez pour de bon 1m50 et 110 kgs.
Et teutonniquement chauve.
S'il vous plaît.




Le Reinbek est à quai. On m'invite à rouler ma valise jusqu'à un portillon, qui ne s'ouvrira que lorsque que la navette chargée de me déposer devant la passerelle, arrivera.
Le shuttle est un vrombissant petit insecte noir et blanc, efficace et indifférent. Il m'expulse sans un mot juste devant un immeuble de dix étages encore plus long que haut.
Trois sourires, trois poignées de main, quatre escaliers raides comme des volées hollandaises et me voilà temporairement propriétaire de 12 m carrés de liberté à la fois circonscrite et presque totale.
Fort bien insonorisée des vibrations aériennes, je peux y dormir toute la journée s'il me plaît, m'y exercer à l'opéra ou au poirier, lire, rêver ou vous écrire, personne ne viendra m'y déranger.
Le plus difficile, finalement, aura été de franchir cet espace hérissé d'inconnu qu'est un terminal de containers.
Maintenant, je sais, je parle la langue, j'ai été admise. J'en ai une enfantine vanité et le cœur battant.


Ah oui : le Capitaine est charmant. Son petit garçon aussi.

1.8.09

Embarquement.


Le voyage en cargo, finalement, n'est rien d'autre qu'une forme de retraite laïque.
Comme à la Trappe, on y entrera avec l'espoir vif, un bagage bien trop abondant pour l'usage véritable qu'on en fera, la promesse fervente et naïve d'utiliser ce temps pour aborder enfin des territoires intellectuels trop longtemps négligé, un peu d'appréhension, un peu de coquetterie aussi.
Et comme au couvent, la question " comment vais-je penser au mieux durant ces deux semaines?", masquera des interrogations, infiniment plus prosaïques, mais certainement plus sincères : "Vais-je m'ennuyer, seule avec moi?", "Est-ce que je ne vais pas en avoir absolument assez au bout de deux jours?", et par dessus tout : " comment vais-je manger?"

Très bien.
Sobrement, abondamment et avec une régularité de métronome.

Par contre, je n'ouvrirai que rarement ma méthode de breton, pas du tout ma boîte d'aquarelle. Quand au livre de Damazio, je l'ai tout simplement oublié à terre.

Mais alors qu'ai-je fait?

J'ai regardé la mer, j'ai déniché tout les recoins à l'abri du vent mais exposé au soleil, j'ai pris des centaines de photos, j'ai parlé, peu, mais bien, dans un anglais aussi approximatif que celui de tout le monde.

J'ai écouté en moi, une somme considérable de minimes apaisements.

J'ai cherché des îles dans la brume légère, j'ai tâché de deviner la destination d'immenses bateaux dessinés sur la ligne d'horizon comme des jouets de grands.
Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

Il ne s'est rien passé.

Rien, et pourtant, je vais tâcher de vous faire partager ces temps du cargo, temps d'ailleurs et d'autrement, temps marqués par l'attente, le rite et la veille. J'ignore absolument comment je vais m'y prendre, j'ignore ce qui vous parviendra, hors la mer, du vent, de la fascination du sillage sans cesse ourlé, de la vibration chaude et retenue des moteurs puissants, des gestes mesurés, de la parole brève et de la tâche bien faite.
Mais je vais essayer.

24.7.09

A PORI (E)

Ceci est une spéciale dédicace à la charmante Tippie qui m'a fait les honneurs de sa ville et en particulier de sa statuaire pour le moins...euh... pour le moins euh, c'est exactement ça.
Donc tout spécialement pour elle, deux exemplaires de statues finlandaises, l'une à Pori, l'autre à Rauma.
Et puisque Gilsoub ne traîne pas loin, pourquoi ne pas proposer pour l'été un hors série sur le sujet " Et chez toi, le conseil municipal a choisi quoi?"



Je vous ai écrit de Bremerhaven, toute à la joie d'être arrivée.
Je ne vous ai pas écrit du canal de Kiel.
Je vous ai écrit de Kaliningrad. Mais la douanière campait dans sa guérite mobile sous la passerelle et je n'ai pas touché la terre russe.
Je vous ai écrit de Mantyluoto, me disant qu'il avait fallu bon nombre de hasard pour que je découvrisse ce port de Finlande, dans ce pays où la forêt descend jusqu'à la mer et sur le moindre ilôt.
Je vous écrit maintenant de Gävle, dans une brume suédoise, par une tout petite liaison, précaire comme une bouteille à la mer.
Je reviens bientôt.
Je vous embrasse.

10.7.09

Passer le pont.



Qu'est-ce qui fait qu'on se sente, à certains moments plus qu'à d'autres, en voyage?

Ce n'est ni affaire de météo, ni même de lieu. Cela n'a rien à voir avec l'exceptionnel du cadre, ni la jouissance appropriative d'avoir été là, d'avoir vu cela.

Le voyage commence avec le contraire de l'appropriation, avec le sentiment de ma propre étrangeté, de mon innappartenance, d'une forme d'irresponsabilité vis à vis des évènements. La jouissance est celle d'être rendue agile parce que déliée.

Il suffit parfois de passer le pont.



Parfois, cela ne marche pas. Le voyage n'est qu'une route morne, pesante, interminable. On se demande pourquoi on est parti, s'il était bien raisonnable de mettre en mouvement tant de chose et de gens, y compris soi-même, pour une aussi mince satisfaction.
Ce n'est souvent que le sentiment que le temps s'est morcelé inharmonieusement, que l'on a pas su tirer parti de rien, que la pensée, au lieu de flotter, s'enroule en barbelés.



Mercredi fut long, jusqu'à Arras. Mais je me suis sentie particulièrement bien dans cette ville qui offre sans détour, sans complications particulière, son vieux cœur magnifique. Sur la place aux hautes façades qui se soutiennent sans défaillance depuis des siècles, le luxe d'un café au son du beffroi me coûta un euro vingt et me fut servi par Martine, la cheville effondrée dans les tralettes et lœil vif, qui délaissa un temps ses cotes de porcs mises en route pour le midi pour venir cuisiner cette dame seule avec un appareil photo. C'est que le jeudi, il y a jamais grand monde.
Et cette ruelle, ne l'ai-je pas vue dans un Pieter de Hooch?


Dans la campagne, les engins agricoles moissonnaient soigneusement autour des cimetières militaires enclos, qui en paraissaient presque minuscules.
Est-ce qu'un jour, la ville rejoindra ces espaces volontairement laissés sous leur forme de champs de cratères, maintenant incompréhensibles?

(monument canadien de Vimy)

8.7.09

Ondes positives

Je suis dans l'enceinte d'une célèbre enseigne qui vend de la junk-food. L'avantage, c'est qu'ils ont ouvert des connexion wifi en libre service.
L'inconvénient, c'est que ni l'odeur, ni les bruits ambiants ne vous pousse à la délicatesse d'écriture.
Alors, ce billet sera pour donner des nouvelles.

Je suis du côté d'Arras. Je monte tout doucement vers le Nord. L'heure de départ est encore incertaine. Le 11? le 12? Peut-être finalement le 13. Mais j'ai un beau ticket de passage dans mon ordi et des gens très gentils qui me tiennent au courant tous les jours.


Quand je suis partie, j'ai allumé la radio. Il y était question de la "Jeanne d'Arc", de l'attachement que les marins qui y ont fait campagne ont pour ce bateau.
Puis, l'heure suivant, il fut question de Cendrars.
Sauf cinq minutes, où un vallon me fit perdre le contact avec la radio nationale, pour tomber sur une station locale.
Il y était question de Mac Orlan.

C'était, pour partir, de magnifiques ondes qui ne sentaient pas outrageusement la frite.
Mais qui en donnaient.

Je vais sans doute voir Tippie dans sa n'Hollande.
Tout va bien...

6.7.09

Décidément, c'est Corto...

Un quai pour un autre, ce sera donc celui du port de Bremerhaven, pour embarquer sur un cargo allemand qui fait un circulaire, passant par Kaliningrad, la Finlande et Gravle en Suède.
13 jours de farniente et de méditation.
De photos aussi, j'espère.
Départ prévu le 11 ou le 12 et retour vers le 24.

M'en vais partir par petites étapes, parce qu'il n'y a aucune raison de se bousculer et toutes les raisons de cultiver l'absence de précipitation.
Bref, je vais promener ma baleine sur une ligne du Havre à Brème.
JEA, j'ai votre adresse en munition, peut-être au retour.
Tippie, je devrais passer pas loin de chez toi... On partage un gâteau et un muffin?
Les autres... vous avez jusqu'à jeudi pour lancer une écholocation!

Pour le récit de voyage et les photos, ce sera au gré des connexions-peut-être seulement au retour. Un cargo, c'est des escales à des heures aléatoires... Pas sûre de trouver un cyber-café.

Rendez-vous fin juillet. D'ici là, portez-vous bien.

5.7.09

Sous la canopée


(c'est plus joli si on clique)
Sous la canopée
du Morbihan
j'ai croisé la patrouille
qui s'entraînait
pour le 14 juillet.

4.7.09

Sortir du gris


Ces derniers temps, j'ai beaucoup pensé à une nouvelle d'Alphonse Allais. En bon chimiste fou, il eut l'idée de décrire par le menu la composition élémentaire de sa bien-aimée. Ayant constaté que l'objet de ses soupirs étant composé essentiellement d'eau, de protéines et de quelques électrolytes, il en conclut que c'était bien bête de faire tant de tintouin pour si peu.

En dehors de quelques grands fracas et de l'impérieuse nécessité de survivre, il n'est guère de troubles de l'existence qui ne puissent être résumées de la même façon.
Peines de cœur, projets noyés, embarras de trésorerie ou inquiétude devant les tendances de votre progéniture à une forme hilare d'amoralité, rien qui, convenablement détaillé, disséqué, remis en perspective et trituré, rien qui puisse garder longtemps sa figure de drame.

Et rien, absolument rien qui, au final, ne résiste à cette entreprise, tant qu'il n'est pas encore temps de cesser d'en souffrir.
On aura beau faire, raisonner, abraser les écueils douloureux de la pensée, ils reviendront dans la nuit. On aura beau faire le tour des ses richesses, le matin vous verra le front collé à la vitre, le cœur étreint, balançant entre le sentiment d'injustice et celui de sa propre iniquité, abandonné, vacant.

Le premier mensonge de la raison, ou sa première erreur, est de croire l'homme raisonnable.

Ce n'est pas la raison qui a fait lâcher le gris. Peut-être la stupéfaction. La compassion pour l'homme aux quatre-vingt défauts (oui, oui, il en a perdu pas mal dans le maelstrom) touché, touchant, tenace à vouloir effacer les traces de ce qu'il faut bien appeler une Bérézina de Juillet, dont il n'était pourtant nullement responsable.
Vos messages, vos invitations, vos sacres.


Je ne courrais pas après Michel Strogoff. Mais après tout, j'ai eu d'autres amours littéraires. Dont certaines ont résisté.

J'aurai peut-être, une dizaine de jours, une place sur un cargo. Je le saurai lundi.
Alors, je ris, je fouine, je parle globish avec un Hambourgeois charmant au nom imprononçable qui me parle de la Baltique et me promet qu'il va tout faire pour que je parte. Je n'ai pas défait ma valise, juste effacé les widgets qui me donnaient la météo de Kazan et d'Irkoutsk. Je touche du bois et la casquette bleue pendue au mur.

Oui, bien sûr, il y avait aussi un marin, dans mes amours de jeunesse.

2.7.09

Partir, na!


Je n'aime pas le tourisme. Pour m'en convaincre, je n'ai qu'à regarder les innombrables offres de zoulis rêves à prix cassé.
Je l'ai fait, par acquis de conscience, poussée par les voix aimantes et désolées qui me disaient: " allez, fais-toi plaisir!"
Mais non, j'ai envie de voyage, pas de tourisme. Ce qui me plaisait dans ce rêve stoppé net, c'était justement le temps non emballé, le train, le temps sur le fleuve. Oui, oui, je voulais bien voir des églises, mais en plus du reste, des babas qui vendent des framboises, des réminiscence de Michel Strogoff et de la lumière entre les bouleaux.

Oui, peut-être qu'un jour, je serais tentée par les Torii ou les eaux cristallines de Vanuatu, mais c'est parce que quelque chose m'aura appelé là-bas, un ami, un tableau, une incise dans le feutre du quotidien.

Je n'aime pas le tourisme, mais la privation de voyage m'est aussi insupportable que l'éloignement trop prolongé de l'eau.

Alors, je vais partir. Je ne sais pas encore comment je vais lancer les dés, pour ouvrir la première case.
Prendre un volant et faire un blogotour? (mais, suis-je montrable en ce moment? Pas sûr... Vous avez du soapalin?)
Prendre un volant et ne se fier qu'à l'envie de cette route là, juste à droite?

Prendre le train pour une de ces gares parisiennes qui s'étoilent sur toute l'Europe et profiter de Schengen pour décider au gré des petits volets métalliques dont le bruit est aussi alléchant, aussi prometteur qu'une odeur de cannelle sortant du four?

Opter pour un tour d'iles? Un zig-zag alphabétique? Un voyage dans les Cévennes? Avec une ânesse?

J'ai envoyé des mails à des compagnies de cargos qui prennent, parfois, des passagers.
Amis canadiens, si jamais j'arrive à Montréal, passant par Gibraltar, prendrons-nous un bagel de concert?
Au bout de 15 jours de mer, à ne rien faire d'autre qu'épuiser ma pile à livres et photographier le bastingage, je serais sûrement plus montrable que maintenant.

Sait-on jamais?
Un désistement est si vite arrivé...

Partira pas.

Mais curieusement, pas pour les raisons craintes au départ.
Le passeport vagabond a été récupéré au terme d'une épopée, dont je n'aurais pas tiré 500 pages, mais un joli petit billet quand même.

L'enveloppe récupérée contenait bien le passeport mais au lieu des billets attendus....
une lettre de la société Arteast / Russorama déclarant le voyage annulé. Une histoire de dépot de bilan.

Je m'étais étonnée de la légèreté de ce voyagiste. Je comprend maintenant pourquoi il ne répondait pas à mes mails. Mais il aurait pu nous éviter de déranger 5 personnes pour courir après un courrier qui n'était même pas celui du Czar.

Ma déontologie m'interdit de le découper en rondelles. Par contre, le net peut-être un moyen efficace de faire savoir son incompétence.
Donc, vous pouvez faire savoir haut et fort que Russorama arteast est tout, sauf fiable.

(d'ailleurs, gentils amis, si vous cliquez suffisamment fréquemment sur ce billet, vous ferez monter mes stats, ce dont je me contrefous, mais si ce billet vient s'intercaler sur gougueule entre les pages de pub de ce monsieur, ça évitera à d'autres gens de rêver comme je l'ai fait.


Vous avez des plans sympas pour juillet?

1.7.09

Positivons.

Est-ce la grande valise va servir?
"Oh, dit Fille Cadette, ça peut toujours servir à planquer les morceaux du voyagiste dans la consigne."
'ffectivement.

30.6.09

Partira? Ou pas?

A trois jours du départ, mon passeport, mes billets d'avions, balancés par une stagiaire incompétente dans la nature, ou plus exactement à ma précédente adresse se baladent sans moi.
Nous rejoindrons-nous avant la fermeture de l'embarquement pour Moscou?

C'est une bonne question.
Et c'est un peu les boules aussi, avouons.

29.6.09

Quand on voit c'qu'on voit et qu'on entend c'qu'on entend, on a ben raison d'penser c'qu'on pense.

Tout à l'heure, en faisant une recherche pour un estimé confrère, je suis tombée sur une sidérante révélation.
Il était question de PAI, ces protocoles d'accueils individualisés qui ont pour but, en autorisant la prise de médicaments ou des gestes simples, de favoriser la scolarisation des enfants malades. Outils précieux qui ont permis tout autant de mettre en sécurité certains enfants que de limiter l'absentéisme. Ce confrère s'inquiétait du refus de mon service chéri de faire délivrer du V@lioum intra rectal (pensez: suppo liquide) pour un enfant sujet aux états de mal épileptique (cad, des crises qui s'enchaînent les unes aux autres), alors même que les secours ou ses parents étaient à plus de 30 mn d'accès de l'école.
Selon lui, c'était lié à la circulaire de 2003 qui modifiait le texte initial.
Je vous passe les détails de ma recherche. Rien dans la circulaire en question. Mais un service juridique de La Grande Maison, va savoir si c'est à l'échelon local ou ministériel semble avoir pondu une recommandation dont je vous laisse juge :

Il convient d'abandonner la délivrance de Valioum en intra rectal, car un enseignant, même en présence d'un tiers, pourrait se voir accuser d'abus sexuel.

Les bras m'en tombent, et j'en viendrais presque à souhaiter qu'il en tombe autre chose chez nos mirifiques juristes.
Car enfin outre qu'il s'agit d'un contrat où chaque étape est détaillée en présence des parents et de l'équipe, tous signataires, faut considérer deux petites pierres d'achoppement dans le raisonnement de ces cuistres.

D'une part, ces candides ont l'air de supposer que tout médecin, scolaire ou du Samu serait exempt d'inavouables perversions.

D'autre part, faudrait quand même réfléchir : si l'enseignant est pervers au point que la vue d'un enfant, les yeux révulsés, enchainant convulsion sur convulsion lui fait frétiller la machine à fantasme, je ne vois pas la raison de prolonger la jouissance de cet infâme pendant 30 longues et délectables minutes.
Un valioum et basta.

Si on veut vraiment, les yeux fermés, comme en Afghanistan.