30.5.10

Corolles.

Saison de coquelicots. La photo qui n'est pas prise, c'est celle d'un petit garçon fasciné, pouce dans la bouche, devant les corolles rouges qui dansaient. Les jupes des filles sont-elles la nostalgie du coquelicot, ou est-ce l'inverse?

Le vent joue parfois aprendre la photo à ma place :


Un coquelicot bichrome, un peu à la manière des fantômes délicats du jardin de Still.


Le pavot jaune annonce la couleur.
Est-ce un pavot, d'ailleurs? Il poussait en liberté surveillée sur le très beau sillon de Talbert, désert ce jour.


Comme un pt'it coquelicot. Mesdames.


J'ai même trouvé des artichauts câlins.


Dans le champs d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Je vous en parlerai demain.

23.5.10

16 heures, un jour de mai


Tout doucement, les bruits s'éloignent.
Les cris d'enfants ne font guère obstacle. Ils se fondent en paillettes brèves, comme si je les entendais en couleurs dansantes, tournant autour de moi sans m'alarmer.
Des jeunes parents s'installent, j'entends leurs échanges rapides, interrogatifs, je me souviens de ce temps-là, si encombré de détails pratiques, d'objets, d'éventualités multiples. Peu à peu, je détend le filet de ces voix, je passe au travers de leurs mailles inquiètes.
Comme les plongeurs, je franchis des paliers, je sens le poids de mon corps se modifier, la chaleur qui commence à la nuque et roule jusqu'aux reins.
Je repousse l'agacement d'un bruit entêtant, obscène. Un scooter des mers.
Je plonge, le sable chauffé sent la poudre, je goûte brièvement le plaisir d'avoir soif.
La tête dans mes bras, je fais ma première sieste sur la plage.

17.5.10

Pierres blanches

Des mots généreux, des fleurs, des pensées précieuses, des appels, un fin et doux réseau...
Amis inquiets qui, au son du précédent billet, ont cru le jour triste, ou moi soucieuse de l'âge, ne vous alarmez pas : je suis de celles que l'absence de solution rassure, que l'empêchement de croire en une finalité de la vie réconforte. Quand je bute, je me plains ou je tire les moustaches du chat et je bats mes enfants. j'embête mon monde.
Quand j'écris, c'est que je suis déjà un peu plus loin, que le courant a levé les obstacles.
Pis, à midi, j'ai pique-niqué là :


Je vous zème très beaucoup.
PS: pour ceux qui veulent, il y a quelques photos d'Irlande en ligne sur l'Œil de la Baleine...

16.5.10

Monde sensible.


(Post déconseillé aux moins de 40 ans) (et aux autres aussi d'ailleurs)

Danser à reculons*. Avec application, avec rage parfois, et parfois encore avec une légèreté inespérée, comme l'aile qui trouve, au ras de la falaise, le courant chaud et l'élan vers le haut.
De toute façon, tout cela finira mal et nos approches ne se différencieront que dans l'infinie variation de notre solitude. Nous mourrons, ici ou comme cela. La plupart d'entre nous n'auront jamais été champions olympiques et ceux qui l'auront été ne sauront jamais vraiment si cette fragile crête valait la peine de toute cette peine. Nous mourrons ici d'une mort occidentale, les malles pleines des rêves d'accomplissement qui ne surgissent qu'au sein des estomacs rassasiés, vaguement coupables de ne pouvoir qu'entrevoir ce que peut être la mort des autres, en plein vol de misère.
Nous n'aurons pas fait grand-chose et les rares, qui auront accompli des exploits, devront tenir dans l'ombre ceux qu'ils auront impitoyablement écartés, disqualifiés, ou bien même affamés pour les réaliser.
Nous mourrons à reculons, la miséricorde n'étant souvent que cette inaltérable capacité à réduire notre vision en quelques points scintillants, jusqu'à l'ultime confort d'un oreiller frais et des jeux de lumière sur le mur blanc.

Nous croyons avoir tendu la main vers les insignes irréfutables de notre destinée, nous avons pleuré de les voir nous échapper. Vaille que vaille, nous avons habité des lieux, aimé des passants. Nous avons voulu des objets et le soleil sur notre visage.
Nous avons acheté, poli et poncé, nous avons planté et arraché. Nous avons rêvé du désir des autres et, temporairement, nous nous sommes approprié leur paysage.

Nous n'avons rien fait d'autre que de chercher les pierres blanches. Jours heureux, fragiles instants, œuvres minuscules ou murmures flatteurs sur notre passage, satisfaction d'une maison remise en ordre, dernière retouche, réplique parfaite, nous avons moins peur de descendre à reculons quand brillent au loin, les pierres blanches des jours marqués, le dessin sinueux et toujours menteur de notre chemin parcouru.


*Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Appollinaire

(Demain, j'ai 47 ans. Je pense que ceci éclaire cela!)

12.5.10

Deux passants.


Ce matin, je regarde deux hommes sortir d'une voiture noire et, symétriquement, enfiler leur veste pour commencer une journée de travail.
Ils ont un peu plus que la trentaine, leurs traits sont agréables, plutôt neutres.
La voiture est parfaite propre, onéreuse sans doute, sans être ostentatoire, les chemises bleu ciel, les costumes bien coupés.*
De parfaits salary-men.

Et je découvre tout à coup, à quel point l'espèce m'est étrangère. Je suis moins désarmée par des hommes en boubou rose, par les marins du coin qui vous écrasent trois phalanges en toute généreuse inconscience, par les ex-junkies tatoués partout où il n'y a pas de veine affleurant, que par ces exemplaires répétés d'hommes corrects et interchangeables.

Je les rencontre parfois, quand ils viennent, entre deux rendez-vous professionnels, accompagner des enfants gentils en visite de maternelle. Si je demande un avis spécialisé en ophtalmologie, je suis sûre que cela sera fait. Et il est même possible qu'ils le feront eux-même et n'en chargeront pas forcément leur épouse. Ils sont courtois, efficaces et je les perçois comme indifférents.

Souvent, l'interrogatoire est pauvre. Tout va bien.

Est-ce la représentation que j'en ai, qui fait que je ne trouve pas la porte d'entrée? Est-ce au contraire, parce qu'il n'y a rien à voir, que je n'ai senti ni résistance, ni point de passage, que j'ai le sentiment qu'ils ne m'ont rien dit?

Probablement des deux. Mon efficacité tient à ma capacité de me fabriquer une image mentale des courants tensionnels, des marges de manœuvre, des mélodies intimes et des questions de mes interlocuteurs. Tout autant, voire bien plus que ce me disent, de leur enfant, mes mains et mes yeux. Et, sauf si l'imperfection de leur progéniture lance la consultation vers un terrain plus animé, la plupart du temps, je ne vois rien. Que des hommes corrects.

Est-ce l'éclat aveuglant de leurs chemises bien repassées qui brouille ainsi mes repères? Comment ça vibre, un homme impeccable? Est-ce que ça pleure? Ça rêve de quoi?
Ce costume leur est-il une jouissance, une obligation ou une armure?
Ce rasage de si près, est-ce à leur patron qu'ils le dédient ou à un amour?

Je regarde les deux inconnus approcher. Ils détonnent vaguement, dans cette rue. L'espèce n'est pas si nombreuse, ici, dans ce pays où les employés de banque risquent parfois l'absence de cravate et où, au vu de l'état de leur pantalon, vous donneriez cent sous aux hommes les plus riches du coin.
Je guette, du coin de l'œil, un rien, un tressaillement, un éclat de rire, un faux pas. Je n'ai pas d'hommes semblables dans mon paysage personnel, ni père, ni frère, ni époux, ni amis. L'un de mes oncles, peut-être, fut à cette image là.
Et peut être, d'avoir été une nièce assez aimée pour avoir eu de rares et brefs aperçus de sentiments profonds mais exprimés comme en se cachant, me laisse le sentiment que ces hommes là restent des hommes liés, comme lentement déshydratés, rendus pour ainsi dire, inaccessibles à eux-mêmes.

Passant correct en costume neutre, comme j'aimerais, si tu passes ici, tout vivant de tes rêveries, que tu me démentes...


* Je ne me souviens plus de la couleur de la cravate, mais il y en a de très jolies chez M. KA...

9.5.10

Aimer l'Irlande


Aimer le paysage
Comme la peau du Monde.
Le vent est né ici,
dans la brèche longue
des tourbes
Eveillant
Dans les collines immobiles
La harpe et l'herbe,
liées.

Il fallut si longtemps
En Irlande
Contourner du même pas
La pierre et le malheur
tenir le tumulte serré
Et l'œil sur la ligne des crêtes
que tous, ils savent chanter.

Croyez vous
qu'on puisse toujours
rester la voix basse?

Aimer l'Irlande
comme le vent du Monde
et les lacs d'eau noire
scellés sur l'Histoire.

7.5.10

L'homme aux 72 défauts et le démarchage par teléphone.

J'avais raconté ici comment l'Homme aux 71 défauts répondit à la dame qui lui proposait de réduire ses impôts.
Ce soir, c'est un monsieur qui lui propose un nouvel abonnement téléphonique.
Je vous la fais?
"Driiiiiing!!
(oui enfin, bip-bip-tut)
Homme à 70 défauts :
-Allo?
Monsieur Malpayé:
-Bonjour Monsieur à 69 défauts, je suis Monsieur Malpayé de la Société Kiventou, je viens vous proposer un nouvel abonnement téléphonique.
Homme à 68 défauts:
-Ah, c'est que voyez-vous, je n'ai pas le téléphone.
Monsieur Malpayé :
-Ah non?
Homme à 67 défauts :
-hébé non.
Monsieur Malpayé :
-Ah, bon, ben, c'est dommage. Et bien, au revoir Monsieur à 66 défauts
Homme à 65 défauts :
-Ben oui, au revoir Monsieur Malpayé."

M'en va devoir ouvrir une nouvelle rubrique. Mékilékon.
Pis même, je crois que je vais le sous-louer à ceux qui ont des Témoins de Kivousavez à faire lâche prise.

5.5.10

Des pt'ites fiches, des pt'ites fiches, toujours des pt'ites fiches...


Je sais bien que les gogos gobent tout, mais quand même...
Un fichier des élèves décrocheurs?
Ça existe déjà.
En au moins deux exemplaires.
Le premier est un cahier d'appel.
Le deuxième un logiciel de vie scolaire.*

Etant donné que la scolarité n'est pas obligatoire après 16 ans, à quoi peut bien servir qu'un tartempion au Ministère sache que le petit Nicolas a séché les cours de droit le 15 mai 1975? Karim du Lycée Tombé de Saint Troubidou Chef-Chef n'est pas venu en math?
A appeler le Recteur pour qu'il appelle l'Inspecteur d'Académie pour qu'il rappelle au Principal qu'il doit dire au CPE qu'il doit appeler les parent pour que ceux-ci tirent Karim du lit?


* auxquels ajouter la commission de suivi dans l'établissement, de la commission cas difficiles de l'Académie, des dossiers du conseil Général, voire de ceux du Juge pour Enfant, sans parler des registres mal tenus de votre humble servante.

4.5.10

Trois fois rien.


Je ne sais plus quel admirateur exaspéré des chats remarquait que les chats noir et blanc arrivaient toujours à coller leur poils blancs sur vos vêtements noirs et les noirs sur vos tee-shirts blancs.
Tout d'un coup, ça m'a semblé une excellente métaphore de l'adolescence.

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Quand je repars vers 16h de cette école, un petit garçon y rentre. Menu, vif et souriant. Un peu pâlot, mais le bonjour est clair. A cette heure là, le croiser au portail ne peut vouloir dire qu'une chose : il revient d'une rééducation orthophonique ou d'une prise en charge au centre médico-psychologique, juste à temps pour récupérer ses devoirs. D'ailleurs, de l'autre côté, sa mère est encore là. Elle a un physique ingrat, au moins vingt kilos de trop et une petite voiture sans permis couleur épinard. Le sourire qui flotte encore sur ses lèvres alors qu'elle regarde en direction du portail fait lever, dans ma mémoire, une cohorte de figures de mères démunies et affectueuses. Et, finalement, subtilement débrouillardes.

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est-ce que les japonais ont des pâtes alphabets en forme d'idéogrammes?

2.5.10

Pour le printemps

Je me suis fait une petite pelouse à carreaux...

29.4.10

pourquoi voyager?



"Mais finalement, me disait Eyjafjöll en tétant sa bouffarde, pourquoi voyager?
Il est parfaitement possible de s'exprimer en restant immobile. Regarde, il me suffit de plonger en moi-même et...
- Oui. Mais tu fumes trop".

Je suis toujours embêtée quand je la ramène comme ça avec mes foutus discours de prévention. D'un côté, je me sens obligée et puis d'un autre, ça m'embête. Au fond, il est gentil Eyjafjöll et plutôt du genre lent à la réplique d'habitude.
Mais c'est vrai que sa question me trotte.
" Pourquoi voyager, dit la question? Au fond, on fait très bien le tour sans boug...
Ah zut.

Celui-ci, je l'avais un peu déguisé en visite, comme on arrange la coiffure d'une petite fille pour aller chez Mère-Grand. J'en avait fait bouffer, comme les coquerets d'un ruban, le long éloignement de M'zelle Zuzu et la nécessité relative de ramener une partie de sa garde-robe.
Je n'ai, bien entendu, dupé quiconque.
Ils le savent tous, ils savent entendre ce léger claquement de voile qui prend soudain le vent et ils prennent, avec un humour sans doute empreint d'un léger soulagement, mes mines affairées de chien courant, plus encore impatient de suivre la piste que d'arriver au but.
Quel but?
Je sais bien ce que n'est pas le voyage. Empilé comme les signes d'une réussite sociale, il m'ennuie comme une vitrine de montres de luxe et c'est peu dire. Rangé soigneusement, ordonné avec grâce comme les indices d'une culture irréprochable et de bon goût, il a tendance à me laisser légèrement sarcastique extérieurement et au fond, bizarrement, obscurément rebutée.
Je décline souvent à l'avance et avec discrétion, ce que je dois avoir vu.
Je ne traque pas le château, ni les places célèbres,
Au fond, je n'aime rien tant que la rencontre à l'improviste, comme si dans le voyage, je cherchais à prouver que j'étais, entre tous, aimée du petit Dieu Mercure, bénie par l'herbe de la Détourne, protégée par un hasard tendre et malicieux.

Rencontre inévitable :


Rencontre menteuse et gaie :
celui-ci prit la précaution de nous prévenir qu'un bon Irlandais, toujours, préférera son imagination, quand bien même la vérité serait présentable.








Rencontres minuscules dans ce qui n'est qu'en apparence un désert minéral, le Burren enclos de dalles grises, percées de fleurs entêtées.

..........
Rencontres naïves, partagées entre la gourmandise et la timidité. Vous pouvez rire. Mais cette rencontre là a vraiment l'odeur de mon enfance. Le premier âne que j'ai aimé fut irlandais et je peux même dire que le premier irlandais cher à mon cœur fut un âne. Comme Titania.
.......................
Rencontre en foule joyeuse. Ici, très précisément, au grand scandale de M'zelle Zuzu, je me suis fait pincer les fesses par un Irlandais bourré. Heureusement, Puck m'avait déjà fait le coup de l'âne et je n'ai pas succombé au charme du grand couillon modérément contrit. J'ai mesuré mon âge, non pas tant en calculant le temps depuis lequel pareille mésaventure ne m'était pas arrivée, mais devant l'incoercible fou-rire qui m'a pris. M'zelle Zuzu en tenait pour ma main sur sa face. Défendable, mais je riais trop.


Rencontre émouvante à Belfast. J'ai une particulière tendresse pour l'expression ironique et sensible de ce buveur qui attendait les jours meilleurs. Il semble, malgré tout, qu'ils soient en passe d'advenir.





Et puis, parce que toute visite à son enfant devenue adulte est une nouvelle rencontre et avec son autorisation, ce portrait de M'zelle Zuzu qui a 22 ans aujourd'hui.
Avec tout mon émerveillement.

26.4.10

Ça se passe près de vous.

Depuis longtemps, j'ai du mal avec la notion de "trouble du comportement".
J'ai dans mes brouillons, une tentative de décrire la lente mise à feu d'un enfant pas tout à fait comme les autres, qu'une succession de maladresses, de vexations et de tentatives tout aussi meurtrières de vouloir son bien ont conduit à une asphyxie psychique désespérée.

C'est une asphyxie très réelle dont est mort Skander Vogt dans sa prison suisse.
Une prison dont j'apprends avec un mélange d'ébahissement et de rage qu'il ne devait y rester que 20 mois. Pour des délits significatifs, mais payés au tarif légal de sanctions.
En 99.
Il vient de mourir après 11 ans d'emprisonnement au motif que son état mental le rendait dangereux. Il existe en effet un article du code pénal suisse qui permet le maintien en détention de manière illimité si le détenu est jugé inapte à revenir à la vie civile.

Or en 2008 un article du Matin énumérait les signes clinique de son état mental perturbé : être monté sur le toit de sa prison pour protester contre ses conditions de détention. Avoir refusé l'obligation de soins, alors même qu'il ne semblait pas y avoir eu d'expertise psychiatrique pour affirmer sa possible altération de personnalité. Avoir mis le feu à son matelas.
On y apprend qu'il s'estimait discriminé par ses gardiens, en butte à leur racisme et à leur harcèlement.
Ceux-ci on attendu près d'une heure pour réagir après le nouvel incendie de sa paillasse. Le Monde
nous dit que les enregistrements des conversations entre les gardiens et les secours sont accablants.
Je cite :
"A d'autres moments, la conversation est ponctuée d'éclats de rire. "Ça fait 50 minutes qu'il respire la fumée. Il peut crever", constate un autre agent, auquel son collègue répond : "Ouais, ben ça lui fait du bien." ".

Le cynisme, la soumission à l'ordre établi, l'impossibilité de se représenter la souffrance de l'autre, l'invalidation incessante de toute doléance ne sont peut-être pas toujours des signes de trouble personnels.
Ils sont en tous cas l'indéniable marque des systèmes pervers.

10 ans d'enfermement, dont 8 au moins qui puent l'arbitraire.
Quel choix a-t-on laissé à celui qui a été un gamin de 20 ans, après avoir été orphelin de mère à 2 ans, abandonné en Tunisie par son bâlois de père, élevé par une tante qui l'expédiera à 13 ans, sans un mot d'explication, dans une Suisse où ne l'attend qu'une famille d'accueil de l'aide sociale?
Décidément, là aussi, un beau protocole expérimental de mise à feu.

24.4.10

Je suis revenue...


Estuaire de la Liffey 2010



Aussi improbable que cela paraisse, une capitale européenne commence là...

20.4.10

deuxième carte postale irlandaise

En attendant les photos que j'ai vraiment faites, quelques clichés que je n'ai pas pris :

1) Au pied de la montagne rousse, les maisons sont entourées de talus verts, coupés d'ajoncs en fleurs. Assis l'un à coté de l'autre, chacun sur sa tondeuse autotractée, deux hommes discutent paisiblement en regardant au loin. Il reste la moitié du travail à faire.
2) La fenêtre étroite de ce pub donne sur la rivière et son éclat un peu métallique découpe le profil en contre jour de ce vieil homme.
3)Le quartier où habite M'zelle Zuzu est populaire. Partout, dans le monde, la voix des mères qui somment leur progéniture de rentrer après avoir joué dans la rue, renvoie ce son mi-inquiet mi-exaspéré. Et la voix des pères qui prennent le relais après plusieurs tentatives infructueuses, gronde des mêmes menaçantes perspectives. Marchant au devant de lui, j'ai vu Paullie, le visage contracté autour de ses tâches de rousseur, pédaler de toutes ses forces avec le visage de tous les enfants qui prient pour qu'un miracle inverse la pendule.
4) A Milton Malbay, dans le Comté de Clare, j'aurais pu prendre la photo de cette enfilade délicate de façades allant de l'orange au pêche. D'ailleurs, j'avais tout fait pour. Y compris reculer doucement pour me garer en ayant vérifié que personne ne venait derrière moi ni à gauche. Mais pas qu'une voiture venant devant moi puisse tourner à ma droite. Trop fière d'avoir conduit à gauche avec légèreté depuis mon arrivée, le petit dieu Mercure m'a punie et me voilà coupable d'une aile irlandaise froissée. L'affaire s'est traitée avec la plus sereine des amabilités et force affirmations que tant qu'il n'y avait que de la tôle froissée, rien n'était bien grave.
5) J'aurais pu prendre aussi la photo de cette cuisine d'un poste de la Garda, où le sergent nous offrit le thé et des biscuits au gingembre, avant de nous assurer que tout était allright, que les assurances allaient faire leur boulot et que puisque nous avions le temps, il nous conseillait fortement d'aller à Kilaloe, parce qu'on mangeait au "Goosers" une excellente nourriture de pub face à la rivière.
6) Ou bien encore, ce couvre-théière dans la vitrine de Lehinch qui disait :
Tea is the answer. Who cares the question?

18.4.10

carte postale

Juste un petit mot d'Irlande, en passant, pour vous dire que ce blog reprendra à mon retour.
Bien à l'abri des cendres, venue en bateau et quelque peu envieuse de ceux qui auront à présenter un cas de force majeure à leur employeur pour justifier le fait de rester.

L'Irlande est une substance psychoactive à effet immédiat et à accoutumance rapide chez les sujets prédisposés.

Le Connemara est impossible à visiter. Non pas tant à cause de ses routes étroites et défoncées, mais parce qu'il vous force à vous arrêter à chaque tournant. Le maximum que nous ayons tenu entre chaque pause est de 17 minutes.
Le minimum, une minute trente.
Parce que vu d'en bas, la lumière dorée sur le lac n'était vraiment pas la même.

Même M'zelle Zuzu, pourtant fortement prévenue contre toute espèce de mouton : " Un mouton, c'est con, a fini par craquer. Les brebis qui broutent les talus sont toutes suivies de minuscules agneaux de quelques jours, qui craignent moins la voiture que la voix humaine. Ils ont raison de se réfugier en bêlant et en trottant de toute la force de leurs 4 allumettes noires.
Au bout d'une heure, elle était prête à en embarquer un dans chaque main.
Et puis le temps radieux, le ciel, l'eau noire, le vieux pont de l'Homme Tranquille...

Bon, je vous laisse.
J'ai une Guiness à boire.

11.4.10

Ça chie dans le ventilo.

J'aurais pu faire plus littéraire et dire qu'enfin, à l'UMP, on commence à dire que le roi est nu.
Et dès lors que que l'on commence à chuchoter ce qu'on s'est si longtemps interdit de penser, il n'y a qu'un pas pour pouvoir dire qu'il est non seulement nu, mais en plus, pas aussi bien foutu que les tâcherons préposés à l'effacement des Bourrelets Royaux des "Coins de rue et Images Immondes" voulaient bien nous le faire croire.
Le dogme de l'Infaillibilité poncifiante a vécu.
Longtemps, je me suis interrogée sur le silence et la soumission d'individus de droite somme toute plus intelligents et sans doute plus fondamentalement républicains que leur monarque. Mais on n'est pas Ministre de l'Intérieur durant des années sans acquérir quelques notions de bondage. Sans être une acharnée partisanne de la théorie du complot et du tous pourris, je dois quand même dire que je le soupçonne d'en tenir un bon paquet, bien serré avec un fil de soie.
Un bon paquet. Mais à sa manière à lui, avec ce qu'il voit et perçoit du monde. Or donc, si tu n'es pas un puissant, un du premier cercle, à tu et à toi avec les financiers, le cénacle bruyant et brouillon, tu n'existes pas.
Je crois qu'il n'a pas vu venir ce qui vient, non plus du petit noyau de fidèles fascinés ou des courtisans soumis. Il n'a pas vu l'immense cohorte des petits élus qui risquent la perte d'un siège autrefois solidement arrimé à une province qu'ils ne désirent pas quitter.
Il n'a pas vu que non seulement sa griffe ne s'étend pas sur tous les députés, conseillers généraux ou régionaux, maires ou adjoints, mais encore que ceux-ci étaient les mieux placés pour entendre sur les marché, les volées de bois vert que leurs anciens électeurs adressaient au gouvernement. Ceux-là n'ont rien d'autre à perdre que leur territoire d'élection, sont bien souvent plus propres que leurs chefs et ont compris que le nom du président sur une affiche est une formidable machine à perdre.

Si en plus ils sont jeunes et maîtrisent les réseaux, ils se lâchent. Sur le bouclier fiscal, l'effarant vaudeville de la rumeur, le bling-bling, la taxe carbone...

Vu de l'autre bord, c'est assez réjouissant. Un peu agaçant aussi, parce qu'on meurt d'envie de leur demander ce qu'ils font dans cette pétaudière et pourquoi ils ne se sont pas aperçus avant que cet homme là ne voyait pas plus loin que son nombril et qu'un politique nul en histoire, pauvre en géographie, fermé à la sociologie, dont la culture s'arrête à Bigard et le sens de la justice à la couverture d'Ici Paris, fait un sinistre présidentiable.

Mais je me reprends, en me rappelant que non seulement j'admets qu'on puisse être de droite, mais en plus qu'ils sont les mieux placés pour nous débarrasser, radicalement de cette calamité.
on dirait que même Juppé, prudent comme une couleuvre, a senti le vent...

10.4.10

Signes indéniables de printemps



Après les maquereaux grillés dehors, j'ai fait la sieste au soleil. Ça tweetait à bec que-veux-tu au dessus de ma tête. Il y avait des tuiuiuiui-huithuithuit, des touiiiii-touiiiii et des ricanements de goélands qui méprisent le petit peuple des arbres.


J'ai jeté mon vieil atlas routier démantibulé, amputé de nombreuses côtes, et acheté une nouvelle édition. Celui là me servira pour atteindre Cherbourg. Celui d'Europe fera l'affaire pour me perdre sur les routes étroites du Connemara. Je prévois des sacs de couchages à mettre dans la voiture, une réserve de soda bread et de vieux cheddar.


J'ai acheté du tissu.

Je dis beaucoup de bêtises avec la Clandestine qui chantonne :
La Clandestine : On a du tissu lulu
Moi : ça nous fait du brin à coudre.
La Clandestine : ouais, on a du lin sur la planche.
Moi : Et un voile dans la main.

C'est idiot.
Mais c'est le printemps.
Demain, je vais à la plage.

8.4.10

Encore un témoignage de l'Insécurité Grandissante


Nous ne pouvons rester éternellement aveugles et muets devant l'insécurité qui sévit jusque dans les provinces les plus reculées.
Aujourd'hui même, tout de près de chez moi-chez moi d'ailleurs- deux petites vieilles ont été trouvées.
Sauvagement étêtées.



On recherche activement un homme en pantalon rouge passé, répondant au sinistre surnom de "Pêcheur".
Parce que franchement, au four avec un filet d'huile et des petits légumes, c'est bien bon, la petite vieille.

6.4.10

Le métier que j'ai évité.


Aujourd'hui, j'ai compris comment on devient gourou.

Je connais G. depuis 6 mois. Je la rencontre toute les six semaines environ, à l'infirmerie parfois, mais souvent ailleurs, dans mon petit bureau déclassé. Même loin, même moche, elle y est plus libre pour parler que sous les murs de l'endroit terrifiant qu'est devenu le lycée.
Ce n'est pas qu'elle refuse d'y aller. Elle se lève même presque tous les matins pour y venir. Et plus elle pâlit, elle tremble et elle se recroqueville.
Bien sûr, ça parle d'autre chose. Bien sûr, je n'aurais sans doute jamais accès à ce dont ça parle, parce que l'essentiel devra se dire ailleurs que dans mon bureau.
Qu'elle le veuille ou non.
Et justement, elle voudrait que ce ce soit là. Elle ne veut plus parler au psychiatre. Elle voudrait que je la prenne en charge, elle, son passé infiniment douloureux, son regard qui part à la fois de côté et en dedans.
Mais G n'est pas seulement triste, ni même anxieuse. Et mon souci n'est pas que de la faire revenir à son statut d'élève. Quelque chose en elle n'a pu se déployer. Et si parfois, elle se pétrifie, comme je l'ai vue faire, ce n'est pas devant un spectacle qui s'offre à elle, celui d'une cour banale avec des camarades ni pire ni meilleur. C'est devant un gouffre sans image, sans mots, hors d'atteinte.
Je ne sais pas si elle ne veut plus voir son psychiatre parce qu'il s'est approché trop près de ce qu'elle fuit, ou bien s'il est laid à pleurer, ou sinistre. Peut- être même bouché à l'émeri.
Mais je ne peux pas la laisser se leurrer à mon sujet.
Je lui explique doucement que c'est à celui qui la soigne qu'elle doit expliquer pourquoi elle ne veut plus venir. J'essaye de la rassurer sur le fait qu'il ne se froissera pas, qu'il n'est pas là pour cela, qu'un médecin n'est pas vexable. Et que c'est peut être justement, en disant ce qui ne lui va pas, qu'elle s'offrira peut être la chance de faire alliance avec lui.
Et cette grande jeune fille lève les yeux vers moi, ce geste si anodin, si difficile pour elle. Elle aquiesce, comme une enfant qui a décidé d'être sage.
Elle est avec moi sans aucune méfiance, sans aucun recul. C'est comme si elle ne pouvait me cacher que ce qu'elle ne sait pas elle-même. Chacune de mes paroles semble tomber dans une attente de novice. Elle m'épuise. Je l'aime bien, mais elle m'oblige, par cet abandon rarement rencontré, à une constante vigilance sur ce que je dis.
Quand elle part, je m'aperçois que j'ai un geste caricatural, un de ceux qui, dans une série télévisée, signe à coup sûr le médecin et du genre soucieux. Je laisse tomber mon menton dans mes mains et je soupire.
Heureusement que la nature m'a fait d'une grande fainéantise et que la charge d'âme à manipuler est un passe-temps finalement bien plus coûteux en énergie que rentable en joies.
Elle tenterait un diable débutant.
G finira par s'éloigner de mon rivage. Je n'ai finalement qu'une activité saisonnière, rythmée par les rentrées, les changements d'établissement, les échecs disqualifiants ou les réussites porteuses d'ailleurs.
Je croise un peu les doigts pour que G. ne rencontre autour d'elle que des paresseux et me souhaite, par là même, d'atteindre un jour le stade de bienveillante feignasse qui, dans l'ombre de mes rêveries, me sert d'imaginaire gourou.

2.4.10

Avouez

qu'une blogueuse qui titre
"Réouverture des maisons closes : la burqa y est interdite"
mérite une visite.
C'est chez Zoé Lucider et c'est un très chouette blog.

1.4.10

Espars


Le post de samantdi, ce qu'elle écrit en commentaire fait remonter à ma mémoire un souvenir professionnel. Un de ces temps où je ne savais si la pièce était-elle ou non drôle, où il me semblait errer dans d'étranges corridors, alors qu'autour de moi, de jeunes et sûrs apprentis médecins semblaient avoir trouvé les portes et tourné le dos à leurs incertitudes.

Dans ce stage de psychiatrie, le médecin-chef était drôle, légèrement barge, attentive et mordante avec les internes, attentive et chaleureuse avec les patients. Je sus plus tard qu'elle était alcoolique. Et maintenant, je sais comment l'ironie et l'impérieux besoin de déranger la fatuité sont les oripeaux d'un espoir pudique et inquiet.
Dans ce service, hors le tout venant d'un secteur ni mieux ni plus mal loti que les autres, il y avait une unité de grands chroniques.
Les grands résidus de l'asile, quasiment sans paroles, de moins en moins impulsifs, moaïs ébréchés et bavant, totons sourds, oscillant sans fin autour d'un carreau de carrelage qu'eux seuls voyaient différent.

Le médecin, appelons-là le Dr K. les voyait une fois par semaine. Admise, en observatrice, j'ai mis du temps à comprendre ce que pouvait être l'échange entre cette femme aux boucles d'oreilles soigneusement excentriques et ces hommes si régressés. Et puis un jour, j'ai compris qu'elle n'espérait pas d'autre traitement que celui de les ré-humaniser et de leur redonner les fragments de l'histoire qu'ils déroulaient en aveugle devant des soignants trop blasés ou trop blessés pour y faire attention.
Un à un, elle ramassait ce qu'ils avaient donné à voir :
" lundi, vous avez mangé de la purée. Vous aviez l'air d'y prendre plaisir.
Samedi, votre tante est venue vous voir.
Jeudi, vous avez craché votre médicament"...
Il n'y avait ni blâme, ni demande de réponse dans son ton. Il y avait une profonde douceur, une empathie inaltérable, une patience qui savait s'arrêter aux manifestations d'agitation ou de détresse.

La perception aigüe, sans doute-en tous cas, c'est ce qui me fut transmis- que l'ultime offense est la disparition du témoignage de votre existence, si ténu, si trivial soit-il.
En s'astreignant à cette rituelle mélopée, elle contribuait à diminuer leur angoisse, mais aussi celle des soignants. Car vient un moment, après 10 ans de purée coulant au commissures, où l'on ne voit plus la raison de continuer, où le geste, de las, devient brusque, où la rancœur cristallise en impulsion haineuse.
C'est alors le moment du désespoir.
En parlant les satisfactions minuscules, les accrocs du quotidien, les minimes modifications de comportement, mine de rien, elle avait réussi à faire baisser les doses de neuroleptiques de façon frappante.
Je lui dois beaucoup.


Ce que dit Samantdi est loin de cette terrible réalité. Mais il est question d'usure, de répétition, d'impasse. Comment redonner du souffle, quand on a l'impression que rien n'arrête la machine à broyer, rien ne sauve du gâchis, que la taule est le seul horizon annoncé, que le reste de la famille risque l'effritement?

Ecrire, dit Samantdi, en écho à l'une de mes interrogations. Ecrire les paroles du père qui est le seul de la famille à ne pas avoir fait de prison, écrire les paroles de l'oncle qui a renoncé un jour à ne faire qu'y entrer et sortir, écrire les paroles des petits qui ont assisté à l'arrestation du grand frère, écrire les parcelles, qui remontent à la surface, comme arrachées aux restes de naufrages, mais aussi écrire ce qui l'a soudé à cette famille.

Ecrire. Lui, eux, nous, de toutes façons, en seront plus humains.

31.3.10

A qui se fier?

Au fond, j'étais partie pour une journée de m...
Un coup d'accélérateur sur des histoires lourdes, cette heure d'été qui me scotche, ce grand vent qui refroidit mon jardin, ce post de Samantdi qui tord les tripes.
Et puis, décidément rien ne se passe comme on prévoit.
Un coup de fil, et je prend le thé chez la délicieuse Boutoucoat.
Un coup de fil et un transporteur m'avertit qu'un paquet imprévu m'attend dans ma boîte.
Je rentre et commence à ouvrir mon paquet, alors qu'il flotte dans ma maison, une ébouriffante odeur de gâteau. la Clandestine vient d'inventer le cookie à parfum de baklava. Une tuerie.
Et dans le paquet, il y a une tête de pied.

Ça va avec ça, annoncé par la suite:


C'est un truc absolument mirifique, pour faire des portrait (en pied!) en marchant sur les mains. Ça se pose n'importe où, ça résiste à force 7, c'est léger et maniable.
Ça fait juste pas les crêpes, mais ça, j'ai pas besoin.

Je doit ça à A et F.
Des blogopotes.
Deux photographes, chacun leur œil, mais tendres et drôles toujours.
Aperture et Focal.
Des fous.



A qui se fier?

Trugarez dit, paotred!

(mais franchement, zêtes dingues!)

29.3.10

Encore un machin!

Décidément, ils sont sourds.
Résumons : en cas d'absentéisme d'un élève, la possibilité de suspendre les allocs existe déjà.
Elle est à disposition des deux institutions principalement concerné que sont l'Education Nationale, dont c'est le boulot de scolariser les élèves et le conseil Général, dont c'est le boulot d'assurer la Protection de l'Enfance.
Ce qui emmerde le gouvernement, c'est que cette mesure est peu employée, alors qu'elle fait vachement bien sur le papier.
C'est pourquoi M Chatel vient d'annoncer que la tâche de faire "pan" sur les doigts des vilains parents nécessitait plus de sérieux.
Donc on va faire un machin pour permettre aux Préfets de le faire. Préfets dont ce n'est pas le boulot, qui ont déjà assez à faire avec les élèves assidus qu'on expulse, mais qui ont l'avantage d'être à la botte, pressés comme des citrons et révocables s'ils déplaisent, vaccinent peu, ne savent pas tenir les manifestants aux visites présidentielles, etc...

Et personne pour trouver intéressant que justement, ceux qui s'occupent toute la journée des mômes, sont jugé savoir moins bien faire qu'un préfet?
Personne pour se dire que si ceux qui sont dans le jus n'emploient que peu cette arme, c'est qu'elle est inefficace, inapplicable, injuste*et tout juste bonne à satisfaire l'agité maniaque?
D'ailleurs, c'est bien vrai, quand mon garagiste reste perplexe devant la panne de ma voiture, je la confie à mon boulanger.
Ça sert à rien mais ça me soulage.


* ce mois-ci, j'ai en magasin un pauvre et deux enfants de profs. Les deux enfants de profs sont déclarés en phobie scolaire et l'enfant de pauvre est signalé au Conseil Général.

27.3.10

Petits joueurs, va!

Puisque Kozlika a fait son Breizh-out sous une identité toute aussi réelle que A, il n'y a plus de raison de la dissimuler sous ce pseudo.
Je désignerai seulement par XX et XY ses deux enfants qui semblent faire la moue devant le rose dragée dont rêve Kozlika pour sa nouvelle façade.
Franchement les djeuns, vous êtes à la fois p'tits joueurs et imprudents.
Si on considère les habitudes du coin, l'immense capacité de votre mère à bidouiller des CSS et ce que j'ai engrangé comme couleurs de façade en moins d'une heure de balade, je vous laisse imaginer ce qu'elle est capable de proposer dans un an.
C'est rose accepté maintenant ou alors...
 
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23.3.10

Sortilège

Je me souviens de la première fois où je l'ai vue. Je savais, à une espèce de frémissement, qu'il s'agirait d'une vraie rencontre, sans plan, sans calcul, sans aucun autre tracé qu'un point d'impact aussi discret que définitif. Je me souviens du sillon qui s'était ouvert au premier regard, du sourire, du sentiment que je ne m'étais pas trompée.
C'était la Baie d'A.
Je me souviens de la première fois où je l'ai vue. Je savais, à une espèce de frémissement, qu'il s'agirait d'une vraie rencontre, sans plan, sans calcul, sans aucun autre tracé qu'un point d'impact aussi discret que définitif. Je me souviens du sillon qui s'était ouvert au premier regard, du sourire, du sentiment que je ne m'étais pas trompée.
C'était A.

Avec un soupçon de malignité, j'avais offert à la seconde un petit caillou de la première. Un soupçon? Un bon kilo dans une caisse de criée, ouiche! Ces petits cailloux n'ont l'air de rien, ils sont gris, doux, ovales plutôt que ronds. Ils tiennent un instant dans la main, puis s'égarent sous un meuble, dans une soucoupe, inaperçus, benêts, presque.
Seulement voilà. Sous leur granit insignifiant, ils cachent le pouvoir redoutable, patient et imparable, d'amener ou de ramener sur ses grèves, celui qui les a acceptés.

Ils s'aident parfois de grands et doux amoureux des bateaux.
Au besoin, d'ailleurs, ils recrutent d'astucieux ramendeurs de filets.
Ils attendent le temps qu'il faut.

A. vient de décider d'acheter une maison. Là, tout près de la Baie d'A.

Les complices sont heureux.

Ça existe, les sourires de caillou.

22.3.10

spéciale dédicace

Pour l'Ane Onyme, qui voulait du Ferré...
Camaret, près de la Tour Vauban. Mars 2010


Je devrais être contente. C'était quand même une belle claque et tout à fait méritée.
Mais rien n'exulte. La France n'est pas devenue subitement de gauche. Tout au plus capable de renvoyer au plus calamiteux de ses présidents que son mélange de brutalité et de paradoxale niaiserie, sa frénésie vite lasse de l'effort réel, ses effets de manches qui ne claquent plus que comme des voiles déventées, tout ça n'intéresse plus personne.
Hélas, l'effet de déliquescence qu'il aura eu sur la vie politique risque bien de durer plus de 5 ans, quelque soit son destin personnel.
Je ne vois plus qu'une solution pour sortir de ce combats de chefs qui seront toujours d'autant plus minables que la place publique est pour beaucoup, réduite à des envols de petites phrases perfides que les télévisions reprennent en boucle.
Il ne faut plus voter sur un nom seul, lors des présidentielles. Cela favorise les échanges ineptes, sans médiateurs et finalement sans épaisseur. Il faut que les équipes qui seront en place soient clairement identifiées dès le début, au moins dans les grandes lignes. Les électeurs de l'UMP, même fascinés par la personnalite du Leader Minimo ont-ils vraiment eu envie de voter pour cette armée de bras cassés?
Ne serait-ce pas à la fois plus tempéré et plus solide si nous votions pour un ticket Président/ principaux ministres? Les points d'alliances politiques y seraient plus clairs. Sans parler du rapport à la parité!
Je n'ai lu qu'en travers la proclamation de Cohn Bendit, dont je ne suis pas sûre que ce soit une révolution. Mais je partage son avis sur la nécessité de refonder autrement les grands partis politiques. Du moins si nous ne nous satisfaisons pas d'une situation qui laissent à quelques-uns la responsabilité du vote et aux autres, la résignation hargneuse.
Non, je ne me réjouis pas complètement.

PS1 : pour les djeuns qui ne saisissent pas le message du bout du banc, le source de l'allusion est là. Ça s'écoute encore bien.
PS2 : Et ce n'est pas dénué de rapport avec un certain découragement du politique!

18.3.10

A l'UMP, la tâche est parfois bourde.

Quand on est pas de droite, on est toujours un peu stupéfait de voir les ténors politiques enfourcher avec une telle constance le dada d'une insécurité, qui aurait quand même dû régresser après huit ans d'exercice du pouvoir par iceulx.
Du moins s'il était vrai que les coups de mentons, de poings sur la table- et encore, c'est parce qu'on ose pas exhiber autre chose (s)-suffisaient à calmer des gens que des générations de misère ou de cultures maffieuses poussent à se servir dans les poches des voisins ou à flinguer à tout vat.

A propos de flinguer à tout vat, Fillon, en service commandé, vient de déclarer mort, pour les besoins de la cause Ultra Moins Populaire, un policier blessé mais tout à fait vivant.
Tellement vivant que, pince sans rire, le délégué du syndicat SGP-FO, vient de déclarer qu'il passait ce matin sur le billard, se faire opérer de l'épaule.
On espère juste que le chirurgien a rendu sa carte du parti et qu'il n'a pas confondu intervention avec autopsie.

16.3.10

A vendre

Sous forme de lot, une pharmacie familiale complète de médecin.
Description du lot :
deux boites d'antalgiques de base, posologie pédiatrique.
Un anti nauséeux.
Un flacon d'antiseptique
Un antibiotique de première intention.
Un antihistaminique.
Un corticoïde d'urgence.
Une boite de compresse.
Une boite de stéristrips.

A la limite de la date de péremption.
Plus une douzaines de boites vides.
Ces dernières pourraient intéresser un historien désirant prouver que quelqu'un de la famille a eu mal aux dents en 1998.
L'ensemble du lot pourrait également convenir à un sociologue travaillant sur "la pharmacie familiale du médecin comme synecdoque de son rapport à la prescription".

Prix avantageux, frais de port réduits.

14.3.10

Introuvables

A Portsmouth et à Cherbourg, j'ai cherché longuement, patiemment, de la tresse pour presse-étoupe, sans avoir aucune espèce d'idée de ce à quoi ça pouvait servir.
A Belgrade, nous avons cherché anxieusement, des heures durant, l'Obrenovaskidrum, ou quelque avenue dont le nom ressemblait à ça, et, des heures durant, d'obligeantes bonnes volontés nous ont égaré de plus en avant dans les faubourgs illisibles du joyau du maréchal Tito.
A Saint-Raphaël, non plus anxieuse mais hilare, je cherchais le feu vert à éclat toutes les 4 secondes qui marque l'entrée du vieux port. La fête foraine s'étant installée sur le port, je le cherchais dans les myriades d'ampoules clignotantes de toutes les couleurs et menaçais le capitaine de faire échouer le voilier dans un océan de barbe à papa.
J'ai cherché de même la sortie du port de containers de Gävle et je me suis égarée au milieu des montagnes de sel et des hélices Rolls-Royce, avec le sentiment d'avoir débarqué sur la lune et une immense ironie sur moi-même et sur ce qui m'avait poussée à me retrouver ici. Durant ce même voyage, j'avais aussi cherché avec la défiance de plus en plus violente qui me saisit devant les villes que je ne comprends pas, à entrer dans Bruxelles et à sortir d'Anvers. J'ai renoncé lâchement à la première et je me suis évadée de la seconde grâce à la sortie qu'un routier russe manifestement psychopathe me poussa à prendre.
J'ai cherché souvent à ce qu'une parole humaine m'aide à préciser les contours flous de la place que je tiens au monde et je dois reconnaissance à ceux qui, parfois, avec désintéressement, ont joint le geste à la parole. Je cherche toujours ce qui continue à nous tenir à notre aveugle ligne de vie, ce pourquoi nous admettons d'adjoindre un jour après un autre jour.
Et sans doute, s'il me distrait un moment de chercher où diable peut bien être l'Obrenovacmachin dans la Belgrade de quarante ans plus tard, c'est parce que cela temporise et au moins allège, l'évidence de ne pas savoir à cela sert.

10.3.10

tentative de discrimination à la Halde


Décidément, la Droite a vraiment tout compris de la Halde. Y refuser à sa tête un individu sous prétexte qu'il n'est pas français de souche, faut le faire!
Longuet viens vraiment de faire un carton. Ah, Occident, quand tu nous tiens...

9.3.10

Pourquoi


Ai-je le sentiment que l'information la plus significative que j'aie entendue ces jours-ci soit...
Que les salariés de l'association Emmaüs ont entamé leur première grève?

"Miserere Seigneur
du fond des carmagnoles..."
(Ferré)

8.3.10

C'est pas le jour.

"Homme à 76 défauts, je te signale qu'aujourd'hui, c'est la journée de la femme.
Alors tu me laisses faire la cuisine et tu viens pas mettre ton grain de sel, d'ac?"

Pffff, faut se battre.

7.3.10

J'ai fait Dimanche


j'ai rien fait.
Le ciel était bleu et froid, la maison était tiède et les chats en long plutôt qu'en rond.
J'ai mangé du lieu, des petits pois au wasabi et de la flamenküche.
J'ai pris mon temps, un café et des photos de mains.
J'ai trouvé une réussite originale et infaisable, que j'ai ratée plusieurs fois.
J'ai lu un peu, formé un ou deux billets dans ma tête, j'ai lu chez vous, sans rien dire.
J'ai ignoré la paperasse, j'ai soulevé une chaussette avec le manque d'enthousiasme d'un mannequin défilant sur un podium.
J'ai écouté grincer mes neurones et s'étirer la peau sous la tendresse.
J'ai enlevé trois mauvaises herbes et une larve mais l'onglée perçante m'a stoppée comme le reste du jardin.
A l'heure troublante et sans ombre, j'ai mendié un feu.
Et c'est tout.

6.3.10

Tant la dune était blonde


Pour Dr Caso qui veut des trucs qui piquent- et pour tout ceux à qui la mer manque parfois...

5.3.10

Jouissif en diable!

Sur l'excellentissime blog La Boite à Image, qui fourmille de posts délicieux ( oui, je suis partiale, so what?), Bazile a généreusement partagé en commentaire ce clip qui fait mon bonheur de fin de semaine :

70 Million by Hold Your Horses ! from L'Ogre on Vimeo.



Régalez-vous, essayer de les trouver tous et si vous ne trouvez pas, rendez vous chez Alain Korkos, il les a tous trouvé.
Et buzzez, c'est permis.

3.3.10

Amis pour la vie

Quel dommage
dit le chat,
nous aurions pu rester amis.
Puis
il croqua la souris.

2.3.10

fatwa pas mal


Un éminent érudit de tradition soufie, Muhammad Tahir-ul-Qadri, vient de faire un geste important. Il vient, si j'en crois un article du Monde, de publier une fatwa condamnant sans appel le terrorisme. Au cours des 600 pages, il a balayé toutes les justifications habituelles du martyre et son travail est considéré par certains comme " l'argumentaire théologique le plus complet contre le terrorisme islamiste à ce jour."

C'est très bien. Comme tous ceux qui n'ont nulle passion pour les puzzles humains aux quatre coins de Paris ou de d'ailleurs, j'applaudis.

Mais le pouvoir de la religion m'esbaudit toujours autant.

600 pages.
Des années d'érudition, de glose savante, de pesée précise, minutieuse de chaque terme, de réfutation pied à pied, des années de travail pour pouvoir opposer, trait à trait , au Paradis promis, la Géhenne de ceux qui ont suivi les mauvais prophètes.
600 pages.
Tant de génie humain.
Pour en arriver au fait qu'il n'est peut-être pas nécessaire d'envoyer des êtres humains se faire sauter le caisson à coup de dynamite dans un marché surpeuplé, parfois même surpeuplé de ses propres coreligionnaires.
Pinaise.

Auber(On)ge*

*ndlr : On n'est pas sorti de l'auberge.

28.2.10

Pas grand chose, finalement, mais du vert liquide.

La tempête est passée bien plus au sud. Des quartiers ont bien un peu les pieds dans l'eau, mais sous un ciel pommelé pour peintre, le vent est doux et l'air sent le mimosa.
Pas de photos spectaculaires de vagues giflant les digues. De beaux rouleaux, entre vert et bleu.
Si vous voulez.







(comme souvent, si on clique sur les photos, c'est mieux)

27.2.10

L'histoire du métier impossible qui n'est pas celui qu'on croit

"J'ai pas quatre bras...
-Mais pourquoi elle dit ça?
-Mais parce que c'est VRAI!"
In le graphique de Boscop, 1976


Trop près, trop loin. Dans l'emprise. A coté des besoins réels. Aveuglée par la nécessité de prendre soin. Etouffant désir de perfection.
Croirait-on pas que j'y parle du métier de mère?
Non, je parle ici de la fonction de médecin, du moins telle qu'elle y transparaît dans le livre d'Elisabeth Badinter.
J'y suis, à plus d'un titre, logée dans le camp des réactionnaires.
Je vais tâcher, dans les jours et les semaines, de voir ce que j'en accepte et ce que j'en réfute.
Je vais tâcher aussi de ne pas me contenter du livre seul, mais d'aller aussi à l'écho des questions qu'il soulève et qui indéniablement sont une des réussites de ce livre.
Pas loin, à mes yeux d'être la seule, mais de grande valeur.
Car enfin, dans le mortifère étouffoir du sarkozisme, dans la régression généralisée à laquelle on assiste, un vent frais venant d'un temps où il était séant de débattre du sexe, du partage des tâches et d'une réussite de la vie qui ne se résumait à la possession d'une Roulex, c'est fichtrement bon à prendre.
C'est donc avec un certain enthousiasme, encore que mâtiné d'un peu de défiance, que j'ai fini par acheter le livre : « Le conflit, la femme et la mère » de la sus-citée.
Là, il a failli plusieurs fois me tomber des mains. Là où certaines de mes blogocopines l'ont trouvé mesuré, porteur d'un message ouvrant au femmes le libre choix, je l'ai trouvé, moi, souvent partial, voire vindicatif quant au fond et faible sur plusieurs points d'argumentation.
La messe sur le libre choix est assez rapidement dite : les écolos, les neurobiologistes, les allaitantes et les médecins y sont, en toute lettres, répertoriés sous la bannière de la Sainte Alliance des Réactionnaires.
L'ouvrage, qui de façon assez juste, pointe l'ambivalence des femmes vis à vis de la maternité, est lui même aux prises avec des tensions contradictoires, dont je ne suis pas sûre qu'elles soient toutes voulues. Il lui faut pointer l'aliénation des femmes sans les traiter ouvertement de gourdes. Exalter leur libre capacité à choisir tout en dénonçant les facteurs qui biaisent ce choix.
Cela donne un ton bancal qui tenterait de démontrer qu'une femme qui choisit de ne pas avoir d'enfant, ou de ne pas allaiter le ferait par résistance, librement, et que celles qui feraient les choix inverses le feraient par culpabilité.
Selon les chapitres, on trouvera, à la page 189 : « une récente étude australienne montre à quel point les discours sur la maternité peuvent peser sur les femmes dans leurs choix maternels » et à la page 193: « La décision de n'avoir pas d'enfant, ou la non décision d'en avoir un relève du privé et de l'intime. La plupart du temps, c'est le résultat d'un dialogue secret entre soi et soi, qui n' a que faire de la propagande. »

Elle n'est donc pas sûre que la propagande opère. Par contre, elle affirme qu'il y en a et que parmi les hérauts, il y a tous ceux qui tentent de comprendre les liens biologiques entre les mères et les enfants. Pardon, tous ceux qui déjà, pensent qu'il y en a sont déjà suspects d'être les sous-marins de l'opération "les mères à la maison".
Sur un plan stylistique, à peu près tous les postulats de l'Académie de Médecine sont, sinon mis au conditionnel, du moins présentés avec ironie. Sur l'allaitement, cela a été abondamment commenté ailleurs.
Mais elle vise aussi la position des médecins sur l'alcool et le tabac durant la grossesse. Pour le coup, elle le fait presque incidemment. Je n'ai pas réussi à déterminer si elle considérait réellement comme un progrès de la cause des femmes de pouvoir fumer et boire pendant la gestation ou si elle se servait simplement de points sensibles pour pouvoir disqualifier l'ensemble du discours de ces médecins si culpabilisants.
Je me félicite qu'elle ne soit pas allée jusqu'à l'ectasy-si-je-veux et m'étonne un peu qu'il ne soit pas fait mention du diktat, pour moi le plus sujet à caution qui est la prise de poids pendant la grossesse. Pour le coup, voilà un impératif bien plus lié à l'image du corps qu'à la santé, curieusement absent de la démonstration.
Il est vrai que depuis « l'art d' accommoder les bébés », une certaine prudence est de mise dans les conseils que l'on peut donner. Et qu'il est bon, pour le médecin, de se demander, dans ce qu'il énonce, quel est l'élément le plus vraisemblablement parti pour être proclamé ânerie du siècle dans 50 ans.
Mais ce qui progresse, à coté de la pédiatrie, c'est la Santé Publique, les conférences de consensus, l'Evidence Based Medecine.
Nous en savons un peu plus sur nos incertitudes.

Et je m'étonne que quelqu'un qui fasse profession de philosophe et de psychanalyste se montre si peu... disons le mot, si peu adulte dans sa façon d'appréhender le rôle de la médecine.
Elle oscille entre la réfutation pure et simple, la disqualification caricaturale et le procès en culpabilisation. Au fond, le médecin ne trouve grâce à ses yeux, que quand il s'agit de dénoncer une plus grande obscurantiste encore, qui est la mère écolo qui ne croit pas à la pharmacopée industrielle. En dehors de cela, ils ont tout faux, qu'ils s'inquiètent des effets des pesticides sur la fertilité, qu'ils parlent d'allaitement, qu'ils tentent de chercher les facteurs influant une grossesse.
Or voyez-vous, les médecins, comme les parents, ne sauraient être parfaits.
Qu'attend-on d'un médecin suffisamment bon?
Que nous tâchions, inlassablement, au prix d'erreurs, de contradictions, de questions sans cesse réorientées, de déterminer les facteurs qui pèsent sur la liberté de chacun-car la maladie est avant tout, une perte de liberté, et de permettre à ceux qui le voudraient, de s'en affranchir.
Si nous conseillons, actuellement, à toute femme enceinte, de s'abstenir d'alcool pendant la grossesse, c'est parce que le syndrome alcoolo-foetal est une réalité et que nous sommes incapables, pour l'instant, de savoir où et comment il frappe. Elle n'en a jamais rencontré? Moi, si. Et je peux vous dire que c'est pas de la tarte.
Une partie de notre travail consiste à baliser le champ des risques. L'autre consiste à permettre à un individu de s'y situer. Si nous ne le faisons pas, qui le fera? Qu'on le veuille ou non, c'est notre rôle, notre partition. C'est pour dire ceci qu'on nous forme, qu'on nous paye, qu'on vient nous voir. Une grossesse sans alcool, sans tabac, sans toxiques, avec le moins possible de médicaments, bien entendu que c'est mieux.
Et en tout état de cause, pour l'instant, c'est bien plus prouvé, avec bien plus d'études, que l'impact de l'allaitement sur le travail des femmes.
Madame Badinter attend-elle de nous que nous nous arrêtions à l'état actuel de nos connaissances? Que nous cessions de chercher? Que nous taisions ce qui risque de désespérer aussi bien Billancourt que Neuilly?
Il y a de mauvaises façons de dire des choses désagréables à entendre, mais il n'y en a pas de bonnes.
Elle vit les préconisations récentes sur le tabac et l'alcool comme un retour de vent mauvais-mais songe-t-elle que leur consommation de masse chez la femme est extrêmement récente? Peut-elle imaginer que l'impact de santé soit différent lorsqu'on passe de 10 à 30% de fumeuses en quarante ans?
Si j'en crois sa date de naissance, elle a probablement fait ses enfants à l'aube des années 70. Qu'en ces temps-là, nul ne soit préoccupé du temps nécessaire pour dégrader une couche-culotte, ni ne se soit posé la question de la différence de poids des nourrissons nés de mère fumeuse, que la courbe des obésités n'ait pas encore explosé au nez des pédiatres, ni les diabètes juvéniles, je le conçois parfaitement.

Et je conçois également qu'on puisse avoir la nostalgie d'un temps où les plus en avance pouvaient jouir sans entrave. « Comme sont loin les années 70 où l'on pouvait vivre sa grossesse avec insouciance et légèreté! » écrit-elle.
Et je la comprends bien. C'est tellement plus facile, parfois, de ne pas savoir.
Mais il faut faire attention à la nostalgie. Elle a vite fait de vous pousser à vouloir immobiliser le temps, les connaissances, les mises en perspective.
Bref, elle a vite fait, sous couvert de vous rendre un paradis perdu, de vous rendre réactionnaire.