26.5.09

Vous n'étiez pas venu pour ça.


Ce n'est pas très souvent, mais des fois, j'ai une mauvaise nouvelle à annoncer.
Dans mon cadre d'exercice particulier, cette mauvaise nouvelle n'est généralement pas une réponse à une question posée mais une découverte.

Comment faire pour que ce soit autrement que brutal, imprévu, assommant?

Oui, madame, monsieur, je sais ce que c'est que ce signe; il n'est pas aussi innocent que vous l'avez toujours cru, cette chose là, si ancienne, avec laquelle vous vivez si paisiblement au point de n'en avoir jamais parlé à ce confrère que vous voyez si peu, cette chose-là est une cochonnerie.
Et l'enfant que vous m'avez amené bien portant repart avec un long courrier et la perspective d'un nombre incalculable d'examens, d'attente, de spéculations angoissées.
Et je ne pourrais vous y accompagner. Je vous laisse à la porte de mon confrère, avec mes voeux silencieux, les mots que j'ai tâchés de choisir en sachant qu'il ne pouvait y en avoir de doux, les larmes dans vos yeux et la colère que vous conteniez.

Il devait être question de tellement autre chose... Votre enfant rêve en classe et s'échappe et vous veniez en parler, avec confiance et crânerie, parce que la vie, vous connaissez, cette garce, vous avez su la faire cracher ce qu'elle vous devait, malgré votre passé d'anciens de la Ddass et tous les moments où vous vous êtes cogné aux murs.
Et vous aviez affuté le verbe haut et vous étiez contents de voir qu'on pouvait en sourire.
Mais ça, vous ne l'attendiez pas, et moi non plus, quand j'ai posé des mains presque routinières qui ont sonné l'alarme avant mes yeux, avant même mon cerveau.

Quand nous nous reverrons, parce que nous nous reverrons sûrement, vous serez passés dans une autre histoire et il y aura, entre nous, ce moment où celle-ci a basculé. Je sais que vous m'en voulez.
Si vous pouviez savoir à quel point je ne vous en veux pas de m'en vouloir et combien je pense à vous...

12 commentaires:

Gilsoub a dit…

C'est bien le prob des mauvaises nouvelles, elle vous tombe sur la gueule quant on ne les attend pas :-(

jean jacques a dit…

;-o)

Eric a dit…

C'est injuste et inutile mais c'est humain d'en vouloir et de tirer sur le messager...

JEA a dit…

Il y aurait injustice à vous en garder rancune.
A comparer vos tourments intimes avec, par exemple, cette toubib vous balançant dès votre entrée :
- "Vos analyses sont arrivées. Moi je ne peux rien pour vous, vous devez prendre un rendez-vous en oncologie". Et de vous montrer la porte.
Bétonnée dans son indifférence ? Se protégeant ? Extincteur pour toute chaleur humaine ? Pas subtile en psychologie même superficielle.

Anne a dit…

Outre la mauvaise nouvelle, toujours épouvantablement difficile à annoncer, qu'il doit être frustrant de ne pas pouvoir accompagner, j'imagine...

Still a dit…

Oui... Il t'en veulent peut-être, un peu ou beaucoup, et sans doute bien moins qu'à eux-même . Et à te lire on ne peut que penser à ce moment terrible d'ouverture d'un abîme. On ne peut que leur souhaiter de retrouver rapidement la terre ferme sous leur pas.
Et puis, au fait, heureusement que tu étais là!
Des bises

Valérie de Haute Savoie a dit…

J'avais fait un billet sur cet instant... assises l'une en face de l'autre, mon enfant reposant dans mes bras... cet instant où l'on bascule mais l'on ne sait pas encore où... jamais je ne l'ai associée à l'horreur du diagnostic, bien au contraire, elle était la première qui avait su entendre mon angoisse.

Boutoucoat a dit…

pas savoir quoi dire ....

anita a dit…

Merci de vos messages. Je ne confond pas la colère et la rancune et je pense que cette colère n'est qu'un moment.
Eric, je pense que tu dois l'affronter plus souvent que moi...On est assez vieux dans le métier pour savoir que les gens ne souffrent jamais suivant les pointillés. (contaireemnt à ce qu'on essaye de nous faire croire durant nos études!)
J'ai bien sûr pensé à toi, Valérie, mais justement, tu étais venue chercher une réponse- ces gens n'avaient pas l'ombre d'une question. En tous cas, pas à propos du corps.
JEA, je suis toujours navrée d'entendre cela. Mais je sais aussi que rien ne me garantit que ce que je dis ne soit pas entendu de cette manière terriblement brutale.
Dans ces moments, je ne suis pas persuadée qu'on entende très bien les tapotements préalables du marteau, aussi prudent soit-il : on entend ce qui se brise.
Mais c'est vrai que je trouve absolument nécessaire de ne pas fuir ni le regard, ni le toucher. Ni la colère.
Still : mon souci c'est que jai de plus en plus le sentiment de pas "être là" mais de "passer par là". C'est déjà pas mal.
Oui, ils trouveront la terre ferme parce que ce n'est pas sans ressource thérapeutique. Mais quel chemin à faire...
Anne : j'accompagnerai un moment. Mais plus tard. Et pour l'instant, je ne peux pas grand chose.

JEA a dit…

Merci d'avoir prolongé et donc éclairé par vos réponses.
Et loin de moi la moindre esquisse pour généraliser.
Pour une toubib qui était, après tout peut-être renvoyée à sa propre histoire, il y a une oncologue qui vous accompagne année après année et pas à pas, passages pas évidents et pas seulement parce que votre "cas" est rare. Et un chirurgien avec qui même partager des lectures.

Sar@h a dit…

Parfois, c'est l'inverse, les parents sont prêts à tout entendre … et puis, non, y a rien.

Je me rappelle de copains dont j'avais la fille en classe cette année-là. Elle, respirant un grand coup, lui me regardant par en-dessous : "Sar@h, il faut nous le dire si c'est un problème d'intelligence." Et moi, qui sursaute, n'ayant jamais envisagé cette hypothèse … Quelle idée aussi de donner naissance un 26 décembre ! Ne pouvait-il pas la concevoir plus tôt pour pouvoir la comparer à ceux de début d'année ? Ben, non, il était marin de commerce le papa … alors, on conçoit quand il est à terre.
La Mignonne est en fac aujourd'hui et chaque fois que je les rencontre, nous rions de cet épisode.
J'ai quand même trouvé longue la nuit suivante, me disant que je n'avais peut-être rien vu … Mais non, la collègue de l'année précédente m'a rassurée le lendemain !

Mais il y a eu aussi … celle pour qui personne n'a vu, avec qui on a passé une année et que l'ankou a ravi en moins d'une semaine …

Fauvette a dit…

C'est précieux de recevoir un peu de douceur et de soutien lorsqu'on entend une très mauvaise nouvelle. Mais c'est vrai, on ne sait jamais comment on va réagir.