10.11.09

D'une contribution à l'identité française

Adoncques, le très vaillant Eric Raoult vient de faire proclamer en notre bon Royaume que quiconque aurait reçu le Prix Goncourt des blanches mains de l'Oint du Seigneur par autorisation spéciale du comité de Censure, se devrait, pour l'éternité, de fermer sa goule devant les inepties, stupidités, balourdises, maleconduite, vilénies et autres scélératesses advenant sous ses yeux.

N'ayant pas encore reçu le prix en question, je me permets de poser naïvement, et sans perfidie aucune la question suivante : les deux Goncourt, z'étaient pas un peu potes avec le Zola qui s'est fendu d'un vibrant "J'accuse", pourfendant une droite nationaliste honteusement compromise dans un déni de justice?

Ces immigrés de fraîche date, quand même...

Madame N'Dyaye, félicitations. Pis des bises et des embruns, tiens!

Mais puisqu'on vous dit qu'il y était!

Et même depuis le début!
On a les preuves :



Edit : huhu, je viens de voir dans Libé qu'un certain Zorrodeconduite a eu la même idée que moi. Ou moi la même que lui. Faudrait voir l'heure à la Ro%lex pour savoir kikiyétai avant.
Ou pas, hein!

8.11.09

Encore une question qui n'appelle pas réponse. Quoique.

Existe-t-il, à l'instar des oiseaux, des poissons de nuit?

4.11.09

Protéger, alerter, secourir

si tu vois la mouette
nette
change de lunettes
Si tu veux voir plus grand
clique sur l'image


Pêché, sur le rapport annuel de la Cimade, cette histoire exemplaire. Presque une parabole.
On y apprend qu'au centre de rétention de Paris, Monsieur Z.commence par s'engueuler avec Monsieur Y., demande l'intervention d'un policier parce que le Monsieur Y. paraît un peu franchement décalqué, et, comme la force publique n'est pas disponible, balance, paraît-il à l'adresse de son co-retenu, un vibrant "fils de pute".
La force publique, ayant pris l'insulte pour elle-même, se trouve alors totalement disponible pour entamer une explication musclée avec Monsieur Z.
Bref, noms d'oiseaux et horions plus tard, les rapports de Monsieur Z avec les représentants de l'ordre étaient devenus franchement mauvais.

Par contre, Monsieur Z. n'éprouvait sans doute aucune rancune envers Monsieur Y. puisque, le surprenant en train de se pendre poliment dans les toilettes sans déranger personne, il frappe immédiatement à la fenêtre pour attirer l'attention de ... ben de la force publique.
Laquelle n'est pas plus immédiatement disponible que la première fois.

C'est là que Monsieur Z. a un éclair de pur génie, un sens de l'urgence tel que je lui voterais son diplôme de premier secours dans la minute : il déplie soigneusement son medius et adresse, par la fenêtre, un doigt d'honneur sans ambiguïté à l'adresse du Pandore.

Après quoi, certain d'avoir déclenché l'action sans délai de qui vous savez, il retourne soutenir Monsieur Y. de ses épaules vaillantes, jusqu'à ce que le drap qui l'étrangle soit coupé.

Paraît qu'on ne lui a même pas dit merci.
Merci Monsieur Z.


(c'était notre séquence : peut-on rire de tout? Oui, mais pas avec n'importe qui...)
(pour ceux qui veulent, mais c'est pas drôle à chaque page, le rapport de la Cimade est téléchargeable ici. Quant à ce qui veule...)

3.11.09

Nota

Le précédent message concernant le placement d'enfants en centre de rétention pour étrangers a été mis hors ligne.
Non que je l'aie renié.
Mais une revue de pédiatrie a décidé de le publier.
Je le retire donc de cet espace semi public pour le soutenir sous mon vrai nom.
Merci à tous de vos commentaires.

1.11.09

Plus ça change, plus c'est la même chose.

Parfois, de mon poste d'observation, je vois quelque chose frémir. Quelque chose qui me fait balayer rapidement ma mémoire professionnelle pour convenir, que oui, c'est bien une sorte de première fois.

En l'occurrence, c'est moins la répétition à une semaine d'intervalle qui m'a frappé, que l'absence de complication.

Peut-être que la plus spectaculaire dans sa paradoxale neutralité, fut cette grande jeune fille assez gauche. Examen de routine d'aptitude en lycée professionnel, parcours assez standard de limitation scolaire aboutissant en une formation peu qualifiante. Pas de drame pour autant, pas la joie, mais sans plus. Examen de routine, pêche standard, outils polis de longue date, pas forcément subtils, mais éprouvés. L'important n'est pas de tout savoir, mais d'indiquer que tout est abordable, que c'est l'occasion de ne pas repartir avec une question qui pourraient empoisonner ses dix-sept ans.
"Médicaments?
-Non.
-Contraception?
-Non.
-Pas besoin, pas envie, des questions?
-Pas besoin.
-OK.
-J'aime pas les mecs."

Là, quand même, je lève un sourcil un peu plus subtil. Formulé comme cela, cela peut vouloir dire bien des choses, y compris la rancune.
Mais non.
- J'aime que les filles".

Et le sourire est paisible, qui ne quête aucune compréhension de ma part et qui, par là même, dit celle de l'entourage proche.
Passons donc à l'hameçon suivant.


Le deuxième fut un peu plus complexe, parce qu'adressé par l'infirmière. Celui là avait semé sur son chemin des petits cailloux légèrement plus inquiétants, depuis des mouchoirs roulés en boule en passant par des petits comprimés roses et des monosyllabes indiquant qu'un adulte était dans le paysage.
Le jeune homme ayant atteint l'âge du consentement, la question à élaguer, au vu de ce qu'il manifestait, était principalement de vérifier qu'il s'agissait bien d'un oui, libre de contrainte.
Assez rapidement convaincue qu'il avait été aussi désirant que son partenaire majeur, le médecin s'est mis en retrait, laissant place à l'auditrice.
J'étais juste un peu en colère contre mon confrère, parce que franchement, les petits bonbons roses, on aurait pu s'en passer. Il lui aurait suffit de virer les parents dans la salle d'attente pour faire le même diagnostic que moi. Désirer, plaire, séduire, chercher, provoquer, ça empêche les adolescents de s'endormir le soir. Et parfois, ça fait pleurer, des larmes d'anticipation crispantes et délicieuses. La belle affaire...


Bien sûr, il reste le risque, sociologiquement non négligeable, de voir le père du dit jeune-homme oublier qu'il est un père et flanquer son fils à la porte en hurlant "pas de ça chez nous!", mais le pire n'est pas toujours sûr et pour l'instant, je peux me contenter d'écouter l'à-peine sorti d'enfance parler de "sa différence". (sic, hein!)
En songeant, mon tout beau, que ton mélange d'inquiétude vraie et de provocation faraude, ta façon de clabauder ton secret absolu à des dizaines d'oreilles, ton envie de cacher cela à tes parents tout en faisant tout pour qu'ils s'en aperçoivent, ton discret, mais perceptible regret de ne pas arriver à me scandaliser, tout ceci te rend extrêmement semblable à d'autres adolescents que j'ai vus dans ce bureau.

Ce n'est pas de tes camarades de classe dont j'ai envie de te différencier. C'est de cet autre tout neuf désirant qui fut le premier à me dire, il y a pas tout à fait vingt ans, " Docteur, je crois que je suis homosexuel." Fait qui n'aurait entrainé nulle consultation, si ce n'est que cette fois, les cachets étaient blancs au lieu d'être roses, aussi blancs que celui qui les avait avalés tous d'un seul coup, crevant de ne pouvoir dire, émerveillé, fat, candide et horripilant, qu'il avait fait l'amour pour la première fois.

Que veux-tu, moi, j'aime bien quand le médecin n'est pas concerné.

30.10.09

les lits bordés


Nous choisissons nos mots
comme des sacs de sables
l'œil en amont.
Soigneux.


Cela s'appelle de la retenue.


Et pourtant, dans nos miroirs mélancoliques,
tout appelle le débordement
La trace des anciens oueds se fendille
réclame que se déplie
ce que nous avons trop tôt ferlé.


Ah! comme j'ai bien appris
à mettre les mains
derrière mon dos.

18.10.09

Vivante(s)


Part 1:
Brève fureur. Elle avait griffé, j'avais aboyé, les portes avaient claqué.
Sans jeu de mot, la mer nous tendait les bras, il était temps. Le temps de prendre un peu de temps, ensemble, de remonter la plage, sur ce sable durci qui ne garde presque aucune trace.
"Choppe-moi l'aileron", dis-je. Une de ces phrase toutes faites dont je ne sais plus la provenance, que je réserve à mes filles, une clé pour dire qu'une fois leur bras passé sous le mien, je serais toute ouïe, toute là.
J'écoute les aléas d'amour de ma fille et j'en dis les banalités qu'on ne peut que dire. Je sens son inconfort, ce qui tire et veut fendre l'enveloppe, ce qui bouge et remue. Ce qui naît. Rien d'une peine irrémédiable et, passé l'écume et la mousse, remisée la violence du verbe, une foncière honnêteté.
Parce que c'est ma fille, ce qu'elle débat me situe dans un lien d'histoire ni autre ni identique. Comme sa soeur, avant et autrement, elle éclaire une facette de cette autre jeune fille que j'ai pu être. Et la mise en lumière tient tout autant de ce que je reconnais comme mien que de ce qui m'échappe.
Son inconfort, paradoxalement me réconforte. Ma fille aime, s'interroge, se heurte et s'abandonne. Vivante.

Part 2

Le seul regret que j'aurais pu avoir en laissant la grand ville, c'est peut-être l'accès au spectacle vivant. mais finalement, faute de temps et d'argent, nous en profitions assez peu. Je suis beaucoup sortie la première année, puis de nouveau, cela s'était éloigné.
Je retrouve un plaisir infini du théâtre en découvrant la très vivante salle de L'Archipel à Fouesnant. Hier, c'était la première de la première pièce d'une troupe d'au moins deux, le théâtre Fools and Feather. J'ai beaucoup aimé leur deux clowns-clochards, déterminés par hasard à en finir au même endroit dans la Tamise un triste soir de Noël. N'ayant que cela à offrir comme présent et, tout aussi courtois que désespérés, ils s'échangent le pavé fatal qui devait les faire couler, emberlificotant la corde et liant par là-même leur improbable, grotesque et touchante histoire. J'ai aimé la pièce tant que j'étais assise et puis, quand on a bu un coup au bar du théâtre, j'ai aimé la foi. 6 mois d'écriture, six semaines pour la faire vivre une soirée et l'espoir, rien que l'espoir de la faire tourner. Comme ils ont eu raison de ne rien craindre. Leur pièce est un spectacle qui rend vivant.*

Part 3

J'ai enfin résolu, du moins je le crois, l'énigme posée par Monsieur Ka dans le premier post de la Nouvelle Boite à Image.
Mais pas avant, comme chaque fois, une longue et libre balade dans les tableaux du monde entier. De l'avantage, parfois des connaissances fragmentaires. J'ai ouvert des pages de peintres qui m'étaient totalement inconnus, j'ai retrouvé de vieilles connaissances que j'ai vu d'un autre œil. Et surtout, je me suis rappelé que j'aimais la peinture, dans le désordre et sans système, mais depuis toujours.
Je me suis souvenu qu'à vingts ans, ma mère m'avait pressé d'accepter un billet de train pour la Haye parce qu'il fallait que je puisse rencontrer, au moins une fois, la "Vue de Delft"de Vermeer. Souvenir vivant.

* pour le mécène qui passerait, la pièce s'appelle: "Le destin tragi-comique de Stykydyk et Hapykok"

17.10.09

...

Comme les chevaux, les réverbères dorment debout.

16.10.09

Une nouvelle épidémie s'annonce.


Mais où a-t-il attrapé ça?

Je conseille également à Madame Balkany de surveiller attentivement sa langue. Avouer que le petit Jean est "le meilleur d'entre nous"... Quel aveu!

13.10.09

Cadet Roussel est bon enfant

Cadet ROUSSEL a deux maisons (bis)
De l'Elysée à Matignon (bis)
On l'attend toujours à Grandrange
Faire des promesse ne le dérange
Ah! Ah! Ah! mais vraiment,
Cadet ROUSSEL est président


Cadet ROUSSEL a eu trois femmes : (bis)
la seconde le traite d'infâme; (bis)
La troisième est si bien refaite
Qu'elle a la planque pour sa retraite
Ah! Ah! Ah! mais vraiment,
Cadet ROUSSEL est président


Cadet ROUSSEL a trois garçons (bis)
L'un au maillot, l'autre au combo, (bis)
Le troisième est un peu ficelle
Il finira comme Cadet ROUSSEL
Ah! Ah! Ah! mais vraiment
Cadet ROUSSEL est président.

Edit du 15/10/09
Pinaise: à peine 48h après ce post, Il décide d'aller à Grandrange! J'te l'avais dit, Anita Grand Marabout te fait le retour de l'absent par magie garantie et gris-gris spécial. Demain, je m'attaque à l'EPAD. Tu verses juste petit supplément...

12.10.09

Oyez, braves gens!

Réjouissez-vous!
Que battent les trompettes et que sonnent les tambours!
Que les filles se parent
Que les garçons cessent de tirer la queue du chat
Que les aïeules vident leur camomille dans l'aspidistra famélique
et se lèvent de leur lit pour allumer leur Mac!


Monsieur KA, Trésor National Vivant, l'Oeil du Kremlin Bicêtre, le Sherlock du Louvres, Le Gaboriau des rouges, le Grand Schtroumphf des bleus, le Torquemada des copiteurs ingrats, le Dr House des tableaux mystère réouvre la Boîte à Images, faisant renaître la félicité après des mois de famine occulaire.
Et il commence par un jeu à bouche-que veux-tu!
Cours-z-y vite!

C'est là.

11.10.09

Bulletin de situation

Cher inconnu(e)

Voici des nouvelles de votre caillou.
C'est miss Bibi qui la rapporté. L'en empêcher aurait été inutilement frustrant. Beaucoup de carrières, qu'elles soient d'artistes, de chiffonniers ou de patenteurs patentés ont commencé par un talent fructueux de pilleur d'épaves, entre cette pointe-ci et ce rocher-là.
Sans doute, si j'avais été seule, il en aurait été autrement. Votre caillou serait resté sur la plage. Ma propre carrière d'écumeuse de laisse de mer se trouve un peu ralentie par l'âge, le nombre de mes possessions et la répugnance que j'éprouve aux tâches de dépoussiérage.
Mais surtout, je me serais interrogée sur vos intentions. L'avez-vous oublié distraitement? L'avez-vous abandonné, parce que vous étiez déçu(e) par le cheminement de votre pinceau? L'avez-vous délibérément confié à l'état d'ébauche au vent et au ressac, pour qu'ils finissent votre travail?
Si j'en crois le petit arbre à gauche, ce n'est pas la première fois que vous usez d'un pinceau. Ce pin maritime léger est bienvenu. Le penty au toit d'ardoise est peut-être plus ventru que vous ne l'auriez voulu et il semblerait bien que cela vous en ai découragé.
Je choisis de croire que vous l'aviez laissé pour cela, pour le destin précis qui lui est advenu.
Une petite fille, ayant décidé de fort loin que la fantaisie est le plus long chemin d'un point à un autre, l'œil épars, courant comme un chien de souk d'un reste de couteau à la dépouille d'un ormeau, a ramassé ce caillou peint pour l'emmener dans sa maison.

Je puis vous promettre qu'il y est en bonne compagnie. Pour l'instant, il est entre la maison d'Yves, (tiens! sans porte non plus, comme la vôtre!) le grimoire de Still et un bloc d'argile gravé d'écriture cunéïforme, dont je me demande bien la provenance.
Demain, il sera peut-être près de l'orchidée ou du raku portugais, veillé par le chat. Il est possible aussi qu'on le retrouve un jour dans la boîte à couture, s'il est animé, comme bon nombre d'objets chez moi, de vagabondages subreptices et nocturnes.

Peu importe. Aucun des occupants de cette maison ne lui fera grise-mine. Il est en sécurité. Au contraire de la lettre-très-importante et du formulaire-indispensable, il ne court aucun risque d'être jeté. Porteur d'une trace d'humaine création, ne fut-elle qu'une esquisse, il échappera à la férocité qui balaye parfois les marrons desséchés et les amas de bigorneaux

Si je pars d'ici, il fera, comme ses frères de hasard et de rencontre, un, deux, dix déménagements.

Sauf si vous spécifiez, à l'adresse mail ci-jointe, que je doive le remettre sur sa plage, nous sommes partis, lui et moi, pour un compagnonnage de longue durée. Peut-être même jusqu'à la fin de mes jours.
J'ai, en effet, quelques doutes sur les promesses de Miss Bibi, d'emporter, le jour venu, son trousseau de trésors de grève dans sa chambre d'étudiante.

Bien à vous.

Anita.

Ps : je joindrais sa photo demain. Sans la lumière du jour, il témoigne mal de son charme.

10.10.09

Marronnier assumé

Quelques clichés sur l'automne...
C'est le chic des clics de saison chez Jathénais et Gilsoub.

Celle que j'envoie à la votation, c'est celle-ci :


Mais, les photos, c'est comme les châtaignes, c'est bien aussi quand il y en plusieurs.
Alors, je vous en mets d'autres, mais n'oubliez pas de passer voir celles des copains. Y en a déjà des superbes.


Mauvaise fille 2

Le Sénat viens d'interdire les portables à l'école.
Les élèves qui renonceront à envoyer des SMS en cours durant toute leur scolarité se verront offrir un I°phone en fin de troisième.

9.10.09

Mauvaise fille.

Tiens, je vais faire ma mauvaise et rajouter un reproche au concert de ceux qui entourent Fréderic Mitterrand : sa méconnaissance des infinies ressources de la Francophonie.
Plutôt que de prétendre que ses gosses avaient 40 ans, ce qui peine à convaincre ceux qui n'ont pas, a priori, le désir d'être convaincus, pourquoi ne s'est-il pas défendu en prétendant que ce passage avait été écrit en référence à son amour du Canada?

Là-bas, la fascination pour les gosses est tout à fait admise.


Ça lui aurait au moins permis de prouver qu'il a possiblement des compétences comme Ministre de la Culture.

7.10.09

Le ruban de Moebius.


Vers l'âge de six ans, je cédais à la demande latente qui m'entourait, et j'acceptais d'apprendre à lire.
J'ai écrit, ici, ce qu'il est advenu ensuite, comment les mots ont irrigué mon paysage, sans aucune symétrie, sans plan préparé, sans autre constance que la variété de leur présence.
Ai-je fait une si bonne opération?
Finalement, rien n'est moins sûr.

Car, à coté de cette topographie, j'en ai construit une autre, encore moins systématisée, encore plus déroutante. J'ai rencontré des gens. Des milliers. Moins qu'un employé de la SNCF, mais plus longtemps. Différemment. Et puis, j'ai tenté, et parfois réussi à en aimer.
Alors, vous, moi, nous, les gens, les mots, les brèves et soulageantes remises en ordre de notre chaos, c'est ma mine quotidienne, mon chantier indiscutable, ma tâche de technicien de minuscules surfaces.
Et au fil du temps, quelque chose, dans cette histoire qui, partout et tout le temps, nous pousse à raconter des histoires, a fini par émerger : une désolation secrète que nous soyons si bien fait pour écrire et si peu habiles avec les mots qui aident à vivre.

Et pourtant...
Et pourtant, aucune littérature, même la plus ricanante, la plus outrancière, la plus sanglante, celle dont la lecture vous met le cœur au bord des lèvres et une infamante excitation au creux du ventre, aucune littérature ne peut rivaliser avec l'économique efficacité de la vie .
Là où le livre, toujours, aura besoin d'une machinerie coûteuse, de contreforts péniblement visibles, d'un surcroît de perversité, la vie s'en tirera avec deux personnes, ou trois selon le type de tragédie, et de rarement plus de deux sentiments, le désir et la terreur en grands favoris.

D'où vient que nous terminions souvent le livre, quitte à le jeter, mais que nous nous esquivions si poliment devant le malheur des autres, avec sa crudité, son odeur de chair vive, son poids tout à coup si réel à portée de notre main.

Nous éludons. Avec plus ou moins d'élégance, selon son éducation et son degré d'intimité, mais si souvent, avec une pauvreté de commentaire, une platitude que nous ne supporterions pas pour notre divertissement.

Sur le papier, nous avons la réplique splendide, le geste d'une folle pertinence. Nous séchons les larmes du bout des doigts, nous ouvrons les bras dans l'idéal tempo, nous déchirons les secrets de famille sans trembler et regardons le pus s'écouler sans en être tachés, nous savons pratiquer des abandons définitifs et ouvertement libérateurs et nos lâchetés mêmes se sauvent d'être si précisément inscrites dans le décours de l'histoire.
Comme nous savons prendre soin de nos personnages! Combien nous sommes patients, respectueux, tous, lecteurs et auteurs confondus. Combien nous nous soucions, au travers des mots écrits ou lus, de leur permettre d'accéder à leur intime vérité; avec quelle force, quitte à rater le repas du soir, nous les encourageons à tenir, ligne après ligne.
Vous voulez comparer avec ce que nous réservons à nos proches, aux plus aimés de nos proches?
« tu sauras ça plus tard. »
« Non, rien. »
« Ecoute, on en reparlera ».

Ai-je fait une bonne affaire? Avez-vous, gens que j'aime si mal, si imparfaitement, fait une bonne affaire avec moi qui lit si bien, qui apprécie en artiste, le tombé d'une phrase et le silence qui suit?

(Toujours, j'ai rêvé de déchirer le ruban de Moebius, rêvé d'un geste ou d'une parole sublime, dont je garderai, tout au long de mes jours, le souvenir et le pouvoir consolant d'un poème enfin chair.)


(C'est la vie, hé.)


Je vous laisse choisir, à votre gré, la fin du post.

5.10.09

Apparences


J'ai jeté hier l'un de mes soutiens-gorge préférés.
J'ai un petit regret.
Je l'avais acheté juste avant une première rencontre avec un blogueur. Ce n'était pas un rendez-vous galant. (Quoique...) Mais j'avais très envie de l'apprécier et finalement, on aime mieux quand on se sent jolie.
Je l'aime vraiment beaucoup, mais ce dessous a fait son temps. Pas de regret, prenons le dessus.

Et ce matin, j'ai mis des boucles d'oreilles parce que j'avais rendez-vous avec une petite fille triste.
Je ne sais pas si les patients savent qu'on les portent ainsi dans la tête, longtemps parfois avant l'heure du rendez-vous.
Il faut juste, quand la porte s'ouvre, faire taire la petite voix avec laquelle on leur parle et se souvenir qu'il faut, d'abord, écouter.

Je croyais aussi ce matin, en voyant, par la fenêtre, le ciel gris et les arbres secoués de vent qu'il ferait froid. L'air était doux, velouté, presque alourdi par la mer. Comme si l'on vous posait un châle sur les épaules dès que l'on sort.

Trois petites bornes qui ont tenu éveillée ma journée.

4.10.09

Sortie de toiles.

(T'sé, tu peux toujours cliquer pour élargir.)

Dimanche, les artistes ouvrent leurs ateliers.
Sur l'étendage déserté, les araignées
ont mis leurs toiles aux enchères.

Pfff, j'en ai déjà plein chez moi.


Et, puis je suis passée (entre autre) chez Anh Gloux et Catherine Glaye, qui forment, avec Patricia le Merdy, les Quatre Sardines. Oui, toutes les trois.
Belle rencontre concarnoise, courtoise, matoise et framboise. Il y des iles, des gens qui s'enlacent, des pieuvres superstitieuses qui croisent les tentacules, des phares et même des dessous chics.

2.10.09

T'artagueule à la récré.


Ce matin-là, Z décida de ne ne pas se lever.
Comme ça.
Peut-être parce qu'il avait un peu trop fumé la veille. Parce que rien, finalement, dans cette journée, n'avait de quoi le hisser hors de son cocon de demi-sommeil. Parce qu'il faisait gris. Parce que ça faisait un moment que tout ça s'effilochait.
Il se promit, vaguement, que demain ça serait différent. Ouais, demain j'arrête de faire le con, faut quand même.
Z. bailla, pas méchant. Gentil par intermittence, feignant souvent, largué presque toujours. Pfff, quelle prise de tête.

C'est donc vers seize heures, que Z. se leva. Alors que le quartier connaissait l'un de ses pics d'animation, parce que les mères se préparaient, en groupes bavards, à aller chercher les petits à l'école.
Les grands, eux étaient déjà sortis. Le proviseur du lycée savait organiser ses emplois du temps. Sauf pour les options choisies par les élèves, maintenir une heure de cours le vendredi de 16 à 17h, c'était s'exposer au triple d'emmerdements à la vie scolaire le lundi matin. Entre les absents et les incidents, on y passait la matinée.

C'est pourquoi une bonne partie de la seconde se retrouvait là, sur le parvis, quand Z. se décida à sortir de chez lui.
Ils l'attendaient, en groupe compact, dur, hostile. De bons élèves, de ceux qui avaient parfaitement compris le jeu social. Ceux qui acceptaient la part de contrainte.
Ceux qui avaient fait alliance avec le monde adulte et en avaient accepté les valeurs.

Ils entourèrent Z.

"Tu nous dois dix briques. Alors, maintenant, tu payes."


Voilà, c'était ma réaction à chaud à l'idée abjecte de donner une prime à une classe pour lutter contre l'absentéisme des élèves.

Une classe n'existe pas. Ce n'est qu'une construction artificielle, temporaire et qui n'existe que par la commodité administrative. Une société, par contre, ça existe et le message ainsi transmis est... d'une violence cachée qui me suffoque.
Ceci étant, j'aurais pu vous pondre un truc sur la récente déclaration de Vanneste ou sur l'indécence des réactions de nos politiques aux faits-divers de la semaine.
Même arrière-goût.
A moins que, merde, ce ne soit qu'un avant-goût.