3.8.09

Embarquement 2.



Dès cinq heures du matin, j'ai vu le port s'éveiller, bruire, puis sonner dans toute une gamme d'alarmes.
Il y a des portes, des avis impératifs en allemand et dans un anglais que je ne comprends pas, des barrières de sécurité, des interphones.
Il y a des gens qui vont et viennent avec l'assurance un peu appuyée de ceux qui, souvent, travaillent sous le regard des néophytes.
Il est vingt heures, maintenant, sur le quai de Bremerhaven, j'ai un peu moins de 1500km derrière moi et je vais pour la troisième fois en vingt-quatre heures demander si quelqu'un en sait un peu plus sur l'arrivée de ce cargo, prévue, selon diverses sources entre midi et minuit.
Il est vingt heures, je suis un peu perdue et bien sûr, pointe la question lancinante des voyageurs et des amoureux : fallait-il se donner tout ce mal?

Mais il y avait cette voix. Elle a troué ma solitude, m'a promis, non pas monts et merveilles, mais une place auprès de lui, la chaleur, la sécurité, le confort. Elle m' a dit viens, qui est sans doute le plus beau mot de toute langue, et je l'ai crue. Je suis venue, irrésistiblement attirée par les mystères enclos en quelques mots. J'ai franchi en aveugle des bois et des plaines mornes. .
Et maintenant, j'attends.
Vous avez dit, comme tous ils font, que vous rappelleriez. Je suis sûre, comme toutes elles le sont, que vous allez le faire.
Que vous ne vous seriez pas donné la peine de m'appeler du milieu de la Baltique, pour me laisser échouer, comme cet autre traître, sur le quai de ce terminal.
Oui, vous allez rappeler et, cher Capitaine, je prie à cet instant pour que vous ne ressembliez pas à votre voix et que vous fassiez pour de bon 1m50 et 110 kgs.
Et teutonniquement chauve.
S'il vous plaît.




Le Reinbek est à quai. On m'invite à rouler ma valise jusqu'à un portillon, qui ne s'ouvrira que lorsque que la navette chargée de me déposer devant la passerelle, arrivera.
Le shuttle est un vrombissant petit insecte noir et blanc, efficace et indifférent. Il m'expulse sans un mot juste devant un immeuble de dix étages encore plus long que haut.
Trois sourires, trois poignées de main, quatre escaliers raides comme des volées hollandaises et me voilà temporairement propriétaire de 12 m carrés de liberté à la fois circonscrite et presque totale.
Fort bien insonorisée des vibrations aériennes, je peux y dormir toute la journée s'il me plaît, m'y exercer à l'opéra ou au poirier, lire, rêver ou vous écrire, personne ne viendra m'y déranger.
Le plus difficile, finalement, aura été de franchir cet espace hérissé d'inconnu qu'est un terminal de containers.
Maintenant, je sais, je parle la langue, j'ai été admise. J'en ai une enfantine vanité et le cœur battant.


Ah oui : le Capitaine est charmant. Son petit garçon aussi.

7 commentaires:

Gilsoub a dit…

L'on t'as déjà dit que tu écrivais bien? que ton récit est agréable à lire, qu'il est une invite aux voyages, qu'il me laisse dans l'attente de la suite tout comme les voyageurs ou les amoureux ;-)

JEA a dit…

Mieux qu'un journal de bord, un journal de mille et un sabords !!!

la bacchante a dit…

Cela change des structures bretonnes, mais que ces photos sont troublantes.
Bonne route

Sar@h a dit…

La seconde photo a quelque chose de plus … Sûrement dû au contraste entre l'organisation géométrique & la lumière.

L'an passé j'avais écrit une éloge de l'attente dans le monde de la mer.

http://linkasa.fr/-attente

L'accès aux espaces maritimes est de plus en plus dur à franchir. Peu habituées que nous sommes à longer les ports de pêche comme bon nous semble.

Ah ces autres pays, où l'on navigue en famille, Ex a commandé un ancien cargo norvégien, ça se ressentait dans l'aménagement du château & de la passerelle.

Marie des landes et des bruyères a dit…

Tiens, plus de couette.

Tu avais dit "qui m'aime"
Aussi je voulais répondre : "moi je"

Et adhérer à tes considérations sur la lumière si tellement absente là où finissent les terres.
Et encore plus au nord du sud dans les forêts profondes.

Un jour brumeux est passé, une nuit sans étoiles le suit.
Impression de n'avoir pas vu le soleil depuis des lunes.

On a bien le droit en ce cas, d'avoir des vagues dans son âme et de l'exprimer. Ce n'est pas déchoir.

Tendresse sororale, ma dame des ports, si je puis me permettre.

Marie des montagnes arrêtées

Marie des landes et des bruyères a dit…

Tiens, plus de couette.

Tu avais dit "qui m'aime"
Aussi je voulais répondre (pour la première fois) : "moi je"

Et adhérer à tes considérations sur la lumière si tellement absente là où finissent les terres. Et encore plus au nord du sud dans les forêts profondes.

Un jour brumeux est passé, une nuit sans étoiles le suit.
Impression de n'avoir pas vu le soleil depuis des lunes.

On a bien le droit en ce cas, d'avoir des vagues dans son âme et de l'exprimer. Ce n'est pas déchoir.

Tendresse sororale, ma dame des ports, si je puis me permettre.

anita a dit…

@Gilsoub : patience, patience... et merci (rose)
@JEA : écrit à l'ancre.
@La bacchante : je t'en prie, laisse-toi troubler. je ne demande qu'à innoculer le virus!
@ Sarah : oui, l'attente... J'ai une envie de post la dessus. J'aime beaucoup ton texte. ( quand viens-tu prendre un café?)
@Marie des bruyères : outre que ce commentaire est extrêmement gentil, il donne envie d'aller voir les bruyères, même sous la brume...
Je vous espère quand même un peu de notre soleil d'aujourd'hui...