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23.11.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui séduction de.

Sans doute parce que c'était le dernier d'une consultation un peu morne. Sans doute parce qu'il était au pire moment de l'adolescence de certains garçons, quand ça a l'air de pousser par morceaux mal ajustés, la voix incertaine, le poil qui pointe n'importe comment sur une mâchoire encore trop enfantine. Peut être aussi parce que comme j'étais un peu en retard, il m'avait demandé s'il pouvait aller en griller une en attendant, ce qui le situait à l'ouest de ce qu'un médecin scolaire pouvait entendre.

Je me suis dit  que j'avais pas envie, pas envie d'aller au fond des choses, que j'allais expédier ce truc routinier d'examen systématique. Et bien sûr, quand je dis ça, la minute d'après, je me gronde et je m'applique-même si je sais que je ne suis pas très bonne à ça, que ce que j'aime vraiment quand je vois des enfants sans autre raison qu'une demande administrative, c'est prendre le vent.

Et puis, je ne sais pas. Je ne sais toujours pas. La parole était brève, mais pas hostile. Il était gauche, pas fini, mais pas si mal installé sur cette chaise. Et d'un seul coup, je me suis rendu compte qu'il écoutait. Posément. Sans chercher à esquiver, ni à en rajouter. Sans l'ombre d'une séduction, là où tant d'autres jouent, parce que c'est parfois leur première consultation hors de la tutelle d'un adulte.

J'ai cessé de m'appliquer et quand il est parti, je me suis dit que j'avais rencontré l'esquisse d'un homme charmant.

22.11.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui suffirait de trois fois rien

Je les ai vu arriver en file indienne, disciplinés, moulés de fluo, casqués de noir. Une grâce un peu sèche, pas jeunes mais élastiques,  concentrés. Ils avaient visiblement l'habitude de rouler ensemble, car c'est avec une belle synchronicité qu'il se sont arrêtés quand l'homme de tête a levé la main.
Ils ont mis pied à terre pendant que celui-ci a posé son vélo et, avec la même fluidité, la même économie de geste, a pris par le bras la vieille dame toute ronde à force d'être courbée, pour lui faire traverser cette route qui l'affolait.
Puis il s'est remis en selle, a levé à nouveau la main, et ils sont repartis, en rythme. Au passage, il a accroché mon regard et m'a fait cadeau d'un mince sourire, asymétrique, irrésistible.

21.11.12

366 réels à prise rapide Aujourd'hui, une chance

Le fou-rire devant la situation pantalonnesque de l'UMP me permet momentanément d'oublier les baffes qui se perdent du côté présidentiel.
Mais ce n'est pas sûr que ce soit une chance.

13.11.12

366 réels à prise rapide- Aujourd'hui, pas de place pour...

Pas de place pour les grincheux, les encombrants, les gâte-sauces. Si mes enfants n'aiment pas leurs cadeaux de Noël, je les revends. Je ne devrais pas avoir de mal, elles sont mignonnes.

                                                                               (Source Marmiton.org)

5.11.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui dans l'actualité

Aujourd'hui, une petite fille est perdue, dans un train en rade, quelque part entre le Mans et Rennes. Et on ne la retrouvera pas. Sans doute, parce que cette petite fille n'existe plus que dans mes tripes de mère au tocsin. Ce qui est là-bas, entre le Mans et Rennes, entre exaspération et gloriole, entre faim ( oh mon Dieu!) et coca (Oh my G... non rien) gravement payé au wagon-restaurant, c'est maintenant une jeune fille qui, comme toute sa famille, sait et aime voyager, prend l'intempérie comme elle vient, ne réclame l'assistance que quand elle sent qu'elle ne peut plus. Mlle Bibi prenait le train seule pour la première fois. Elle va être infernale d'assurance en rentrant et j'aurais envie de lui clouer le bec, de l'embrasser et de lui dire combien je suis fière d'elle. Sais même pas si je vais oser un des trois.

28.10.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, rondeurs

Aujourd'hui, flânant sur la toile
j'apprend qu'on propose
un emploi de métreur
à Champ d' Oiseau.

Je le savais.
La pie est un oiseau géomètre,
juste peut-être
un rien trop habillée
pour le poste.

19.10.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, besoin d'un objet essentiel

Parfois, toujours, l'héroïsme quotidien de très jeunes gens me rebute et me fascine tout à la fois. Jusqu'où faut-il intervenir, venir entre eux et ce qu'ils posent comme essentiel à eux mêmes. Point d'appui et fardeau tout ensemble, qui de nous peut dire si cela dépasse leurs forces? Et qui peut renoncer à cette question taraudante? Nous verrons-nous un jour reprocher de ne les avoir pas soulagés? Ou bien, adultes, ricanerons-ils de nous, traitant notre envie de faire avec, à côté comme de pitoyables tentatives de faire à leur place ce qu'ils s'étaient arrogés comme à leur mesure? Petits juges arc-boutés, mordant qui s'approche de trop près, ils réclament de se hisser vers nous, mais sans nous.

8.9.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, croire que.

Aujourd'hui, croire, les yeux fermés sous l'or finissant, que l'on pourra tout retenir de cette journée parfaite. Croire que l'on aura engrangé pour de bon les frissons lumineux de la mer qui remonte doucement sur le sable, le parfum du fenouil sauvage, la sensualité diffuse de jour de septembre, le soleil sous la peau, cette dilatation du temps quand rien d'autre ne vous attend que la framboise maraudée au jardin.
Savoir qu'on oubliera sans oublier.

3.9.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, dans ma poche.

A l'aller, un stylo.
Au retour, des noms avec des quelques indications. Tachycardie,  béta-bloquant, dysphasie probable, parents étrangers, deux poignets dans la plâtre, peut pas manger seul, décès d'un parent, intolérance au gluten et puis tiens, au hasard, L qui passait tant de temps à fuguer de l'école à envoyé des cartes postales à son instit.
Deux.
C'est la rentrée.
Mon stylo a bavé dans ma poche. Patience, ce n'est que le premier. 

1.9.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui : Animaux

Trois chats, cinq poules et plusieurs araignées.
Si je ne m'étonne guère des araignées, dont la présence est dans le droit fil de ma jeunesse insoucieuse d'ordre et d'hygiène, la présence des autres est toujours, chez moi, source d'une certaine circonspection. Contrairement à ce que prétend Fille Dernière, qui m'accuse d'indifférence sous prétexte que je ne me précipite par sur eux avec la même frénésie qu'elle, je les aime bien. Je parle aux poules quand je les rencontre sous mes hortensias et ce n'est pas seulement pour leurs œufs que je leur pardonne d'avoir tout autant béqueté les limaces qui dévoraient mes dalhias que les dalhias eux mêmes.
Quant aux chats, abreuvés de caresses et objets d'une affection qu'à leur place, je trouverais parfois intempestive, je respecte leur besoin de retrait réparateur. Mais lorsque l'enfant a déserté et qu'ils se sentent orphelins de leur persécutrice préférée, c'est bien volontiers que je leur accorde ma main, voire mes genoux. Sinon le clavier.
Toujours, néanmoins, je m'étonne néanmoins que ma jeunesse légère et vite nomade se soit, au fil du temps, à ce point encombrée. Au contraire de beaucoup, je sais que seule, je n'aurais pas d'animaux. Familiers, souvent pertinents, drôles à regarder et somme toute peu dérangeants, ils n'en restent pas moins la métaphore un peu trop évidente de l'acceptation.

15.6.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, c'est comme ça et pas autrement

Petite Poule couve. Inlassablement, elle étend ses ailes sur des œufs imaginaires, les vrais ayant déjà connu la mouillette de pain beurré, parce que, hein, bon, c'est quand même un délice.
On a beau lui tremper le croupion dans l'eau froide, la sortir de son nichoir, elle nous regarde, passive et fiévreuse à la fois et, dès qu'on le dos tourné, elle y retourne.
Petite femelle obtusément prisonnière de sa physiologie, elle m'agace et m'émeut.

18.5.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, elle a dit

"J'ai cru que vous étiez partis sans moi!!"
S'attendrir de ce que cachent, mal, la désinvolture et le verbe haut.
Ne pas rire des enfantines angoisses.
Elle l'a fait elle-même et c'est bien.

17.5.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui tache.

C'était une jour sans tâche et ça aurait pu être un jour anniversaire sans tache. Jour paisible, amical et sans enjeux réels. 
 Pourquoi a-t-il fallu que je regarde twitter et que la phrase stupide, grossière, d'un blogueur connu sur ce pays que j'aime,  me saute aux yeux. Pays de ploucs vraiment? Mais où il ne viendrait à personne l'idée d'arriver chez l'autre,  la condescendance à la bouche. Cet homme intelligent vient de se condamner à n'y comprendre rien, jamais. La première des chose à y apprendre, ici, c'est la bénignité habituelle des relations et l'inutilité d'être désagréable pour se sentir exister.
"Oh, J'ai cru voir, sur une fleur, glisser une longue limace."



NB : au lieu Cyrano j'aurais pu citer " la bêtise hannetonnante" de Renard. C'eût été pareil.

15.5.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un mot en anglais

Bloody Hell.
Holy shit.
It's gonna be legend-wait-ary
The word your'e looking for is: "Anyway..."

Fuck, je crois que je suis plus influencée par les séries américaines que je ne le voudrais.

Oh my God! They killed Kenny!

14.5.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, enfant.

Sur mes huit arrières-grands parents, six étaient des étrangers. Parfois venus sans rien d'autre que le désir de vivre paisiblement. De fortune et d'histoire diverses. Des quatre langues, ne nous reste que le français, pour des raisons elles aussi diverses. Des bouts d'histoires, des attendrissements imprévus qui s'accrochent à des paillettes d'Epinal, recettes transmises, violons sur le toit, vieilles rengaines, douceur de l'accent russe. L'un deux ne fut peut être pas très honnête. Celui là pas très tendre.
Dans leur descendance, six normaliens, un polytechnicien, deux médecins, une linguiste, ingénieurs, infirmière, banquière devenue orthophoniste, ratons laveur en devenir.
Le discours actuel sur ces inassimilables étrangers me pue au nez.

12.5.12

366 réels à prise rapide. Fragment d'aujourd'hui, raconté en pouésie

On avait perdu petite poule
Et l'enfant se battait les flancs
Blanche, noire et grise
Les trois autres, bonnes ménagères
quelque peu défiantes
ne pouvaient tenir lieu
d'amie intime
de soucoupe volante
ou de moufle à plume.
On invita la Batam
qui porte sous sa robe
un pyjama de jambe
ah! tout affriolant!

Poule vole.
Accroupis devant la barrière du voisin
Les adultes se battent les flancs.
L'enfant rit.
Il n'est pas interdit de penser
Que la poule aussi.

11.5.12

366 réels à pris rapide. Aujourd'hui, il faut.

Ce ne sera pas facile. Il faudra compter avec la pluie. Il faudra tenir compte du retard pris dans la matinée, parce qu'il fallait bien, à ces parents, expliquer un peu plus longuement. Il va falloir parler de la couleur du lin et des roses qui peinent encore à s'épanouir.
Il faudra dire le temps qui s'étire un peu dans cette soirée, la jeune fille qu'on avait pas vue depuis longtemps, aussi familière sur le canapé qu'un chat de longue date.
Ça ne sera pas facile mais il faut, en cent mots exactement faire tenir la journée en un court billet.