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5.1.16

Ecrire et voyager

Avoir envie d'écrire ou de voyager, chez moi, procède sensiblement du même état d'esprit : sortir de sa zone de confort, accepter le deséquilibre, mettre quelque chose en mouvement en sachant qu'il y aura un moment où on se demandera ce que diable on est venu chercher là.

C'est sans doute un signe que, juste avant d'être amicalement poussée dans la ronde des bonheurs du jour, je me sois remise à rêver activement, bien que littérairement, de voyages. J'avais déjà fait, dans le temps, des listes alphabétiques d'iles très aimées ou esquissé, sur papier, un tour du monde d'Aden à Zanzibar.

En ce moment, je joue avec les pages aléatoires de Wikipédia. Le jeu est de retenir chaque page qui parle d'une ville, d'une commune, ou de toute subdivision administrative équivalente et d'étudier, avec le plus grand sérieux, les modes de transports, l'hébergement et, si c'est possible,  d'avoir un début de représentation du paysage et des gens.
Facile, hein?
Sauf que s'il y a une chose dont le monde est bien pourvu, c'est de minuscules amas humains qui n'ont aucun monument significatif, pas forcément de route, certainement pas d'hôtel et quelque fois pas grand chose de plus qu'une ligne dans un registre administratif.

Le premier village tombé dans mon escarcelle, c'est Tuntutuliak, en Alaska, dont le nom signifie endroit aux nombreux caribous. Je ne sais pas encore très bien comment y aller, mais je sais comment acheter un mug de sa police tribale. J'ai très bien imaginé aussi ce que cela ferait d'être là, dans un endroit , ou absolument rien d'autre que le hasard ne m'aurait mené. Cela m'a rappelé un jour, un dimanche, dans le port de Gävle, en Suède. Ou plus exactement, un dimanche dans un entrepôt de sel désert. Un grand moment de : " mais Keskejfoulà au juste? "




Et puis après, j'ai eu envie d'aller à Lehvaz en Arménie. Et à Jatoba au Brésil. Et peut être aussi à Julesbourg, à la limite du Colorado et du Nebraska. A Forhen Linden, en Rhénanie.

Et puis j'ai fini cette journée à Kotolaname, au Botswana, bien loin des safaris de luxe. On ne le trouve même pas sur gougeule map, mais Michelin a l'air de penser que c'est à peu près là. 
J'ai cru voir passer un troupeau et Mma Ramotswe.
J'irais bien prendre un thé.
Un jour.



5.11.12

366 réels à prise rapide. Aujourd'hui dans l'actualité

Aujourd'hui, une petite fille est perdue, dans un train en rade, quelque part entre le Mans et Rennes. Et on ne la retrouvera pas. Sans doute, parce que cette petite fille n'existe plus que dans mes tripes de mère au tocsin. Ce qui est là-bas, entre le Mans et Rennes, entre exaspération et gloriole, entre faim ( oh mon Dieu!) et coca (Oh my G... non rien) gravement payé au wagon-restaurant, c'est maintenant une jeune fille qui, comme toute sa famille, sait et aime voyager, prend l'intempérie comme elle vient, ne réclame l'assistance que quand elle sent qu'elle ne peut plus. Mlle Bibi prenait le train seule pour la première fois. Elle va être infernale d'assurance en rentrant et j'aurais envie de lui clouer le bec, de l'embrasser et de lui dire combien je suis fière d'elle. Sais même pas si je vais oser un des trois.

13.3.11

l'endroit idéal pour boire un canon


A Portmagee, co Kerry, Irlande

6.3.11

Je m'la pète (mais je rentre)

En voyage, je parle un globish tangent qui horrifie régulièrement mon angliciste aînée...
N'empêche.
J'en comprend plus que je n'en parle et avoir réussi à saisir de la bouche de cette charmante collège girl de Kinsale, qu'elle me recrutait pour servir de jury au concours de Fish-pie qui opposait son collège à des pros de Cork, ben n'empêche, moi je trouve, ça l'fait.
et puis on m' a déja bombardé jury dans des trucs où je me sentais finalement moins légitime que pour goûter de la patate, du poisson et des langoustines.

Au fait, les gens, c'est l'anniversaire de Samantdi, paraît. On court chez elle et on lui dit combien c'est une belle dame qu'on aime.

4.3.11

Quelques haltes et des notes à moi-même.

Ici, je me suis dit que faire tout ce chemin pour photographier encore des vieilles coques, c'était se moquer du monde. Mais la lumière m'avait tant fait de l'œil.


Ici, j'ai rêvé aux gens que j'aime jusqu'à ce que la mer me lèche des pieds.


Ici, je me suis dit que j'avais décidément une particulière attirance pour les bouts du monde.


Ici, j'ai bu ma Red Rebel en lisant Flannery O Connor, qui n'est pas irlandaise, mais américaine et que je ne connaissais pas du tout. Ecrivain d'une grande force, une de ces dames cruelles et goguenardes dont la littérature anglophone semble avoir l'inépuisable secret.

J'étais bien chez O'Shea et j'y étais la bienvenue. Jeremy s'est prêtée à la pose avec une gentillesse presque désintéressée. Il m'en coûta un chaste baiser sur la joue et un incompréhensible compliment en gaélique dans l'oreille. Ce qui fut, au fond, infiniment plus moral que de lui faire boire une bière de plus. It made his day, and mine...


Notes à moi-même :
1)Anita, ce qui fait l'étanchéité de tes chaussures, ce n'est pas seulement le procédé de fabrication, mais le fait que tu penses à les lacer. Ça t'évitera une autre humiliante dissociation dans une tourbière.
2) Tu commences à trouver plus simple de rouler à gauche qu'à droite, tu trouves normal de boire une bière dans l'après-midi et tu tailles la bavette avec les attachants ivrognes du pub. Vérifie la date sur ton billet de retour et pense à tes enfants.

2.3.11

A part ça, rien.


La deuxième fois que vous entrez dans un pub, on vous appelle sweetie et on vous demande si vous voulez votre demi-pinte.
Je me dis qu'à la troisième, la barmaid va me tendre le meniou avec juste un clin d'œil et la main sur la tirette de Kilkenny.
J'ai rencontré ma première irlandaise complètement barrée. Elle est chanteuse de jazz cherche un logement à Lorient pour cet été, a quitté l'enseignement parce qu'elle ne supportait plus les mômes, a vécu au Liban, à eu trois accidents de voiture le deuxième en sortant de l'hôpital où l'avait amené le premier et le troisième il y a quinze jours, deux jours après son permis. Elle a fait campagne pour le labour party, mais là, elle fait la coordination du spectacle musical de Portmagee qui est en compétition avec les villages voisins. Enfin si on la laisse tranquille parce que là elle est fâchée avec une des chanteuses et avec la barmaid du Bridge Bar. Mais elle est pote avec le sculpteur qui a sculpté la statue de Chaplin qui orne le quai de Waterville et qui habite dans l'ile en face et elle est tout a fait d'accord pour me le présenter. Si je veux bien aller m'engueuler avec son père à sa place.

Allez savoir pourquoi... je crois que je vais décliner. Notez que j'en ai loupé, parce que je ne parle pas si bien anglais que ça.
Mais elle m'a au moins permis de comprendre pourquoi le patron est entré en poussant un canon factice dans le pub.

A part ça, une route dans la montagne, un irlandais qui poussait ses trois veaux au volant de sa voiture, l'inaltérable ciel bleu bien connu des touristes et pas encore de cheese-cake au Bailey's
Et la tourbe est vendue à côté des bouteilles de gaz à l'épicerie-essence-tabac-munitions-poste.
A part ça, pas de nouvelles.

15.2.11

Un grand besoin d'Eire

La dernière fois, je l'avais déguisé en visite à ma fille. Je n'ai plus cette année, ce mince alibi.
Mais c'était trop lancinant, trop souvent.
Je retourne en Irlande. Promettez-moi pluie, vent, brumes et fossés, je m'en moque. Je vais en Irlande parce que je peux y rouler cinq heures et cinquante kilomètres et parce que je peux y songer aux débuts du monde.
Parce que c'est le seul endroit où il ne soit pas ridicule d'y photographier des moutons.
Parce que c'est un pays que l'homme ne s'est pas complètement approprié, parce qu'on y tolère l'indifférence du granit et la vigueur de la mer.
Parce que j'ai envie d'un carrot's cake et d'un thé et aussi d'une seafood chowder et d'une Murphy.
Parce que j'ai une commande de chaussettes de chez Penneys et que si vous savez ce que cela veut dire, c'est que vous y êtes allés.
Je pars avec un sac de couchage dans ma voiture, une play-list de la morkitu et une carte suffisamment approximative pour pouvoir me perdre.
Un Canon, des rêves et un peu de vous si vous voulez.
Le bateau s'appelle l'Oscar Wilde.
Une excellente occasion de se rappeler cette devise : " Je résiste à tout. Sauf à la tentation."

31.5.10

Dans le champ d'artichauts


Dans le champ d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Après tout, les têtes étaient presque mûres et les dames, même aux allures respectables, sont peut être armées tout à la fois de couteaux et de mauvaises intentions.
Jean, en bon trégorois, eut la méfiance aimable et la politesse vigilante. Rapidement convaincu que je n'emporterais que des clichés, il laissa monter un plissement amical au coin des yeux et entama la placote. D'abord légère, météorologique et locale.
Pas banale, non, parce que celui qui a couru le monde m'étonne parfois moins que celui qui n'a pas bougé d'auprès de son arbre.
Je ne crois pas que Jean soit bavard par essence. Je ne crois pas non plus que je sois toujours fascinée par les fragments d'histoire des champs d'artichauts. Mais cela s'est noué comme ça, parce qu'on était bien installé le long du muret, parce que la lumière se faisait attendre. Il s'est mis à raconter et moi à écouter.
Les notices biographique sont toujours étrangement sèches et leur dureté serre souvent le cœur. Jean raconte, sans aucune espèce de plainte, le père mort en 39, la mère aux cinq enfants qui se remarie avec le paysan aux six encore petits, le travail de ferme qu'il découvre à 14 ans. Les longues tablées qu'il faut nourrir. L'artichaut n'était qu'une culture de subsistance et les finistériens n'avaient pas encore amené le chou-fleur. On cultivait la Fin de Siècle.
Et on mangeait ce qu'on cachait aux Allemands.

Il ne met pas plus de vantardise que de plainte à raconter comment il s'est engagé en trichant dans la résistance à 16 ans. Il dit qu'il y avait sans doute plus de désir d'échapper à la tutelle du beau-père casse-pied que d'héroïsme. N'empêche. Il désigne là la petite butte où les résistants avait essayé de bombarder le sémaphore. Candides, ils y avaient encerclé les Allemands en oubliant de leur couper le téléphone. Les autres sont venus les cueillir comme des fleurs. La fosse creusée sous la contrainte, le tir en rafale, les corps qui tombent.

Il dira ensuite combien de petites fioles d'éther on trouvait dans les fossés, combien ils étaient jeunes, ces meurtriers drogués dont la bouche fendillée brûlait.
Et l'œil de Jean, méditatif, flotte sur les contour de ce paysage qu'il connait par cœur.
Il ne sait pas comment finir et moi non plus. Nous revenons à des phrases tempérées. Nous n'oserons pas poser les vraies questions ni donner les vraies réponses.
("Est-ce que cela compte, ce que je vous ai raconté?
-Oui. Pas comme pour vous. Mais oui.
-C'est de l'histoire ancienne, si ancienne.
-Mais vous l'avez vécu. Cela a existé. Cela existe encore. Des hommes meurent. Et puis on fait pousser des artichauts."
)

Nous nous saluerons, avec courtoisie et pudeur. Comme en Tregor.



NB : Et ce soir, en lisant, consternée, les justifications du raid israélien, je me demande comment Jean et moi, nous aurions fini cette conversation, en partie muette, sur la stupéfiante impression d'imbécilité que laissent les fracas humains soixante ans après.

9.5.10

Aimer l'Irlande


Aimer le paysage
Comme la peau du Monde.
Le vent est né ici,
dans la brèche longue
des tourbes
Eveillant
Dans les collines immobiles
La harpe et l'herbe,
liées.

Il fallut si longtemps
En Irlande
Contourner du même pas
La pierre et le malheur
tenir le tumulte serré
Et l'œil sur la ligne des crêtes
que tous, ils savent chanter.

Croyez vous
qu'on puisse toujours
rester la voix basse?

Aimer l'Irlande
comme le vent du Monde
et les lacs d'eau noire
scellés sur l'Histoire.

29.4.10

pourquoi voyager?



"Mais finalement, me disait Eyjafjöll en tétant sa bouffarde, pourquoi voyager?
Il est parfaitement possible de s'exprimer en restant immobile. Regarde, il me suffit de plonger en moi-même et...
- Oui. Mais tu fumes trop".

Je suis toujours embêtée quand je la ramène comme ça avec mes foutus discours de prévention. D'un côté, je me sens obligée et puis d'un autre, ça m'embête. Au fond, il est gentil Eyjafjöll et plutôt du genre lent à la réplique d'habitude.
Mais c'est vrai que sa question me trotte.
" Pourquoi voyager, dit la question? Au fond, on fait très bien le tour sans boug...
Ah zut.

Celui-ci, je l'avais un peu déguisé en visite, comme on arrange la coiffure d'une petite fille pour aller chez Mère-Grand. J'en avait fait bouffer, comme les coquerets d'un ruban, le long éloignement de M'zelle Zuzu et la nécessité relative de ramener une partie de sa garde-robe.
Je n'ai, bien entendu, dupé quiconque.
Ils le savent tous, ils savent entendre ce léger claquement de voile qui prend soudain le vent et ils prennent, avec un humour sans doute empreint d'un léger soulagement, mes mines affairées de chien courant, plus encore impatient de suivre la piste que d'arriver au but.
Quel but?
Je sais bien ce que n'est pas le voyage. Empilé comme les signes d'une réussite sociale, il m'ennuie comme une vitrine de montres de luxe et c'est peu dire. Rangé soigneusement, ordonné avec grâce comme les indices d'une culture irréprochable et de bon goût, il a tendance à me laisser légèrement sarcastique extérieurement et au fond, bizarrement, obscurément rebutée.
Je décline souvent à l'avance et avec discrétion, ce que je dois avoir vu.
Je ne traque pas le château, ni les places célèbres,
Au fond, je n'aime rien tant que la rencontre à l'improviste, comme si dans le voyage, je cherchais à prouver que j'étais, entre tous, aimée du petit Dieu Mercure, bénie par l'herbe de la Détourne, protégée par un hasard tendre et malicieux.

Rencontre inévitable :


Rencontre menteuse et gaie :
celui-ci prit la précaution de nous prévenir qu'un bon Irlandais, toujours, préférera son imagination, quand bien même la vérité serait présentable.








Rencontres minuscules dans ce qui n'est qu'en apparence un désert minéral, le Burren enclos de dalles grises, percées de fleurs entêtées.

..........
Rencontres naïves, partagées entre la gourmandise et la timidité. Vous pouvez rire. Mais cette rencontre là a vraiment l'odeur de mon enfance. Le premier âne que j'ai aimé fut irlandais et je peux même dire que le premier irlandais cher à mon cœur fut un âne. Comme Titania.
.......................
Rencontre en foule joyeuse. Ici, très précisément, au grand scandale de M'zelle Zuzu, je me suis fait pincer les fesses par un Irlandais bourré. Heureusement, Puck m'avait déjà fait le coup de l'âne et je n'ai pas succombé au charme du grand couillon modérément contrit. J'ai mesuré mon âge, non pas tant en calculant le temps depuis lequel pareille mésaventure ne m'était pas arrivée, mais devant l'incoercible fou-rire qui m'a pris. M'zelle Zuzu en tenait pour ma main sur sa face. Défendable, mais je riais trop.


Rencontre émouvante à Belfast. J'ai une particulière tendresse pour l'expression ironique et sensible de ce buveur qui attendait les jours meilleurs. Il semble, malgré tout, qu'ils soient en passe d'advenir.





Et puis, parce que toute visite à son enfant devenue adulte est une nouvelle rencontre et avec son autorisation, ce portrait de M'zelle Zuzu qui a 22 ans aujourd'hui.
Avec tout mon émerveillement.

24.4.10

Je suis revenue...


Estuaire de la Liffey 2010



Aussi improbable que cela paraisse, une capitale européenne commence là...

20.4.10

deuxième carte postale irlandaise

En attendant les photos que j'ai vraiment faites, quelques clichés que je n'ai pas pris :

1) Au pied de la montagne rousse, les maisons sont entourées de talus verts, coupés d'ajoncs en fleurs. Assis l'un à coté de l'autre, chacun sur sa tondeuse autotractée, deux hommes discutent paisiblement en regardant au loin. Il reste la moitié du travail à faire.
2) La fenêtre étroite de ce pub donne sur la rivière et son éclat un peu métallique découpe le profil en contre jour de ce vieil homme.
3)Le quartier où habite M'zelle Zuzu est populaire. Partout, dans le monde, la voix des mères qui somment leur progéniture de rentrer après avoir joué dans la rue, renvoie ce son mi-inquiet mi-exaspéré. Et la voix des pères qui prennent le relais après plusieurs tentatives infructueuses, gronde des mêmes menaçantes perspectives. Marchant au devant de lui, j'ai vu Paullie, le visage contracté autour de ses tâches de rousseur, pédaler de toutes ses forces avec le visage de tous les enfants qui prient pour qu'un miracle inverse la pendule.
4) A Milton Malbay, dans le Comté de Clare, j'aurais pu prendre la photo de cette enfilade délicate de façades allant de l'orange au pêche. D'ailleurs, j'avais tout fait pour. Y compris reculer doucement pour me garer en ayant vérifié que personne ne venait derrière moi ni à gauche. Mais pas qu'une voiture venant devant moi puisse tourner à ma droite. Trop fière d'avoir conduit à gauche avec légèreté depuis mon arrivée, le petit dieu Mercure m'a punie et me voilà coupable d'une aile irlandaise froissée. L'affaire s'est traitée avec la plus sereine des amabilités et force affirmations que tant qu'il n'y avait que de la tôle froissée, rien n'était bien grave.
5) J'aurais pu prendre aussi la photo de cette cuisine d'un poste de la Garda, où le sergent nous offrit le thé et des biscuits au gingembre, avant de nous assurer que tout était allright, que les assurances allaient faire leur boulot et que puisque nous avions le temps, il nous conseillait fortement d'aller à Kilaloe, parce qu'on mangeait au "Goosers" une excellente nourriture de pub face à la rivière.
6) Ou bien encore, ce couvre-théière dans la vitrine de Lehinch qui disait :
Tea is the answer. Who cares the question?

18.4.10

carte postale

Juste un petit mot d'Irlande, en passant, pour vous dire que ce blog reprendra à mon retour.
Bien à l'abri des cendres, venue en bateau et quelque peu envieuse de ceux qui auront à présenter un cas de force majeure à leur employeur pour justifier le fait de rester.

L'Irlande est une substance psychoactive à effet immédiat et à accoutumance rapide chez les sujets prédisposés.

Le Connemara est impossible à visiter. Non pas tant à cause de ses routes étroites et défoncées, mais parce qu'il vous force à vous arrêter à chaque tournant. Le maximum que nous ayons tenu entre chaque pause est de 17 minutes.
Le minimum, une minute trente.
Parce que vu d'en bas, la lumière dorée sur le lac n'était vraiment pas la même.

Même M'zelle Zuzu, pourtant fortement prévenue contre toute espèce de mouton : " Un mouton, c'est con, a fini par craquer. Les brebis qui broutent les talus sont toutes suivies de minuscules agneaux de quelques jours, qui craignent moins la voiture que la voix humaine. Ils ont raison de se réfugier en bêlant et en trottant de toute la force de leurs 4 allumettes noires.
Au bout d'une heure, elle était prête à en embarquer un dans chaque main.
Et puis le temps radieux, le ciel, l'eau noire, le vieux pont de l'Homme Tranquille...

Bon, je vous laisse.
J'ai une Guiness à boire.

31.12.09

En guise de final


Eh bien, le vingt-six décembre, il n'y avait pas de musique au pub que nous avions repéré l'avant-veille. Ou bien c'était plus tôt. Ou bien plus tard.

Ceci étant, dans la bonne ville de Port Laoighise, cela ne manquait pas d'autres pubs. Nos enfants et parents nous ayant gentiment mis dehors, l'homme aux défauts uniquement continentaux et moi-même étions libres de notre soirée.
Nous passâmes un nez fureteur dans l'entrebâillement de plusieurs sombres établissements, sans pouvoir nous décider.

Jusqu'à ce que nous tombions sur ce vantail ouvert sur une cour dans laquelle fumaient quelques jeunes filles. Nous sommes entrés en baissant la tête et devant notre air un peu perplexe, une toute mignonne et court vêtue nous désigna en riant l'entrée fort bien dissimulée.

C'était petit, bondé, chaulé de blanc et totalement plein d'Irlandais. C'était donc bien un pub.

J'ai alors commis trois erreurs.

La première, c'est de m'adresser en français à l'Homme, pour lui dire quelque chose comme : "vouiii, c'est gzactement là que je veux ma bière." Ce qui attira immédiatement l'attention d'un grand diable-car oui, le diable est grand, irlandais et b'solument charming.
Et comme il s'adressait à moi dans un français parfait, je l'en complimentai et je commis ma deuxième erreur.

Je lui demandai où donc il l'avait appris, pour le manier aussi fluidement.
"aoh, j'ai habité longtemps dans une Ile du Pacifique, à V.....u plus précisément et c'est là que je l'ai parlé..."

Ceux qui connaissent l'auteur auront deviné ma troisième et fatale erreur.

"Nooon? Quelle coïncidence! figurez-vous que ma petite sœur, que je viens juste de mettre à l'avion, eh bien, elle passe une partie de sa vie justement à V....u."

Sean avait sept frères et sœurs, dont trois buvaient aussi leur Guiness au pub.
We were definetely screwed.

Les deux heures suivantes ont consisté, outre à se marrer comme des baleines, à un gigantesque jeu de bonneteau pour esquiver le maximum de tournées, réussir à en placer une et ne pas finir complètement bourrés au moment de rentrer sur une route gelée qui porte gentiment l'inscription "drive to the left."*

Je jure que ce n'est pas par mesquinerie que j'ai fini par glisser dans la tournée qu'on a réussi à payer, une des 4 bières qui m'attendaient sur le comptoir.
C'était par simple sauvegarde. Et encore, en tant que lady, j'avais droit à des demi-pintes.


Et puis, j'ai trouvé à ma sobriété (relative) un bénéfice inattendu : quand il a fallu dire adieu à ces irlandais qui mettent autant de générosité à cuiter une dame, j'étais parfaitement consciente du plaisir qu'il y avait à tenir embrassé un, deux, puis trois diables.

Et contrairement à eux, je m'en souviendrai pour longtemps.


* L'inscription est à gauche de la route. Dans l'état où nous étions, il en aurait peut-être fallu une deuxième à droite : " We said to the left, moron!"



Une excellente année à vous tous! Que vos jours soient pleins de baisers tendres, fougueux, mordants, amicaux, proches, lointains, attendus, inespérés, réconfortants, troublants...

30.12.09

L'Histoire de l'Anticyclone Givré



Dans la série des anicroches, j'aurais pu citer l'anticyclone complètement givré qui s'était fixé pour la semaine au dessus de nos têtes.
Mais...
Mais ceux qui connaissent les pays brumeux et doux peuvent s'imaginer la merveille de ce froid sec et soudain sur le paysage.

Les feuilles n'ont pas eu le temps de se racornir avant de se voir enclose dans un gel étincelant qui leur faisait comme une fourrure à l'envers. Une verte Irlande toute blanche, bordée de lumière dans chaque détail.

Car, bien sûr, il faisait beau, d'un soleil d'hiver bas et radieux qui nous éblouissait en pleine face.


Dans le jardin ancien, des nuées de merles piquaient des glaces de pommes et des rouges gorges regardaient par la fenêtre.

Nous avons pique-niqué dans Saint Stephen's Park et sur le bassin, les canards atterrissaient sur le ventre en catastrophe puis patinaient pour attraper les morceaux de soda bread que nous leur lancions.

Nos pas craquaient et le thé était noir et brûlant.



La Guiness? Patience...

29.12.09

L'Affaire de l'Homme aux Louzoù*


Nous étions enfin installés sur ce fameux ferry et je sentais ce minuscule basculement intérieur qui signe que je suis sur un objet flottant. N'importe lequel. Y compris toute espèce de fer à repasser dont je me gausse quand je les vois de l'extérieur mais que j'adopte avec ferveur dès lors qu'ils me permettent cette dilatation indubitable du temps réel : une nuit sur l'eau, des heures à voir défiler l'horizon.
Un bateau, c'est toujours un bateau, voilà.

Et puis, voyant l'Homme aux innombrables défauts frétiller lui aussi d'être sur un ptit navire, j'avais demandé s'il était possible de visiter la passerelle et, sans avoir eu de réponse enthousiaste, il m'avait été promis que la question serait posée au capitaine.

Je me réjouissais également de commander la "daily soup" et des "onions rings" parce que je voyage presque aussi immédiatement avec la nourriture qu'avec la mer.

Et tout à coup, une annonce dans le haut parleur demande un médecin.

Dans ces cas là, une partie de moi dit : "Merde. Et en plus, c'est probablement pour peanuts."
Et l'autre dit : "Merde. Espérons que c'est pour peanuts."

Mais quoi qu'il en soit, les deux parties réunies reposent la serviette sur la table et se dirigent à l'endroit annoncé.
Sur le plan médical, c'était à peu près peanuts, sinon prendre sur soi le rôle du mauvais objet qui annonce à une jeune femme qu'il était impossible que son compagnon prit la mer dans cet état sub comateux et que le surplus de médocs ingérés étant inquantifiable, il nécessitait une surveillance hospitalière.
Sur le plan humain... elle ne pouvait savoir que je comprenais très bien l'espèce d'effondrement qui l'a saisie en pensant à tout ce qui avait été préparé avec sa famille irlandaise.

Comme j'ai très bien compris le soulagement manifeste de l'officier en second, pour qui le problème n'était plus que d'arriver à faire sortir une voiture de la cale.

Je suis remontée m'occuper de mes oignons frits, que j'ai dégusté sous l'œil franchement admiratif de mes filles qui m'imaginaient déjà faire le coup de la trachéotomie au couteau économe. Un peu de respect filial, par les temps qui courent est un assaisonnement rare et friand, aussi, je ne m'en suis point privée.

Le lendemain, on m'expliqua à la réception que, non seulement nous étions invités sur la passerelle de commandement, mais également priés d'accepter un repas pour 4 personnes au motif "d'assistance médicale à un passager".

Bref, nous fîmes sur une mer d'huile, entourés de sourires chaleureux , de signes de têtes cordiaux et de sauts de marsouins, une traversée de rêve.

La pieuse admiration filiale va aussi avec les œufs au bacon, finalement.




* Louzoù, c'est les médicaments en breton

28.12.09

Et d'une suite de petits miracles.


L'Affaire du passeport

Comme je vous le disais, il est totalement impossible d'entrer dans un ferry à destination de l'Irlande sans une pièce d'identité personnelle pour toute personne, y compris un bébé.
Ils vous refusent même l'entrée du bateau car la société est passible d'une amende en cas de passage de clandestins ou assimilés.

Il est plus facile à un morceau de cheddar de traverser les frontières qu'à un être humain, fut-il la plus piquante brunette qu'on aie vu depuis Esmeralda.


Donc, le dimanche, interdits, secoués et honteux comme des corbeaux, nous refîmes le voyage en sens inverse.

Je savais, depuis l'après-midi, que jamais, au grand jamais la préfecture n'accepterait de faire un passeport en urgence pour une raison aussi futile que d'aller boire une Guiness dans l'un des trous du cul du Monde.

Mais voilà, jamais l'Homme qui trouve le seul revendeur de butagaz d'Apeldoorn ouvert un samedi matin et une pièce détachée de sous marin-nucléaire n'importe quand, sauf le jour de la Saint Vladimir, parce que c'est férié même pour la mafia russe, jamais cet homme ne s'avoue vaincu.

Derrière un miracle, il y a souvent une patiente architecture. L'Homme n'avait pas seulement réuni dès le lundi matin à 9h toutes les pièces possibles d'un passeport en urgence, au cas où la préfecture se laisserait fléchir.

Il avait dès le samedi, identifié un nom qui circulait sur les lèvres des employés de la compagnie tout aussi fermes que désolés. Un certain Monsieur B.

Il employa donc la dernière heure possible avant qu'il soit impossible de rejoindre le dernier ferry, à identifier MonsieurB.

Qui n'était rien de moins que le représentant en france de l'Immigration Irlandaise, chargé d'aplanir en général les histoires de circulation de cheddar, bien plus que celle de touristes de 9 ans nantis d'imprévoyants parents.

Et un monsieur extrêmement gentil.

Qui s'enquit de toutes les pièces que nous avions en main, s'arrêta sur le certificat de filiation.

-"Aoh, y a-t-il une photo sur ce document?
-non, mais on peut en mettre une et le faire valider à la mairie en presence de l'enfant.
-Ok, allez-y, je téléphone à L'Immigration à Rosselare et je vous rappelle."

J'ai un maire également très gentil.
L'Immigration avait envie de chanter Jingle bells
Le terroriste avait programmé son attentat à Heathrow pour plus tard.


Nous sommes donc entrés en Irlande avec un document qui n'existe nulle part ailleurs que dans notre portefeuille et la douane de Rosselare a interrompu nos explications embarassées par un :

"Yes, we know. You're a special case. Happy Christmas!"


(Demain, l'Affaire de l'Homme aux Louzoù)

De quelques anicroches...

Sachant que :

Nous découvrîmes le samedi soir, à l'entrée du ferry, que l'Irlande ne faisait pas partie de l'espace de Schengen.
Et qu'en l'occurrence, il était totalement impossible à Miss Bibi de franchir la douane sans un un acte d'identité personnelle. Bien tout le monde nous attendit à Stradbally dimanche.

Que ma route a croisé celle d'un homme qui avait abusé de diverses drogues.


Qu'il n'y avait pas de musique à l'endroit dit le 26 décembre.



Vous voulez savoir à quoi ont ressemblé mes vacances?


mais ne dégainez pas trop vite la chaleureuse compassion dont vous faites si souvent preuve à l'égard de l'auteur.

La suite du post ce soir ou demain s'intitule :

Et d'une suite de petits miracles....



Bises à vous tous, hommes ou bêtes qui passez ici et à tout bientôt.

31.8.09

Figures imposées.

Décidément, je suis inapte aux figures imposées.
Pas rétive,non : j'ai beaucoup affecté de l'être pour masquer une véritable impossibilité à tenir longtemps un canevas à l'avance établi.
Je m'y empêtre, la langue s'alourdit, la poussière se dépose, les cartes se perdent.
Il faut et je soupire. Il faudrait, le remord pointe et je prend le premier chemin traversier.

VOYAGE


Voilà que ce récit de voyage s'étiole, alors même que le voyage lui même continue son sillage enfoui, qu'il en remonte encore au fil des semaines, d'étranges fleurs, figures libres d'un souvenir en train de faire mémoire, en s'agrégeant comme naît l'atoll, de proche en proche, de loin en loin.
Peut-être aussi que ce qu'il y a à partager de ce voyage, c'est qu'on peut vivre très profondément qu'il n'y ait rien à en raconter.
Ou bien par bribes, comme ça, échappées du bistrot de la cale, tard le soir.
Oui, oui, en regardant loin derrière la glace du comptoir...
Rien à raconter, parce que rien, jamais, ne m'a imposé de me trouver un jour de juillet septentrional, dans ce port démesuré et presque vide. Seuls quelques ilots marquaient quelque activité. Là où la vie était, elle était volontiers frénétique, mais elle ne suffisait pas à éteindre le silence des entrepôts déserts.


J'ai croisé du sel, du bois, des hélices de navires qui avaient l'air de jouer à la guerre des étoiles. Des cuves à gaz flambant neuves partiraient un jour pour Abu Dhabi.
Les mêmes, rouillées jusqu'à l'os, iront à Karachi.
Il y a décidément plusieurs trous du cul du monde dans le monde.

L'un d'eux était ce port de Gävle, où j'ai voulu prendre la photo la plus terne de toute mon existence, parce qu'il n'y avait rien à faire ici et où j'ai dansé dans la caverne de sel parce que je m'y suis sentie légère et drôle comme jamais.



FAMILLE

"Où est-on mieux qu'au sein de sa famille?"
"Partout ailleurs!" s'esclaffait ma grand-mère qui préférait vraisemblablement Bazin au bassinant Marmontel.
Longtemps, j'ai fui les réunions de famille. Figures explosées, sauts périlleux dans le vide, juges impitoyables, notes truquées. J'ai attendu de prendre de l'âge, pour regarder avec plus d'humour, l'enfant que je suis encore, tout à tour reprendre et tenter de se défausser des vieilles marques, des antiennes connues, des bastions trop souvent défendus. N'en finit-on jamais avec le besoin de réparation?
Allons, on aménage, on desserre quand même les tenailles rouillés. On ne s'offusque presque plus et quand on ne tient plus le trop grand bruit, on s'en va.
Et puis, au bout du bout, ne viennent finalement plus que ceux qu'on aime, d'une tendresse qui n'a plus rien à voir avec les obligés.

Cette année fut belle. Sans doute parce que la figure imposée, c'était justement de s'inventer d'autres rôles. Durant notre familiale, épisodique et aléatoire "semaine de création", nous avons servi des textes que nous aimons, nous nous sommes déplacés, décentrés, pour dire mieux et nous y avons gagné chacun une part supplémentaire de liberté. Celle-ci est venue sans ses enfants, lire une vieille lettre ensevelie dans une armoire et dans l'évitement du choix, celui-là a raconté la triste sardonique histoire d'un employé modèle, Diogène a joué du chien à poil dur et j'ai joué avec un couteau sans spécialité. Il fut aussi question d'un mal aimé, des hommes que j'aime, d'un chant général, de Salvador Puig Antich et de la voix déchirante de Benjamin Fondane et d'autres beaux mots comme des vieux potes ou de fulgurantes rencontres.
C'était vraiment bien.

Ce qui tendrait à prouver qu'avec un peu de poésie, la vie, c'est pareil, mais en mieux.


TRAVAIL:

Ils vont me demander de parler de la grippe. Je crois même qu'ils vont me demander de montrer comme les hôtesses de l'air, comment on met et on enlève un masque chirurgical.
Je vais essayer de ne pas rire.

11.8.09

Embarquement 4.


Sans doute n'est-il de voyage absolu que dans la contemplation.

Quelqu'un vient. On échange des mots. Et bien qu'il soit question du pays, là-bas, de ces Iles Philippines semées sur la mer, on est déjà sorti de la géographie.
Les mots, doucement, vous arriment, vous suturent à l'histoire.
Le second regard sera différent.