30.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ce qui craque

La jeune fille de cet après-midi.
Elle se fendille de partout, ça pleure de l'œil et du nez, ça déborde et délave le maquillage.
J'ai toujours des scrupules quand j'ai le sentiment d'avoir porté la pointe un peu trop loin, même si je sais qu'on ne fait pas toujours du bien à ceux que l'on prétend soigner. Dans les débris, je tâche de discerner ce qui ira un peu plus loin que cette soudaine incision, quelque chose avec lequel elle pourrait repartir sans avoir le sentiment de n'avoir fait que craquer.

28.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui le confort c'est

L'eau chaude.
Je crois que rien ne me donne plus l'impression du luxe et du confort que l'eau qui ruisselle d'une douche généreuse et sans artifice, constante et fiable dans son débit comme dans sa température. Je l'aurai attendue assez longtemps pour en savoir le prix. J'y efface la fatigue, l'usure et parfois la colère. J'y prolonge la caresse. Et chaque matin, dans ce curieux moment où il faut reprendre les divers morceaux de soi pour aller à  sa journée, la douche brûlante participe de la reprise de mon unité.

27.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, orange.

"C'est la fin du discours : comme une orange abîmée lancée très fort contre un mur par un gamin mal élevé, la MARSEILLAISE éclate et tous les spectateurs éclaboussés par le vert-de-gris et les cuivres, se dressent congestionnés, ivres d'Histoire de France et de Pontet-Canet."

Et, pour l'occasion, comme je n'ai pas grand chose d'orange dans mon quotidien, je vais largement dépasser les 100 mots.
Cher Prévert.


Le soleil brille pour tout le monde, il ne brille pas dans les prisons, il ne brille pas pour ceux qui travaillent dans la mine,
ceux qui écaillent le poisson
ceux qui mangent de la mauvaise viande
ceux qui fabriquent des épingles à cheveux
ceux qui soufflent vides les bouteilles que d'autres boiront pleines
ceux qui coupent le pain avec leur couteau
ceux qui passent leurs vacances dans les usines
ceux qui ne savent pas ce qu'il faut dire
ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait
ceux qu'on n'endort pas chez le dentiste
ceux qui crachent leurs poumons dans le métro
ceux qui fabriquent dans les caves les stylos avec lesquels d'autres écriront en plein air que tout va pour le mieux
ceux qui en ont trop à dire pour pouvoir le dire
ceux qui ont du travail
ceux qui n'en ont pas
ceux qui en cherchent
ceux qui n'en cherchent pas
ceux qui donnent à boire aux chevaux
ceux qui regardent leur chien mourir
ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire
ceux qui l'hiver se chauffent dans les églises
ceux que le suisse envoie se chauffer dehors
ceux qui croupissent
ceux qui voudraient manger pour vivre
ceux qui voyagent sous les roues
ceux qui regardent la Seine couler
ceux qu'on engage, qu'on remercie, qu'on augmente, qu'on diminue, qu'on manipule, qu'on fouille qu'on assomme
ceux dont on prend les empreintes
ceux qu'on fait sortir des rangs au hasard et qu'on fusille
ceux qu'on fait défiler devant l'Arc
ceux qui ne savent pas se tenir dans le monde entier
ceux qui n'ont jamais vu la mer
ceux qui sentent le lin parce qu'ils travaillent le lin
ceux qui n'ont pas l'eau courante
ceux qui sont voués au bleu horizon
ceux qui jettent le sel sur la neige moyennant un salaire absolument dérisoire
ceux qui vieillissent plus vite que les autres
ceux qui ne se sont pas baissés pour ramasser l'épingle
ceux qui crèvent d'ennui le dimanche après-midi parce qu'ils voient venir le lundi
et le mardi, et le mercredi, et le jeudi, et le vendredi
et le samedi
et le dimanche après-midi. 


Prévert. 1931

26.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui table de.

Un matelas d'1m40 posé sur le bureau de la directrice.

Celui là y viendra sans crainte. Celui là l'approchera avec une fascination non dénuée d'excitation. Il me faudra garer les plus sensibles de mes instruments de ses petites mains exploratrices.
Celui-ci y viendra avec réticence et suivra chacun de mes gestes avec acuité, pressé d'en finir.
Cet autre en sortira avec un grand rire et un grand saut, fier de montrer à quel point il est fort.
De l'autre côté, cette maman dira ce qui la trouble et l'autre racontera ses années d'anorexie.
Table d'examen improvisée dans cette minuscule école de bord de mer.

25.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui familles.

Chantal Jouanno à déclaré : "Mes principes sont clairs : Aux législatives, si pas d'autre alternative entre le FN et le PS, ma responsabilité serait de voter PS."
C'est exactement le cas pour le deuxième tour de la présidentielle.

24.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, à 11h30 précises

Aujourd'hui, à 11h30 précises, j'ai vu J. Mais ce n'est qu'à 16 h30 que j'ai appris qu'en rentrant dans sa classe, il avait, pour des raisons mystérieuses, éclaté en sanglots.
Son institutrice, qui l'aime beaucoup, ne me l'a visiblement pardonné qu'à 17h15.

22.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, je renonce à.

Aujourd'hui, j'ai solennellement renoncé à ses pompes, à ses œuvres, à son armée de bras cassés, au lent pourrissement des Institutions, au cynisme affiché, à la mise en prison d'enfants d'étrangers en situation irrégulière, à l'hystérisation des lois, à la falsification des mots, à la plume venimeuse, à la méfiance de l'autre érigée en système, aux gens modestes, aux effets de manches, aux expulsions imbéciles de gens qui ont le droit de revenir 3 mois après, aux impôts d'autant plus injustes qu'ils ne disent pas leur nom, aux lignes Maginot de la santé

En un mot, comme en cent, j'ai voté.

21.4.12

366 réels à prise rapide, aujourd'hui, plaque de rue

Où donc, sur le trajet, ai-je tourné dans la rue de la Roche aux Fées? J'ai laissé une main amie avant hier et le rouge des derniers distributeurs de tracts, hier. J'ai vu des corbeaux saisissants, tracés comme négligemment, à la pointe du couteau. L'écran leur aplatit l'aile, mais je vous jure qu'ils volent.

Ou qu'ils râlent, comme celui-ci, tête baissé et patte en avant, qui ressemble à un gamin boudeur sorti par l'arbitre.

J'ai vu aussi la tapisserie de l'Apocalypse et c'était savoureux d'entendre, en ces temps de promesses électorales et d'anathèmes, le long récit des menaces terribles qui allaient s'abattre sur nous.
Après, j'ai longé la rue aux Filles.

C'était une belle promenade.
 Demain, je vote.

18.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ça n'aurait pas dû se passer ainsi.

C'est pourtant un mec que j'aime bien. Mais ses explications embarrassées quand à l'absence de procuration, ses esquives embrouillées quand je lui fais remarquer que la Normandie n'est pas si loin qu'il ne puisse faire l'aller retour sur Paris dans la journée, risquent bien de ternir le sentiment que je lui porte.
Tu votes, tu votes pas, tu vote dur, mou, à gauche à droite, bleu, blanc ou rouge mais jamais, jamais, tu ne fais comme si la fatalité en avait décidé pour toi, quand sont programmées depuis si longue date cette élection et tes vacances.

17.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, la chaleur de

La chaleur humide de ce nuage ayant rencontré un fort courant ascendant, il en est retombé une grêle rapide et impitoyable.
On verra demain ce qui reste des projets de poires.
C'est la vie, say the old folks

16.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, faux et usage de faux

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ;

Trop tard. Vous êtes mes complices.

14.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, sacs.

Dans son sac, les produits bobos-chics que je lui avait demandés.
Parce que j'ai beau trouver des pois au wasabi dans mon supermarché, il y a encore des produits que je me fais livrer de Lutèce par char à boeufs par gentille Fillamoi que j'ai.
Donc, entre mélasse de grenade et fèves tonka, du jus de yuzu.
Dans le mien, des coquilles saint-jacques.
Ça tombait drôlement bien.
On se serait cru un 12 avril.

13.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, une pièce particulière

Ce sera chez moi. Une pièce particulière, à moi seule. En échange de quoi, j'ai promis d'exhumer ma bibliothèque de ses cartons, d'acquérir une méridienne avec de vastes coussins et d'y écrire-sans doute moins que je n'y rêverai.
Ce luxe inappréciable, cette "chambre à soi" est au bout du jardin et dire que j'y vois ma maison autrement est tout aussi réel qu'allégorique. Ses murs sont chaulés de vert très pâle et le soleil y dessine des emporte-pièces de lumière que je suis bien obligée de partager avec le chat.
Bienvenue chez moi.

12.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ils vont bien ensemble

La petite poule et le poulailler.
La terrasse du bistrot avec la fin du marché.
les épiphytes avec le mur de pierre
Le citron vert et la menthe dans le mojito.
La pomme et le lard dans la crêpe.
Le fou-rire avec la soirée.
Le thème du jour avec l'humeur du moment.

11.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, moment professionnel

I have a dream.
Je rêve de législateurs qui empêcheraient définitivement notre Etat de mettre des enfants en prison pour un délit sans victime qui n'est pas le leur.
Qui empêcheraient des marchands de vendre n'importe quoi, non seulement à, mais aussi au moyen d'enfants.
Qui, avant tout discours pompeux sur l'Education, commenceraient par rénover, dans toutes les écoles de France, l'endroit où ceux ci mangent et où ils pissent.
Qui comprendraient qu'élever l'enfant d'un autre est la tâche la plus subtile qui soit et qu'on ne peut continuer à mépriser, sous payer et abandonner ceux qui le font, des assistantes maternelles aux AVS.

Bref, je crois que j'ai rêvé qu'on réinventait la politique de l'Enfance.

10.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ce qui brille.

Les promesses.
Pas les trucs en toc qui pullulent en période électorale et se ternissent immédiatement. Les promesses, les vraies, celles qui se déploient avec force, presque sans effort, celles qui attendent les spectateurs patients et admiratifs, les promesses allègres et têtues.
Le sourire de l'enfant qui jusque là, ne se voyait pas jolie. La feuille vernissée, compacte, qui se hisse au dehors de sa cachette. L'averse et la flaque. L'idée précieuse que l'on planque encore, mais qui fait fanal.
Et ce blanc d'argent qui brille enfin et signe tout autant le temps passé ensemble que celui, inconnu, qui reste à parcourir.


NB: la photo est celle qui servira au chic des clics d'avril et est affectueusement dédié à Luce Luciole et FG.

8.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, itinéraire.

Ce sera demain. Mais c'est aujourd'hui que cela se décide. On prendra le vieux pont et on tournera à droite. On passera devant l'église sans toit. Il ne fera pas beau, la centenaire ne sera sans doute pas sur son banc.  On descendra la rivière, on passera cet autre pont.
Il faudra laisser la voiture. On marchera un peu, sur le sentier d'abord et puis directement dans le lit de la rivière marine déjà bien déchalée. Les bottes feront un bruit comique dans cette vase douce et rincée.
Plus loin là-bas, ce sera déjà presque la mer et avec de la chance, nous trouverons en grattant les palourdes grises qui ne ressemblent à rien d'autre qu'à des cailloux obtus.
Les doigts gelés, nous referons le chemin inverse. Ils s'arrêteront à la maison et nous boirons le muscadet. Sans doute serais-je la seule à attaquer les coquillages au couteau, sans même les cuire.

Mais peut-être pas.
Peut-être qu'il fera vraiment trop mauvais et nous aurons envie de rester au chaud. Ils viendront quand même et nous boirons et mangerons aussi. Mais pas les mêmes choses. Du café, par exemple et des petits gâteaux de Pâques.

7.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, laissez passer les petits papiers.

Menons nous, une heure seulement, une réelle vie d'adulte?*


*En dehors, bien sûr, de ce que nous offrons au regard, généralement peu scrutateur,  des autres.

6.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, le temps qu'il fait

Bleu et nettement plus frais que la semaine dernière.
Un petit vent cherche à percer les barrières que je lui oppose.
Le foulard sert encore de presse-étoupe, les châles sont encore à portée de main près du canapé.
Mais la lumière des printemps de ce pays est une aubaine, à profusion.

5.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un mot que j'ai écrit.

Aujourd'hui j'ai écrit " A suivre".
Et j'ai rajouté +++.
Sur un de ces post-it qui pointent hors de mes dossiers à l'ancienne, que je range dans mes antédiluviennes armoires.
Et puis je pense que j'ai dû soupirer, ou hausser les épaules, ou grogner.
Je n'aime pas quand une lettre de confrère vient confirmer un souci.
Et puis je réfléchis qu'à suivre, c'est très bien. A suivre oui, à voir comment ça se présente, et puis ce qu'on peut faire là, et puis encore un peu plus loin.
Suivre le mouvement, à côté, pas loin.
A suivre, parce que c'est tellement mieux que le mot fin.

4.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ceux que je porte

Strepto variés, staphylo petits et grands,  lactobacilles en nombre, clostridium divers, escherichia coli, actinomycètes, joli bifidus, sans doute quelques pseudomonas, helicobacter pylori...

Oui, je porte tous ceux là et plusieurs dizaines de milliers d'autres avec moi.
Vous m'aimez encore?

Mais ne faites pas les fiers. Vous en portez autant que moi.

3.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, ce que l'on porte.

Bonheur.
La clé de Saint Georges.
Et pour ce qui me concerne, " Un Jardin sur le Nil" d'Hermès.

2.4.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, signatures.

J'ai apposé ma signature, outre sur quelques courriers, mails et textos, sur 8 carnets de santé aujourd'hui. Pour 7 d'entre eux, elle est destinée à glisser dans les limbes des archives sans intérêt notable. Quelqu'un est passé là et, après quelques manipulations cabalistiques de chiffres divers, de couleurs,  de lettres, de mouvements, de résistance à la pression, en a conclu, tâchant de rendre son regard amical, que tout allait bien.
Par contre, cet autre là me reverra et je tâcherai, au cours d'épisodes, à nouveau émaillés de signatures et de chiffres, de vérifier que ça ne va pas si mal.