Affichage des articles dont le libellé est génie pas doué. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est génie pas doué. Afficher tous les articles

30.6.11

Méditer.


Parfois, ce qui bute, c'est le billet impossible à écrire, impossible à éviter.
Celui-ci, je tourne autour depuis plus d'un mois, très exactement depuis le jour de mon anniversaire.
J'ai reçu un putain de cadeau.
Des proches, qui méditaient depuis longtemps de créer en micro édition, une collection joliment appelée "La pensée vagabonde", m'ont fait la surprise de se lancer avec les pouèmes publiés ici.

Ils l'ont fait avec une telle chaleur, une telle générosité que j'en suis restée coite.
Ils l'ont fait avec une telle discrétion que je ne l'ai su qu'en découvrant le bébé bien emballé. Ils m'ont laissé le choix de le laisser à l'état d'incunable, comme un coup d'essai pour eux et cadeau pour moi seule, ou de le rendre public.
Ben voilà.
J'ai médité. Et puis finalement, j'ai décidé de me considérer comme éditée.
Là.
Pffff.





Cui qui n'en veut aka cliquer.

20.2.11

Tu devrais écrire.


Il m'a dit tu devrais écrire.
Alors, je l'ai envoyé là, enfin, ici et il a dit oui.
Je pense que, comme beaucoup, il a pensé mais.
Mais écrire, hein, arrêter de crayonner et y aller franchement, avec un pinceau ou une truelle, mais qu'on en ait enfin, du papier à caresser. Que ça pèse dans le sac, que ça occupe les mains et les yeux en attendant cette rencontre au café qui n'aura peut être pas lieu, avec cette femme qui vous demanderait ce que vous lisez, ou cet homme, justement, qui aurait acheté le même, il y a 8 jours, mais qui n'aurait pas vraiment accroché, comme si on passait notre temps suspendus aux pages, harponnés par les histoires des autres.
Cousus, tout le temps, du fil blanc des destins inventés, des chansons qui traînent et vous entaillent. (C'est très important les entailles. Ça permet de voir le dedans, le dehors aussi quand on est dedans. Bien sûr, au moment même de l'incision, il y a cette surprise, la douleur parfois, ce moment de retrait. C'est rapide, une entaille, parce que c'est exactement le contraire d'une usure.
Ça fend l'enveloppe et on crie un peu, c'est saisissant.)

Il m'a dit tu devrais écrire et bien sûr, je m'en suis tirée avec une pirouette. Est-ce que je pouvais lui dire, moi, que j'avais passé mon samedi entre une librairie et un magasin de sport et qu'il n'y avait pas deux endroits plus propices pour comprendre à quel point c'était impossible d'écrire.
D'un côté, il y avait ces piles et ces piles, inlassables, entassées en tours précaires, tous ces gens qui avaient écrit comme le vieux juif qui courait dans le ghetto de Lodz en criant " j'ai la réponse! j'ai la réponse! qui a la question?"
Et puis de l'autre, il y avait tous ces gens qui avaient du temps à occuper avec leur corps et c'était bien d'être là, à les regarder sortir, parce que le magasin ne donne plus de sacs en plastique, alors ils en ont plein les mains. Et on peut leur inventer des vie, comme on s'invite chez les autres, aux caisses des supermarchés, en regardant ce qu'ils ont acheté. Même s'il n'y a rien de vraiment appétissant, la gourmandise, ce n'est pas les yaourts à la myrtille, c'est la vie qu'il y a autour. Comme cette fille, jolie et pâle, ce 14 février, qui n'avait déposé sur le tapis qu'un rouleau de papier cadeau et un pot de cire à épiler. On a beau grincer des dents à ces histoires de Saint Valentin, c'était bien, ces deux petits objets sur le gris du tapis roulant et entre les mains fatiguées de la caissière.
Ce magasin de sport c'était pareil. il y avait ce couple âgé qui sortait avec deux petits pliants métalliques et puis cette mère de famille avec une tenue de danse pour cette petite fille qu'elle houspillait sans tendresse, de ces mères qui veulent tout bien faire pour des enfants sans même savoir, au fond d'elles, si elles les supportent, ceux qui vont au ski et qui ont oublié le stick à lèvres, celui qui entre pour meubler son après-midi et qui contemplera longuement les kayaks de mer orange et bleu exposé dehors.
Et puis cette minuscule enfant qui réclame de la voix et du geste ses premières lunettes de soleil qu'elle peut mettre toute seule, qui s'en va le nez levé, marchant encore avec cinq degrés de gîte à chaque pas, avec l'étiquette qui lui caresse la joue, dans son petit manteau qui semble toujours devoir s'envoler avec elle dedans.

Je n'ai pas osé lui dire, à l'ami, que je ne savais pas créer des vies héroïques et aventureuses. 

Alors que, peut-être, finalement, je n'avais aimé que ça, ces torrents de mots et d'évènements qui vous laissent pantelant, jusqu'au milieu de la nuit, ces vies d'outre-réel toujours si ardemment, si pleinement dessinées qui vous emportent toujours un peu plus loin. Mais qu'il faudrait, pour en inventer, que je m'éloigne de ces vies banales, aussi précieuses qu'est la mienne, dans leur imprécision salutaire, dans leur fatras alluvionnaire, ces vies à vivre.
Il me dit que je devrais écrire et moi je sais que je ne saurais jamais au nom de quoi extirper, plus qu'une autre, une vie minuscule hors de la rumeur du monde.

11.11.10

Où voir de la littérature de pote ancienne?


Chez Kozlika, qui fête ses cinquante ans et ceux de l'OULIPO par un jeu à contraintes. Voilà donc 10 strophes de cinq vers, commençant par les lettres O,U,L,I,P et terminant par O.
Et vous auriez voulu des petits chats?

Pour saluer Kozlika


Obédience volontaire ou bien
ukase amical
Littérature de mathématicien
inavoué ou bancal
plaidoyer pro domo?


Oublie donc les définitions!
Un poème jamais n'abolira
le hasard des émotions
Inventons ce qu'adviendra
par la plume ou le stylo


Or mon amie Kozlika
Unissant ses voeux
Les mêmes jubilés appelant les mêmes barakas
invite à ce curieux jeu
pondre des vers en solo


On en contera cinquante
Une floppée de contraintes
La rime claudicante
Invitant la sacro-sainte
pieuse finale en O


Opiomanes tous autant que nous sommes!
Uniques adorateurs des pièges tordus
Larbins presque! Bêtes de sommes
Idolâtres tout à fait éperdus
Pâlissant de nos écrits sans brio


Orphelins, tous, de Perec et Queneau
Usuriers de leur fantaisie
lâchée comme volée de moineaux
Impossible amnésie
Parodique placebo


Ouvrons néanmoins le ban
Une amie fête ici
les cinquante sous le vent
Indulgente à la pluie
Paisible tempo


Oasis dévolue à l'amitié
Urbanité déclinée sous forme d'agape
la maison que l'on retape
Inévitablement est encore en chantier
Pourquoi s'en faire un lamento?


Ourdisseuse de liens profonds
Ultra sensible à la peine d'être
l'amie a jeté l'ancre sur les hauts-fonds
Ilienne de ses fenêtres
Prodigue de ses allegretto


Oh! vous aurez compris combien j'aime
Une amie de si longue venue
la diabolique qui sème
insolemment ses jeux saugrenus
Pour hommage à l'OULIPO

16.6.10

diagnostic


Si je considère toute à la fois mon miroir, mon agenda, ma pile de tâches et ma pile à lire, l'attachement que j'éprouve envers mes commensaux et mon exaspération croissante, le diagnostic de mon besoin est extrêmement aisé:
Anita, mon petit, tu aurais très exactement besoin d'un marivaudage en règle, intelligent, caustique en apparence et tendre en dessous, qui ne pèserait pas plus que l'ombre d'un clin d'œil et qui te permettrait d'envoyer aux cent mille diables tous tes devoirs d'adulte responsables mais pas trop loin quand même.
L'inconvénient par ailleurs étant que tu y es habile comme au vernissage d'ongles et que ce n'est pas peu dire.
Mais ce n'est pas pour autant que tu dois te priver d'être lucide.

2.3.10

fatwa pas mal


Un éminent érudit de tradition soufie, Muhammad Tahir-ul-Qadri, vient de faire un geste important. Il vient, si j'en crois un article du Monde, de publier une fatwa condamnant sans appel le terrorisme. Au cours des 600 pages, il a balayé toutes les justifications habituelles du martyre et son travail est considéré par certains comme " l'argumentaire théologique le plus complet contre le terrorisme islamiste à ce jour."

C'est très bien. Comme tous ceux qui n'ont nulle passion pour les puzzles humains aux quatre coins de Paris ou de d'ailleurs, j'applaudis.

Mais le pouvoir de la religion m'esbaudit toujours autant.

600 pages.
Des années d'érudition, de glose savante, de pesée précise, minutieuse de chaque terme, de réfutation pied à pied, des années de travail pour pouvoir opposer, trait à trait , au Paradis promis, la Géhenne de ceux qui ont suivi les mauvais prophètes.
600 pages.
Tant de génie humain.
Pour en arriver au fait qu'il n'est peut-être pas nécessaire d'envoyer des êtres humains se faire sauter le caisson à coup de dynamite dans un marché surpeuplé, parfois même surpeuplé de ses propres coreligionnaires.
Pinaise.

Auber(On)ge*

*ndlr : On n'est pas sorti de l'auberge.

17.2.10

L'histoire d'une femme qui n'était pas mon genre.

Ne pas vouloir d'enfant, c'est se préparer à des regrets.
Allaiter, c'est aliénant.
Travailler avec des enfants jeunes, c'est passer à côté de quelque chose d'irremplaçable.
Accoucher sans péridurale, c'est masochiste.
Le voile c'est la soumission.
Le string, c'est la soumission.
Les purées maisons, c'est de l'esclavage.
Les petits pots N..lé, c'est le formatage.
Le nourrissage à la demande, c'est se plier au diktat du bébé
Le nourrissage à heure fixe, c'est se plier aux diktats de la société.


Mais.
Mais je ne dis ça que pour mon propre compte.
L'important dans tout ça, ma sœur chérie, c'est que tu te sentes libre de faire comme tu veux. Parce que tu vois, ta liberté, c'est ce pourquoi nous avons tant lutté.


D'où nous vient ce sentiment de menace double? Nous nous trouvons heurtées de toute ces façons d'être femmes et tout autant de nos désaccords, comme si chaque trait posé risquait d'effondrer la perspective.

Comme je le disais dans mon précédent post, tout en affirmant que le but ultime est de prouver qu'il y a toutes les façons d'être femmes, il se renvoie partout, plus ou moins amèrement : "est-ce donc ça, être féministe?"

Je vois rarement les hommes dans une telle incertitude du fait masculin. Par contre, ce que j'entends là, il me semble l'avoir entendu delà même façon dans d'autres positions, vécue de l'en dehors ou de l'en dedans comme minoritaire.
C'est ainsi que certains noirs se font traiter de bounty, (noir dehors et blanc dedans) avec le même soupçon de traitrise. C'est ainsi que souvent, le regard se détourne des cibles encore à atteindre pour se centrer sur des convulsions intestines.

Est qu'il en va ainsi de tout militantisme? Est-ce seulement la nécessité de la lutte qui codifie ainsi le bon et le mauvais, non pas seulement en soi, mais au regard des objectifs?
Est-ce chez les femmes, compte tenu de l'extrême complexité des liens mères-filles, la marque plus archaïque, plus durable du tabou de la rivalité?
(Peut-être, sur ce dernier point, cela vaut le coup que je fasse une incise pour situer de quel endroit je parle. Oui, je pense que la théorie psychanalytique de l'Oedipe est fondamentale. Oui, je pense également que cela ne fabrique pas tout à fait les mêmes enjeux de l'aborder d'une place de fille et d'une place de garçon. Grossièrement, on peut dire que du sein au fantasme de pouvoir épouser sa maman, le garçon ne change pas d'objet de désir. L'objet change de nature, mais pas de support. Il a toujours été là et le troisième personnage, le tiers qui arrive dans l'histoire pour dire "Eh ,bonhomme, je t'aime bien, mais celle-ci, c'est MON amoureuse, il a toujours été en place de troisième. On peut considérer sans effroi de s'opposer à lui.
Chez les filles, ça me semble de fait un poil plus complexe. Il va falloir que je lâche un objet dispensateur de confort, de chaleur dans lequel j'ai habité des mois, dont l'odeur et l'émotion m'ont marqué d'une façon indescriptible, pour un autre objet extrêmement désirable sans doute, mais quand même arrivé plus tard dans l'histoire. Et je pense que je n'arriverais jamais totalement à traiter en tiers, cette dame qui fait obstacle entre moi et mon objet de désir.
Au fond, un garçon, tant qu'il ne tombe pas sur la limite, c'est à dire sur les effets de la rivalité, il peut tenir cette dernière à distance. Pour la fille, la rivalité est déjà là pour elle, entre ses deux objets internes.

Et je me demande combien de temps les psychanalystes vont feindre de croire qu'une expérience aussi différente dès l'origine n'aurait aucune trace, aucune portée dans le cerveau, la psyché, enfin bref dans le système qui se charge d'organiser et de maintenir le sentiment de nous-même.

Le sentiment de nous-même.

Et voilà que cette longue incise sur l'œdipe, qui m'embarrassait bien que je la trouvasse nécessaire, me fait retomber exactement là d'où j'étais partie. Au point que je vais laisser en coquetterie stylistique, la parenthèse ouverte en haut, sans la fermer en bas.

N'est-il pas temps que ce sentiment de nous-même ne ballote plus au regard de l'autre, qu'il soit homme ou femme?

Battons nous pour des sociétés féministes, pas pour que les individus le soient à ce qui, nécessairement, est notre convenance. On peut choisir d'accoucher sans péridurale tout en veillant à ce que la société fabrique assez d'anesthésistes pour les pratiquer. On doit penser et encadrer les différents choix de maternité pour en limiter l'impact sur le travail des femmes et sur sa rémunération, tout en acceptant qu'il y ait des femmes qui choisissent de ne pas contribuer aux revenus du ménage.

Pour celles d'entre nous qui ont connu le manifeste des 343 salopes, qui ont déverrouillé des professions réservées aux hommes, qui ont librement ouverts les bras à ceux qu'elles désiraient, il a quelque chose d'infiniment secouant à voir une jeune fille déclarer qu'elle veut juste faire un riche mariage.

Pensez, sisters, que nous ne sommes pas les seules.
Pensez à Herz, à Marconni et tiens, à l'oublié Bathélémy. Des vies d'ingénieurs, de scientifiques passionnés, un flux continu de génie humain, de rigueur et de curiosité intellectuelle qui des ondes hertzienne à l'invention des diodes et du tube cathodique
nous donnèrent cette merveille : la télévision.

Et la ferme des célébrités.

Tout ça pour ça?

Oui.

Nous nous sommes battues et nous continuerons à le faire pour des femmes qui, décidément, ne sont pas toujours notre genre.

16.2.10

Y a pas que de la pomme. Y en a aussi, mais pas que...


Comme je suis une dame bien éduquée, je m'attendait bien à ce que mon inconscient, à propos d'un sujet aussi tordu que l'aliénation féminine, me jouât un tour en vache. Laitière.
Mais pas celui d'oublier mes propres mots, jetés sur le blog de Samantdi, sans aucune espèce de dédit possible.
Kozlika peut être considérée comme une vraie copine, qui me prévint d'abord par mail, charitablement, encore qu'hilare, que le cordon du tampaxe me dépassait du maillot qu'il y avait comme un hic.
Bon, c'est une taquine aussi parce que la phrase complète c'était :
Il est difficile de trouver un bon équilibre entre l'état de nos connaissances -l'allaitement c'est bon pour les bébés et les couches, ça pollue grave- et le respect des choix de chacun-un bon biberon vaut mieux qu'un sein contraint et je reviendrais aux couches lavables quand les mecs s'en occuperont à 50/50.
Et que je peux toujours arguer que la dernière phrase se voulait relever des opinions trouvés ça et là sur les fils de commentaires, sans qu'elle soient les miennes. Je peux toujours. Je suis pas totalement sûre de me convaincre!
N'ayant jamais eu l'habitude de tout vous dire, je garde pour moi le plus intime de ce qui est en train de ressortir de cette boîte pandorienne, mais c'est finalement assez drôle.

Au passage, que j'aie pu être agacée par les propos d'une dame psychanalyste mère de n enfants réticente à l'allaitement, moi qui suis ... voyons, née d'une mère qui a eu, oui n enfants, assez nettement réprobatrice au delà du 3° mois d'allaitement, et euh... ah oui, psychanalyste aussi, c'est bien entendu un hasard absolu.

Je me vois poindre dans le crâne une infinité de désirs de billets et ça faisait bien longtemps que je n'avais pas senti cette effervescence de dessous de galet.
Pour tâcher de tordre le cou à ma fainéantise, je vais déjà essayé de donner des noms à quelques-uns. Il y aurait :
1) l'histoire du métier impossible qui n'est pas celui qu'on croit.
2) l'histoire du tout ça pour une femme qui n'était pas mon genre
3) l'histoire du déluge et de ce qui se passe avant.
4) l'histoire de ce qui se passe quand je plonge dans tes yeux.
5) l'histoire de qui mange qui.


Si j'arrive à finir le repassage, il en naîtra peut-être quelques-uns.
Qui a dit " ça dépend des horaires du biathlon!"?

15.2.10

Voie lactée, ô sœur lumineuse...


Bon, je m'étais dit que j'attendrai d'avoir lu le bouquin d'Elisabeth Badinter avant de l'ouvrir sur le sujet, mais voilà... renseignements pris auprès de mon libraire local, n'yen a plus chez lui et c'est en réimpression.
Ceci rapporté au nombre de posts, de commentaires sur le sujet-et encore je ne twitte pas- le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait sacrément causer.
Surtout les dames.
Du moins dans les pages que je fréquente, parce qu'il paraît qu'en certains endroits, le mâle frustré s'est lâché lousse dans le crétinisme gras. On mentionne pour mémoire et puis on zappe parce que je ne suis pas sûre que ce soit le plus intéressant.
Par contre, voir comment le sujet enflamme les fils de commentaires, c'est passionnant et j'en suis tout à la fois ravie et perplexe.
Je me demande si je ne vais pas la jouer flemme perverse et me contenter de dégommer les arguments des uns et des autres, parce que c'est finalement tellement plus facile que de démêler le sac d'embrouilles entre celle qui allaite depuis 4 ans, celle qui a brulé le tire-lait, celle qui croit que la révolution va abolir, outre la pauvreté, la discrimination anti-femme, celle qui vomit la purée de brocolis bio, celle qui sait que les couches ne se compostent pas, celle qui s'alarme de voir la proportion de jeunes filles qui veulent faire un riche mariage et toutes les variations de celles qui veulent dire comment elles se sentent femmes avec ou sans parcelles-mères. Je ne vous mets pas les liens, baladez-vous, vous les rencontrerez vite

Et avec tout ceci, le sentiment que beaucoup, tout en affirmant qu'il y a urgence à être femme comme on veut, aimeraient bien-oh discrètement- qu'il n'y ait qu'une façon d'être féministe.

Est-ce que cela vaut le coup que j'y rajoute une goutte, sur ce blog de dimension modeste?
Bah, je disais justement il a peu, la nécessité, parfois, d'entretenir la rumeur du monde...
Disons que j'écris pour les archives d'un monomaniaque du siècle prochain...
Bien sûr, comme l'homme qui cherche sous le réverbère, la montre qu'il a perdu dans le bois, parce qu'il y de la lumière à cet endroit, il est bien possible que je ne situe rien de mes propres impasses.
On n'arrive pas à quelques encâblures de son demi-siècle sans avoir condamnés quelques-uns de ses projets. En quoi cela tient au hasard, à ma personnalité ou bien au contraintes invisibles que l'on autopsie si facilement chez les autres?
Ma foi, vous vous en débrouillerez.

J'ai beaucoup de mal avec le syllogisme déployé sur les couches lavables :1) il existe un courant qui en fait la promotion. 2) c'est toujours les femmes qui font les corvées. 3) donc il ne faut pas pousser les gens l'adopter.
Mais non d'un chien, pourquoi est-ce qu'on continue à prendre acte du numéro 2 comme s'il allait de soi? Et pourquoi, c'est l'inverse qui me semble toujours aller de soi.
Pourquoi est-ce que les copines, l'œil humide, continuent à couver avec admiration l'Homme pourri de défauts en me disant que j'ai de la chance? Moi, je trouve qu'il a bien eu de la chance d'avoir une femme qui n'a jamais lié le repassage au génome.
Il arrive aussi qu'on fasse avancer les questions en affirmant, mieux, en incarnant que la question ne se pose même pas.

J'ai aussi lu un post qui tenait pour argument que les couches lavables, c'était bourgeois, comme les purées maison et qu'il ne fallait pas en parler parce que ça allait culpabiliser la pauvre mère célibataire qui rame déjà avec ses 3h de transport en commun.
Merde. Pour le coup, le fondement a failli m'en escaper.
Des pauvres, j'en vois. Beaucoup. J'en touche et même j'en humme. Ben oui, des fois, le pauvre s'habille mal. Il fait de la malbouffe à ses gosses, (parce qu'il ne connait le blog de la cuisine de 4 sous), il n'achète pas de macarons à la rose et rendez-vous compte, il n'a même pas d'ordinateur pour lire ceux qui le défendent.
Les pauvres, depuis longtemps, ça sait que ça fait comme ça peut. Et c'est pas sûr effectivement que le jour où il lui tombe un sou de plus, il considère la couche lavable comme une priorité.
Mais je vous promet que le jour où je vois un blogueur renoncer à son ordi pour ne pas peiner un pauvre, promis je vais à Canossa, à pied et en espadrille biodégradable.

Quand j'écoute toutes ces femmes qui crient à la culpabilisation des femmes, je me demande toujours pour quoi j'ai été si difficile à culpabiliser.
En fait, je me fous un peu de la façon dont les femmes décident d'être femmes et féministes.
Je me fous beaucoup moins de la façon dont les sociétés sont féminisés ou non.
Et là, il y a bien entendu des constats d'alertes, que je partage absolument.
Oui, il existe des menaces sur les plannings familiaux, oui, dans la machine à broyer que sont nos sociétés avides, les plus vulnérables seront encore les femmes, oui la richesse mondiale est au mains des hommes, oui, nos pays entretiennent des liens diplomatiques avec une infinités de pays pratiquant une forme ou une d'Apartheid de la moitié de l'humanité.
Et oui, il faut continuer à élever la voix.

Mais, depuis les années 70 et les bons souvenirs de colloques animés
dans lesquels j'étais petite souris, il me reste une question, peut-être encore plus obscène que celle de la purée de brocolis roulé sous l'aisselle :
comment se fait-il que les femmes, celles-là même qu'on écrase sous la responsabilité de l'éducation des enfants, n'aient toujours pas appris à leurs petits mecs à faire une lessive?

Peut-être, suite demain...

2.2.10

Ce blog a quatre ans

J'ai souvent eu envie de faire l'expérience suivante: partir, en même temps qu'un être cher mais par des voies séparées, dans une ville inconnue. Ne nous y fixer aucun rendez vous, regarder la ville. S'y croiser, ou pas. Au retour, comparer les trajectoires, les lieux de repos, les points de fixation. N'en tirer rien de précis; ne méconnaître ni la chance, ni les fils souterrains qui nous animent
Je n'ai averti aucun de mes proches de la naissance de ce blogue. Je n'irais pas la claironner sur ceux que je lis depuis quelques mois. Comme tout le monde, j'attends la rencontre.


C'était le premier texte. Le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai été exaucée bien au delà de ce que j'imaginais. De belles rencontres...

Des temps morts, des gens forts, du bleu, du gris qu'on prend dans ses doigts, un peintre, deux peintres, trois peintres, une duchesse en sabot, une chèvre, un ours, un bouquetin, un loup, un raton laveur,un âne, une vache, une blonde, deux brunes et des chauves, une dame au chapeau vert, des chats qui pelotent, des flamboyants, des photographes, des poètes, des pistaches, un historien, une encyclopédie amoureuse d'un post-it, des clopinettes,des tippie, des coquecigrues, un pêcheur, trois profs, des geeks et des belles, des gothics inside, des qui racontent et des qui regardent, des qui lisent et d'autres qui se taisent.

Des qui aiment les énumérations, parce qu'ici, des fois, il y en a.
Des qui supportent les creux, pasqu'y en a aussi.
Des qui passent sans commenter, mais qui parfois-et même finalement assez souvent, envoient un petit mot en privé. Le genre qui vous transforme l'intérieur en loukoum que c'en est une honte.



La première photo c'était celle-ci.


Le moins qu'on puisse dire... c'est que j'avais de la marge.

4 ans. J'en reviens pas*



*Comment ça vous non plus?

21.1.10

Les voleurs de feu



Il voudrait que je l'aide à le dire à ses parents.
Ou plus exactement, je crois qu'il voudrait que je le dise zeugmatiquement à son père et à sa place.
Qu'il a fait l'amour et que c'était avec un garçon.
J'ai un œil sur les statistiques qui me montrent que, oui, il y a un risque largement supérieur à celui de certain virus grippal pour que son père le vire du domicile familial. Ou pour que cette seule anticipation le précipite au bord de la fenêtre ou un peu trop près de l'armoire à médocs.
Et puis j'ai un autre œil sur la courbe enfantine de sa joue et je me dis qu'il n'a que quinze ans, qu'il n'a personne à présenter à un repas du dimanche et que je ne conseillerais à nul adolescent de convoquer le regard de ses parents à cet acte infiniment privé.
Il ressemble à ces jeunes filles qui laissent traîner leur plaquette de pilules entamée dans la salle de bain de leurs parents.
A cet âge, faire l'amour, avec qui que ce soit, fusse avec soi-même, c'est contempler le soir venu, un éclat du feu dérobé aux Dieux. C'est accepter qu'il soit malcommode, douloureux parfois, de le garder en ses mains. C'est avoir la tentation de se soulager de son butin en le confiant à d'autres, y compris quand cela prend la forme d'un projectile lancé à la face du père, de la mère, de la menace.
Et grandir, c'est y renoncer.
C'est accepter que la brûlure dessine une trace à nulle autre semblable, à toutes superposable, ce lent passage de l'immense à l'îlot, de la découverte du plaisir à l'attachement à l'autre.
Oui, tous les adolescents ont envie de se tatouer sur le front "j'ai baisé!"
Et à tous, je témoigne que ça les regarde.
Je sais, il y a cette foutue statistique.
Mais en dehors de celle-ci, y-a-il une raison, une seule, pour que je te dise autre chose que : "garde cela pour toi, jusqu'au moment où tu pourras dire, sans peur et sans forfanterie, que tu es maintenant du côté des adultes"?
Cet infime scrupule peut-être, de me dire que la discrétion est parfois le luxe ultime de ceux que l'on a pas astreint de force au secret...



NB: Ce qu'il y a de bien, avec les modèles pas finis de cuire, c'est qu'ils vous obligent en permanence à lâcher les bonnes vieilles recettes trop éprouvées. Mes amis, voilà, après des années de boutique, que je débute dans le modèle ouvertement pédé tentant de vous refiler ses états d'âme. Qu'est ce que ce serait facile, la médecine, s'il n'y avait pas les patients... J'ai bien l'intention, pour l'instant, de ne rien faire d'autre que d'écouter. Mais s'il y a dans cette histoire quelque chose que je n'entend pas, merci, amis lecteur/trices, de venir me le corner aux oreilles.

16.1.10

Limites de la littérature.


Il manque un mot pour décrire l'expression offusquée, victorienne et pour tout dire incrédule, du chat qu'on pousse du fauteuil pour s'y asseoir.
Pourtant, même sa queue arrondie en point d'interrogation y crée un synonyme de scandale.

12.1.10

Apprivoiser le rutabaga.

Si je faisais bien mon métier, je t'aurais remballé tout ça.
Allez hop, on déblaie, les fausses allégations, les références fantaisistes, le déni, la terreur montée de toute pièce qui en cache une autre, zou, retour dans le panier de la dame.
Mais la dame en question n'est pas ministre et somme toute, elle est sincère dans sa façon de s'arc bouter à son plaidoyer.
Son fils n'est pas plus allergique que moi et la panier-repas qu'il trimballe tous les jours n'est pas plus justifié que l'éviction de piscine chez la petite fille rendue rachitique par le port du voile intégral.
Donc, si j'obéissais à la circulaire, je dirais un non sec et je serrerai la main en disant au revoir Madame.
Mais.
Mais d'une part, faut pas trop me gratter en ce moment avec les circulaires et puis d'autre part, ce pâle rutabaga qui n'ose pas me regarder en face, il m'intrigue.
Je vois très bien d'où vient cette pseudo allergie au protéines du lait, au lactose et au gluten jamais réellement bilantée. Rajoutez-y l'absence totale de vaccination, la certitude que le chlorure de magnésium guérit le tétanos, la scolarisation à domicile et le repas froid pour éviter toute possibilité de réchauffage au micro-ondes et vous avez tout le kit du long combat contre le monde méchant qui ne songe qu'à vous empoisonner.
Je vois très bien ce qui va se passer si je fais ce que je dois. Ils vont prendre leurs cliques et leurs claques et disparaître une fois plus dans la nature. Aimant leur enfant unique et persuadés d'agir pour son bien.

Il a d'ailleurs exactement l'air de quelqu'un dont on veut la totale préservation. Et bordel de vierge enceinte, ça ne rend pas heureux, si j'en crois sa politesse vide de toute spontanéité, son expression souffreteuse, son developpement prudemment arrêté au bord de l'adolescence.
Doit rire une fois par an et fréquemment laisser son tour à un camarade plus motivé.

Alors, quitte à bouffer son fenouil cru, autant qu'il le fasse à la cantine, avec les autres, même si le choc culturel avec les grands couillons habituels peut être rude. Il y en a des plus fins que d'autres, dans la masse et il semble trouver sa place. De toute façon, il a beau se retenir, les poils lui poussent et dans le grand 8 qui l'attend, bien malin celui qui sait ce qu'il prendra ou laissera de ces deux discours si différents.

Je vais tâcher d'obtenir au moins une vaccination anti tétanique, sans trop y croire, mais surtout, je vais tâcher qu'il reste avec nous. Et puis, ça m'amusera de voir comment il va s'y prendre pour faire chier les adultes.
Ça m'étonnerait quand même qu'on le retrouve tatoué jusqu'aux yeux ou avec des piercings en quinconce sur la langue. Au stade où en sont ses parents, il a des armes beaucoup plus économiques que cela.
Un BN lui suffira. Un hamburger, s'il veut vraiment la guerre.

29.12.09

L'Affaire de l'Homme aux Louzoù*


Nous étions enfin installés sur ce fameux ferry et je sentais ce minuscule basculement intérieur qui signe que je suis sur un objet flottant. N'importe lequel. Y compris toute espèce de fer à repasser dont je me gausse quand je les vois de l'extérieur mais que j'adopte avec ferveur dès lors qu'ils me permettent cette dilatation indubitable du temps réel : une nuit sur l'eau, des heures à voir défiler l'horizon.
Un bateau, c'est toujours un bateau, voilà.

Et puis, voyant l'Homme aux innombrables défauts frétiller lui aussi d'être sur un ptit navire, j'avais demandé s'il était possible de visiter la passerelle et, sans avoir eu de réponse enthousiaste, il m'avait été promis que la question serait posée au capitaine.

Je me réjouissais également de commander la "daily soup" et des "onions rings" parce que je voyage presque aussi immédiatement avec la nourriture qu'avec la mer.

Et tout à coup, une annonce dans le haut parleur demande un médecin.

Dans ces cas là, une partie de moi dit : "Merde. Et en plus, c'est probablement pour peanuts."
Et l'autre dit : "Merde. Espérons que c'est pour peanuts."

Mais quoi qu'il en soit, les deux parties réunies reposent la serviette sur la table et se dirigent à l'endroit annoncé.
Sur le plan médical, c'était à peu près peanuts, sinon prendre sur soi le rôle du mauvais objet qui annonce à une jeune femme qu'il était impossible que son compagnon prit la mer dans cet état sub comateux et que le surplus de médocs ingérés étant inquantifiable, il nécessitait une surveillance hospitalière.
Sur le plan humain... elle ne pouvait savoir que je comprenais très bien l'espèce d'effondrement qui l'a saisie en pensant à tout ce qui avait été préparé avec sa famille irlandaise.

Comme j'ai très bien compris le soulagement manifeste de l'officier en second, pour qui le problème n'était plus que d'arriver à faire sortir une voiture de la cale.

Je suis remontée m'occuper de mes oignons frits, que j'ai dégusté sous l'œil franchement admiratif de mes filles qui m'imaginaient déjà faire le coup de la trachéotomie au couteau économe. Un peu de respect filial, par les temps qui courent est un assaisonnement rare et friand, aussi, je ne m'en suis point privée.

Le lendemain, on m'expliqua à la réception que, non seulement nous étions invités sur la passerelle de commandement, mais également priés d'accepter un repas pour 4 personnes au motif "d'assistance médicale à un passager".

Bref, nous fîmes sur une mer d'huile, entourés de sourires chaleureux , de signes de têtes cordiaux et de sauts de marsouins, une traversée de rêve.

La pieuse admiration filiale va aussi avec les œufs au bacon, finalement.




* Louzoù, c'est les médicaments en breton

28.12.09

Et d'une suite de petits miracles.


L'Affaire du passeport

Comme je vous le disais, il est totalement impossible d'entrer dans un ferry à destination de l'Irlande sans une pièce d'identité personnelle pour toute personne, y compris un bébé.
Ils vous refusent même l'entrée du bateau car la société est passible d'une amende en cas de passage de clandestins ou assimilés.

Il est plus facile à un morceau de cheddar de traverser les frontières qu'à un être humain, fut-il la plus piquante brunette qu'on aie vu depuis Esmeralda.


Donc, le dimanche, interdits, secoués et honteux comme des corbeaux, nous refîmes le voyage en sens inverse.

Je savais, depuis l'après-midi, que jamais, au grand jamais la préfecture n'accepterait de faire un passeport en urgence pour une raison aussi futile que d'aller boire une Guiness dans l'un des trous du cul du Monde.

Mais voilà, jamais l'Homme qui trouve le seul revendeur de butagaz d'Apeldoorn ouvert un samedi matin et une pièce détachée de sous marin-nucléaire n'importe quand, sauf le jour de la Saint Vladimir, parce que c'est férié même pour la mafia russe, jamais cet homme ne s'avoue vaincu.

Derrière un miracle, il y a souvent une patiente architecture. L'Homme n'avait pas seulement réuni dès le lundi matin à 9h toutes les pièces possibles d'un passeport en urgence, au cas où la préfecture se laisserait fléchir.

Il avait dès le samedi, identifié un nom qui circulait sur les lèvres des employés de la compagnie tout aussi fermes que désolés. Un certain Monsieur B.

Il employa donc la dernière heure possible avant qu'il soit impossible de rejoindre le dernier ferry, à identifier MonsieurB.

Qui n'était rien de moins que le représentant en france de l'Immigration Irlandaise, chargé d'aplanir en général les histoires de circulation de cheddar, bien plus que celle de touristes de 9 ans nantis d'imprévoyants parents.

Et un monsieur extrêmement gentil.

Qui s'enquit de toutes les pièces que nous avions en main, s'arrêta sur le certificat de filiation.

-"Aoh, y a-t-il une photo sur ce document?
-non, mais on peut en mettre une et le faire valider à la mairie en presence de l'enfant.
-Ok, allez-y, je téléphone à L'Immigration à Rosselare et je vous rappelle."

J'ai un maire également très gentil.
L'Immigration avait envie de chanter Jingle bells
Le terroriste avait programmé son attentat à Heathrow pour plus tard.


Nous sommes donc entrés en Irlande avec un document qui n'existe nulle part ailleurs que dans notre portefeuille et la douane de Rosselare a interrompu nos explications embarassées par un :

"Yes, we know. You're a special case. Happy Christmas!"


(Demain, l'Affaire de l'Homme aux Louzoù)

De quelques anicroches...

Sachant que :

Nous découvrîmes le samedi soir, à l'entrée du ferry, que l'Irlande ne faisait pas partie de l'espace de Schengen.
Et qu'en l'occurrence, il était totalement impossible à Miss Bibi de franchir la douane sans un un acte d'identité personnelle. Bien tout le monde nous attendit à Stradbally dimanche.

Que ma route a croisé celle d'un homme qui avait abusé de diverses drogues.


Qu'il n'y avait pas de musique à l'endroit dit le 26 décembre.



Vous voulez savoir à quoi ont ressemblé mes vacances?


mais ne dégainez pas trop vite la chaleureuse compassion dont vous faites si souvent preuve à l'égard de l'auteur.

La suite du post ce soir ou demain s'intitule :

Et d'une suite de petits miracles....



Bises à vous tous, hommes ou bêtes qui passez ici et à tout bientôt.

2.12.09

Si la salade meurt...

Le centre Georges Pompidou est en grève. Je ne rentrerai pas dans le détail de ce conflit social, dont j'ignore tout.
Mais mon sang n'a fait qu'un tour.
Comprenez-moi bien : les zœuvres habituellement gardées dans les musées se conservent généralement fort bien, même sans conservateurs et peuvent observer, d'un œil tranquille et d'un sourire de Joconde, les aléas de notre politique culturelle. Comme dirait la Victoire de Samothrace : "on s'en bat les ailes".
Il en va tout autrement de l'art conceptuel. Celui-ci, c'est bien connu, demande un entretien colossal, quotidien, une attention de chaque jour. Ne serait-ce que pour rappeler à la femme de ménage qu'il ne s'agit pas de gravats à balayer d'urgence, mais de trucs signés qui valent la peauduc.
Et aux veilleurs de nuit qu'il ne faut, surtout, mais surtout pas confondre les œuvres de Manzoni avec une réserve de boites de cassoulet dans lesquels ils pourraient impunément piocher en cas de petite faim.

Toutefois, avec un peu de formation du petit personnel, on s'en sort.
Sauf pour celle-ci :



Cette chose délicate, fleuron de l'arte povera de Giovani Anselmo, composée de granit et de laitue fraîche mobilise un conservateur tous les deux jours pour changer la salade.
Sinon, elle pourrit. Et c'est plus de l'art, c'est du caca, et là, il faut que la femme de ménage nettoie. (Compter une bonne semaine de formation.)

Monsieur le Ministre, comme je vous l'ai dit, j'ignore complètement la teneur du conflit. Mais si vous laissez le conflit perdurer, l'artiste va attaquer l'Etat en justice, les champignons vont envahir Paris et les boîtes de Merda d'Artista, rongées par la corrosion, exploseront au nez des dignitaires étrangers venus se nourrir de notre exception française...
Si la salade meurt, Monsieur le Ministre, si la salade meurt...

1.12.09

D'un rêve et d'une rencontre


Cette nuit, tout était très clair.
Un homme, dans un chemin creux, dessinait sur les planches d'un vieux portail de ferme les détails de sa récente invention.
Un tracteur passe, obligeant l'homme à faire un pas en arrière. Il le fait sans hâte, il connait visiblement l'agriculteur qui conduit le tracteur. Ce dernier lui jette un coup d'œil, sans manifester de sentiment particulier, continue de longer le chemin, contourne un mur et se retrouve dans la ferme, de l'autre côté du portail.
Ensuite, il descend de son tracteur et saisit une tronçonneuse, avec la visible intention de découper le portail pour donner à l'homme le fragment qui porte les plans de sa précieuse invention.
Une alliance rendue par le sommeil d'une absolue limpidité.

Je me dis souvent, en ce moment, que mes nuits sont plus pertinentes que mes journées.

Encore qu'il me semble que ce rêve a un lien avec la Dotclear install party 4, même si je n'y ai fait qu'une courte apparition. Toujours, le même sentiment de respect pragmatique, d'échange bienveillant de clefs à molette de toutes dimensions entre des gens qui ont tous les degrés de connaissance de l'objet, depuis le geek qui commence ses rêves par div#oniric jusqu'à celle qui s'est baladée 6 mois avec un violet immonde sur son blog photo.
J'y ai raté Mlle Moi, Tippie et pas vraiment eu le temps de discuter en raison d'un train trop précoce. Mais j'y ai pris une grande bouffée d'air.
J'en profite pour dire aux timides, aux atteints chroniques du sentiment d'imposture, aux sépapourmois, aux débutants et à ceux qu'ont deux mains gauches qu'il ne faut hésiter à franchir la porte de la 5ème install party, parce que ces gens sont d'une extrême douceur aux néophytes et que vous trouverez toujours plus manchot que vous. Surtout si j'y suis.
Et avec un peu de chance, outre le grand sourire de Kozlika, le sourire canaille de Gilsoub, celui en coin de Ben, vous aurez peut-être droit au rire de Lomalarch...
Un étonnant croisement entre les chutes du Niagara, les dix-sept pianos traînés sur un plancher de béton, la hyène hurleuse et le sanglot de la mouette éperdue d'amour.
Une révélation.
(pis l'est beau d'abord!)

Et merci, de tout mon coeur, à la très lumineuse Ada qui cornaquait Miss Bibi pendant ce temps, après avoir nourri sa mère de feuilletés persil féta à tomber.

26.11.09

la Baleine geekette.

Ma bouilloire s'est fendue au moment de mon thé salvateur, le chat a cassé ma tasse à moustache dont il ne me restera que cette photo en souvenir, j'ai le nez dans le guidon et le guidon près du fossé...

Mais je m'en vais demain pour Paris, trop tard pour dîner avec Tippie, mais pas trop pour voir Ada et pour participer dimanche au Dotclear install party au Tamm Bara, probablement vers 11h pour profiter de la présence full-pêche de Kozlika décidée à nous faire voire plein de joulis CSS.
Vu les manips malheureuses que j'ai eu la flemme de corriger sur l'Œil de la Baleine, c'est point du lusque.

7.10.09

Le ruban de Moebius.


Vers l'âge de six ans, je cédais à la demande latente qui m'entourait, et j'acceptais d'apprendre à lire.
J'ai écrit, ici, ce qu'il est advenu ensuite, comment les mots ont irrigué mon paysage, sans aucune symétrie, sans plan préparé, sans autre constance que la variété de leur présence.
Ai-je fait une si bonne opération?
Finalement, rien n'est moins sûr.

Car, à coté de cette topographie, j'en ai construit une autre, encore moins systématisée, encore plus déroutante. J'ai rencontré des gens. Des milliers. Moins qu'un employé de la SNCF, mais plus longtemps. Différemment. Et puis, j'ai tenté, et parfois réussi à en aimer.
Alors, vous, moi, nous, les gens, les mots, les brèves et soulageantes remises en ordre de notre chaos, c'est ma mine quotidienne, mon chantier indiscutable, ma tâche de technicien de minuscules surfaces.
Et au fil du temps, quelque chose, dans cette histoire qui, partout et tout le temps, nous pousse à raconter des histoires, a fini par émerger : une désolation secrète que nous soyons si bien fait pour écrire et si peu habiles avec les mots qui aident à vivre.

Et pourtant...
Et pourtant, aucune littérature, même la plus ricanante, la plus outrancière, la plus sanglante, celle dont la lecture vous met le cœur au bord des lèvres et une infamante excitation au creux du ventre, aucune littérature ne peut rivaliser avec l'économique efficacité de la vie .
Là où le livre, toujours, aura besoin d'une machinerie coûteuse, de contreforts péniblement visibles, d'un surcroît de perversité, la vie s'en tirera avec deux personnes, ou trois selon le type de tragédie, et de rarement plus de deux sentiments, le désir et la terreur en grands favoris.

D'où vient que nous terminions souvent le livre, quitte à le jeter, mais que nous nous esquivions si poliment devant le malheur des autres, avec sa crudité, son odeur de chair vive, son poids tout à coup si réel à portée de notre main.

Nous éludons. Avec plus ou moins d'élégance, selon son éducation et son degré d'intimité, mais si souvent, avec une pauvreté de commentaire, une platitude que nous ne supporterions pas pour notre divertissement.

Sur le papier, nous avons la réplique splendide, le geste d'une folle pertinence. Nous séchons les larmes du bout des doigts, nous ouvrons les bras dans l'idéal tempo, nous déchirons les secrets de famille sans trembler et regardons le pus s'écouler sans en être tachés, nous savons pratiquer des abandons définitifs et ouvertement libérateurs et nos lâchetés mêmes se sauvent d'être si précisément inscrites dans le décours de l'histoire.
Comme nous savons prendre soin de nos personnages! Combien nous sommes patients, respectueux, tous, lecteurs et auteurs confondus. Combien nous nous soucions, au travers des mots écrits ou lus, de leur permettre d'accéder à leur intime vérité; avec quelle force, quitte à rater le repas du soir, nous les encourageons à tenir, ligne après ligne.
Vous voulez comparer avec ce que nous réservons à nos proches, aux plus aimés de nos proches?
« tu sauras ça plus tard. »
« Non, rien. »
« Ecoute, on en reparlera ».

Ai-je fait une bonne affaire? Avez-vous, gens que j'aime si mal, si imparfaitement, fait une bonne affaire avec moi qui lit si bien, qui apprécie en artiste, le tombé d'une phrase et le silence qui suit?

(Toujours, j'ai rêvé de déchirer le ruban de Moebius, rêvé d'un geste ou d'une parole sublime, dont je garderai, tout au long de mes jours, le souvenir et le pouvoir consolant d'un poème enfin chair.)


(C'est la vie, hé.)


Je vous laisse choisir, à votre gré, la fin du post.

4.10.09

Sortie de toiles.

(T'sé, tu peux toujours cliquer pour élargir.)

Dimanche, les artistes ouvrent leurs ateliers.
Sur l'étendage déserté, les araignées
ont mis leurs toiles aux enchères.

Pfff, j'en ai déjà plein chez moi.


Et, puis je suis passée (entre autre) chez Anh Gloux et Catherine Glaye, qui forment, avec Patricia le Merdy, les Quatre Sardines. Oui, toutes les trois.
Belle rencontre concarnoise, courtoise, matoise et framboise. Il y des iles, des gens qui s'enlacent, des pieuvres superstitieuses qui croisent les tentacules, des phares et même des dessous chics.