3.7.08

Ingrid et nous.


J'ai pensé à toi, me dit Ada en commentaire du précédent post. Je ne sais pas pourquoi, mais du coup, je me suis demandée: et moi, à quoi je pense?

Assez peu à l'icône politique, finalement, même si j'ai admiré du coin de l'oeil la maîtrise avec laquelle elle s'adressait au micro sur le tarmac de Bogota. Y a pas, c'est un métier. Et quoi qu'on en pense, qu'elle ait ce jour là l'oeil clair et la voix posée me fait bien mieux augurer que cette épouvantable et spectrale photo de sa captivité.
Je me souviens avoir eu le même sentiment devant l'interview de Florence Aubenas, cette admiration devant la capacité à protéger une part inentammée de soi, tant devant les journalistes que devant les geôliers.
Comme je n'ai pas la télé et que je choisis ce que j'écoute à la radio, je ne baigne pas dans ce que j'imagine assez facilement comme un maelström émotionnel en chantilly sur gâteau de bénéfice médiatique à partager entre journalistes, experts et politiques. Et puis, je ne connais pas grand chose à l'état réel de la Colombie.
Reste quoi? Une histoire hors norme qui n'est pas seulement une histoire de pièce sur un jeu d'échec, une redistribution nécessaire entre ce que l'on y a vécu, soi, et l'exemplarité qu'y trouvent les autres; une mère qui retrouve des enfants alors que tous trois ne sont plus ni tout à fait elle ni tout à fait eux, depuis de longues années. Les lèvres qui retrouvent les joues qu'elles n'ont plus embrassées depuis près de sept ans ont vu leurs cellules se renouveler pas loin de cinquante fois...

Et puis ce souci permanent, cet équilibre tendu en passerelle sur une catastrophe, cette impossibilité de suturer les bords de la faille, la nécessité malgré tout de faire avec. Et puis soudain, le lâchage. Le souci n'est plus. Que faire des arc-boutants, des masses de sable pour endiguer, des barbares appareils de contentions pour faire tenir? Et la tâche qui consiste apprendre à ne plus avoir peur, à ne plus se battre, à apprendre à lâcher prise qui paraît alors tout aussi lourde que celle qui vous a contraint à vous cramponner pendant tous ces jours.

Oui, au delà de toute considération politique, je suis touchée, et pleine de compassion pour le chemin qui reste à faire pour ne plus être otage.


(Mais oui, Marianne, il ne faut pas oublier le reste, et surtout pas les étapes de la résistible ascension de de Tullius Detritus. Et non, l'âne, je ne suis pas sûr l'ignominie des pouvoirs en place sanctifie toute forme d'opposition...)

11 commentaires:

Yves a dit…

À quoi je pense ?
À ses deux enfants grandis dans – de – son absence.

Anonyme a dit…

http://embruns.net/
AKA ERREUR DE CHARGEMENT DE LA PAGE :D

Pablo a dit…

Bonjour, Anita,

J'ai été très surpris ce matin en lisant les billets de François Granger, qui parle laconiquement d'indécence, et de Marie-Aude, duquel je déduis un peu la perception qu'on peut avoir en France sur la libération d'Ingrid Betancourt. De Madrid, où la figure de celle-ci a été infiniment moins médiatisée, pendant ces six dernières années, qu'en France, je perçois cette libération comme une extraordinaire nouvelle surtout pour la Colombie et les colombiens, peut-être comparable, comme je disais hier quelque part et comme je l'ai répété ce matin à Marie-Aude, à la libération de Nelson Mandela en 1990 et à la signification que celle-ci a eu pour l'Afrique du Sud dans les années suivantes....

Et surtout l'émotion, l'émotion d'entendre parler Betancourt à son arrivée à l'aéroport de Bogota et hier après-midi à la radio, l'émotion d'écouter tous les colombiens qui habitent en Espagne qui manifestaient cet énorme espoir que cette nouvelle ouvre pour leur pays...

jjdorio a dit…

Pour une dame d'écran télé et de papier -paix à son âme - et le grand récit à la PPD qui engoue les gens -engouement:étranglement- combien d'êtres de chair et d'os, d'êtres chers, victimes de la violence révolutionnaire, réactionnaire,etc...Et que l'on ignore, puisque comme disait Tardieu..A'xiste pas !

Tili a dit…

Je pense aussi qu'au delà du mélo-drame expiatoire sentimental que nous jouent les journalistes, c'est l'émergence d'un personnage politique ET écologique qui je l'espère pourra compter en Amérique du sud... peut être même en France.

l'âne Onyme a dit…

Comment expliquer ça ?
Je suis farouchement non violent. Je suis plein de compassion pour le peuple colombien pris en otage aussi bien par les Farc que par le pouvoir en place.
Entre 2002 et 2006, 20 000 personnes ont été tuées en Colombie : 70% d’entre elles par les paramilitaires et le reste par la guerilla des FARC.
Je trouve déplacé voire indécent le bruit médiatique fait autour de cette libération, ainsi que les récupérations, y compris celle qu'à tenté de faire Ségolène Royal.
J'en apprécie d'autant plus l'attitude digne et pleine d'humour de Florence Haubenas.
En ce qui concerne Mermet, c'est entendre que j'aurais du dire, ou lire en suivant le lien :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1311

ada a dit…

Je crois que c'est son engagement jusqu'au boutiste qui m'interpelle. Je suis jalouse de ces gens qui parviennent à donner un sens à leur engagement sûrement car je n'ai eu pour ma part que des engagements très velléaitaires.
Et la résistance aussi. Etonnant que notre société se soit fabriquée une icône comme elle, vu toute la misère dans laquelle on pourrait puiser. Femme, conflit d'un autre temps, violence, écologie ? Et puis la jungle, toutes les peurs étranges et grouillantes.
Je comprends que l'on puisse trouver tout ce bruit "indécent".

Mais quelque part, et très égoïstement (il y en a en France des égoïstes dis donc !) je crois que cette "icône" m'aide dans le moment douloureux que je traverse en ce moment. Etrange, vraiment. Rien à voir avec ma choucroute pourtant.

Je t'embrasse Anita. Ton engagement à toi et tes vagues de bonheur me font du bien aussi. Dans la confusion de mon esprit, tout cela est inextricablement lié. Mais est-ce la confusion ou de l'espoir ?

Marianne a dit…

Gardons nous de prendre comme vérité ce que nous assène bon nombre de médias d'une même voix et pour ceux qui ne parlent pas espagnol ,c'est le moment de vous y mettre .
Ceci ne retire rien au fait que la libération des otages , Ingrid comprise, est une bonne chose même si cela s'est fait contre paiement d'une rançon.

anita a dit…

@ Tous: il y a déja un certain temps que je ne trouve plus mon compte dans toutes les espèces de battage médiatique. Donc celui-là me laisse froid.Peut-être, Pablo, la situation en France est-elle que nous avons du mal à saluer les évènement en eux-même, sans les relier à notre propre contexte. C'est le propre des situations de crise.
Mais comme Ada, quelqu'un en situation de résistance me touche toujours, et cela inclus , comme Yves, les deux enfants. Le personnage public, politique, j'atttends d'en mesurer l'aune. je ne suis pas sûre que du fond de la brousse, elle puisse mesurer la place des récents chantiers de démolitions de la République. Pas plus que je ne peux mesurer ce qu'il entre de toujours nécessaire et de d'auto-intoxiqué dans la lutte des Farc. Mais merci à l'âne de nous rappeler que c'est une histoire à plusieurs, avec les paramilitaires et les états-unis. Mais IB ne se voulait-elle pas une alternative?
Jjdorio: exact! Engouement: première étape de l'infiltration du poumon! Mais oui, c'est un long travail que de donner un nom à chacun. Du coup, vous me poussez à réactualiser un post resté dormant depuis le crash de mon disque dur.

des bises à tous, merci d'avoir pris le temps de poser un mot ici.

anita a dit…

"Est telle" bien sûr, cher Pablo.

Pablo a dit…

Merci de ta réponse, Anita, que je viens de lire, après mon retour d'un court séjour... en France ;-) (d'où je rentre peut-être avec un peu plus de perspective sur la question, mais je ne sais pas...).