Ici, il y avait ce bateau dont l'amarre avait lâché et qui, privé de tout moyen de défense contre la mer, pitoyablement couché, embarquait vagues et goëmons.
Là-bas, il y avait cette vieille dame qui doucement, paisiblement, se désarrimait, sans drame, sans s'en scandaliser le moins du monde, attentive, malgré la douleur, à saluer l'affection des siens.
Pas d'autres liens entre ces deux faits que de toucher des gens que nous aimons.
Nous avions longuement parlé, avec S. de ce moment si questionnant pour nous-même, où nous savons qu'il faut lâcher prise, où il n'est plus question de bataille mais de veillée, où la moindre colère, la moindre rancune contre le sort serait un obstacle à la tendresse qui doit là, couler à flot continu. Nous savions aussi que ce moment-là, s'il vient, n'appartient qu'à chacun, dans un temps, d'une façon qui lui est propre.
S. avait choisi d'accueillir sa mère chez elle, parce que leur histoire, et au delà, l'histoire de son village était comme cela.
Et c'était bien d'entendre son intime conviction d'avoir fait ce qu'elle et sa mère voulaient.
Ici, la veillée allait au rythme de la marée et de ses coups de boutoir dont il fallait protéger le bateau.
Pas d'autre lien.
Et pourtant, dans cette bataille qui dura quatre jours, je savais que l'énergie que j'y mettais était l'exact miroir de ma conversation avec S. Lâcher prise n'a rien d'instinctif. C'est un apprentissage qui ne tient qu'à l'expérience de renoncements antérieurs. Ici, on a poussé, tiré, fait des plans, trouvé des solutions et on a beaucoup râlé contre ces salopes de vagues qui y avaient été vraiment trop fort le mercredi et qui ne se forçaient plus, maintenant, pour arracher le bateau à sa gangue de vase.
Et nous étions plusieurs, dans notre rage, à penser à S., là-bas.
Le samedi, à la seconde même où grâce à un bateau ami, celui de E. s'est remis à flotter sous nos cris de joie, S. nous a annoncé la mort de sa mère.
De ces deux sentiments, la joie et la peine, lequel a subtilement modifié l'autre? Je n'en sais rien.
Mais même une incroyante comme moi se plait à voir dans la simultanéïté de ces deux moments, le signe que cette dame a dénoué ses amarres au moment où la plus belle vague arrivait pour elle.
Pour S. Avec toute ma tendresse.
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19.8.12
5.4.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, un mot que j'ai écrit.
Aujourd'hui j'ai écrit " A suivre".
Et j'ai rajouté +++.
Sur un de ces post-it qui pointent hors de mes dossiers à l'ancienne, que je range dans mes antédiluviennes armoires.
Et puis je pense que j'ai dû soupirer, ou hausser les épaules, ou grogner.
Je n'aime pas quand une lettre de confrère vient confirmer un souci.
Et puis je réfléchis qu'à suivre, c'est très bien. A suivre oui, à voir comment ça se présente, et puis ce qu'on peut faire là, et puis encore un peu plus loin.
Suivre le mouvement, à côté, pas loin.
A suivre, parce que c'est tellement mieux que le mot fin.
Et j'ai rajouté +++.
Sur un de ces post-it qui pointent hors de mes dossiers à l'ancienne, que je range dans mes antédiluviennes armoires.
Et puis je pense que j'ai dû soupirer, ou hausser les épaules, ou grogner.
Je n'aime pas quand une lettre de confrère vient confirmer un souci.
Et puis je réfléchis qu'à suivre, c'est très bien. A suivre oui, à voir comment ça se présente, et puis ce qu'on peut faire là, et puis encore un peu plus loin.
Suivre le mouvement, à côté, pas loin.
A suivre, parce que c'est tellement mieux que le mot fin.
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366 réels à prise rapide,
Des fois,
hein.,
tremail
16.3.12
366 réels à prise rapide. Aujourd'hui, une belle image.
Aujourd'hui, la belle image, c'est celle de mon ami Yves. Par un hasard malicieux, elle est arrivée dans ma boîte aux lettres, la vraie au bout du jardin, justement aujourd'hui.
Elle ira dans ma bibliothèque, parce que j'ai envie de travailler sous son regard. Oui, sous ce regard clos pour mieux voir.
Ce dessin me rappelle que je cherche moins à savoir quelque chose des enfants que d'en protéger, en aidant les adultes qui les entourent, la part nécessairement secrète.
Elle ira dans ma bibliothèque, parce que j'ai envie de travailler sous son regard. Oui, sous ce regard clos pour mieux voir.
Ce dessin me rappelle que je cherche moins à savoir quelque chose des enfants que d'en protéger, en aidant les adultes qui les entourent, la part nécessairement secrète.
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jeux.,
tremail,
va donc bosser feignante.
6.4.11
L'Afrique à Paris

Ceux qui me lisent depuis longtemps savent combien j'aime l'univers d'Alain Korkos. .
Alors, vous pourriez prendre ce qui suit pour une plogue amicale et rituelle. Ce serait dommage. Vous y perdriez beaucoup.
Le livre "les carnets de l'Afrique à Paris", pour lequel il s'est acoquiné avec la délicieuse Catherine M'Boudi, est un bijou.
Un bijou délicat, rieur, voilé d'amertume tendre pour la vie qui va pas toujours comme on veut, un bijou au charme têtu et insidieux.
Ce n'est pas seulement qu'ils la connaissent bien cette Afrique à Paris, ils connaissent aussi ce qu'est l'exil, ce besoin funambule de se rattacher au goût, à l'odeur, à la chanson qui vous a bercé sans y disparaître dans un exotisme qui ne serait plus qu'un embaumement.
Le dessin, ici, dépasse l'illustration : ce sont les portraits sensibles de ceux que vous croisez tout les jours sans forcément les regarder, de cette vieille dame qui attend l'avion après avoir rendu visite à ses enfants à l'employé de la ville dans son costume vert acide. Vendeuses de safu, sapeurs, coiffeuses pleines de sollicitude, coiffeur muet dont la seule douceur est de parfumer les tout-petits à la barbe-à-papa, écrivains, musiciens, colleurs d'affiches...
Dans la précision affectueuse de ces portraits, il y a un avertissement, à nous tous adressé. Ce n'est pas d'entendre ces étranges sabirs dans le métro, qui nous met en danger.
Ce qui nous met en danger de perdre notre âme, c'est d'oublier que ces langues, comme la nôtre, ne disent souvent que des choses très quotidiennes, très banales et très nécessaires, le petit qui marche couci à l'école, le tissu qu'on a trouvé, la peine de cœur, le boulot, la maman qui fatigue un peu, le recette du gombo qu'on ne fait pas tout à fait pareil.
Je me souviens, un jour, avoir été bouleversée par une simple phrase du Musée Anne Franck : " A la fin de la guerre, Amsterdam avait perdu plusieurs milliers de ses habitants".
SES habitants. Pas seulement "Les juifs avaient perdu plusieurs milliers des leurs.
Le livre d'Alain et Catherine, qu'on y parle de l'Afrance ou de la Frique ( copiraïte leurzigues) c'est avant tout un livre sur les parisiens.
Têtes de chiens, tiens...!
PS : c'est au Editions Parigramme. Ça se trouve aussi très bien sur le net
2.4.10
Avouez
qu'une blogueuse qui titre
"Réouverture des maisons closes : la burqa y est interdite"
mérite une visite.
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