14.1.09

La nostalgie, camarade...

Lundi, je fus pris d’un grand coup de blues. Alors je suis allé faire un tour du côté de mes balades adolescentes.

Enfin, quand je dis faire un tour, c'est métaphoriquement parlant.

C'est la faute au premier grain de sable du sablier givré. Toutes ces rengaines des années quatre-vingts et puis cette phrase qui m'est venu sous la plume pasticheuse: "on ne devrait jamais quitter Rocamadour".

Trouvez l'original de la citation (allez, je vous aide, ça vient des Tontons Flingueurs") et vous aurez le nom de la rue que j'habitais alors. J'y écoutais Ferré plus que Lio, mais j'aimais bien quand même le nawak acidulé. Je ne chantais jamais, parce que je n'ai jamais eu de feed-back suffisant pour émettre deux notes d'affilée. Mais je connaissais des centaines de vers et je transformait mes chansons préférées en poèmes.

Je me demande ce que vaut une adolescence qui n'est pas scandée par des mots précieux, chéris entre tous, accompagnant les pas d'une ballade tardive ou brumeuse, durant ces heures indispensablement soustraites à la famille et à l'école.

Qu'est-ce que ma rue s'y prêtait bien! C'était, à flanc de colline, une rue étroite et pleine de charme, dont la fin pavée débouchait sur une immense volée de marches qui descendaient vers les vieux quartiers. Par endroit, le mur d'enceinte se doublait d'un indestructible mur romain large et tortueux. A d'autres, des points de vue brefs et splendides ouvraient sur le fleuve et la rose colline d'en face, et l'on y recevait par bouffées la rumeur de la la ville, les lumières sur l'eau et les avertissements enroués des péniches abordant le tournant.

J'y ai des souvenirs de brouillards à ne retrouver son chemin qu'en suivant le trottoir, de neige tombant en flocons mous sous les réverbères, d'un figuier saugrenu accroché à la pierre et comme tout le monde, de peines de coeur pleurées à pleins caniveaux.

Bien sûr, j'ai bien fait de quitter M..., bien sûr, comme je l'ai dis, je ne reviendrai pour rien au monde dans les années 80. mais je sais que la beauté, le charme de certains lieux de mon enfance ont tout autant compté dans ma construction que les savoirs qu'on m'a offerts. Et je sais parfaitement pourquoi j'ai encouragé ma fille cadette à choisir un lycée un peu distant, plutôt que celui que je vois de ma fenêtre. Indépendamment de ce qu'elle y fait, je compte pour apprentissage inestimable, ce qu'elle égrenne le long du chemin.


La phrase en italique est l'amorce choisie par Malgven, pour le deuxième grain du sablier givré. et elle vient du blog de Zub.

10 commentaires:

unevilleunpoeme a dit…

La nostalgie, c'est celle du futur...

Mlle Moi a dit…

C'est marrant ce que tu dis sur les chansons et les poèmes. Moi je suis infoutue de retenir trois vers d'affilée s'il n'y a pas une mélodie dessus. Du coup, dans mes disserts sur la poésie, je ne citais que des trucs mis en musique, genre aragon ou prévert :-)

Miss Glu a dit…

c'est tout simplement magnifique

Vroumette a dit…

Elle était bien jolie ta rue, c'est comme si nous nous promenions avec toi.

l'âne Onyme a dit…

Giordano Bruno avait une méthode qui lui permettait de se souvenir de l'intégralité de la bible : il se promenait dans des lieux qu'il connaissait et accrochait à chaque endroit des bribes de mémoire.
Ton (très beau)texte me fait beaucoup penser à ça. La mémoire s'attache aux lieux que l'on hante.

l'âne Onyme a dit…

Et puis tiens, comme je vois que Madame a du goût pour les truands.
http://dpallois.club.fr/les_tontons.html

Oxygène a dit…

Les chansons et les poêmes de mon adolescence m'ont bien mieux enseigné la langue française que mes professeurs et les chemins de mes différents lycées m'ont conduite vers de très beaux horizons, ceux que je fréquente actuellement. C'est pourquoi ton billet réveille tant d'émotions chez moi.

gilsoub a dit…

Comment cela, personne n'as encore parler de Montauban? et bé... je suppose que tout le monde c'était rabattus sur le bizarre ;-)

Marianne a dit…

"Et si jamais la nostalgie te prend
Tu peux toujours la crier dans la rue" qui pouvait mieux que lui , Léo, chanter les états d'âme .
Des chansons en poèmes , c'est presque du slam avant l'heure .

anita a dit…

@Unevilleunpoème : bonjour. vous avez un magnifique pseudo. et j'aime bien que votre premier commentaire ici soit pour cette rue que j'aimais tant dans cette ville que je ne regrette pas.
@Mlle Moi : un soir de demi-brume à Londres...
@Miss glu : touché.
@Vroumette : les pavés étaient rudes aux chevilles, mais il y avait là, ce petit muret où l'on s'est arrété pour discuter. Tu avais une jolie écharpe.
@ L'âne : la compagnies des tontons flingueurs est plus plaisante que celle des tontons inquisiteurs...
@ Oxygène : oui, la langue est aussi un voyage.
@Gilsoub : kestu veux... quand la protection de l'enfance coïncide avec la crise du personnel, faut plus penser, faut prier...
@Marianne : tiens, je crois que tu as raison. Je n'avais jamais fait l'association avec le slam, mais oui, je crois que c'était assez proche. Bien vu!