Parfois, toujours, l'héroïsme quotidien de très jeunes gens me rebute et me fascine tout à la fois. Jusqu'où faut-il intervenir, venir entre eux et ce qu'ils posent comme essentiel à eux mêmes. Point d'appui et fardeau tout ensemble, qui de nous peut dire si cela dépasse leurs forces? Et qui peut renoncer à cette question taraudante? Nous verrons-nous un jour reprocher de ne les avoir pas soulagés? Ou bien, adultes, ricanerons-ils de nous, traitant notre envie de faire avec, à côté comme de pitoyables tentatives de faire à leur place ce qu'ils s'étaient arrogés comme à leur mesure? Petits juges arc-boutés, mordant qui s'approche de trop près, ils réclament de se hisser vers nous, mais sans nous.
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19.10.12
17.5.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui tache.
C'était une jour sans tâche et ça aurait pu être un jour anniversaire sans tache. Jour paisible, amical et sans enjeux réels.
Pourquoi a-t-il fallu que je regarde twitter et que la phrase stupide, grossière, d'un blogueur connu sur ce pays que j'aime, me saute aux yeux. Pays de ploucs vraiment? Mais où il ne viendrait à personne l'idée d'arriver chez l'autre, la condescendance à la bouche. Cet homme intelligent vient de se condamner à n'y comprendre rien, jamais. La première des chose à y apprendre, ici, c'est la bénignité habituelle des relations et l'inutilité d'être désagréable pour se sentir exister.
"Oh, J'ai cru voir, sur une fleur, glisser une longue limace."
NB : au lieu Cyrano j'aurais pu citer " la bêtise hannetonnante" de Renard. C'eût été pareil.
Pourquoi a-t-il fallu que je regarde twitter et que la phrase stupide, grossière, d'un blogueur connu sur ce pays que j'aime, me saute aux yeux. Pays de ploucs vraiment? Mais où il ne viendrait à personne l'idée d'arriver chez l'autre, la condescendance à la bouche. Cet homme intelligent vient de se condamner à n'y comprendre rien, jamais. La première des chose à y apprendre, ici, c'est la bénignité habituelle des relations et l'inutilité d'être désagréable pour se sentir exister.
"Oh, J'ai cru voir, sur une fleur, glisser une longue limace."
NB : au lieu Cyrano j'aurais pu citer " la bêtise hannetonnante" de Renard. C'eût été pareil.
14.5.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, enfant.
Sur mes huit arrières-grands parents, six étaient des étrangers. Parfois venus sans rien d'autre que le désir de vivre paisiblement. De fortune et d'histoire diverses. Des quatre langues, ne nous reste que le français, pour des raisons elles aussi diverses. Des bouts d'histoires, des attendrissements imprévus qui s'accrochent à des paillettes d'Epinal, recettes transmises, violons sur le toit, vieilles rengaines, douceur de l'accent russe. L'un deux ne fut peut être pas très honnête. Celui là pas très tendre.
Dans leur descendance, six normaliens, un polytechnicien, deux médecins, une linguiste, ingénieurs, infirmière, banquière devenue orthophoniste, ratons laveur en devenir.
Le discours actuel sur ces inassimilables étrangers me pue au nez.
Dans leur descendance, six normaliens, un polytechnicien, deux médecins, une linguiste, ingénieurs, infirmière, banquière devenue orthophoniste, ratons laveur en devenir.
Le discours actuel sur ces inassimilables étrangers me pue au nez.
22.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, je renonce à.
Aujourd'hui, j'ai solennellement renoncé à ses pompes, à ses œuvres, à son armée de bras cassés, au lent pourrissement des Institutions, au cynisme affiché, à la mise en prison d'enfants d'étrangers en situation irrégulière, à l'hystérisation des lois, à la falsification des mots, à la plume venimeuse, à la méfiance de l'autre érigée en système, aux gens modestes, aux effets de manches, aux expulsions imbéciles de gens qui ont le droit de revenir 3 mois après, aux impôts d'autant plus injustes qu'ils ne disent pas leur nom, aux lignes Maginot de la santé
En un mot, comme en cent, j'ai voté.
En un mot, comme en cent, j'ai voté.
18.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ça n'aurait pas dû se passer ainsi.
C'est pourtant un mec que j'aime bien. Mais ses explications embarrassées quand à l'absence de procuration, ses esquives embrouillées quand je lui fais remarquer que la Normandie n'est pas si loin qu'il ne puisse faire l'aller retour sur Paris dans la journée, risquent bien de ternir le sentiment que je lui porte.
Tu votes, tu votes pas, tu vote dur, mou, à gauche à droite, bleu, blanc ou rouge mais jamais, jamais, tu ne fais comme si la fatalité en avait décidé pour toi, quand sont programmées depuis si longue date cette élection et tes vacances.
Tu votes, tu votes pas, tu vote dur, mou, à gauche à droite, bleu, blanc ou rouge mais jamais, jamais, tu ne fais comme si la fatalité en avait décidé pour toi, quand sont programmées depuis si longue date cette élection et tes vacances.
Libellés :
366 réels à prise rapide,
Des fois,
hein,
jurez moi que c'est la dernière
10.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ce qui brille.
Les promesses.
Pas les trucs en toc qui pullulent en période électorale et se ternissent immédiatement. Les promesses, les vraies, celles qui se déploient avec force, presque sans effort, celles qui attendent les spectateurs patients et admiratifs, les promesses allègres et têtues.
Le sourire de l'enfant qui jusque là, ne se voyait pas jolie. La feuille vernissée, compacte, qui se hisse au dehors de sa cachette. L'averse et la flaque. L'idée précieuse que l'on planque encore, mais qui fait fanal.
Et ce blanc d'argent qui brille enfin et signe tout autant le temps passé ensemble que celui, inconnu, qui reste à parcourir.
NB: la photo est celle qui servira au chic des clics d'avril et est affectueusement dédié à Luce Luciole et FG.
Pas les trucs en toc qui pullulent en période électorale et se ternissent immédiatement. Les promesses, les vraies, celles qui se déploient avec force, presque sans effort, celles qui attendent les spectateurs patients et admiratifs, les promesses allègres et têtues.
Le sourire de l'enfant qui jusque là, ne se voyait pas jolie. La feuille vernissée, compacte, qui se hisse au dehors de sa cachette. L'averse et la flaque. L'idée précieuse que l'on planque encore, mais qui fait fanal.
Et ce blanc d'argent qui brille enfin et signe tout autant le temps passé ensemble que celui, inconnu, qui reste à parcourir.
NB: la photo est celle qui servira au chic des clics d'avril et est affectueusement dédié à Luce Luciole et FG.
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366 réels à prise rapide,
Des fois,
hein,
jeux,
va donc bosser feignante.
22.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, le bien, le mal
Le bien, le mal. On jurerai presque que cela a été choisi. Mais le hasard, heureusement, ne connait ni le bien, ni le mal, ni aucun de nos gris-gris contre la peur et le chaos.
J'ai vécu, en direct, la mort d'un autre terroriste, il y a 17 ans. Il avait été scolarisé dans l'établissement scolaire où je travaillais alors. Sa mort sous l'oeil des cameras menaçait de faire trainée de poudre dans ce secteur ultra sensible et le principal du collège, homme de valeur et de peu de mots avait dit devant tous les gosses survoltés " je ne peux pleurer le terroriste. mais je pleure, comme vous, l'enfant qu'il a été".
Je reste persuadée que ces simples mots ont empêché le quartier d'exploser.
Je ne sais pas comment nous pouvons empêcher les enfants qui nous sont confiés de devenir des hommes arrimés à une dévastatrice folie.
Apparemment, le Conseil Constitutionnel a décidé que cela ne passerait par le fichage généralisé des honnêtes gens.
C'est bien.
J'ai vécu, en direct, la mort d'un autre terroriste, il y a 17 ans. Il avait été scolarisé dans l'établissement scolaire où je travaillais alors. Sa mort sous l'oeil des cameras menaçait de faire trainée de poudre dans ce secteur ultra sensible et le principal du collège, homme de valeur et de peu de mots avait dit devant tous les gosses survoltés " je ne peux pleurer le terroriste. mais je pleure, comme vous, l'enfant qu'il a été".
Je reste persuadée que ces simples mots ont empêché le quartier d'exploser.
Je ne sais pas comment nous pouvons empêcher les enfants qui nous sont confiés de devenir des hommes arrimés à une dévastatrice folie.
Apparemment, le Conseil Constitutionnel a décidé que cela ne passerait par le fichage généralisé des honnêtes gens.
C'est bien.
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Des fois,
hein,
jeux,
va donc bosser feignante.
17.2.11
Tu fais de la photo...

L'un de mes premiers textes d'adolescente, je m'en souviens, je l'avais montré à ma grand-mère. Ouvrière à douze ans, elle avait, chevillée à l'âme, la passion des textes, celle qui, aux petites heures d'une lumière chiche, vous sauve de la vie étroite et du destin programmé.
Ce texte, court comme tout ce que j'écris, disait la rencontre entre une jeune fille... et un enfant malade. Il y était, question, déjà, de raconter des histoires pour prendre soin.
Ma grand-mère m'a rendu le texte avec un demi-sourire : "Tu fais de la photo, m'a t-elle dit.
Aujourd'hui, je fais des photos. Et je continue, dans ma tête, à prendre des instantanés, chaque fois qu'on me parle d'un enfant.
Parfois, il me semble que ma profondeur de champ est d'autant plus grande que je ne les vois pas, que c'est dans la façon dont les adultes me parlent de lui que je peux voir la composition, les lignes brisées, les appuis.
Je n'ai jamais pu voir ST. Il est si peu là. Son temps de scolarité, dans cette classe d'intégration est si bref, si souvent empêché par ces moments où il tourne comme une toupie, pour échapper à ce qui le harcèle.
Il use tout le monde, il cherche, se colle, happe et rejette tour à tour. Il vous démonte une classe, pousse un professionnel aguerri aux limites de sa patience et surtout, il semble, dès lors qu'il a cessé de jouer les bombes à fragmentation, remplir ceux qui l'entourent, d'une compassion intense. Ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Parce que ST, franchement, il cumule dans la biographie à la tronçonneuse. Né avec un handicap d'une mère gravement psychiatrisée et d'un père jamais identifié, il a vu rompre accidentellement le seul lien solide qu'il avait établi avec une première famille d'accueil. Il ne s'en est jamais remis. Des grands parents très âgés font ce qu'ils peuvent, mais ne peuvent qu'avec un souffle si court. C'est si usé, là.
A ces handicaps, il joint celui d'être né dans une période qui voit s'effondrer les crédits offerts pour la prise en charge quotidienne de ces enfants qui se blessent à tout contact avec le réel.
Alors, bien que la structure départementale en charge du handicap ait formulé une magnifique décision d'orientation, aucune structure n'a de place pour lui avant...Bah, mettons 18 mois.
Donc, on bricole. ST erre, d'un IME, normalement prévu pour des plus petits deux jours, à une maison d'enfant trois jours ou au centre d'accueil thérapeutique d'urgence, où il voit passer autant de monde que dans la salle des Pas Perdus, lui qui l'est tant.
Voilà, c'est ce qui se révèle dans cette réunion, alors que l'équipe de la maison d'enfants, presque humblement, demande à l'école si elle ne veut pas le scolariser une demi-journée de plus.
C'est là que j'appuie sur le déclencheur. Parce que clairement, ce n'est pas ça dont ST a besoin. Il a besoin que nous tirions ce cliché très vite, en en accusant tout les contrastes, sans faire dans le détail. Et que dans ce maëlstrom, on souligne à gros traits ce qui est si criant pour celui qui ne le connait pas : cet enfant est fou de ne pas pouvoir se poser quelque part et il est en train se noyer. Rien ne pourra avoir de sens pour lui si les visages ne cessent de tourbillonner autour de lui, s'il ne peut vider le sac qu'il trimballe d'un lit à l'autre.
J'ai renvoyé le cliché à la maison du handicap. Et je l'ai fait la rage au cœur, car toute solution d'urgence pour ST va en priver un autre enfant, tout aussi nécessiteux.
22.8.10
Cas soces.

Je suis née à côté d'une boîte de Pétri. Et dans l'incubateur, il y avait des gamins mal poussés, des adultes parfois eux-mêmes passés très près du couperet qui tentaient d'en tirer autre chose qu'une litanie de condamnations et puis, en bordure, des théoriciens qui tâchaient d'entendre ce qui liait les deux.
Comme une fille de paysans peut avoir l'oreille bercée de récits de vêlages difficiles et du rythme des rotations, j'ai entendue toute mon enfance parler de caractériels, de cas sociaux (dites cassos, casse-os, cas SOS, comme bon vous semble) de mal vissés, d'échappés de l'ASE, d'AEMO, d'éducs spé, de pratiques sociales, de juges pour enfants, de brigades des mineurs.
De gamins plus ou moins dérivetés, déclavetés, bercés trop près du mur, fous comme des paniers, comme des lapins, débiles mais loin d'être cons.
Maltraités, abandonnés, ou si désastreusement abîmés dans des corps intenables, d'étranges modes de perception d'un réel toujours fuyant.
Déroutants, hermétiques, incasables, insupportables, violents, déchirants, déchirés. Ou juste hors d'atteinte.
J'ai appris que la seule chose qui ne se mangeait pas dans le légume, c'était le fauteuil.
J'ai appris que PO (placement d'office) ça se disait aussi planque tes os.
J'ai appris que ces histoires là ont exactement la même fonctions que les plaisanteries de corps de garde, même si je les trouve plus drôles et moins vulgaires : tenir couchée l'angoisse de n'y pouvoir rien faire.
Cette rumeur là, même s'il me fallut des années pour mettre sur des histoires tangibles des noms qui n'étaient plus d'emprunt, m'était moins incompréhensible que celle qui court là, empuantissant les journaux et les têtes. La figure du délinquant délibéré, pourri jusqu'à la moelle puisqu'appartenant à une race maudite droguant ses enfants pour les faire mendier ou égorgeant le mouton dans l'escalier, cette figure de masse, irrémédiable, celle là m'est étrangère.
Je n'y reconnais ni ceux dont la rumeur de l'enfance cassée a bercé la mienne, ni les histoires réelles que croise désormais.
Tout au plus, si l'on insiste à vouloir à tout prix que j'évoque la figure d'un, déjà condamné, qui, sans vergogne aucune, sachant parfaitement le poids délétère de ses actions, persévère dans une ligne dont aucune instance, même internationale, ne le déviera, tout au plus si l'on veut me faire souvenir d'une violence froide, perverse, intentionnelle, répétitive, verrai-je surgir dans ma mémoire le nom et la poupine figure d'un ministre coupable d'injures raciales, continuant, quoique de façon déguisée, d'en vomir à pleine tonne.
A lire, la lettre ouverte du Pr Hochmann dans Le Monde et la très réaliste fiction de Gascogne et Dadouche sur le blog de Maître Eolas.
Et aussi, le Dies Irae de Samantdi
1.7.10
Deux choses sont infinies...*
Le truc le plus con de l'année. Et pourtant, l'épidémie de grippe fut un fertile terreau en âneries de choc.
Accrochez-vous c'est du lourd :
" Je suis d'accord pour l'achat d'un défibrillateur automatique externe par le Lycée, dit ce Proviseur, mais à condition qu'il soit réservé à celui-ci."
Donc, au lieu du logo, genre celui-ci

destiné à prévenir la population qu'on peut tenter de réanimer le pékin moyen qui vient de s'effondrer devant vous, ou, du moins, dans un rayon de 500m
je vais être forcée de proposer au prochain comité Hygiène et Sécurité un genre comme ça :

Et pour ceux qui me poseraient la question, non, il n'y a pas de défibrillateur de cerveau. Sinon, je vous jure que j'aurais tout tenté.
*L'Univers et la bêtise humaine. Encore pour l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. (Einstein)
Accrochez-vous c'est du lourd :
" Je suis d'accord pour l'achat d'un défibrillateur automatique externe par le Lycée, dit ce Proviseur, mais à condition qu'il soit réservé à celui-ci."
Donc, au lieu du logo, genre celui-ci
destiné à prévenir la population qu'on peut tenter de réanimer le pékin moyen qui vient de s'effondrer devant vous, ou, du moins, dans un rayon de 500m
je vais être forcée de proposer au prochain comité Hygiène et Sécurité un genre comme ça :

Et pour ceux qui me poseraient la question, non, il n'y a pas de défibrillateur de cerveau. Sinon, je vous jure que j'aurais tout tenté.
*L'Univers et la bêtise humaine. Encore pour l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. (Einstein)
Libellés :
Des fois,
duloc est un monde parfait,
hein,
va donc bosser feignante.
28.6.10
Enquiquinez les riches!
Dans cette atmosphère faisandée, où l'on découvre que les préfets touchent une prime d'efficacité pouvant se monter à 4 SMICS annuels, où l'on avoue implicitement qu'un ministre peut commander des redressements fiscaux-et en interdire d'autres?-, où un monarque se paye un avion pour nous pisser dessus de plus haut encore, il ne faut pas se priver d'une occasion, même minime, de redire que la loi est un bien commun.
Depuis 1986, date d'entrée en vigueur de la loi "littoral", de riches propriétaires* du Fouquet's club, empêchent l'accès au sentier douanier de Beg Meil** sous prétexte qu'ils y ont piscines, gloriettes tennis et autres agréments à tenir loin du peuple.
Il suffirait, pour que la continuité du sentier soit rétablie que les propriétaires reculent leur haie de 3 ou 4 mètres.
Une inlassable pétition de bretons têtus*** circule chez Cyberacteurs, demandant la simple application de la loi.
Si ça vous dit, de signer et de faire circuler, voici le lien
Rien ne vous interdit de cliquer aussi sur les pétitions voisines, notamment pour ceux qu'affligent la glaciation de la grille de France Inter.
* On compterait dans ce petit segment une propriété Bolloré, une Taittinger et une Lascar .
** d'accord, c'est en pays fouesnantais, donc chez les étrangers, mais bon !
*** un oxymore, je maintiens. ( ce sont les bretonnes qui sont têtues!)
Depuis 1986, date d'entrée en vigueur de la loi "littoral", de riches propriétaires* du Fouquet's club, empêchent l'accès au sentier douanier de Beg Meil** sous prétexte qu'ils y ont piscines, gloriettes tennis et autres agréments à tenir loin du peuple.
Il suffirait, pour que la continuité du sentier soit rétablie que les propriétaires reculent leur haie de 3 ou 4 mètres.
Une inlassable pétition de bretons têtus*** circule chez Cyberacteurs, demandant la simple application de la loi.
Si ça vous dit, de signer et de faire circuler, voici le lien
Rien ne vous interdit de cliquer aussi sur les pétitions voisines, notamment pour ceux qu'affligent la glaciation de la grille de France Inter.
* On compterait dans ce petit segment une propriété Bolloré, une Taittinger et une Lascar .
** d'accord, c'est en pays fouesnantais, donc chez les étrangers, mais bon !
*** un oxymore, je maintiens. ( ce sont les bretonnes qui sont têtues!)
21.6.10
j'peux pas, j'ai pause.

J'ai pause.
Je ne sais pas très bien pourquoi, pas plus que je sais comment s'est déployé un jour ce besoin de faire part. Je sais juste que j'en ai profondément eu du plaisir, que j'en ai un peu moins en ce moment, que cela arrive à beaucoup d'entre nous. Je sais que certains closent, effacent radicalement, attendent la reprise, envoient des signaux de loin en loin, pausent en fait de façon tout aussi diverses que nous écrivons.
Je sais que la vie publique atteint de tels sommets d'obscénité que je n'ai plus envie d'en rire, que ma vie privée, même si j'en laisse passer et, probablement, bien au delà de ce que j'imagine, n'a de place ici que si j'ai le sentiment d'en avoir pensé quelque chose et de n'en présenter que ce qui peut prendre soin de vous par écho.
Je sais que je manque d'envie de pastiches ou de jeux.
Je sais que je tiens à vous. Que je serais contente si vous avez le courage la patience ou l'envie de m'attendre un peu.
Que je reviendrais dès que j'aurais quelque chose à vous dire.
Et que ça sera peut-être même demain. Même si j'ai piscine.
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hein,
va donc bosser feignante.
4.5.10
Trois fois rien.

Je ne sais plus quel admirateur exaspéré des chats remarquait que les chats noir et blanc arrivaient toujours à coller leur poils blancs sur vos vêtements noirs et les noirs sur vos tee-shirts blancs.
Tout d'un coup, ça m'a semblé une excellente métaphore de l'adolescence.
_____________________
Quand je repars vers 16h de cette école, un petit garçon y rentre. Menu, vif et souriant. Un peu pâlot, mais le bonjour est clair. A cette heure là, le croiser au portail ne peut vouloir dire qu'une chose : il revient d'une rééducation orthophonique ou d'une prise en charge au centre médico-psychologique, juste à temps pour récupérer ses devoirs. D'ailleurs, de l'autre côté, sa mère est encore là. Elle a un physique ingrat, au moins vingt kilos de trop et une petite voiture sans permis couleur épinard. Le sourire qui flotte encore sur ses lèvres alors qu'elle regarde en direction du portail fait lever, dans ma mémoire, une cohorte de figures de mères démunies et affectueuses. Et, finalement, subtilement débrouillardes.
_____________________
est-ce que les japonais ont des pâtes alphabets en forme d'idéogrammes?
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hein,
va donc bosser feignante.
6.4.10
Le métier que j'ai évité.

Aujourd'hui, j'ai compris comment on devient gourou.
Je connais G. depuis 6 mois. Je la rencontre toute les six semaines environ, à l'infirmerie parfois, mais souvent ailleurs, dans mon petit bureau déclassé. Même loin, même moche, elle y est plus libre pour parler que sous les murs de l'endroit terrifiant qu'est devenu le lycée.
Ce n'est pas qu'elle refuse d'y aller. Elle se lève même presque tous les matins pour y venir. Et plus elle pâlit, elle tremble et elle se recroqueville.
Bien sûr, ça parle d'autre chose. Bien sûr, je n'aurais sans doute jamais accès à ce dont ça parle, parce que l'essentiel devra se dire ailleurs que dans mon bureau.
Qu'elle le veuille ou non.
Et justement, elle voudrait que ce ce soit là. Elle ne veut plus parler au psychiatre. Elle voudrait que je la prenne en charge, elle, son passé infiniment douloureux, son regard qui part à la fois de côté et en dedans.
Mais G n'est pas seulement triste, ni même anxieuse. Et mon souci n'est pas que de la faire revenir à son statut d'élève. Quelque chose en elle n'a pu se déployer. Et si parfois, elle se pétrifie, comme je l'ai vue faire, ce n'est pas devant un spectacle qui s'offre à elle, celui d'une cour banale avec des camarades ni pire ni meilleur. C'est devant un gouffre sans image, sans mots, hors d'atteinte.
Je ne sais pas si elle ne veut plus voir son psychiatre parce qu'il s'est approché trop près de ce qu'elle fuit, ou bien s'il est laid à pleurer, ou sinistre. Peut- être même bouché à l'émeri.
Mais je ne peux pas la laisser se leurrer à mon sujet.
Je lui explique doucement que c'est à celui qui la soigne qu'elle doit expliquer pourquoi elle ne veut plus venir. J'essaye de la rassurer sur le fait qu'il ne se froissera pas, qu'il n'est pas là pour cela, qu'un médecin n'est pas vexable. Et que c'est peut être justement, en disant ce qui ne lui va pas, qu'elle s'offrira peut être la chance de faire alliance avec lui.
Et cette grande jeune fille lève les yeux vers moi, ce geste si anodin, si difficile pour elle. Elle aquiesce, comme une enfant qui a décidé d'être sage.
Elle est avec moi sans aucune méfiance, sans aucun recul. C'est comme si elle ne pouvait me cacher que ce qu'elle ne sait pas elle-même. Chacune de mes paroles semble tomber dans une attente de novice. Elle m'épuise. Je l'aime bien, mais elle m'oblige, par cet abandon rarement rencontré, à une constante vigilance sur ce que je dis.
Quand elle part, je m'aperçois que j'ai un geste caricatural, un de ceux qui, dans une série télévisée, signe à coup sûr le médecin et du genre soucieux. Je laisse tomber mon menton dans mes mains et je soupire.
Heureusement que la nature m'a fait d'une grande fainéantise et que la charge d'âme à manipuler est un passe-temps finalement bien plus coûteux en énergie que rentable en joies.
Elle tenterait un diable débutant.
G finira par s'éloigner de mon rivage. Je n'ai finalement qu'une activité saisonnière, rythmée par les rentrées, les changements d'établissement, les échecs disqualifiants ou les réussites porteuses d'ailleurs.
Je croise un peu les doigts pour que G. ne rencontre autour d'elle que des paresseux et me souhaite, par là même, d'atteindre un jour le stade de bienveillante feignasse qui, dans l'ombre de mes rêveries, me sert d'imaginaire gourou.
21.3.10
8.12.09
L'ostentatoire esprit de clocher protège-t-il de la grippe?
Ou, comment deux pantalonnades arrivent à faire une vraie question.
Vous le savez-ou bien vous habitez à l'étranger, notre Gouvernement (Gloire à Lui) a actuellement deux chevaux de bataille visibles, obsédants, omniprésents dans les médias : l'Identité Nationale et la grippe H1 N1.
Personnellement, je me contenterais bien de renvoyer ces deux chevaux de cirque gambader dans les prés.
L'identité nationale, j'ai déjà expliqué ici, ce que j'en pense. Il faut dire que dans mon Pen ar bed, quand mes identités russo-polono-franco-vaguo finlando-judéo-mécréante maquée avec un italo-sicilien catholico-incroyant rencontrent la très bigoudenne pur lambig Boutoucoat, on parle plutôt recette de gâteau breton et apport de l'huile d'olive sur le bar que grand débat foireux sur le mode " comment tu sais que tu es toi?".
On ne parle même pas de l'histoire de France en Terminale S, puisque son histoire de France à elle démarre en 1552 et la mienne... bah, comme je le disais, ça dépend des morceaux.
Quant à la grippe... Je continue à penser qu'il est logique que des médecins mettent à disposition de leurs patients, tous les moyens possibles de ne pas mourir avant l'heure.
Je continue à être stupéfiée de l'hystérie gouvernementale (Gloire à Lui) qui en est à défaire les plannings d'interventions chirurgicales pour réquisitionner des internes pour les centres de vaccinations.
Je continue à être scandalisée qu'on publie un par un tous les morts de la grippe alors que la mortalité de la route est sans commune mesure.
Je continue à penser que les déclarations du directeur général de la Santé Mr Houssin sur un cas de contamination d'un chat par une famille grippée sont d'une rare putasserie.
Je continue d'être ébahie que le seul endroit où il deviennent impensable de vacciner soit désormais le cabinet d'un médecin. Faut quand même le faire! Et le bon peuple avale ça tout cru?
Et avec tout ça Anita fait une question?
Voui.
Parce que mon travail est avant tout d'essayer de démêler le vrai du faux, je vais beaucoup sur les sites qui parlent sérieusement de grippe. Y compris les sites gouvernementaux des voisins. Celui des Etats-Unis par exemple.
J'y ai trouvé une information qui me semble d'autant plus exemplaire, qu'elle est d'une naturelle banalité pour un américain et qu'elle prendrait chez nous la dimension d'un minaret.
Les informations de base sur la prévention de la grippe sont, sur le site du gouvernement américain, disponibles en anglais, français,allemand, espagnol, vietnamien, coréen, chinois, tagalog, arabe...
Chez nous?
Et ben mes amis, qu'un mucus impur abreuve nos sillons ou pas, c'est en français ou crève. Sur le site de notre général des armées de l'ImmunitéParlem Antigrippale (Gloire à Lui) , aucune indication n'est donnée dans une langue susceptible d'être comprise par des gens récemment arrivés chez nous.
Donc, nous pouvons tirer au moins trois conclusions de ces faits :
1)Le Gouvernement (Gloire à Lui) estime que les étrangers maîtrisant mal le français ne méritent pas la prose virile de Madame Bachelot.
2) Le Gouvernement (Gloire à Lui) a enjoint au virus H1N1 de vérifier le degré d'acculturation des étrangers avant de pénétrer leur organisme. Une vérification de leur carte de séjour est souhaitable avant réplication.
3) De 1939 à nos jours, en passant par l'explosion de Tchernobyl, la culture des Lignes Maginot reste constitutive de l'identité française.
Vous le savez-ou bien vous habitez à l'étranger, notre Gouvernement (Gloire à Lui) a actuellement deux chevaux de bataille visibles, obsédants, omniprésents dans les médias : l'Identité Nationale et la grippe H1 N1.
Personnellement, je me contenterais bien de renvoyer ces deux chevaux de cirque gambader dans les prés.
L'identité nationale, j'ai déjà expliqué ici, ce que j'en pense. Il faut dire que dans mon Pen ar bed, quand mes identités russo-polono-franco-vaguo finlando-judéo-mécréante maquée avec un italo-sicilien catholico-incroyant rencontrent la très bigoudenne pur lambig Boutoucoat, on parle plutôt recette de gâteau breton et apport de l'huile d'olive sur le bar que grand débat foireux sur le mode " comment tu sais que tu es toi?".
On ne parle même pas de l'histoire de France en Terminale S, puisque son histoire de France à elle démarre en 1552 et la mienne... bah, comme je le disais, ça dépend des morceaux.
Quant à la grippe... Je continue à penser qu'il est logique que des médecins mettent à disposition de leurs patients, tous les moyens possibles de ne pas mourir avant l'heure.
Je continue à être stupéfiée de l'hystérie gouvernementale (Gloire à Lui) qui en est à défaire les plannings d'interventions chirurgicales pour réquisitionner des internes pour les centres de vaccinations.
Je continue à être scandalisée qu'on publie un par un tous les morts de la grippe alors que la mortalité de la route est sans commune mesure.
Je continue à penser que les déclarations du directeur général de la Santé Mr Houssin sur un cas de contamination d'un chat par une famille grippée sont d'une rare putasserie.
Je continue d'être ébahie que le seul endroit où il deviennent impensable de vacciner soit désormais le cabinet d'un médecin. Faut quand même le faire! Et le bon peuple avale ça tout cru?
Et avec tout ça Anita fait une question?
Voui.
Parce que mon travail est avant tout d'essayer de démêler le vrai du faux, je vais beaucoup sur les sites qui parlent sérieusement de grippe. Y compris les sites gouvernementaux des voisins. Celui des Etats-Unis par exemple.
J'y ai trouvé une information qui me semble d'autant plus exemplaire, qu'elle est d'une naturelle banalité pour un américain et qu'elle prendrait chez nous la dimension d'un minaret.
Les informations de base sur la prévention de la grippe sont, sur le site du gouvernement américain, disponibles en anglais, français,allemand, espagnol, vietnamien, coréen, chinois, tagalog, arabe...
Chez nous?
Et ben mes amis, qu'un mucus impur abreuve nos sillons ou pas, c'est en français ou crève. Sur le site de notre général des armées de l'Immunité
Donc, nous pouvons tirer au moins trois conclusions de ces faits :
1)Le Gouvernement (Gloire à Lui) estime que les étrangers maîtrisant mal le français ne méritent pas la prose virile de Madame Bachelot.
2) Le Gouvernement (Gloire à Lui) a enjoint au virus H1N1 de vérifier le degré d'acculturation des étrangers avant de pénétrer leur organisme. Une vérification de leur carte de séjour est souhaitable avant réplication.
3) De 1939 à nos jours, en passant par l'explosion de Tchernobyl, la culture des Lignes Maginot reste constitutive de l'identité française.
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Des fois,
duloc est un monde parfait,
hein
22.11.09
De la grippe et de ses effets sur l'intelligence.

Je ne joue pas souvent au docteur sur mon blog, mais je lis tellement de stupéfiantes âneries sur la grippe que ça me démange d'ajouter mon virion à cette pandémie.
Entre Chatel qui confond l'élévation de température des élèves avec celle des préfets et calcule son épidémie au nombre de classes fermées et les apocalyptiques qui braillent qu'on va vacciner nos enfants de force avec du bouillon d'onze heures dans lequel le médecin scolaire aura soigneusement pris soin de cracher pour qu'il soit plus infectant...
Le dernier truc en date, c'est la fameuse mutation norvégienne qui est prête à nous faire le coup du parapluie bulgare.
Je voudrais juste rappeler qu'un virus, ça mute. C'est même l'une des conditions de sa survie avec celle de ne pas tuer tout le monde.
L'ultra méchant qui tue stupidement tous ses hôtes et qu'est même pas capab' de changer de déguisement pour aller infecter ceux qui lui ont échappé la première fois n'est qu'un gros nigaud qui finit le cul dans dans les poubelles de l'Evolution. Et toc.
Donc ça mute, un peu beaucoup. En l'occurrence, assez peu. La piste de recherche, c'est toujours d'essayer de comprendre ce qui se passe dans ces formes éclairs qui touchent les sujets jeunes et sains. Faut pas en vouloir aux médecins : depuis que le premier s'est mis en tête que la merde n'était pas une fatalité, un médecin ça cherche. Et tant qu'ils n'ont pas fini dans les dites poubelles de l'Evolution, c'est qu'ils ont une raison d'être.
La question de savoir si le vaccin marchera encore, un peu ou beaucoup, c'est une question de gens qui, sans le vouloir, accréditent l'idée que ce virus est tellement féroce qu'une imprécision dans le dispositif, ça vous condamne à jouer à la roulette russe.
Bon, c'est une grippe. Pas la peste noire. Une grippe. Et ça peut être chiant, une grippe. On s'en remet le plus souvent. Et toujours, on peut en mourir. Souvent, c'est une façon de s'en aller quand on a beaucoup lutté, beaucoup bataillé. Mais pour les proches qui tiennent à vous, ça peut être très douloureux de vous voir partir comme cela, en se disant qu'on aurait pu, qu'on aurait dû tout tenter pour vous protéger de ce virus.
Ou pas.
Bon, le vaccin c'est un vaccin contre une grippe. C'est à dire, aussi bon, ou aussi mauvais, parce que l'immunité réelle contre le virus saisonnier, elle est moyenne.
Pas nulle, mais moyenne. Suffisante pour affirmer son bénéfice en tout cas pour les soignants. S'ils se vaccinent, leurs patients meurent moins. Et sans doute profitable à ceux qui ont des facteurs de risque.
Un vaccin qu'il faut tenter de voir comme une des manières de protéger les plus vulnérables en diminuant la quantité de virus circulant.
Profitable aux laboratoires? Oui, aussi.
Ce n'est pas le seul médicament qui fasse le bonheur des actionnaires. Et là,on retombe sur l'autre volet de mon exaspération : l'espèce de kidnapping des pouvoirs publics sur la question, pour faire de cette grippe la catastrophe sanitaire du siècle, alors que la mortalité de la route sera dix fois supérieure et que la rougeole décime les enfants des pays émergents.
Croyez-bien que si un jour, une catastrophe s'abat sur nous, je devancerai la réquisition et je mettrai ma vie personnelle en suspend. Sans aucune espèce d'hésitation.
Mais en l'occurrence, cela fait plusieurs mois, que les indicateurs, en particulier ce qui s'est passé dans l'hémisphère sud nous ont écartés des hypothèses pessimistes de départ.
Et la mise entre parenthèse de mon travail pour une vaccination de masse, ça me fait braire.
Toutes ces questions sur la grippe, l'opportunité d'une vaccination, le choix même du type de vaccin auraient du retourner dans les cabinets des médecins, dans une vraie relation de soin, éclairés par le travail nécessairement lent, patient et parfois ingrat des vrais épidémiologues.
Parce que la science des épidémies, elle est comme ça : elle ne supporte ni les projecteurs des télés, ni le scintillement des Rolex.
7.10.09
Le ruban de Moebius.

Vers l'âge de six ans, je cédais à la demande latente qui m'entourait, et j'acceptais d'apprendre à lire.
J'ai écrit, ici, ce qu'il est advenu ensuite, comment les mots ont irrigué mon paysage, sans aucune symétrie, sans plan préparé, sans autre constance que la variété de leur présence.
Ai-je fait une si bonne opération?
Finalement, rien n'est moins sûr.
Car, à coté de cette topographie, j'en ai construit une autre, encore moins systématisée, encore plus déroutante. J'ai rencontré des gens. Des milliers. Moins qu'un employé de la SNCF, mais plus longtemps. Différemment. Et puis, j'ai tenté, et parfois réussi à en aimer.
Alors, vous, moi, nous, les gens, les mots, les brèves et soulageantes remises en ordre de notre chaos, c'est ma mine quotidienne, mon chantier indiscutable, ma tâche de technicien de minuscules surfaces.
Et au fil du temps, quelque chose, dans cette histoire qui, partout et tout le temps, nous pousse à raconter des histoires, a fini par émerger : une désolation secrète que nous soyons si bien fait pour écrire et si peu habiles avec les mots qui aident à vivre.
Et pourtant...
Et pourtant, aucune littérature, même la plus ricanante, la plus outrancière, la plus sanglante, celle dont la lecture vous met le cœur au bord des lèvres et une infamante excitation au creux du ventre, aucune littérature ne peut rivaliser avec l'économique efficacité de la vie .
Là où le livre, toujours, aura besoin d'une machinerie coûteuse, de contreforts péniblement visibles, d'un surcroît de perversité, la vie s'en tirera avec deux personnes, ou trois selon le type de tragédie, et de rarement plus de deux sentiments, le désir et la terreur en grands favoris.
D'où vient que nous terminions souvent le livre, quitte à le jeter, mais que nous nous esquivions si poliment devant le malheur des autres, avec sa crudité, son odeur de chair vive, son poids tout à coup si réel à portée de notre main.
Nous éludons. Avec plus ou moins d'élégance, selon son éducation et son degré d'intimité, mais si souvent, avec une pauvreté de commentaire, une platitude que nous ne supporterions pas pour notre divertissement.
Sur le papier, nous avons la réplique splendide, le geste d'une folle pertinence. Nous séchons les larmes du bout des doigts, nous ouvrons les bras dans l'idéal tempo, nous déchirons les secrets de famille sans trembler et regardons le pus s'écouler sans en être tachés, nous savons pratiquer des abandons définitifs et ouvertement libérateurs et nos lâchetés mêmes se sauvent d'être si précisément inscrites dans le décours de l'histoire.
Comme nous savons prendre soin de nos personnages! Combien nous sommes patients, respectueux, tous, lecteurs et auteurs confondus. Combien nous nous soucions, au travers des mots écrits ou lus, de leur permettre d'accéder à leur intime vérité; avec quelle force, quitte à rater le repas du soir, nous les encourageons à tenir, ligne après ligne.
Vous voulez comparer avec ce que nous réservons à nos proches, aux plus aimés de nos proches?
« tu sauras ça plus tard. »
« Non, rien. »
« Ecoute, on en reparlera ».
Ai-je fait une bonne affaire? Avez-vous, gens que j'aime si mal, si imparfaitement, fait une bonne affaire avec moi qui lit si bien, qui apprécie en artiste, le tombé d'une phrase et le silence qui suit?
(Toujours, j'ai rêvé de déchirer le ruban de Moebius, rêvé d'un geste ou d'une parole sublime, dont je garderai, tout au long de mes jours, le souvenir et le pouvoir consolant d'un poème enfin chair.)
(C'est la vie, hé.)
Je vous laisse choisir, à votre gré, la fin du post.
2.10.09
T'artagueule à la récré.

Ce matin-là, Z décida de ne ne pas se lever.
Comme ça.
Peut-être parce qu'il avait un peu trop fumé la veille. Parce que rien, finalement, dans cette journée, n'avait de quoi le hisser hors de son cocon de demi-sommeil. Parce qu'il faisait gris. Parce que ça faisait un moment que tout ça s'effilochait.
Il se promit, vaguement, que demain ça serait différent. Ouais, demain j'arrête de faire le con, faut quand même.
Z. bailla, pas méchant. Gentil par intermittence, feignant souvent, largué presque toujours. Pfff, quelle prise de tête.
C'est donc vers seize heures, que Z. se leva. Alors que le quartier connaissait l'un de ses pics d'animation, parce que les mères se préparaient, en groupes bavards, à aller chercher les petits à l'école.
Les grands, eux étaient déjà sortis. Le proviseur du lycée savait organiser ses emplois du temps. Sauf pour les options choisies par les élèves, maintenir une heure de cours le vendredi de 16 à 17h, c'était s'exposer au triple d'emmerdements à la vie scolaire le lundi matin. Entre les absents et les incidents, on y passait la matinée.
C'est pourquoi une bonne partie de la seconde se retrouvait là, sur le parvis, quand Z. se décida à sortir de chez lui.
Ils l'attendaient, en groupe compact, dur, hostile. De bons élèves, de ceux qui avaient parfaitement compris le jeu social. Ceux qui acceptaient la part de contrainte.
Ceux qui avaient fait alliance avec le monde adulte et en avaient accepté les valeurs.
Ils entourèrent Z.
"Tu nous dois dix briques. Alors, maintenant, tu payes."
Voilà, c'était ma réaction à chaud à l'idée abjecte de donner une prime à une classe pour lutter contre l'absentéisme des élèves.
Une classe n'existe pas. Ce n'est qu'une construction artificielle, temporaire et qui n'existe que par la commodité administrative. Une société, par contre, ça existe et le message ainsi transmis est... d'une violence cachée qui me suffoque.
Ceci étant, j'aurais pu vous pondre un truc sur la récente déclaration de Vanneste ou sur l'indécence des réactions de nos politiques aux faits-divers de la semaine.
Même arrière-goût.
A moins que, merde, ce ne soit qu'un avant-goût.
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14.6.09
Pourquoi pleurons-nous?
Mon ami Tom, qui fut un dilettante acharné et un travailleur subrepticement consciencieux, vieil homme qui dissimulait derrière de grands rires et le goût des jeunes femmes une blessure à jamais tatouée sur l'avant-bras, me parlait ainsi, avec faux soupirs et vrai accent de l'est, de celle qui fut, si mes souvenirs sont bons, sa deuxième épouse :
"Aah! Anita, tu vois, celle-ci me prrrocurrrra sept ans de bonheurrrs quotidiens et trrrois ans de chargrrrrin crrrréatif."
Je n'ai pas encore l'âge qu'il avait quand il me fit cette déclaration, du haut d'un chameau tunisien qui roulait en parallèle du mien, sentence qui me fit d'autant plus rire que mon coeur n'était alors plein que d'une très jeune enfant dont la fréquentation me ravissait, et d'un jeune mort avec lequel j'étais en paix.
Je croyais alors que je ne pleurerais plus.
"Ah! ah! ah" diraient mes lecteurs de plus de quarante ans, en accord avec le fantôme de Tom. Mais les lecteurs de plus de quarante ans qui pleurent encore ont le cœur assez tendre pour m'épargner leurs sarcasmes.
Mais sur quoi pleurons-nous? N'ai-je pas, pourtant, acquis l'âge et la raison de savoir que l'autre n'est jamais un miroir? Que rien, personne, pas un être ni un destin ne peut tenir lieu de monde à lui tout seul.
Parfois, je suis un âne sous la pluie, l'œil fixe et l'oreille mobile, espérant que les eaux se confondent.
Je n'en suis pas encore tout à fait au stade du chagrin créatif.
"Aah! Anita, tu vois, celle-ci me prrrocurrrra sept ans de bonheurrrs quotidiens et trrrois ans de chargrrrrin crrrréatif."
Je n'ai pas encore l'âge qu'il avait quand il me fit cette déclaration, du haut d'un chameau tunisien qui roulait en parallèle du mien, sentence qui me fit d'autant plus rire que mon coeur n'était alors plein que d'une très jeune enfant dont la fréquentation me ravissait, et d'un jeune mort avec lequel j'étais en paix.
Je croyais alors que je ne pleurerais plus.
"Ah! ah! ah" diraient mes lecteurs de plus de quarante ans, en accord avec le fantôme de Tom. Mais les lecteurs de plus de quarante ans qui pleurent encore ont le cœur assez tendre pour m'épargner leurs sarcasmes.
Mais sur quoi pleurons-nous? N'ai-je pas, pourtant, acquis l'âge et la raison de savoir que l'autre n'est jamais un miroir? Que rien, personne, pas un être ni un destin ne peut tenir lieu de monde à lui tout seul.
Parfois, je suis un âne sous la pluie, l'œil fixe et l'oreille mobile, espérant que les eaux se confondent.
Je n'en suis pas encore tout à fait au stade du chagrin créatif.
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