17.1.09

Toute première fois.

La tripoteuse de tête est rentrée de vacances. On se revoit donc, dans le moelleux de son cabinet. Tout est doux chez elle, les tapis, le fauteuil, son sourire, ses yeux. Pas sa voix. Elle a le phrasé râpeux. Toujours au bord de la quinte de toux.
Ce n'est pas grave. Elle économise de toute façon tellement ses mots.
Par exemple, elle n'a rien dit que je lui ai annoncée que j'avais failli ne pas venir.
C'était tellement classique, une vraie rengaine de radio-divan...
Toutefois, dans mon cas, je pouvais réellement plaider-on plaide beaucoup au début-l'obstacle matériel.
Nous avions réalisé les entretiens préalables il y a déjà plusieurs mois.C'est en hiver que j'avais poussé pour la premiere fois, la porte de ce vieil immeuble à l'interphone cassé et monté les marches usées.
Assise dans ce fauteuil devant le bureau, j'avais parlé, exposé, détaillé et inévitablement plaidé. Je me souviens que le fauteuil était inconfortable, mais sans doute était-il ainsi pour signifier qu'il n'y avait rien à gagner à s'attarder sur lui, que seul comptait réellement l'objet éponyme dans le coin. Une date avait été prise, quelques semaines d'attente, pas plus.

Nous étions maintenant au printemps, le jour où devait réellement commencer cette aventure. J'étais sans appréhension particulière, je n'ai jamais eu ni fascination, ni effroi envers l'analyse. Très vite, en arrivant de la porte, j'ai compris que j'étais face à un problème inédit.
Entre temps, un nouvel interphone avait été posé et personne ne m'avait indiqué les chiffres que je devais taper. Partagée entre le rire et une certaine inquiétude-une de celles qui me valait d'être là-je m'étais adressée à la commerçante d'à côté, qui compatissante, m'avait ouvert.
Voilà ce que j'avais exposé, encore debout sous la tapis, à la dame qui parlait si peu. Elle n'a bien sûr pas répondu, et d'un signe de la main, m'a désigné le divan où j'allais tant écouter ce que je dirai.
De sa voix de contralto, elle m'a dit :
"Voilà. Vous savez comment cela se passe, je crois.
Alors, avant de m'allonger, j'ai dit:
"Oui, j'ai un certain nombre de codes. Mais je ne les ai pas tous".
Dans mon roman à moi, je me dis qu'elle a dû se dire à ce moment-là, qu'analyser une enfant d'analyste, ça allait peut-être pas du gâteau tous les jours...
Mais au fond, je n'en sais rien.

C'est Benjamin, pour le jeu des sabliers givrés qui me pousse, en choisissant cette amorce chez David, à évoquer cette histoire de grain de sable dans les rouages.

4 commentaires:

samantdi a dit…

L'amorce de Benjamin semble avoir produit le même effet sur toi que sur moi... "je me souviens" à la manière de Perec. Et tout un essaim de petits détails me sont revenus.

Mais le coup de l'interphone, j'avoue que c'est un de ces hasards de la vie qui introduit une fantaisie absurde, presque étrange et inquiétante dans les rouages.

"mais puisque je vous le dis..."

un beso !

Benjamin a dit…

Alors pour chez moi, d'abord il y a le digicode de la grille, là c'est le $*%@ et puis ensuite celui de l'immeuble ou là c'est *%&§. Facile ! Après spa compliqué, le vieil escalier jusqu'au dernier étage, soufflez, soufflez, c'est haut ! Mais alors, une fois arrivée…

Je vous ai déjà parlé de Jean Queval ?

l'âne Onyme a dit…

Et un transfert pour moi s'il vous plait, Barman, un !

Valérie de Haute Savoie a dit…

C'est assez rigolo aussi d'être enfant de psy. Je crois que le mien savourait cela.