Je m'accommode finalement assez bien de la sournoiserie goguenarde du roncier. Il se déploie, je l'enroule, nous bataillons un moment, mais quand il cède, c'est avec la prestesse de celui qui, sachant qu'il va resurgir ailleurs, ne s'inquiète guère de ce qu'il abandonne à l'ennemi
Il en va tout autrement avec la raideur gourmée du rosier. Oh, il se laisse tailler, mais dans un silence offusqué, il prépare sa vengeance. Et c'est souvent la plus infime des rognures qui, perçant le gant et la peau d'une épine déloyale, m'arrache un cri.
Alors, suçant mon pouce, dans la solitude de mon jardin, je sens que monte en moi l'envie incongrue d'ouvrir grand la bouche et de brâmer : " Mônmaaaaan, y m' a fait mal!!!!!!"
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14.3.12
13.2.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, végétal

C'est la fin de mon tomatier saugrenu. Il a surgi fin août, au pied de l'olivier en pot, surprise d'un compost pas complètement métabolisé. La sage-femme lui prédit une courte vie, mais tout de guingois qu'il fut, il a bravement poussé ses petites tomates cerise tout l'hiver. Je songe aux multiples façons dont les plantes tiennent à la terre. Racines uniques, radicelles enchevêtrées, profondes, superficielles, celles qui se groupent et celles qui s'isolent, celles qui s'arrêtent à la limite de l'ombre.
Et...
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va donc bosser feignante.
5.4.11
Printemps
J'ai des pieds d'alouette
et une gueule de loup
un nombril de vénus
et un cœur de Marie
Mon jardin j'en conviens
en reste trop sage
je t'autorise la verge d'or
et le tison de Satan.
et une gueule de loup
un nombril de vénus
et un cœur de Marie
Mon jardin j'en conviens
en reste trop sage
je t'autorise la verge d'or
et le tison de Satan.
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30.5.10
Corolles.
Saison de coquelicots. La photo qui n'est pas prise, c'est celle d'un petit garçon fasciné, pouce dans la bouche, devant les corolles rouges qui dansaient. Les jupes des filles sont-elles la nostalgie du coquelicot, ou est-ce l'inverse?
Le vent joue parfois aprendre la photo à ma place :

Un coquelicot bichrome, un peu à la manière des fantômes délicats du jardin de Still.

Le pavot jaune annonce la couleur.
Est-ce un pavot, d'ailleurs? Il poussait en liberté surveillée sur le très beau sillon de Talbert, désert ce jour.

Comme un pt'it coquelicot. Mesdames.

J'ai même trouvé des artichauts câlins.

Dans le champs d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Je vous en parlerai demain.
Le vent joue parfois aprendre la photo à ma place :

Un coquelicot bichrome, un peu à la manière des fantômes délicats du jardin de Still.

Le pavot jaune annonce la couleur.
Est-ce un pavot, d'ailleurs? Il poussait en liberté surveillée sur le très beau sillon de Talbert, désert ce jour.

Comme un pt'it coquelicot. Mesdames.

J'ai même trouvé des artichauts câlins.

Dans le champs d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Je vous en parlerai demain.
2.5.10
30.12.09
L'Histoire de l'Anticyclone Givré

Dans la série des anicroches, j'aurais pu citer l'anticyclone complètement givré qui s'était fixé pour la semaine au dessus de nos têtes.
Mais...
Mais ceux qui connaissent les pays brumeux et doux peuvent s'imaginer la merveille de ce froid sec et soudain sur le paysage.

Les feuilles n'ont pas eu le temps de se racornir avant de se voir enclose dans un gel étincelant qui leur faisait comme une fourrure à l'envers. Une verte Irlande toute blanche, bordée de lumière dans chaque détail.
Car, bien sûr, il faisait beau, d'un soleil d'hiver bas et radieux qui nous éblouissait en pleine face.

Dans le jardin ancien, des nuées de merles piquaient des glaces de pommes et des rouges gorges regardaient par la fenêtre.
Nous avons pique-niqué dans Saint Stephen's Park et sur le bassin, les canards atterrissaient sur le ventre en catastrophe puis patinaient pour attraper les morceaux de soda bread que nous leur lancions.
Nos pas craquaient et le thé était noir et brûlant.

La Guiness? Patience...
12.4.09
10.4.09
9.4.09
mon quart d'heure de férocité.
Chaque printemps, je dois admettre que mon jardin est la pierre d'achoppement de mes convictions sociales.
J'y pratique finalement bon nombre d'horreurs qu'il est temps de regarder en face.
J'ai recours sans vergogne à l'immigration choisie, appâtant la coccinelle , draguant les vers de terre en leur promettant nourriture choisie dans mon compost, convivialité et respect absolu de leurs moeurs, fussent-elles franchement ambisexuelles et partouzardes.
Le hérisson, privilégié, voit la trêve hivernale étendue aux quatre saisons et c'est avec mille remords que j'ai tâché de le reloger quand ma lutte bisanuelle contre le roncier s'est soldée par son accidentelle expulsion.
Montrez-moi vos quotas de nuisibles dévorés, vous voilà résidents choyés.
Pire, je pratique la chasse au faciès. Piquants, rampants et gluants, vous êtes mal barrés. Mais même ici, votre traitement ne sera pas équivalent, selon que vous serez à la rue ou coquillés. Allez savoir pourquoi je me contente parfois de déporter l'escargot par brouette spécialement affrétée, alors que la limace qui dort dans son sac de couchage de cuir orange subit un martyr immédiat et sans pitié. Tout juste si je consens à adoucir de bière ses derniers moments. Pour le reste, je ne détaillerai pas. Enfin, si, justement.
Je trie, je déracine, j'extermine, utilisant le fer et le feu, la cendre et la poix, au rebours de tout ce que je tâche de discipliner en moi et prêche par ailleurs.
Sans doute, pour contrebalancer cette férocité, me sera compté que je répugne au poison et plus encore, ma relative inefficacité : La velléité me sauve du mal.
C'est si vite que j'abandonne la lutte quand la fougère déroule sa crosse naissante qui ressemble à une main de nouveau né.
Même la ronce peut m'attendrir en son printemps minuscule d'un vert si net et si tendre.
Et le velours presque inquiétant de la tulipe noire...
22.2.09
Indécision.

Cet arbuste est moche, encombrant, poussé n'importe comment et il prend la lumière de mes rosiers.
Qu'est-ce qui m'empêche de le couper?
Il a été planté par un autre que moi. J'ai un respect superstitieux des traces laissées dans les jardins, par d'autres que moi, même si, sans doute, elles sont bien moins volontaires que je ne l'imagine. Au jardin plus qu'ailleurs, j'habite des endroits dont je ne me sens qu'usufruitière, transitoire, plus gardienne que propriétaire. Même dans cette maison que j'ai choisie plus que tout autre et dont je trouve qu'elle me ressemble bien.
Et puis il y a un nid dans la fourche. Il n'est plus habité, mais c'est un nid. La prescription trentenaire joue-t-elle pour les arbres? Ai-je le droit de rayer cette enclave d'un trait qui ne serait même pas de plume?
Et puis, cet arbre mal fichu a une vertu : celle de me rappeler que je n'aime pas, non que je crains plus que tout les vies et les espaces tirés au cordeau, que je pense comme Devos qu'un homme fait est un homme fini. Cet arbre, c'est aussi un rabicoin, un carré de sédimentation, un humus soustrait à l'ordre.
Oui mais.
Oui, mais il est vraiment vilain.
Et puis, une petite voix me dit que, pour les jardins trop propres, je ne risque rien, je suis immunisée de longue date. Les oiseaux iront dans l'arbre d'à côté, je ferai fouillis avec un beau camélia, ou avec ce rhododendron dont je rêve depuis si longtemps.
Et puis, il ne sent rien, je ne l'aime ni de l'oeil, ni du nez.
Allez hop.
Mon guieu, Anita, tu ne crois pas que tu te prends le chou avec l'arbre?
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12.4.08
Arbres
Hier, j'ai fait un pouème , dans lequel il était question d'arbre. Sans surprise, j'ai vu surgir de ma mémoire, la jeune fille âpre que j'étais, dont je sais parfaitement-pensez donc si je l'ai connue, celle-là!-qu'elle aurait jugé sans indulgence aucune, une production qui ne parlait ni de perte ni d'abîme, sans pulsation douloureuse, sans ironie, un écrit sans cri.
"Les arbres, tu en es rendue là?"
m'aurait elle dit en abaissant les coins de sa bouche, avec cette façon sans détour de se faire des ennemis.
Permettez quand même qu'avec tendresse, je lui frotte le museau de feuilles fraîches, à cette jeunesse qui a moins de mémoire que l'enfant qu'elle cessait juste d'être.
Car des arbres, il y en eut, peu, mais suffisamment tutélaires pour que mon bonheur d'aujourd'hui ne soit pas sans racines.
Curieusement, presque aucun d'eux ne m'a appartenu en propre. Ni les buis antédiluviens, cabane sacrée et crue secrète, ni les tilleuls immenses et quelque peu effrayants dans la tempête, ni le cerisier du Japon avec sa floraison subite et miraculeuse. Je n'ai pu prétendre à la propriété que d'un très vieux cerisier aux énormes fruits brillants et peu sucrés.
Que je me souvienne encore d'eux, n'est-ce pas la preuve qu'ils ont compté? Pourtant, je ne saurais dire comment, et si l'on m'avait posé la question à l'époque, j'aurais probablement gonflé mes joues et soufflé d'insouciance. Dans cet âge, on aime moins qu'on ne se tisse avec, sans réfléchir, sans éprouver. Sauf peut-être, lors de la perte imprévue, et encore. Il est rare qu'un enfant puisse nommer ce qui lui manque vraiment.
Elle n'a donc pas entièrement tort, l'adolescente. Elle est partie sans se retourner, vers la ville verticale et sans verdure. Quoique... Cet hebdomadaire bouquet du marché, même fauchée? Est-ce un hasard, si la fleuriste amusée, et peut-être attendrie de la voir compter les pièces, en rajoutait une bonne mesure?
Les jardins sont venus après. Mais l'alliance potagère, la fleur qui sollicite et meurt sans soin, ce n'est pas encore l'arbre. C'est autre chose encore, et je finis par songer que je ne peux me livrer entière qu'à ce qui se passe de moi.
Ce n'est que très récemment que l'arbre est revenu dans mon paysage, que je commence à voir, non plus une masse indistincte et verte, mais des individus. Je ne sais pas encore les photographier, et je saurais encore moins les peindre, mais au moins je les regarde. Rendue prudente par la lassitude de mes proches devant mon enthousiasme à célébrer la vague, la rose naissante et la lumière mourante, je garde pour moi le choc intime d'une branche déliée, d'un port serein.
Je croirais presque, si je ne savais combien on se ment toujours à soi-même, que ce plaisir des arbres est voisin de mon détachement, que je peux contempler l'arbre et l'homme d'un même oeil, en sachant que, si beaux soit-ils, mon jardin choisi est trop étroit pour que j'en rêve la possession.
Presque.
"Les arbres, tu en es rendue là?"
m'aurait elle dit en abaissant les coins de sa bouche, avec cette façon sans détour de se faire des ennemis.
Permettez quand même qu'avec tendresse, je lui frotte le museau de feuilles fraîches, à cette jeunesse qui a moins de mémoire que l'enfant qu'elle cessait juste d'être.
Car des arbres, il y en eut, peu, mais suffisamment tutélaires pour que mon bonheur d'aujourd'hui ne soit pas sans racines.
Curieusement, presque aucun d'eux ne m'a appartenu en propre. Ni les buis antédiluviens, cabane sacrée et crue secrète, ni les tilleuls immenses et quelque peu effrayants dans la tempête, ni le cerisier du Japon avec sa floraison subite et miraculeuse. Je n'ai pu prétendre à la propriété que d'un très vieux cerisier aux énormes fruits brillants et peu sucrés.
Que je me souvienne encore d'eux, n'est-ce pas la preuve qu'ils ont compté? Pourtant, je ne saurais dire comment, et si l'on m'avait posé la question à l'époque, j'aurais probablement gonflé mes joues et soufflé d'insouciance. Dans cet âge, on aime moins qu'on ne se tisse avec, sans réfléchir, sans éprouver. Sauf peut-être, lors de la perte imprévue, et encore. Il est rare qu'un enfant puisse nommer ce qui lui manque vraiment.
Elle n'a donc pas entièrement tort, l'adolescente. Elle est partie sans se retourner, vers la ville verticale et sans verdure. Quoique... Cet hebdomadaire bouquet du marché, même fauchée? Est-ce un hasard, si la fleuriste amusée, et peut-être attendrie de la voir compter les pièces, en rajoutait une bonne mesure?
Les jardins sont venus après. Mais l'alliance potagère, la fleur qui sollicite et meurt sans soin, ce n'est pas encore l'arbre. C'est autre chose encore, et je finis par songer que je ne peux me livrer entière qu'à ce qui se passe de moi.
Ce n'est que très récemment que l'arbre est revenu dans mon paysage, que je commence à voir, non plus une masse indistincte et verte, mais des individus. Je ne sais pas encore les photographier, et je saurais encore moins les peindre, mais au moins je les regarde. Rendue prudente par la lassitude de mes proches devant mon enthousiasme à célébrer la vague, la rose naissante et la lumière mourante, je garde pour moi le choc intime d'une branche déliée, d'un port serein.
Je croirais presque, si je ne savais combien on se ment toujours à soi-même, que ce plaisir des arbres est voisin de mon détachement, que je peux contempler l'arbre et l'homme d'un même oeil, en sachant que, si beaux soit-ils, mon jardin choisi est trop étroit pour que j'en rêve la possession.
Presque.
11.4.08
Juste avant.
28.2.08
Rose

Le pendant féminin de Salvatore, c'est Rose. Rose des rosiers. Elle en avoue quinze dans ce minuscule jardin, mais pour ma part, j'en ai bien compté dix-neuf, sans même parler de la pouponnière aux boutures.
Mais je lui garderai le secret-puisque Salvatore ne surfe pas sur le net.
Il faut dire que ce couple soudé depuis près de soixante ans n'a qu'un seul et durable motif de discorde : les places respectives de ce qui se mange et de ce qui s' hume.
Chaque mois de Février voit surgir un nouveau Yalta destiné à garantir la place au soleil de la fleur et du fruit, de l'aromatique et du légume.
Rose défend le ravissement éphémère de la Pivoine et la spontanéité de la Giroflée, plaide pour le Zinnia et jure de modérer le Dahlia.
Parfois, en bonne méditerranéenne, elle lève les deux mains et la voix tout ensemble- et les voisins peuvent alors prendre pari sur le nombre de pieds d'Alouette.
Mais on sait bien que lamento d'une part et bougonnement d'autre part ne sont que les éléments d'une liturgie admise de longue date.
Car de même que Salvatore mettra un soin tendre à enrouler un fragment de bas filé autour d'un Madame Meilland blessé par une rafale, Rose, à la cuisine, servira les légumes avec une constante loyauté.
Parfois même avec génie. J'ai goûté chez elle des plats au sens propre incomparables, puisque je ne les ai jamais retrouvés ailleurs. Des pâtes au pousses naissantes de fenouil sauvage, accompagné de parmesan et de mie de pain grillée et légèrement caramélisée, des aubergines piquées à l'aiguille à tricoter, et farcies d'infinitésimales lamelles de jambon cru, d'anchois et de fromage qui font de chaque bouchée une variation sublime sur un même thème.
Alors, avant le printemps, peu importe, finalement, l'étendue des discussions. Il y aura, chez Rose et Salvatore, du goût, de la couleur et du parfum, le velouté d'une framboise et celui d'un coquelicot, des abeilles en justaucorps et des fuschias en tutu, l'odeur de la lavande et celle des feuilles de tomate.
Et ma dernière née, barbouillée de fraise, apportant religieusement un ver de terre au compost de l'un, ou une coccinelle au rosier de l'autre.
26.2.08
salvatore

Un jour, j'écrirai un livre avec Salvatore. Ça s'appellera "101 façons d'utiliser un bas filé de ma femme, à la maison et au jardin".
Salvatore sauve.
Tout. Des chaises hors d'âge, des ferrailles exténuées, des plantules souffreteuses, des échelles sans montants et sans barreaux, des tabourets perclus, des petits pots de bébé, des lits démontés, des récipients de toutes sortes. Des mal vissés aussi, d'ailleurs, mais c'est un sujet sur lequel il est infiniment moins disert que sur son jardin ou son atelier.
Chez Salvatore, tout se transforme tôt ou tard. Ses trouvailles, organisées par couches comme les villes mortes de Mésopotamie, murissent parfois pendant des années, avant de trouver l'emploi qui les oscarisera à jamais.
Il fait son pain dans des plaques d'offset habilement tuilées, ses pieds de table dans des montants de portes, ses crémaillères dans des pieds de table. La porte de son four s'orne d'une poignée de bois, doucement arrondie, polie par son ancien usage de montant de brouette. Les salades poussent en caissettes suspendues sur des escabeaux, ou bien dans des paniers-à salade, bien sûr- suspendus sur un fil à linge. Les tomates sont montés sur roulettes de berceaux, et promenées le long des rayons de soleil. Faute de place, les potirons sont invités à escalader l'amandier. Les dites cucurbitacés, devenues lourdes, seront étayées de combinaisons bizarres, où le manche à balai et la traverse tiennent une place de choix.
A plus de quatre-vingts ans, il s'émerveille encore de l'aide que lui apportent les vers de terre et les oiseaux. Lui qui, sans cesse comme eux, absorbe, déplace et métabolise le moindre brimborion, ne dérangera jamais la graine apportée par le vent ou la mésange. Tant pis si le rang de fraisier se trouve désorganisé par le basilic imprévu, tant pis si la bourrache prospère entre les poireaux.
Les bas filés? Ohhh, piège à guêpes, pansements d'arbres, poupées de chiffons... Et c'est tout. Vous ne voudriez pas que je vous livre d'avance toutes mes bonnes feuilles, hein?
( une photo de la boulange de Salvatore est sur lookskedenn)
5.11.07
un dossier épineux

Jardinière intermittente, tolérante à la mauvaise herbe, feignasse d'exception, espérant peut-être toujours secrètement qu'une chose aimée puisse se passer de soins, j'ai, j'ai toujours eu, dans mon jardin, au moins un roncier.
Par la force des choses, celui-ci est généralement situé aux confins, dans les zones les moins visibles, mais hélas aussi, les plus susceptibles de déclencher un conflit de voisinage.
Il faut, un jour, décider la radicalité.
Le roncier, tout d'abord, se toise.
Il s'évalue posément, en enfilant ses gants d'un air assuré.
On en coupe quelques unes des branches les plus folâtres, les imprudentes pousses de l'année, qui s'imaginent conquérir un territoire à elles seules, dès lors qu'elles se seront poussées du col, hors de la pelote d'origine. Les présomptueuses partiront les premières.
Parfois les seules de la journée, pour peu qu'une visite arrive ou que l'on me proposât imprudemment de prendre un re-café.
Mais comme les chiottes ou le cimetière, le roncier, un jour, fatalement, faut y aller.
Et plus seulement du bout des doigts. La chose s'affronte des mains, de la tête, du pied, et parfois de l'épaule. On rend perfidie pour sournoiserie, on profite de la force agrippante de l'adversaire pour engluer les drageons les plus faibles et tirer d'un coup sec, on déterre, hache, taille, on poursuit les racines jusque sous les murs.
R. le roncier se venge d'une souple détente, fouette au ras des yeux, infiltre ses épines kamikazes sous les gants, juste à l'extrémité sensible de la pulpe des doigts, et se cramponne à tout, ne cédant que sous la lame.
Quand le sécateur a trouvé et tranché l'ultime lien barbelé, il me semble que la masse entière cesse de se défendre, que sa vitalité funeste s'éteint d'un seul coup, ne laissant plus sous ma main qu'une botte embrouillée et sans hargne.
Et quand la fourche, sans effort, la soulève en direction de la brouette, j'ai le sentiment essentiel que j'ai extirpé bien autre chose qu'un souci végétal.
11.11.06
l'âme des jardiniers

Mon amie Still a ouvert a cette adresse un nouveau blog consacré à son jardin. Comme Dame Still est une de ces enchanteresses avisées qui savent offrir aux miracles une attention patiente et tenace, je n'ai aucun doute sur la reconquête de son jardin.
Mais la lecture de son blog m'amène à deux observations:
La première, c'est que tout jardin a son, voire ses objets persécuteurs. Chez Still, lierre et clématite.
Chez moi, ce sont les bambous, qu'une main criminelle planta en liberté non surveillée, et d'immondes petites fleurs blanches à parfum d'ail.
La deuxième reflexion découle sans doute de la première: seuls les citadins sans verdure croient l'âme jardinière bénigne, paisible et dénuée de rancoeur. Ceux-là sont bons pour s' aller voter, aux prochaines élections, pour le candidat le plus altruiste.
L'âme jardinière est un humus, nécessitant le compostage de sentiments âcres et violents pour que surgisse la légèreté. Le jardinier sait que les ennemis le guettent, qu'ils sont partout, sous la terre, dans le vol d'un oiseau qui fera choir la graine honnie. Le jardinier, civilisé, taira son monologue, qui restera intérieur.
Mais , franchement, ce que cet homme tranquille, ce que cette femme sereine est capable de lâcher comme bordée d'injures basses et crapuleuses à l'adresse d'une adventice un peu plus sournoise qu'une autre, ce déferlement de haine à l'egard d'une racine obtuse, ce hurlement silencieux de victoire quand on brandit la tête, euh non, la queue de l'adversaire...
Ceux-là mêmes qui prônent la négociation en toutes circonstances, les avez-vous vu partir, la bêche -ou la pioche à l'épaule, quand le cas est grave- avec un rictus que ne démentirait pas Gouvernator? Encore heureux que certains d'entre nous résistent à la tentation de la guerre chimique. Pas tous hélas.
Et je ne parle pas de l'envie. Ni de l'hypocrisie.
De la luxure peut-être, quand après toutes ces turbulences du coeur jardinier, on froisse la menthe dans ses doigts, ou bien l'étonnante feuille du dimorphoteca qui sent le poivre et la mer...
Moyennant quoi, les jardiniers sont des gens charmants.
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