6.6.07

How to horripilate people.


On m' a envoyé un appel à signer une pétition qui s'intitule "Sauvons la clinique". Les auteurs, qui préfèrent s'adresser aux citoyens plutôt qu'à leurs dirigeants s'insurgent contre la disparition de la psychanalyse et de la psychopathologie dans les instances de formation des psychologue et dans les instances d'habilitation des institutions.
S'insurgent est le terme approprié, me semble-t-il. Il y a dans ce texte, beau, violent légèrement emphatique-mais je ne crains pas l'usage de l'imprécation prophétique- un appel véritable à mettre, non pas la crosse, mais l'éprouvette en l'air.
Au fond, j'aime qu'un texte dise:
"La standardisation des ratages de la condition humaine en une nomenclature des handicaps habite désormais des maisons sanitaires. Le dénuement social est promis à l'épuration policière ou masqué par des kits de pathologie des comportements. Les logomachies s'ingénient à voiler la massification de l'humain et la marchandisation du vivant. Acceptons-nous de déambuler parmi « les décombres du futur » ?


Et puis, vu la fréquence à laquelle je le rencontre, je suis absolument sûre d'avoir un inconscient. Je me peux même en donner le type: c'est un inconscient fredonneur. La preuve, après avoir lu le texte, je chantonnais, "sans la nommer" (!), bien sûr:
"
C'est elle que l'on matraque,
Que l'on poursuit que l'on traque.
C'est elle qui se soulève,
Qui souffre et se met en grève.
C'est elle qu'on emprisonne,
Qu'on trahit qu'on abandonne,
Qui nous donne envie de vivre,
Qui donne envie de la suivre
Jusqu'au bout, jusqu'au bout."


Je venais par ailleurs justement, de lire, chez l'ami Grange-Blanche, au sein, d'un article sur le traitement médicamenteux du désir féminin, que si le médicament testé provoque de sérieux effets secondaires (raucité de la voix, acné et hirsutisme) chez 18 % des patientes, le placebo, lui, est responsable de phénomènes identiques CHEZ 14%!
Autant vous dire que les tenants de la théorie du tout-biologique-l'amour dure trois ans- et ce n'est qu'une combinaison chimique- naninanère, peuvent aller se rhabiller, je resterai d'essence nue et désirante, merci pour moi.

Bref, je n'ai pour la psychanalyse ni répulsion, ni révérence sacrée, j'en reprendrai volontiers une petite tranche un jour ou l'autre, je tâche de garder une certaine humilité dans l'utilisation des outils du dépistage précoce, et je crois m'être clairement exprimée sur ce que je pense de l'instrumentalisation politique de la misère humaine.


D'où vient alors que je n'ai pas (encore,) signé la pétition?

Simple procrastination? Si je réfléchis un peu, il y a plus que cela.
C'est peut-être dans la suite de chanson de Moustaki, que se trouve la raison pas raisonnable de la chose:

Une plante bien plantée
Sur ses deux jambes
Et qui traîne en liberté
Où bon lui semble.


Eh ouais. Mon problème, c'est peut être le visage de la psychanalyse en institution- et pas seulement en institution de soin, mais dans tout processus de masse, école comprise.
Je ne suis pas sûre, mais pas du tout, qu'elle y soit moins perverse, moins instrumentalisante que la neurobiologie.

De l'exigence d'une rencontre et d'un chemin parcouru ensemble, mot à mot, et parfois
au milieu de plages de silence déserté, de cette écoute unique, de cette pertinence aventureuse, de cette drôlerie qui parfois, souvent, surgit comme un lumineux rafraichissement, que reste-t-il à grande échelle?

J'ai souvenir de cette psychologue scolaire expliquant fort doctement à l'instit que si G. ne pouvait pas lire, c'est parce qu'il était né après le décès d'un de ses frères-sans à aucun moment avoir pris le temps d'inventorier un temps soit peu les possibilités langagières de cet enfant au plan neurologique. Un bilan d'orthophonie? pourquoi faire quand on tient l'INTERPRETATION du siècle! Et je voyais l'instit se décomposer petit à petit- qui était-il, pauvre de lui, pour lutter avec un adversaire tel que l'ombre de ce frère?
Est-ce que l'enjeu n'aurait pas été plutôt d'aider l'enseignant à tirer les quelques rares brins solides dans cette pelote, pour qu'au moins l'un des deux- l'adulte en l'occurence -croit en la possibilité d'apprendre de G?

Et combien de parents étrangers ai-je vu fuir les consultations de centre medico-psychologique, malgré un désir réel d'aider leurs enfants, parce qu'ils n'y avait rencontré qu'un professionnel mutique qui les regardait, en disant au mieux :
"...mmmmmh?'

Pas sûre qu'il y ait eu toujours de vrais analystes sous les oripeaux, pas même forcémént d'analysants. Mais du coup, ce qui m'est apparu, pour mon usage personnel, comme un précieux, un subversif espace de liberté, m'est parfois apparu comme l'inverse, comme une machine à attribuer des responsabilités et à cimenter la culpabilité.

Alors? La psychanalyse est-elle soluble dans l'institution?
Ben je sais pas, et la question reste ouverte. Mais je suis contente qu'elle soit posée, parce que si je ne me précipite pas sur la réponse militante, elle continue néanmoins de cheminer.


NB: Je précise, à l'attention des fâcheux, que ce billet ne prétend nullement avoir fait le tour d'autre chose que de mon nombril, lequel est pour l'instant dans la situation de l'âne de Buridan.

8 commentaires:

Still a dit…

J'entends bien tes arguments et il y en a même que je partage, sur l'institutionnel et à propos de tous les excès dogmatico-doctrino-idéologico-tout-ce-que-tu-veux. Mais bien sûr, je signe quand même parce que la chirurgie du cerveau que l'on voit se développer par chez nous, gentiment et fermement proposé après une tentative de suicide, ou pour répondre à ce que certains par exemple nomment des TOC....(SSSSSS), ben... Non merci, vraiment pas...

Oxygène a dit…

Voilà de quoi nourrir mes pensées. Et ce n'est pas de la petite bière !
A priori, j'aurais signé la pétition et puis, tu as fait remonter le souvenir d'un psy du CMP voisin qui descendait en flêche toutes les démarches que nous entreprenions pour aider certains élèves lesquels se sont finalement retrouvés sans véritables soins et en plein désert. Son poids auprès du juge pour enfant était plus lourd que le nôtre.

la bacchante a dit…

Eh ben! Après ces billets laconiques, en voici un qui avait besoin de s'exprimer!

Fauvette a dit…

Je ne me sens aucune compétence et ne répondrai pas. Mais cela m'intéresse, vivement.

anita a dit…

@still: oui... Faut reconnaitre que la stimulation intracérébrale, 1 à 2% d'hémorragies , 4% d'infections, euh... Pas sûr qu'on autorise autant d'échecs graves à la psychothérapie.
A reserver pour l'instant à vos tante à héritage ;-)
@oxygène: attention, ce n'est pas une prise de position, c'est juste que je me demandais pourquoi j'avais posé cette pétition sous le coude. En tous cas, je reste très intéressée par cette idée d'Etats Généraux de la clinique.
@La bacchante: ça se voit hé?
@Fauvette: oui c'est pfiou compliqué. plus que 22466 posts de la même eau et je saurais où j'en suis!

ada a dit…

et pourquoi je ne peux pas commenter moi chez toi ? Blogger il est fâché ?

ada a dit…

ah tiens sous cette note-ci ça marche.. mais pas l'autre ? Alerte !! Blogger censure la légèreté des grains de sable dans les chaussures de consultation d'Anita !

anita a dit…

En soi, j'aime bien l'idée du grain de sable dans certaines machines... mais pas quand ça me prive de tes commentaires!