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14.9.11

Nidification


Un jour, quelqu'un y oubliera un livre. Un autre jour, une autre personne laissera, entre les pages, une fleur ramassée sur le chemin, au cours d'une de ces balades qu'on choisit de faire, malgré le temps gris, et qui vous récompense d'une miraculeuse lumière entre la déchirure des nuages. Un grain de sable viendra se loger dans l'embrasure de la porte et s'y fera oublier. La fêlure d'une tasse fera un coup au cœur, un regret minime et déchirant et puis on s'habituera. On la tournera du bon côté en buvant le café pendant un temps et on la jettera un jour. Ou bien non.
La maison perdra de son apprêt, se griffera au fil du temps, comme tous les visages qu'on aime pour longtemps. Il y aura des objets qu'on aura pas vraiment voulu, des cadeaux qui ne vont pas vraiment mais qu'on garde parce que les gens ont tellement voulu dire merci. Le jardin ne sera jamais exactement comme on voudrait, mais d'une année sur l'autre, il pourrait bien y avoir des belles surprises, des abondances imprévues qui remplissent de gratitude et d'un certain étonnement. On fera même l'emplette d'un sécateur pour faire un bouquet qu'on placera là, sur la table basse et il ne sera jamais pareil que le suivant.
C'est la maison de mon amie, une maison toute neuve malgré son grand âge et qui débute dans ses fonctions. Une maison qui lui ressemble déjà tellement, à la fois précise et improgrammée, une maison qu'elle prête, pour que d'autres qu'elle puissent y dérouler un moment de leur histoire avec ce pays au charme prenant.
Je ne passe jamais à proximité sans lui lancer un regard amical et je sais qu'elle me le rend malgré ses volets fermés. Elle attend, sans urgence, de sentir à nouveau la crêpe et le café.
C'est une maison et, déjà, c'est toute une histoire.

PS: et, pour ceux qui ont eu la gentillesse de me demander, au vu de mon long silence, si tout allait bien, la réponse est : oui, cré bien, ne vous inquiétez pas. Juste que l'écriture, ça a toujours des reflux. Mais je vous aime toujours, hein!

8.11.10

rien qu'une et après je passe aux petits chats


(parce sinon, Franck is really going to kill me)

26.8.10

Il fait gris, je m'en fous.

Il fait gris, je m'en fous. J'ai tourné à gauche au lieu de rentrer, le vent sent la mer et la mer déroule au vent, avec sa puissance lente et détachée, comme pour s'étirer avant l'automne.
Il fait plus que gris, il fait bistre sur les roches et la lande, il fait flou. Le paysage connu ne montre plus que des fragments et cela reste beau comme un corps familier sous le drap. Le ressac en prend le son d'une rumeur intime, le battement de ma bizarre appartenance à ce pays.
Je perçois à quel point le bonheur est chez moi moins affaire de possession que d'erratique légèreté.

31.5.10

Dans le champ d'artichauts


Dans le champ d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Après tout, les têtes étaient presque mûres et les dames, même aux allures respectables, sont peut être armées tout à la fois de couteaux et de mauvaises intentions.
Jean, en bon trégorois, eut la méfiance aimable et la politesse vigilante. Rapidement convaincu que je n'emporterais que des clichés, il laissa monter un plissement amical au coin des yeux et entama la placote. D'abord légère, météorologique et locale.
Pas banale, non, parce que celui qui a couru le monde m'étonne parfois moins que celui qui n'a pas bougé d'auprès de son arbre.
Je ne crois pas que Jean soit bavard par essence. Je ne crois pas non plus que je sois toujours fascinée par les fragments d'histoire des champs d'artichauts. Mais cela s'est noué comme ça, parce qu'on était bien installé le long du muret, parce que la lumière se faisait attendre. Il s'est mis à raconter et moi à écouter.
Les notices biographique sont toujours étrangement sèches et leur dureté serre souvent le cœur. Jean raconte, sans aucune espèce de plainte, le père mort en 39, la mère aux cinq enfants qui se remarie avec le paysan aux six encore petits, le travail de ferme qu'il découvre à 14 ans. Les longues tablées qu'il faut nourrir. L'artichaut n'était qu'une culture de subsistance et les finistériens n'avaient pas encore amené le chou-fleur. On cultivait la Fin de Siècle.
Et on mangeait ce qu'on cachait aux Allemands.

Il ne met pas plus de vantardise que de plainte à raconter comment il s'est engagé en trichant dans la résistance à 16 ans. Il dit qu'il y avait sans doute plus de désir d'échapper à la tutelle du beau-père casse-pied que d'héroïsme. N'empêche. Il désigne là la petite butte où les résistants avait essayé de bombarder le sémaphore. Candides, ils y avaient encerclé les Allemands en oubliant de leur couper le téléphone. Les autres sont venus les cueillir comme des fleurs. La fosse creusée sous la contrainte, le tir en rafale, les corps qui tombent.

Il dira ensuite combien de petites fioles d'éther on trouvait dans les fossés, combien ils étaient jeunes, ces meurtriers drogués dont la bouche fendillée brûlait.
Et l'œil de Jean, méditatif, flotte sur les contour de ce paysage qu'il connait par cœur.
Il ne sait pas comment finir et moi non plus. Nous revenons à des phrases tempérées. Nous n'oserons pas poser les vraies questions ni donner les vraies réponses.
("Est-ce que cela compte, ce que je vous ai raconté?
-Oui. Pas comme pour vous. Mais oui.
-C'est de l'histoire ancienne, si ancienne.
-Mais vous l'avez vécu. Cela a existé. Cela existe encore. Des hommes meurent. Et puis on fait pousser des artichauts."
)

Nous nous saluerons, avec courtoisie et pudeur. Comme en Tregor.



NB : Et ce soir, en lisant, consternée, les justifications du raid israélien, je me demande comment Jean et moi, nous aurions fini cette conversation, en partie muette, sur la stupéfiante impression d'imbécilité que laissent les fracas humains soixante ans après.

23.5.10

16 heures, un jour de mai


Tout doucement, les bruits s'éloignent.
Les cris d'enfants ne font guère obstacle. Ils se fondent en paillettes brèves, comme si je les entendais en couleurs dansantes, tournant autour de moi sans m'alarmer.
Des jeunes parents s'installent, j'entends leurs échanges rapides, interrogatifs, je me souviens de ce temps-là, si encombré de détails pratiques, d'objets, d'éventualités multiples. Peu à peu, je détend le filet de ces voix, je passe au travers de leurs mailles inquiètes.
Comme les plongeurs, je franchis des paliers, je sens le poids de mon corps se modifier, la chaleur qui commence à la nuque et roule jusqu'aux reins.
Je repousse l'agacement d'un bruit entêtant, obscène. Un scooter des mers.
Je plonge, le sable chauffé sent la poudre, je goûte brièvement le plaisir d'avoir soif.
La tête dans mes bras, je fais ma première sieste sur la plage.

27.3.10

Petits joueurs, va!

Puisque Kozlika a fait son Breizh-out sous une identité toute aussi réelle que A, il n'y a plus de raison de la dissimuler sous ce pseudo.
Je désignerai seulement par XX et XY ses deux enfants qui semblent faire la moue devant le rose dragée dont rêve Kozlika pour sa nouvelle façade.
Franchement les djeuns, vous êtes à la fois p'tits joueurs et imprudents.
Si on considère les habitudes du coin, l'immense capacité de votre mère à bidouiller des CSS et ce que j'ai engrangé comme couleurs de façade en moins d'une heure de balade, je vous laisse imaginer ce qu'elle est capable de proposer dans un an.
C'est rose accepté maintenant ou alors...
 
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6.3.10

Tant la dune était blonde


Pour Dr Caso qui veut des trucs qui piquent- et pour tout ceux à qui la mer manque parfois...

14.11.09

Jour blanc en Baie d'Audierne

Chez moi, quand il vente longtemps, il finit par neiger de la mer sur la grève.





Pour un temps, un temps seulement, l'écume accepte de prendre la pose


Les enfants soufflent des flocons salés
jusque sur les voitures






Le bar de l'Océan joue les héros à bon compte



Ce n'est que de la mousse.

11.5.09

Argoat


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D'abord, il y a la rivière.
L'une des vertus des lieux magiques, c'est de vous faire oublier que vous n'êtes pas les seuls à les aimer. Peu importe ce que vous avez lu, ce qui s'en dit, ce qui circule en milliers de photos, peu importe que la rumeur vous prévienne en défiance ou en enthousiasme de commande, Venise vous attrapera d'une ombre de chat sur le mur, les Jardins de l'Alhambra ouvriront un minuscule repli de sentier rien que pour vous.

La rivière de Huelgoat n'est pas si célèbre, ni si fréquentée. Mais le nombre de familles tout autant que les touristes des beaux jours peuvent vous faire hésiter à franchir les premiers éboulements. Faites trois pas à gauche, deux à droite, les familles disparaissent et vous voilà guettant les fées.

Ah oui, j'aime l'eau! Et cette rivière changeante me ravit qui va de la chute grondante au miroitement taciturne.
Et puis, j'ai découvert que les rochers sont à l'inverse des hommes : c'est en vieillissant qu'ils deviennent chevelus. Ce jour là, le gros rocher du Ménage de la Vierge portait une affriolante coiffure de nombrils de Vénus et de jacinthes sauvages.
Sous les arbres, le lierre était bleu sombre; je me suis souvenue que les bretons n'avait qu'un seul mot pour désigner, tout ensemble, le vert et le bleu.
Et que ce n'est pas seulement à cause de la mer.

Et puis, il y a les gens des Monts d'Arrée, leur inventivité pour faire vivre des liens et des lieux. Si vous passez, arrêtez-vous à Berrien, à l'Autre Rive. Voulez-vous une bière, un café, un livre, un pouème? Un tableau, peut-être? Ceux qui sont au mur ne vous plaisent pas? Levez-la tête, on accroche aussi au plafond.

Oh, bien sûr, le lieu connote grave. Le 22 mai, on y donne lecture de La crosse en l'Air, de l'ami Prévert.
Vous serez prévenus.
Mais comme dans tous les lieux magiques, vous avez le droit à tous les détours, même les plus improbables. Personne ne vous empêchera, si le coeur vous en dit, de vérifier les cours de la Bourse sur les ordinateurs gracieusement mis à votre disposition.