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15.6.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, c'est comme ça et pas autrement

Petite Poule couve. Inlassablement, elle étend ses ailes sur des œufs imaginaires, les vrais ayant déjà connu la mouillette de pain beurré, parce que, hein, bon, c'est quand même un délice.
On a beau lui tremper le croupion dans l'eau froide, la sortir de son nichoir, elle nous regarde, passive et fiévreuse à la fois et, dès qu'on le dos tourné, elle y retourne.
Petite femelle obtusément prisonnière de sa physiologie, elle m'agace et m'émeut.

27.2.10

L'histoire du métier impossible qui n'est pas celui qu'on croit

"J'ai pas quatre bras...
-Mais pourquoi elle dit ça?
-Mais parce que c'est VRAI!"
In le graphique de Boscop, 1976


Trop près, trop loin. Dans l'emprise. A coté des besoins réels. Aveuglée par la nécessité de prendre soin. Etouffant désir de perfection.
Croirait-on pas que j'y parle du métier de mère?
Non, je parle ici de la fonction de médecin, du moins telle qu'elle y transparaît dans le livre d'Elisabeth Badinter.
J'y suis, à plus d'un titre, logée dans le camp des réactionnaires.
Je vais tâcher, dans les jours et les semaines, de voir ce que j'en accepte et ce que j'en réfute.
Je vais tâcher aussi de ne pas me contenter du livre seul, mais d'aller aussi à l'écho des questions qu'il soulève et qui indéniablement sont une des réussites de ce livre.
Pas loin, à mes yeux d'être la seule, mais de grande valeur.
Car enfin, dans le mortifère étouffoir du sarkozisme, dans la régression généralisée à laquelle on assiste, un vent frais venant d'un temps où il était séant de débattre du sexe, du partage des tâches et d'une réussite de la vie qui ne se résumait à la possession d'une Roulex, c'est fichtrement bon à prendre.
C'est donc avec un certain enthousiasme, encore que mâtiné d'un peu de défiance, que j'ai fini par acheter le livre : « Le conflit, la femme et la mère » de la sus-citée.
Là, il a failli plusieurs fois me tomber des mains. Là où certaines de mes blogocopines l'ont trouvé mesuré, porteur d'un message ouvrant au femmes le libre choix, je l'ai trouvé, moi, souvent partial, voire vindicatif quant au fond et faible sur plusieurs points d'argumentation.
La messe sur le libre choix est assez rapidement dite : les écolos, les neurobiologistes, les allaitantes et les médecins y sont, en toute lettres, répertoriés sous la bannière de la Sainte Alliance des Réactionnaires.
L'ouvrage, qui de façon assez juste, pointe l'ambivalence des femmes vis à vis de la maternité, est lui même aux prises avec des tensions contradictoires, dont je ne suis pas sûre qu'elles soient toutes voulues. Il lui faut pointer l'aliénation des femmes sans les traiter ouvertement de gourdes. Exalter leur libre capacité à choisir tout en dénonçant les facteurs qui biaisent ce choix.
Cela donne un ton bancal qui tenterait de démontrer qu'une femme qui choisit de ne pas avoir d'enfant, ou de ne pas allaiter le ferait par résistance, librement, et que celles qui feraient les choix inverses le feraient par culpabilité.
Selon les chapitres, on trouvera, à la page 189 : « une récente étude australienne montre à quel point les discours sur la maternité peuvent peser sur les femmes dans leurs choix maternels » et à la page 193: « La décision de n'avoir pas d'enfant, ou la non décision d'en avoir un relève du privé et de l'intime. La plupart du temps, c'est le résultat d'un dialogue secret entre soi et soi, qui n' a que faire de la propagande. »

Elle n'est donc pas sûre que la propagande opère. Par contre, elle affirme qu'il y en a et que parmi les hérauts, il y a tous ceux qui tentent de comprendre les liens biologiques entre les mères et les enfants. Pardon, tous ceux qui déjà, pensent qu'il y en a sont déjà suspects d'être les sous-marins de l'opération "les mères à la maison".
Sur un plan stylistique, à peu près tous les postulats de l'Académie de Médecine sont, sinon mis au conditionnel, du moins présentés avec ironie. Sur l'allaitement, cela a été abondamment commenté ailleurs.
Mais elle vise aussi la position des médecins sur l'alcool et le tabac durant la grossesse. Pour le coup, elle le fait presque incidemment. Je n'ai pas réussi à déterminer si elle considérait réellement comme un progrès de la cause des femmes de pouvoir fumer et boire pendant la gestation ou si elle se servait simplement de points sensibles pour pouvoir disqualifier l'ensemble du discours de ces médecins si culpabilisants.
Je me félicite qu'elle ne soit pas allée jusqu'à l'ectasy-si-je-veux et m'étonne un peu qu'il ne soit pas fait mention du diktat, pour moi le plus sujet à caution qui est la prise de poids pendant la grossesse. Pour le coup, voilà un impératif bien plus lié à l'image du corps qu'à la santé, curieusement absent de la démonstration.
Il est vrai que depuis « l'art d' accommoder les bébés », une certaine prudence est de mise dans les conseils que l'on peut donner. Et qu'il est bon, pour le médecin, de se demander, dans ce qu'il énonce, quel est l'élément le plus vraisemblablement parti pour être proclamé ânerie du siècle dans 50 ans.
Mais ce qui progresse, à coté de la pédiatrie, c'est la Santé Publique, les conférences de consensus, l'Evidence Based Medecine.
Nous en savons un peu plus sur nos incertitudes.

Et je m'étonne que quelqu'un qui fasse profession de philosophe et de psychanalyste se montre si peu... disons le mot, si peu adulte dans sa façon d'appréhender le rôle de la médecine.
Elle oscille entre la réfutation pure et simple, la disqualification caricaturale et le procès en culpabilisation. Au fond, le médecin ne trouve grâce à ses yeux, que quand il s'agit de dénoncer une plus grande obscurantiste encore, qui est la mère écolo qui ne croit pas à la pharmacopée industrielle. En dehors de cela, ils ont tout faux, qu'ils s'inquiètent des effets des pesticides sur la fertilité, qu'ils parlent d'allaitement, qu'ils tentent de chercher les facteurs influant une grossesse.
Or voyez-vous, les médecins, comme les parents, ne sauraient être parfaits.
Qu'attend-on d'un médecin suffisamment bon?
Que nous tâchions, inlassablement, au prix d'erreurs, de contradictions, de questions sans cesse réorientées, de déterminer les facteurs qui pèsent sur la liberté de chacun-car la maladie est avant tout, une perte de liberté, et de permettre à ceux qui le voudraient, de s'en affranchir.
Si nous conseillons, actuellement, à toute femme enceinte, de s'abstenir d'alcool pendant la grossesse, c'est parce que le syndrome alcoolo-foetal est une réalité et que nous sommes incapables, pour l'instant, de savoir où et comment il frappe. Elle n'en a jamais rencontré? Moi, si. Et je peux vous dire que c'est pas de la tarte.
Une partie de notre travail consiste à baliser le champ des risques. L'autre consiste à permettre à un individu de s'y situer. Si nous ne le faisons pas, qui le fera? Qu'on le veuille ou non, c'est notre rôle, notre partition. C'est pour dire ceci qu'on nous forme, qu'on nous paye, qu'on vient nous voir. Une grossesse sans alcool, sans tabac, sans toxiques, avec le moins possible de médicaments, bien entendu que c'est mieux.
Et en tout état de cause, pour l'instant, c'est bien plus prouvé, avec bien plus d'études, que l'impact de l'allaitement sur le travail des femmes.
Madame Badinter attend-elle de nous que nous nous arrêtions à l'état actuel de nos connaissances? Que nous cessions de chercher? Que nous taisions ce qui risque de désespérer aussi bien Billancourt que Neuilly?
Il y a de mauvaises façons de dire des choses désagréables à entendre, mais il n'y en a pas de bonnes.
Elle vit les préconisations récentes sur le tabac et l'alcool comme un retour de vent mauvais-mais songe-t-elle que leur consommation de masse chez la femme est extrêmement récente? Peut-elle imaginer que l'impact de santé soit différent lorsqu'on passe de 10 à 30% de fumeuses en quarante ans?
Si j'en crois sa date de naissance, elle a probablement fait ses enfants à l'aube des années 70. Qu'en ces temps-là, nul ne soit préoccupé du temps nécessaire pour dégrader une couche-culotte, ni ne se soit posé la question de la différence de poids des nourrissons nés de mère fumeuse, que la courbe des obésités n'ait pas encore explosé au nez des pédiatres, ni les diabètes juvéniles, je le conçois parfaitement.

Et je conçois également qu'on puisse avoir la nostalgie d'un temps où les plus en avance pouvaient jouir sans entrave. « Comme sont loin les années 70 où l'on pouvait vivre sa grossesse avec insouciance et légèreté! » écrit-elle.
Et je la comprends bien. C'est tellement plus facile, parfois, de ne pas savoir.
Mais il faut faire attention à la nostalgie. Elle a vite fait de vous pousser à vouloir immobiliser le temps, les connaissances, les mises en perspective.
Bref, elle a vite fait, sous couvert de vous rendre un paradis perdu, de vous rendre réactionnaire.

17.2.10

L'histoire d'une femme qui n'était pas mon genre.

Ne pas vouloir d'enfant, c'est se préparer à des regrets.
Allaiter, c'est aliénant.
Travailler avec des enfants jeunes, c'est passer à côté de quelque chose d'irremplaçable.
Accoucher sans péridurale, c'est masochiste.
Le voile c'est la soumission.
Le string, c'est la soumission.
Les purées maisons, c'est de l'esclavage.
Les petits pots N..lé, c'est le formatage.
Le nourrissage à la demande, c'est se plier au diktat du bébé
Le nourrissage à heure fixe, c'est se plier aux diktats de la société.


Mais.
Mais je ne dis ça que pour mon propre compte.
L'important dans tout ça, ma sœur chérie, c'est que tu te sentes libre de faire comme tu veux. Parce que tu vois, ta liberté, c'est ce pourquoi nous avons tant lutté.


D'où nous vient ce sentiment de menace double? Nous nous trouvons heurtées de toute ces façons d'être femmes et tout autant de nos désaccords, comme si chaque trait posé risquait d'effondrer la perspective.

Comme je le disais dans mon précédent post, tout en affirmant que le but ultime est de prouver qu'il y a toutes les façons d'être femmes, il se renvoie partout, plus ou moins amèrement : "est-ce donc ça, être féministe?"

Je vois rarement les hommes dans une telle incertitude du fait masculin. Par contre, ce que j'entends là, il me semble l'avoir entendu delà même façon dans d'autres positions, vécue de l'en dehors ou de l'en dedans comme minoritaire.
C'est ainsi que certains noirs se font traiter de bounty, (noir dehors et blanc dedans) avec le même soupçon de traitrise. C'est ainsi que souvent, le regard se détourne des cibles encore à atteindre pour se centrer sur des convulsions intestines.

Est qu'il en va ainsi de tout militantisme? Est-ce seulement la nécessité de la lutte qui codifie ainsi le bon et le mauvais, non pas seulement en soi, mais au regard des objectifs?
Est-ce chez les femmes, compte tenu de l'extrême complexité des liens mères-filles, la marque plus archaïque, plus durable du tabou de la rivalité?
(Peut-être, sur ce dernier point, cela vaut le coup que je fasse une incise pour situer de quel endroit je parle. Oui, je pense que la théorie psychanalytique de l'Oedipe est fondamentale. Oui, je pense également que cela ne fabrique pas tout à fait les mêmes enjeux de l'aborder d'une place de fille et d'une place de garçon. Grossièrement, on peut dire que du sein au fantasme de pouvoir épouser sa maman, le garçon ne change pas d'objet de désir. L'objet change de nature, mais pas de support. Il a toujours été là et le troisième personnage, le tiers qui arrive dans l'histoire pour dire "Eh ,bonhomme, je t'aime bien, mais celle-ci, c'est MON amoureuse, il a toujours été en place de troisième. On peut considérer sans effroi de s'opposer à lui.
Chez les filles, ça me semble de fait un poil plus complexe. Il va falloir que je lâche un objet dispensateur de confort, de chaleur dans lequel j'ai habité des mois, dont l'odeur et l'émotion m'ont marqué d'une façon indescriptible, pour un autre objet extrêmement désirable sans doute, mais quand même arrivé plus tard dans l'histoire. Et je pense que je n'arriverais jamais totalement à traiter en tiers, cette dame qui fait obstacle entre moi et mon objet de désir.
Au fond, un garçon, tant qu'il ne tombe pas sur la limite, c'est à dire sur les effets de la rivalité, il peut tenir cette dernière à distance. Pour la fille, la rivalité est déjà là pour elle, entre ses deux objets internes.

Et je me demande combien de temps les psychanalystes vont feindre de croire qu'une expérience aussi différente dès l'origine n'aurait aucune trace, aucune portée dans le cerveau, la psyché, enfin bref dans le système qui se charge d'organiser et de maintenir le sentiment de nous-même.

Le sentiment de nous-même.

Et voilà que cette longue incise sur l'œdipe, qui m'embarrassait bien que je la trouvasse nécessaire, me fait retomber exactement là d'où j'étais partie. Au point que je vais laisser en coquetterie stylistique, la parenthèse ouverte en haut, sans la fermer en bas.

N'est-il pas temps que ce sentiment de nous-même ne ballote plus au regard de l'autre, qu'il soit homme ou femme?

Battons nous pour des sociétés féministes, pas pour que les individus le soient à ce qui, nécessairement, est notre convenance. On peut choisir d'accoucher sans péridurale tout en veillant à ce que la société fabrique assez d'anesthésistes pour les pratiquer. On doit penser et encadrer les différents choix de maternité pour en limiter l'impact sur le travail des femmes et sur sa rémunération, tout en acceptant qu'il y ait des femmes qui choisissent de ne pas contribuer aux revenus du ménage.

Pour celles d'entre nous qui ont connu le manifeste des 343 salopes, qui ont déverrouillé des professions réservées aux hommes, qui ont librement ouverts les bras à ceux qu'elles désiraient, il a quelque chose d'infiniment secouant à voir une jeune fille déclarer qu'elle veut juste faire un riche mariage.

Pensez, sisters, que nous ne sommes pas les seules.
Pensez à Herz, à Marconni et tiens, à l'oublié Bathélémy. Des vies d'ingénieurs, de scientifiques passionnés, un flux continu de génie humain, de rigueur et de curiosité intellectuelle qui des ondes hertzienne à l'invention des diodes et du tube cathodique
nous donnèrent cette merveille : la télévision.

Et la ferme des célébrités.

Tout ça pour ça?

Oui.

Nous nous sommes battues et nous continuerons à le faire pour des femmes qui, décidément, ne sont pas toujours notre genre.

16.2.10

Y a pas que de la pomme. Y en a aussi, mais pas que...


Comme je suis une dame bien éduquée, je m'attendait bien à ce que mon inconscient, à propos d'un sujet aussi tordu que l'aliénation féminine, me jouât un tour en vache. Laitière.
Mais pas celui d'oublier mes propres mots, jetés sur le blog de Samantdi, sans aucune espèce de dédit possible.
Kozlika peut être considérée comme une vraie copine, qui me prévint d'abord par mail, charitablement, encore qu'hilare, que le cordon du tampaxe me dépassait du maillot qu'il y avait comme un hic.
Bon, c'est une taquine aussi parce que la phrase complète c'était :
Il est difficile de trouver un bon équilibre entre l'état de nos connaissances -l'allaitement c'est bon pour les bébés et les couches, ça pollue grave- et le respect des choix de chacun-un bon biberon vaut mieux qu'un sein contraint et je reviendrais aux couches lavables quand les mecs s'en occuperont à 50/50.
Et que je peux toujours arguer que la dernière phrase se voulait relever des opinions trouvés ça et là sur les fils de commentaires, sans qu'elle soient les miennes. Je peux toujours. Je suis pas totalement sûre de me convaincre!
N'ayant jamais eu l'habitude de tout vous dire, je garde pour moi le plus intime de ce qui est en train de ressortir de cette boîte pandorienne, mais c'est finalement assez drôle.

Au passage, que j'aie pu être agacée par les propos d'une dame psychanalyste mère de n enfants réticente à l'allaitement, moi qui suis ... voyons, née d'une mère qui a eu, oui n enfants, assez nettement réprobatrice au delà du 3° mois d'allaitement, et euh... ah oui, psychanalyste aussi, c'est bien entendu un hasard absolu.

Je me vois poindre dans le crâne une infinité de désirs de billets et ça faisait bien longtemps que je n'avais pas senti cette effervescence de dessous de galet.
Pour tâcher de tordre le cou à ma fainéantise, je vais déjà essayé de donner des noms à quelques-uns. Il y aurait :
1) l'histoire du métier impossible qui n'est pas celui qu'on croit.
2) l'histoire du tout ça pour une femme qui n'était pas mon genre
3) l'histoire du déluge et de ce qui se passe avant.
4) l'histoire de ce qui se passe quand je plonge dans tes yeux.
5) l'histoire de qui mange qui.


Si j'arrive à finir le repassage, il en naîtra peut-être quelques-uns.
Qui a dit " ça dépend des horaires du biathlon!"?