5.3.08

l'école, c'est pas l'abbaye d'untel aime...



J'aime bien ce que dit Garfieldd, invité chez Samantdi. Il revient à l'occasion d'un billet de son hôtesse sur la tragédie d'Etampes, sur le titre du livre écrit par la victime de celle-ci, qui s'intitule "Et pourtant, je les aime".
Garfieldd, proviseur de son état, dit ceci:
"croire que l'on fait ce boulot pour être aimé... Je suis sans doute parfois tombé dans ce travers, mais j'ai tenté de le garder pour moi, en mettant entre moi et mes profs ou mes élèves une simple question (soufflée par le premier proviseur avec qui j'ai travaillé) : pourquoi suis-je à ce poste ? Et la réponse ne pouvait jamais être : pour être aimé..."
Plus exactement, il dit aussi
ceci, mais tout le post est à lire.
Curieusement, j'avais en tête un post sur ce sujet-là, et, bien entendu parce que c'est très compliqué, ce post n'est jamais sorti. Mais cela voulait parler de l'affection que j'avais pour certains de mes patients, et de mon impression que ce sentiment était tout à la fois très plaisant et parfaitement encombrant, sinon inutile dans un lien thérapeutique.
Je ne sais pas si on peut superposer la relation de soin et la relation éducative. Je suis dans la première, et souvent observatrice de la deuxième-et bien évidement les pailles sont toujours plus faciles à voir que les poutres.
Là où je diffère du point de vue de Garfieldd, c'est qu'il semble dire d'une part que l'affect étant encombrant, ça serait bien si on pouvait s'en passer, et d'autre part, que l'affect c'est le besoin d'être "aimé, reconnu".
Or être aimé et être reconnu, ce n'est pas à mon sens du tout la même chose.
Je trouve tout à fait normal et sain qu'un adolescent arrive à l'école avec le besoin d'être aimé et reconnu. Je trouve (trouverais?) parfaitement salutaire que l'école lui réponde qu'il n'est pas là pour aimer ses professeur ou en être aimé.

Par contre, le travail éducatif ne peut se faire si l'élève n'est pas reconnu.

Etre aimé, c'est être choisi, élu, poussé, voire excité à faire montre de ses qualités.
Etre reconnu, c'est être nommé dans la place qu'on tient au monde, balisé non plus par le seul lien qu'on entretien avec un individu, mais par une multiplicité de liens diffus, entrecroisés. Liens avec sa culture, son sexe, son âge, ses goûts, son histoire, sa géographie, ce qu'on fait, les chansons qui vous bercent. Et plus il y a de liens divers, plus ils vous contiennent sans vous assigner. Parce qu'on peut être arabe et ne pas aimer le couscous, maigre et costaud, bon en math et se destiner à la peinture, élève charmant et futur électeur frontal.
Oui, je crois que le besoin d'être reconnu est un besoin puissant, aussi important que celui d'être aimé.
D'ailleurs, dans notre langage, on ne dit pas "je fais professeur, je fais médecin ou je fais plombier", mais bien "je suis".
Le propre des adolescents, c'est que la question "qu'est-ce que je suis?", dans un corps qui prend un centimètre par mois et un moi par sentiment, prend souvent l'allure d'une roue vertigineuse, où tournent toutes les figures possibles, du bon fils au mauvais élève en passant par le ouf. Je regrette, bien sûr, comme tout le monde, que personne n'ait posé la main sur la roue folle quand le couteau est sorti...
Mais, au delà de ce fait dramatique, nous avons quotidiennement à faire avec les multiples rôles que se jouent les ados sur ce qui est devenus un grand théâtre.
Certains adultes ne font pas mieux...
On peut rêver une école débarrassée de ces encombrants que sont les affects adolescents... je crains que l'école d'antan n'aie fait que se débarrasser des adolescents chez qui ils se voyaient le plus. Hélas, ma bonne dame, il n'y a plus l'armée ni le monde du travail pour servir de parcours de régulation. Alors sauf à y revenir, ce qui paraît improbable, il faudra bien que l'école se dote d'outils pour faire travailler cette matière brute.

9 commentaires:

Saperli a dit…

la reconnaissance est effectivement nécessaire à tous, y compris aux profs.....

Moukmouk a dit…

Excellent ce billet. Il est justement là le problème, avant l'école excluait très facilement, maintenant elle doit faire avec tous les ados. Certaines écoles pratiquent un exil de l'intérieur, classes de plus en plus spéciales. L'école finlandaise réussit un peu mieux que les autres, est-ce une voie pour nous?

Martin Lothar a dit…

Beaucoup de choses à dire ; à ruminer et donc à commenter de cette note. Pour l'heure, je ne peux qu'être lapidaire (au risque, une fois de plus d'être mal compris et donc engueulé sinon méprisé) : C'est "l'instruction publique" qui a besoin de moyens, de fric, d'outils sophistiqués et enfin d"humanitaire". L'éducation, (nationale ou pas) elle, a besoin d'humanisme, d'un papier et d'un crayon - Point barre.
Pour être reconnu (à tout âge et de tout sexe) il faut d'abord (ré) apprendre à s'identifier comme il faut. Les enfants savent le faire très bien et souplement en plus en zappant le plus possible ; les ados l'oublient dans la seconde qui suit la poussée de leur premier bouton d'acné. Je ne vous parle pas des (faux) adultes qui nous gouvernent (ou pas)...
Bises

Yves a dit…

Je rêve d'une école qui accompagne l'enfant dans ses apprentissages et pas d'une école dont la vocation soit exclusivement la transmission des savoirs.
« Avec les enfants et les jeunes, vers l'Homme le plus libre et le plus responsable possible dans la société la plus démocratique possible.» Pour les Francas (www.francas.asso.fr).
« Nous nous appliquons à faire de nos élèves des adultes conscients et responsables qui bâtiront un monde d'où seront proscrits la guerre, le racisme et toutes les formes de discrimination et d'exploitation de l'homme.» Pour l'École moderne :(www.freinet.org)

ada a dit…

ah ça me navre j'avais rédigé un commentaire il est où ? Blogger rend moi mes mots ! mes maux ?

anita a dit…

blogger, salopiot, rend de le commentaire d'Ada, sinon je t'en retourne une.
Blogger, ce n'est pas bien ce que tu fais, si tout le monde fait comme toi, on ne s'en sort plus. La Blogosphère ne PEUT pas marcher comme cela.
Dis-moi Blogger, tu ne ferais pas cela parce que tu aurais peur que je passe sous dotclear?
Si tu as un problème, je peux en parler à l'équipe technique, tu sais.
Mais QUI EST-CE QUI M'A FOUTU UNE PLATEFORME PAREILLE????

Euh désolée Ada, je crois que ton commentaire est définitivement perdu. Faudra faire une déclaration en trois exemplaires.

anita a dit…

@Martin: Salvatore te dirait sans doute qu'en plus du crayon, il y faut des framboises et du pain. et des dalhias, ajouterai Rose
@yves: une institution respectueuse, je me demande siu ce n'est pas un oxymore?
@moukmouk: eten plus elle doit faire avec des ados qui ne sont plus tout à fait les mêmes.
@Saperli: et faut dire que depuis quelques années, n'est-ce pas...

Marianne a dit…

Et si on allait à l'école par plaisir et ,non pour être le premier de la classe . Je suis l'exemple a ne pas suivre , fière d'avoir pu quitter ce monde très tôt tellement je m'y ennuyais . Que l'affect reste du domaine du privé , par contre de l'originalité , de l'innovation soutenues par l'Education nationale et je retourne à l' école demain .
De l'extérieur on ne comprend pas le fonctionnement de l'Education nationale et de l'intérieur on est sidéré par le manque de soutien de leur hiérarchie vis à vis des profs en difficultés.

Tiphaine a dit…

A l'IUFM, on nous a appris qu'on n'était pas là pour aimer les élèves, qu'un bon prof n'était pas celui qui était aimé des élèves. Mouais... Peut-être, je n'ai pas la science infuse et je ne connais pas tous les élèves du monde, encore moins tous les profs, mais, pour ma part, j'adore mes élèves et je n'aurais pas plaisir à bosser avec eux si je ne les aimais pas. Je crois qu'ils m'aiment aussi et ça ne me dérange pas. Au contraire. Tout ce que j'ai appris de beau et de bien, dans ma vie, cela s'est fait par des liens d'amour ou d'amitié.