21.11.10

les vagues de novembre

Marée montante, courants traversiers, vents contraires...
Et si mon amour des vagues tenait juste à ceci : la survenue de la beauté au milieu de toutes ces forces complexes, contradictoires et parfois violentes qui ne cessent de travailler.







(comme d'habitude, si on clique sur l'image, on voit en plus grand-et comme d'hab, ceux qui veulent le fichier, z'ont qu'à demander)

12.11.10

chat (lle) de bain


(et tant pis pour ceux qui attendaient des révélations fracassantes sur l'intimité de mes chats à l'occasion du jeu chic des clics de novembre. Peuvent se brosser, nanmého!)

11.11.10

Où voir de la littérature de pote ancienne?


Chez Kozlika, qui fête ses cinquante ans et ceux de l'OULIPO par un jeu à contraintes. Voilà donc 10 strophes de cinq vers, commençant par les lettres O,U,L,I,P et terminant par O.
Et vous auriez voulu des petits chats?

Pour saluer Kozlika


Obédience volontaire ou bien
ukase amical
Littérature de mathématicien
inavoué ou bancal
plaidoyer pro domo?


Oublie donc les définitions!
Un poème jamais n'abolira
le hasard des émotions
Inventons ce qu'adviendra
par la plume ou le stylo


Or mon amie Kozlika
Unissant ses voeux
Les mêmes jubilés appelant les mêmes barakas
invite à ce curieux jeu
pondre des vers en solo


On en contera cinquante
Une floppée de contraintes
La rime claudicante
Invitant la sacro-sainte
pieuse finale en O


Opiomanes tous autant que nous sommes!
Uniques adorateurs des pièges tordus
Larbins presque! Bêtes de sommes
Idolâtres tout à fait éperdus
Pâlissant de nos écrits sans brio


Orphelins, tous, de Perec et Queneau
Usuriers de leur fantaisie
lâchée comme volée de moineaux
Impossible amnésie
Parodique placebo


Ouvrons néanmoins le ban
Une amie fête ici
les cinquante sous le vent
Indulgente à la pluie
Paisible tempo


Oasis dévolue à l'amitié
Urbanité déclinée sous forme d'agape
la maison que l'on retape
Inévitablement est encore en chantier
Pourquoi s'en faire un lamento?


Ourdisseuse de liens profonds
Ultra sensible à la peine d'être
l'amie a jeté l'ancre sur les hauts-fonds
Ilienne de ses fenêtres
Prodigue de ses allegretto


Oh! vous aurez compris combien j'aime
Une amie de si longue venue
la diabolique qui sème
insolemment ses jeux saugrenus
Pour hommage à l'OULIPO

8.11.10

rien qu'une et après je passe aux petits chats


(parce sinon, Franck is really going to kill me)

1.11.10

clichés asssumés









Si j'ai bien mérité dans ce bref épisode terrestre, je franchirai un pas dans l'évolution du cycle de la vie, et je deviendrais un caillou de la Baie d'Audierne. J'aurais alors tout le temps qu'il faut pour refléter les lumières diaprées, pour me poudrer de brume et me chauffer au soleil.
Le risque, c'est qu'un amoureux me prenne un jour en poche, parce que je serais devenu aussi lisse que cette joue embrassée qui sentait le sel et la criste.
J'assume.
Comme j'assume les clichés de cette journée.
Un vrai calendrier des postes.

27.10.10

écholocation

Jésus Marie Joseph et les Saints Anges! qui me lit de San Antonio de Palé sur l'Ile d'Annobon?

26.10.10

télémédecine

M'dame Bachelot vient de déclarer la création d'une mission sur la télésanté.
La pêche à la baleine, toujours à la pointe des nouvelles technologies est heureuse de contribuer à cette priorité de Santé Publique en vous offrant d'emblée le logo de l'Ordre des Télémedecins.



N'y mettez plus les mains! c'est dégoûtant et vulgaire! La télémédecine est la médecine de l'avenir.
Pour un infarctus, tapez 1
Pour une colique néphrétique, tapez 2
Pour un état d'agitation, tapez fort.


Blague dans le coin, si c'est pour donner une existence légale aux conseils que moi-même, je prodigue parfois à distance, d'accord.
Si c'est pour voir se développer des officines qui seront à la médecine ce que Las Vegas est au mariage et Bamako à la téléphonie, ça craint sévère du boudin.

23.10.10

Octobre


Il y a quelques années, j'avais photographié le dos d' une cycliste plutôt âgée dont le panier sur le porte-bagage transportait un éclatant bouquet de jonquilles.
Je m'écrivais en dessous, en guise de conjuration : ne jamais se sentir trop vieux pour le printemps.
Est-ce la même ou une sœur automnale que je viens de croiser? Elle a une soixantaine massive et au fond largement dépassée. Elle est vêtue d'un manteau gris, sans recherche et confortable et je ne crois pas qu'elle soit maquillée.
Elle se penche, lourdement et cherche quelque chose sur le sol. Une clé tombé de sa poche?
Et puis soudain, regardant l'arbre au dessus d'elle, je parviens à identifier ce mouvement très doux du pouce caressant l'objet dans la paume et ce sourire retenu mais rien moins qu'allègre :
c'est un marron. Et je ne doute pas une seconde qu'elle ait choisi le plus rond, le plus brillant, le plus lisse de tous, enfoui dans la poche du manteau gris.
Ah oui, note à moi-même : me rappeler, même quand il me deviendra difficile de me pencher, de continuer à aimer Octobre.
Au besoin, pour le marron, demander à un enfant de passage.
Quand il s'agit de choses importantes, ils sont bien plus serviables qu'on ne croit.

14.10.10

chic des clics

Le joli thème choisi par FranckPaul ce mois-ci, c'est histoire sans parole.
C'est pourquoi je ne m'étendrai pas longuement sur les raisons qui font que j'exhume une ancienne photo plutôt que d'en faire une neuve.
Qui a dit " abyssale feignasserie?"
Bon vous pouvez allez voir la galerie chez Gilsoub et voter même si vous n'avez pas présenté de photo.
Et puis vous avez même le droit de lancer une photo si vous n'avez pas de blog, même pas un vieux journal d'étudiant sentimental.
C'est tout expliqué comment yfofaire.
(message perso à C4E, s'il passe ici :j'ai souvenir d'une photo d'imperturbable mendiant qui ferait pas mal dans la galerie. J'dis ça, j'dis rien, moi.)
Bar de l'Océan, le lendemain matin.

11.10.10

Eulémentaire!

Fille Cadette me reproche souvent de me tromper dans les prénoms de mes enfants, surtout quand je les engueule. Au passage, elle m'annonce qu'elle a l'intention d'appeler mes futurs petits enfants "Eurydice, Euclide et Œdipe".
Je suis ébahie de tant de sagesse :

"EUH... viens mettre la table!"

Pourquoi diable n'y avais-je pas pensé?

10.10.10

envol

sillons


Nous ne nous souviendrons pas de toutes nos folies.
Les robes seront vides
Le papier jaunira
les cailloux brillants
qui nous coulent à pleine main
s'éteindront
la bouche mordue sera sans trace
Aurions-nous vécu en vain?

C'est oublier que plus que tout
le corps engrange
notre plus haute humanité
sous la peau

Sous ta main,
dans la rencontre imprévue
et si familière pourtant
comme l'aiguille d'un gramophone
voilà que j'entends
la voix légère et ample
des sillons minuscules
notre mémoire sans souvenirs

l'amour peau à peau
inscrit infiniment

2.10.10

Jeu de quilles en milieu fermé.


Rarement, quand même, j'aurai vu un membre haut placé de mon mon institution, planter délibérement un môme.
J'ai vu le millefeuille mou, l'indifférence à peine polie, la réduction des histoires en format aisément empilables, tous les travers des institutions innocemment perverses, mais cette volonté hargneuse et réfléchie, ce point d'honneur aussi obtus qu'intenable, je ne l'avais jamais vu.

Je vais essayer de vous la résumer : un enfant C. a un trouble du développement suffisamment sévère pour qu'on pense qu'il progresserait mieux en IME. L'organisme chargé de se prononcer sur cette orientation statue positivement, mais trop tard et de plus, légèrement hypocritement, puisqu'il n'y a pas de place dans l'établissement en question. Bien entendu , il ne sera pas fait état de plan B et, les vacances aidant, les parents apprendront le jour de la rentrée que leur enfant de 6 ans est sur le carreau.
Encore heureux qu'on ne menace pas de leur sucrer les allocations familiales.
Parce que voyez -vous, au CP et sans auxiliaire de vie scolaire, ben... c'est juste pas possible. A moins de tolérer qu'il fonce dans les vitres en hurlant quand il n'en peut plus.
Jusque là, on est dans le degré de saloperie habituel des institutions qui ne se rendent pas compte. Voir supra.
Ceci dit, une fois qu'ils se rendent compte, il y a quand même des gens bien. 48h après avoir été saisis de l'affaire, on mettait une douzaine de gens autour d'une table et on sortait une solution acceptable : une CLIS pas trop loin avec encore 5 places libres, une AVS et l'hôpital de jour.
Hop, yavaitpluka.
Et c'est à ce moment là qu'un véto d'en haut est arrivé avec un motif qui m' a brusquement projetée 40 ans en arrière et 4000 kms plus à l'Est : " affectation hors délai".
Et sous entendu " Si vous n'estimez pas possible de le maintenir en maternelle, demandez au médecin scolaire de faire un certificat de descolarisation".
Ben tiens, Ginette.
Je vous passe les tractations, les réseautages et pipautages les "je vous préviens, j'en fais une affaire personnelle" (Ça tombe bien, moi aussi et devant un tribunal administratif, c'est moi qui ai raison. Alors, j'te parle pas de la presse, hein, Ginette!)
Juste pour vous dire que C est bien arrivé dans sa classe.
Juste pour vous dire aussi, que malgré l'apparente ineptie du véto- pourquoi donc invalider une solution qui sauve tout à la fois la face de l'Institution défaillante et la peau du gamin?-il y a bien évidemment une logique dans cette histoire.
Celle qui voudrait que je vous annonce d'ici quelques mois la décision de fermeture de cette classe. Parce que dans les 60 000 postes d'enseignants supprimés de 2007 à 2011, une palanquée touche les RASED déjà exsangues et les enseignants spécialisés dans le mal-vissé.
A la place, on fera des inclusions sauvages avec des AVS sans formation, mal payés, débauchés dès qu'ils commenceront à avoir suffisamment de bouteille pour revendiquer le salaire qu'ils méritent.
Alors, Ginette, je comprends que tu préfères qu'il n'y ait que 7 familles au lieu de 8 à te souffler dans les bronches. Mais en l'occurrence, outre la morale, il y a la loi.
Cette fois-ci, l'Etat n'est pas arrivé à se cracher dessus. J'espère qu'on s'en félicite toutes les deux.

Dans un prochain billet, je vous dirais comment j'ai signé l'un des rarissimes certificats de contre-indication à la scolarité en milieu ordinaire et ce qui est en train de nous tomber dessus, depuis que la protection de l'enfance est devenue une coquille vide.

Ladies and Gentlemen, the shit hits the fan.


NB. Quelques sigles : IME , Institut Médico-Educatif. AVS, Auxiliaire de Vie Scolaire. RASED, réseau d'aide spécialisé pour les élèves en difficultés.

18.9.10

chapeau!


Chez Gilsoub et Jathénaïs, vous avez jusqu'à minuit pour faire chapeau bas, ou porter crânement le béret. Le thème, choisi par votre servante toujours en retard d'un cliché, c'est le bitos, le galure, la coiffe mignonne, le haut de forme, tout ce qui vous passe par et sur la tête. Après on peut voter. On rappelle qu'on ne gagne rien, qu'on porte juste le chapeau pour le choix du prochain chic-des-clics.
(a part ça, oui, je vais reviendre. Bientôt)

31.8.10

Risque zéro.

Décidément, ce début d'année est stupéfiant de bêtises. C'est une avalanche continue. Après l'expulsion en masse d'européens non fichés par les services de police mais juste un peu Rroms, après le Sermon Au Loup, voilà qu'Air France décide que les mineurs non accompagnés ne seront plus au contacts d'adultes.
Il est pour eux évident que le risque de rencontre ne peut se faire qu'à coup de touche-pipi, et pas de cours de géographie sur les îles rencontrées.
Il est par ailleurs évident qu'un enfant qui voyage seul et qu'on laisse seul aura un grand sentiment de sécurité et de confort.

Soyons plus radicaux.
Cessons de permettre aux adultes d'élever des enfants.
C'est la source de tous les maux.
D'ailleurs, pour nous prévenir d'éventuelles plaintes, cessons carrément de faire des enfants. D'ailleurs ils deviennent tous délinquants.

Est-ce que nous sommes si peu nombreux à penser que la solution, ce n'est pas "zéro adultes" mais "beaucoup d'adultes", les 90% de majoritairement braves gens ayant une relative faculté d'inhiber les 10% de pervers?

Et que, bordel de merde, ça marche aussi avec les mauvaises herbes, les marges sociales, l'art et les bactéries.
Le risque zéro est la pire infection du siècle.

30.8.10

Démissionner, ou ne pas démissionner


To quit , or not to quit : that is the question:
Whether 'tis nobler in the mind to accept
The assets and earnings of gorgeous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them? To die: to quit
no more...

Démissionner, ou ne pas démissionner
là est la question.
Y a-t-il plus de noblesse d'âme à accepter
les biens et les revenus de la merveilleuse fortune
ou bien à s’armer contre une mer de douleurs
et à l’arrêter par une révolte? Mourir.., démissionner,
rien de plus.



Les états d'âmes dramatiques de Kouchner, ici

29.8.10

si le loup comprend plus vite que l'électeur, on est foutus.

"Ce que j'espère, c'est que le loup, qui est intelligent, quand il aura compris que quand il vient traîner autour du troupeau, il y a un fusil, il fera attention. Il fera la différence entre la bête sauvage et l'élevage."
Non, vous ne rêvez pas! Cette phrase a bien été prononcée par le président d'une république célèbre, malgré ses faille et sa son modeste territoire, par la qualité de ses scientifiques.
Il y a donc, à la tête de l'Etat, le reste d'un petit garçon qui imagine que dans les tannières, une maman loup et un papa loup réunissent leur petits louveteaux pour les prévenir :
"Attention les petits loups, si vous n'êtes pas sages, Le Grand Nicolas des Humains va venir nous sucrer les allocations, nous tirer des salves de sommations pour nous faire comprendre la différence entre une brebis d'élevage et un faon sauvage.
"

C'est mignon, hein?
Ou pas?

Cela dit, il existe une autre sorte de mouton pour lequel rien n'est encore décidé. Dans le doute, on a le droit d'en bouffer.

26.8.10

Il fait gris, je m'en fous.

Il fait gris, je m'en fous. J'ai tourné à gauche au lieu de rentrer, le vent sent la mer et la mer déroule au vent, avec sa puissance lente et détachée, comme pour s'étirer avant l'automne.
Il fait plus que gris, il fait bistre sur les roches et la lande, il fait flou. Le paysage connu ne montre plus que des fragments et cela reste beau comme un corps familier sous le drap. Le ressac en prend le son d'une rumeur intime, le battement de ma bizarre appartenance à ce pays.
Je perçois à quel point le bonheur est chez moi moins affaire de possession que d'erratique légèreté.

22.8.10

Cas soces.


Je suis née à côté d'une boîte de Pétri. Et dans l'incubateur, il y avait des gamins mal poussés, des adultes parfois eux-mêmes passés très près du couperet qui tentaient d'en tirer autre chose qu'une litanie de condamnations et puis, en bordure, des théoriciens qui tâchaient d'entendre ce qui liait les deux.
Comme une fille de paysans peut avoir l'oreille bercée de récits de vêlages difficiles et du rythme des rotations, j'ai entendue toute mon enfance parler de caractériels, de cas sociaux (dites cassos, casse-os, cas SOS, comme bon vous semble) de mal vissés, d'échappés de l'ASE, d'AEMO, d'éducs spé, de pratiques sociales, de juges pour enfants, de brigades des mineurs.
De gamins plus ou moins dérivetés, déclavetés, bercés trop près du mur, fous comme des paniers, comme des lapins, débiles mais loin d'être cons.
Maltraités, abandonnés, ou si désastreusement abîmés dans des corps intenables, d'étranges modes de perception d'un réel toujours fuyant.
Déroutants, hermétiques, incasables, insupportables, violents, déchirants, déchirés. Ou juste hors d'atteinte.
J'ai appris que la seule chose qui ne se mangeait pas dans le légume, c'était le fauteuil.
J'ai appris que PO (placement d'office) ça se disait aussi planque tes os.
J'ai appris que ces histoires là ont exactement la même fonctions que les plaisanteries de corps de garde, même si je les trouve plus drôles et moins vulgaires : tenir couchée l'angoisse de n'y pouvoir rien faire.

Cette rumeur là, même s'il me fallut des années pour mettre sur des histoires tangibles des noms qui n'étaient plus d'emprunt, m'était moins incompréhensible que celle qui court là, empuantissant les journaux et les têtes. La figure du délinquant délibéré, pourri jusqu'à la moelle puisqu'appartenant à une race maudite droguant ses enfants pour les faire mendier ou égorgeant le mouton dans l'escalier, cette figure de masse, irrémédiable, celle là m'est étrangère.

Je n'y reconnais ni ceux dont la rumeur de l'enfance cassée a bercé la mienne, ni les histoires réelles que croise désormais.
Tout au plus, si l'on insiste à vouloir à tout prix que j'évoque la figure d'un, déjà condamné, qui, sans vergogne aucune, sachant parfaitement le poids délétère de ses actions, persévère dans une ligne dont aucune instance, même internationale, ne le déviera, tout au plus si l'on veut me faire souvenir d'une violence froide, perverse, intentionnelle, répétitive, verrai-je surgir dans ma mémoire le nom et la poupine figure d'un ministre coupable d'injures raciales, continuant, quoique de façon déguisée, d'en vomir à pleine tonne.

A lire, la lettre ouverte du Pr Hochmann dans Le Monde et la très réaliste fiction de Gascogne et Dadouche sur le blog de Maître Eolas.
Et aussi,
le Dies Irae de Samantdi

8.8.10

L'été des amis


Au fond, ce n'est qu'un ressac un peu plus doux, qui use et lave les marches de mon perron. Des amis vont et viennent et je vais chez eux. De vrais amis, qui bavardent en musiciens, trillent et montent la gamme, jusqu'au silence propice d'où monte la note juste, tenue jusqu'à la rupture, jusqu'à ce qu'il redevienne convenable de s'esquiver, de dérober la faille en un haussement d'épaule.
Les failles? Si nous n'avons pas les mêmes, nous en avons le même nombre, la même ironique mesure. Et il est bien rassurant que nous ayons presque tous atteint la possibilité de rire de nos passions sans cesser d'en éprouver.

Nous nous nourrissons les uns les autres, d'une maison à l'autre, et le vin tient moins lieu d'ivresse que de lien fluide. Comme d'autres vertus réconfortantes, l'hospitalité reçue ne se rend jamais en lieu et place. Je ne te rendrai jamais la vue de tes collines, ni à toi, le curry chaud et parfumé, le plaid moelleux sur tes épaules. C'est un autre que tu emmèneras pêcher, c'est au suivant que j'offrirai le café et c'est de lui que je recevrai le moment mystérieux qu'il aura absorbé d'une histoire ailleurs déroulée.

C'est l'été des amis, une vacance en méandres, une broderie espiègle aux points lâches et solides, où il faut avoir l'œil aiguisé pour s'apercevoir que cette main là a resserré le mousqueton, cette autre-ci glissé un discret tuteur, la consoude sur la brulûre, l'eau fraîche à la plante.

Amis, passeurs de balles, grains de komboloï...

6.8.10

Au vrai lusque.


Je croyais connaître quelques petites choses du lusque. Mon pays n'en est pas avare, même s'il le décline de façon discrète. Lumière d'or, pêche enfantine et miraculeuse de coquillages que la marée trompe à coup sûr, muscadet chantant dans le verre.
Et les amis qui passent, qui méritent un billet à eux seuls.
Mais voilà, Samantdi et Coloc m'ont démontré que je n'étais qu'une novice. La découverte de l'année, ce n'est pas le soleil du Sud Ouest ni la pierre chaude du Lauragais, ni même les eaux douces et serviables de la Garonne.
Le découverte, c'est la tente mauritanienne dans le jardin, meublée de matelas de hasard et de tapis d'aventure, de cotonnade flottante et de chats, peuplées de snobs véritables
qui connaissent le véritable goût de la glace à la pomme et de la palabre intemporelle.

Non, franchement, je le dis: si avant cinquante ans tu n'as pas connu la raïma de Coloc, tu es en grand danger d'avoir raté ta vie.


Avec en prime, une rarissime photo du Cheik Ari Ibn Ben Apple

1.8.10

Les Diafoirus de la prévention sortent en escadrille...

On se demande toujours si l'on doit faire un commentaire des âneries gouvernementales, ou bien leur offrir le sort habituellement réservé aux éructations de fin de banquet du grand oncle sénile et ancien collabo.
Bon.
Les parents des délinquants mineurs iront en prison.
Tous les deux?
Ou bien on en tire un au sort?

Quand la mère s'est déjà coltiné toute seule l'élevage de trublions dont la carence de père peut un tout petit peu compter dans le glissement vers la délinquance, elle se coltine aussi la peine d'enfermement?

Et puis juste comme ça incidemment, qu'est-ce qu'on fait des autres enfants? Imaginez que vous êtes le petit dernier, celui qui justement fait tout pour effacer le souvenir des conneries des aînés, qui travaille bien à l'école et tout et que tout d'un coup, on vous fasse faire votre baluchon pour une famille d'accueil, vous faites quoi? A part spécialement bien bosser votre cours de chimie pour balancer une bombe dans le bouzin?

Est ce que par hasard l'espèce d'inconscient court sur pattes qui nous dirige aurait voulu sa môman pour lui tout seul, pour oublier ainsi qu'une famille, c'est composé de plusieurs personnes?

31.7.10

La quadrature du cercle des obsessionnels disparus

L'Homme aux 276669015 défauts a, c'est entendu, plein de défauts. Des petits, des gros, des horripilants, des attendrissants. Cycliquement, j'en pogne un qui me semble présenter toutes les garanties d'un défaut parfaitement rédhibitoire, qui me permettrait une bonne fois pour toutes, d'envoyer promener les 276669014 autres.
Las, ce doit être des défauts de fabrication chinoise : ils ne tiennent pas la semaine. Sous le regard d'amis bienveillants-et aussi d'enfants plus exaspérés qu'inquiets, le défaut se ratatine en baudruche grotesque, se dilue en poussière au vent ou pire, cristallise en fait d'armes tout à fait employable en future légende de Grand Ancêtre plus facile à avoir en photo qu'en pension.
Dammned.
Reste le moyen suggéré par l'amie bienveillante qui prétend cultiver une âme de femme de footballeur : prendre un amant.
On sait bien qu'il n'y a rien de tel, au moins sur le papier, que de chercher ailleurs les qualités qui manquent à votre conjoint pour supporter celui-ci.
Sur le papier.
Car dans mon cas, la recherche de l'amant idéal risque de poser au minimum quelques problèmes stylistiques. Sinon érotiques.
Essayons d'imaginer les amorces susceptibles tout à la fois d'attirer le chaland et de signifier la vacance de poste :

Premiers contacts :
"On vous a déjà dit que vous aviez une montre magnifiquement à l'heure?"
"C'est à vous ces beaux prélèvements automatiques?"
Si l'affaire se poursuit:
"savez-vous que votre façon d'ouvrir vos courriers me trouble beaucoup...?"
-mais ton dossier facture est si... si.... si extraordinairement mince!
-OMG! Tu... OMG bis! Tu jettes un vieux tee-shirt à la poubelle! Deux? mais tu es insatiable, grand fou!

-
Baissant la voix :
"Et jamais? Vraiment jamais? On ne t'a jamais coupé le téléphone parce que tu n'avais pas payé? Tu voudrais? rien qu'une fois??? Ah non écoute, si tu commence à vouloir faire le vieux couple, ça va se terminer rapidement, nous deux... Mais non, je ne suis pas fâchée. Mais chuuuuut! Non! ne me montre pas le contrôle technique de ta voiture comme ça en public, voyons, mais non, mais on va nous voir!


Cherche beau mec avec une très grosse pile de papiers rangés, ça le fait sur mythique?

13.7.10

Pour l'amie qui revient.

Quand je l'aie connue
Elle dansait sur sa propre flamme
et riait
comme on refuse de répondre.
Elle aimait le désert
et les hommes qui portent le jasmin à l'oreille.
Nous avions juste l'âge
de nous croire très vieilles
en faisant la vaisselle
à grandes poignées de sable
entre Douz et Kebili.
Je ne l'ai pas vue depuis très longtemps
sa voix me dit que je ne la retrouverai
ni béate, ni défaite
On ne vit pas sans repli
Qu'au moins
je la retrouve
sans regrets.
Nous avons tant de choses
à nous dire
que nous n'en ferons sans doute rien
et nous regarderons monter
la vapeur du thé
comme nous fumions autrefois
les sentiments trop encombrants
pour être dits

C'est l'une des balises de mon été
et je m'en réjouis.

9.7.10

Knock knock knock!

Tiens, quelqu'un est entré.
Cela n'a pas fait de désordre. Pas de pont-levis abaissé à grand bruit de chaînes, pas de porte claquée, nulle effraction.
Savait-on d'ailleurs, qu'il existait à cet endroit-là, un imperceptible guichet? Accessible à lui ou elle seuls, franchi d'autant plus souplement qu'en toute vraisemblance, il ou elle ignore être entré.
Ce n'est pas faute, en commensal poli, d'avoir décliné titres et travaux et montré patte blanche sans mendicité. Ce n'est pas faute d'avoir respecté l'usage du perron, du petit banc d'entrée, du porche banal et commun.
Il ou elle peut y être resté une heure ou un an, peuvent n'avoir pas même esquissé l'intention d'un pas plus avant.
Qu'est-ce qui, tout d'un coup, les déplacera (et ce sera irrémédiable)?
La beauté d'un profil, pris dans la lumière? Le geste quasi-philosophique autour de la tasse de café qui dit tout du détachement amusé? La faille pudiquement recouverte? La connivence insolite? Mais tout autant le rire en torrent, la jeunesse entêtée, la pensée précise, l'honnêteté à vivre ce qui doit être vécu.

Peu importe. Des fois, on ne le sait même pas. Quelqu'un est entré, il est à l'intérieur de vous et là-bas, tout près ou très loin, pour le peu ou le prou, avec douceur ou déchirement, avec sympathie, curiosité, désir ou nostalgie, quelqu'un s'est mis à compter pour vous.

1.7.10

Deux choses sont infinies...*

Le truc le plus con de l'année. Et pourtant, l'épidémie de grippe fut un fertile terreau en âneries de choc.
Accrochez-vous c'est du lourd :
" Je suis d'accord pour l'achat d'un défibrillateur automatique externe par le Lycée, dit ce Proviseur, mais à condition qu'il soit réservé à celui-ci."

Donc, au lieu du logo, genre celui-ci

destiné à prévenir la population qu'on peut tenter de réanimer le pékin moyen qui vient de s'effondrer devant vous, ou, du moins, dans un rayon de 500m
je vais être forcée de proposer au prochain comité Hygiène et Sécurité un genre comme ça :

Et pour ceux qui me poseraient la question, non, il n'y a pas de défibrillateur de cerveau. Sinon, je vous jure que j'aurais tout tenté.





*L'Univers et la bêtise humaine. Encore pour l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. (Einstein)

28.6.10

Enquiquinez les riches!

Dans cette atmosphère faisandée, où l'on découvre que les préfets touchent une prime d'efficacité pouvant se monter à 4 SMICS annuels, où l'on avoue implicitement qu'un ministre peut commander des redressements fiscaux-et en interdire d'autres?-, où un monarque se paye un avion pour nous pisser dessus de plus haut encore, il ne faut pas se priver d'une occasion, même minime, de redire que la loi est un bien commun.

Depuis 1986, date d'entrée en vigueur de la loi "littoral", de riches propriétaires* du Fouquet's club, empêchent l'accès au sentier douanier de Beg Meil** sous prétexte qu'ils y ont piscines, gloriettes tennis et autres agréments à tenir loin du peuple.
Il suffirait, pour que la continuité du sentier soit rétablie que les propriétaires reculent leur haie de 3 ou 4 mètres.

Une inlassable pétition de bretons têtus*** circule chez Cyberacteurs, demandant la simple application de la loi.
Si ça vous dit, de signer et de faire circuler, voici le lien
Rien ne vous interdit de cliquer aussi sur les pétitions voisines, notamment pour ceux qu'affligent la glaciation de la grille de France Inter.

* On compterait dans ce petit segment une propriété Bolloré, une Taittinger et une Lascar .
** d'accord, c'est en pays fouesnantais, donc chez les étrangers, mais bon !
*** un oxymore, je maintiens. ( ce sont les bretonnes qui sont têtues!)

21.6.10

j'peux pas, j'ai pause.


J'ai pause.
Je ne sais pas très bien pourquoi, pas plus que je sais comment s'est déployé un jour ce besoin de faire part. Je sais juste que j'en ai profondément eu du plaisir, que j'en ai un peu moins en ce moment, que cela arrive à beaucoup d'entre nous. Je sais que certains closent, effacent radicalement, attendent la reprise, envoient des signaux de loin en loin, pausent en fait de façon tout aussi diverses que nous écrivons.

Je sais que la vie publique atteint de tels sommets d'obscénité que je n'ai plus envie d'en rire, que ma vie privée, même si j'en laisse passer et, probablement, bien au delà de ce que j'imagine, n'a de place ici que si j'ai le sentiment d'en avoir pensé quelque chose et de n'en présenter que ce qui peut prendre soin de vous par écho.
Je sais que je manque d'envie de pastiches ou de jeux.

Je sais que je tiens à vous. Que je serais contente si vous avez le courage la patience ou l'envie de m'attendre un peu.

Que je reviendrais dès que j'aurais quelque chose à vous dire.

Et que ça sera peut-être même demain. Même si j'ai piscine.

16.6.10

diagnostic


Si je considère toute à la fois mon miroir, mon agenda, ma pile de tâches et ma pile à lire, l'attachement que j'éprouve envers mes commensaux et mon exaspération croissante, le diagnostic de mon besoin est extrêmement aisé:
Anita, mon petit, tu aurais très exactement besoin d'un marivaudage en règle, intelligent, caustique en apparence et tendre en dessous, qui ne pèserait pas plus que l'ombre d'un clin d'œil et qui te permettrait d'envoyer aux cent mille diables tous tes devoirs d'adulte responsables mais pas trop loin quand même.
L'inconvénient par ailleurs étant que tu y es habile comme au vernissage d'ongles et que ce n'est pas peu dire.
Mais ce n'est pas pour autant que tu dois te priver d'être lucide.

13.6.10

bébés phoques


En ce moment, j'ai plein de bébés phoques.
De ceux qu'on pose sur la banquise, l'œil implorant et le poil mouillé devant les caméras et avec l'injonction immédiate et culpabilisatrice de "faire quelque chose!".
Docteur.

De résoudre le problème de ce jeune homme appareillé depuis des années, jamais signalé et dont on se dit, que peut-être, éventuellement il serait gêné pour entendre les bandes sonores aux épreuves orales de langue. Dans une salle déserte avec une seule personne. J'ai dit : "Ah? Et sept ans dans une classe plein d'adolescents bourrés d'hormones, il a entendu correctement?"


De celui qui terrorise tout le monde du haut de ses 8 ans manifestement psychotiques, qui est en attente de classe spécialisée et dont on me demande, faute de position claire du psychiatre et de l'inspection primaire de déclarer qu'il est "médicalement inapte à la scolarisation." Bon d'accord, mais du coup, comment vous allez pouvoir le scolariser dans sa classe spécialisé après? J'ai dit à l'Inspecteur que je pouvais faire un certificat comme quoi l'école de P. était "institutionnellement inapte à scolariser cet enfant." De toute façon, ça fait très longtemps qu'on est pas copains, lui et moi :-).

Celui qui vous demande un certificat d'aptitude pour aller en lycée agricole, parce que c'est le seul endroit qui l' a accepté et qui vous jure, les yeux en coquelicot, le nez en patate et la voix étouffée que non, absolument pas, il n'est pas sensible au rhube des foins. J'ai rien dit, j'ai tendu le paquet de mouchoir et levé un sourcil.

Celui qui a perdu sa maman et qu'on me supplie, à rebours d'une de mes rares règles intransigeantes (On voit un enfant de 6 ans avec l'adulte responsable, point barre.), d'accepter que la visite se déroule avec une grande sœur, parce que le père est en déplacement. Montez le son à 60 décibel et écoutez, sans frémir si vous le pouvez, la phrase proférée devant toute la classe : "PASSQUE C'EST PAS SA MERE QUI VA POUVOIR VENIR, HEIN!". Je suis héroïque, je n'ai pas répondu "il a un père, connasse, et une grande sœur qui a largement autre chose à faire de son chagrin que de jouer les mères de substitution".
J'ai eu le dit père longuement au téléphone, tout va aussi bien que cela peut, ils font face. Nous nous verrons en septembre, calmement. Dignement.


A vous, parce que vous êtes des potes, je vous dis : cette fin d'année, j'en ai marre.

11.6.10

brève de comptoir

Au bar.
Décidément, le supporter est maussade. A peine quelques occasion d'entamer un début de mugissement, vite suspendu et remplacé par un "putaiiiiiiiiin..."

A la 60° minute ( ou à peu près, hein, on va pas chipoter)
" On se fait chier , hein?
-tu parles. Je s'rais chez moi, j'aurais déjà tapé sur ma femme..."


Mea culpa. J'ai ri.

31.5.10

Dans le champ d'artichauts


Dans le champ d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Après tout, les têtes étaient presque mûres et les dames, même aux allures respectables, sont peut être armées tout à la fois de couteaux et de mauvaises intentions.
Jean, en bon trégorois, eut la méfiance aimable et la politesse vigilante. Rapidement convaincu que je n'emporterais que des clichés, il laissa monter un plissement amical au coin des yeux et entama la placote. D'abord légère, météorologique et locale.
Pas banale, non, parce que celui qui a couru le monde m'étonne parfois moins que celui qui n'a pas bougé d'auprès de son arbre.
Je ne crois pas que Jean soit bavard par essence. Je ne crois pas non plus que je sois toujours fascinée par les fragments d'histoire des champs d'artichauts. Mais cela s'est noué comme ça, parce qu'on était bien installé le long du muret, parce que la lumière se faisait attendre. Il s'est mis à raconter et moi à écouter.
Les notices biographique sont toujours étrangement sèches et leur dureté serre souvent le cœur. Jean raconte, sans aucune espèce de plainte, le père mort en 39, la mère aux cinq enfants qui se remarie avec le paysan aux six encore petits, le travail de ferme qu'il découvre à 14 ans. Les longues tablées qu'il faut nourrir. L'artichaut n'était qu'une culture de subsistance et les finistériens n'avaient pas encore amené le chou-fleur. On cultivait la Fin de Siècle.
Et on mangeait ce qu'on cachait aux Allemands.

Il ne met pas plus de vantardise que de plainte à raconter comment il s'est engagé en trichant dans la résistance à 16 ans. Il dit qu'il y avait sans doute plus de désir d'échapper à la tutelle du beau-père casse-pied que d'héroïsme. N'empêche. Il désigne là la petite butte où les résistants avait essayé de bombarder le sémaphore. Candides, ils y avaient encerclé les Allemands en oubliant de leur couper le téléphone. Les autres sont venus les cueillir comme des fleurs. La fosse creusée sous la contrainte, le tir en rafale, les corps qui tombent.

Il dira ensuite combien de petites fioles d'éther on trouvait dans les fossés, combien ils étaient jeunes, ces meurtriers drogués dont la bouche fendillée brûlait.
Et l'œil de Jean, méditatif, flotte sur les contour de ce paysage qu'il connait par cœur.
Il ne sait pas comment finir et moi non plus. Nous revenons à des phrases tempérées. Nous n'oserons pas poser les vraies questions ni donner les vraies réponses.
("Est-ce que cela compte, ce que je vous ai raconté?
-Oui. Pas comme pour vous. Mais oui.
-C'est de l'histoire ancienne, si ancienne.
-Mais vous l'avez vécu. Cela a existé. Cela existe encore. Des hommes meurent. Et puis on fait pousser des artichauts."
)

Nous nous saluerons, avec courtoisie et pudeur. Comme en Tregor.



NB : Et ce soir, en lisant, consternée, les justifications du raid israélien, je me demande comment Jean et moi, nous aurions fini cette conversation, en partie muette, sur la stupéfiante impression d'imbécilité que laissent les fracas humains soixante ans après.

30.5.10

Corolles.

Saison de coquelicots. La photo qui n'est pas prise, c'est celle d'un petit garçon fasciné, pouce dans la bouche, devant les corolles rouges qui dansaient. Les jupes des filles sont-elles la nostalgie du coquelicot, ou est-ce l'inverse?

Le vent joue parfois aprendre la photo à ma place :


Un coquelicot bichrome, un peu à la manière des fantômes délicats du jardin de Still.


Le pavot jaune annonce la couleur.
Est-ce un pavot, d'ailleurs? Il poussait en liberté surveillée sur le très beau sillon de Talbert, désert ce jour.


Comme un pt'it coquelicot. Mesdames.


J'ai même trouvé des artichauts câlins.


Dans le champs d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Je vous en parlerai demain.

23.5.10

16 heures, un jour de mai


Tout doucement, les bruits s'éloignent.
Les cris d'enfants ne font guère obstacle. Ils se fondent en paillettes brèves, comme si je les entendais en couleurs dansantes, tournant autour de moi sans m'alarmer.
Des jeunes parents s'installent, j'entends leurs échanges rapides, interrogatifs, je me souviens de ce temps-là, si encombré de détails pratiques, d'objets, d'éventualités multiples. Peu à peu, je détend le filet de ces voix, je passe au travers de leurs mailles inquiètes.
Comme les plongeurs, je franchis des paliers, je sens le poids de mon corps se modifier, la chaleur qui commence à la nuque et roule jusqu'aux reins.
Je repousse l'agacement d'un bruit entêtant, obscène. Un scooter des mers.
Je plonge, le sable chauffé sent la poudre, je goûte brièvement le plaisir d'avoir soif.
La tête dans mes bras, je fais ma première sieste sur la plage.

17.5.10

Pierres blanches

Des mots généreux, des fleurs, des pensées précieuses, des appels, un fin et doux réseau...
Amis inquiets qui, au son du précédent billet, ont cru le jour triste, ou moi soucieuse de l'âge, ne vous alarmez pas : je suis de celles que l'absence de solution rassure, que l'empêchement de croire en une finalité de la vie réconforte. Quand je bute, je me plains ou je tire les moustaches du chat et je bats mes enfants. j'embête mon monde.
Quand j'écris, c'est que je suis déjà un peu plus loin, que le courant a levé les obstacles.
Pis, à midi, j'ai pique-niqué là :


Je vous zème très beaucoup.
PS: pour ceux qui veulent, il y a quelques photos d'Irlande en ligne sur l'Œil de la Baleine...

16.5.10

Monde sensible.


(Post déconseillé aux moins de 40 ans) (et aux autres aussi d'ailleurs)

Danser à reculons*. Avec application, avec rage parfois, et parfois encore avec une légèreté inespérée, comme l'aile qui trouve, au ras de la falaise, le courant chaud et l'élan vers le haut.
De toute façon, tout cela finira mal et nos approches ne se différencieront que dans l'infinie variation de notre solitude. Nous mourrons, ici ou comme cela. La plupart d'entre nous n'auront jamais été champions olympiques et ceux qui l'auront été ne sauront jamais vraiment si cette fragile crête valait la peine de toute cette peine. Nous mourrons ici d'une mort occidentale, les malles pleines des rêves d'accomplissement qui ne surgissent qu'au sein des estomacs rassasiés, vaguement coupables de ne pouvoir qu'entrevoir ce que peut être la mort des autres, en plein vol de misère.
Nous n'aurons pas fait grand-chose et les rares, qui auront accompli des exploits, devront tenir dans l'ombre ceux qu'ils auront impitoyablement écartés, disqualifiés, ou bien même affamés pour les réaliser.
Nous mourrons à reculons, la miséricorde n'étant souvent que cette inaltérable capacité à réduire notre vision en quelques points scintillants, jusqu'à l'ultime confort d'un oreiller frais et des jeux de lumière sur le mur blanc.

Nous croyons avoir tendu la main vers les insignes irréfutables de notre destinée, nous avons pleuré de les voir nous échapper. Vaille que vaille, nous avons habité des lieux, aimé des passants. Nous avons voulu des objets et le soleil sur notre visage.
Nous avons acheté, poli et poncé, nous avons planté et arraché. Nous avons rêvé du désir des autres et, temporairement, nous nous sommes approprié leur paysage.

Nous n'avons rien fait d'autre que de chercher les pierres blanches. Jours heureux, fragiles instants, œuvres minuscules ou murmures flatteurs sur notre passage, satisfaction d'une maison remise en ordre, dernière retouche, réplique parfaite, nous avons moins peur de descendre à reculons quand brillent au loin, les pierres blanches des jours marqués, le dessin sinueux et toujours menteur de notre chemin parcouru.


*Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Appollinaire

(Demain, j'ai 47 ans. Je pense que ceci éclaire cela!)

12.5.10

Deux passants.


Ce matin, je regarde deux hommes sortir d'une voiture noire et, symétriquement, enfiler leur veste pour commencer une journée de travail.
Ils ont un peu plus que la trentaine, leurs traits sont agréables, plutôt neutres.
La voiture est parfaite propre, onéreuse sans doute, sans être ostentatoire, les chemises bleu ciel, les costumes bien coupés.*
De parfaits salary-men.

Et je découvre tout à coup, à quel point l'espèce m'est étrangère. Je suis moins désarmée par des hommes en boubou rose, par les marins du coin qui vous écrasent trois phalanges en toute généreuse inconscience, par les ex-junkies tatoués partout où il n'y a pas de veine affleurant, que par ces exemplaires répétés d'hommes corrects et interchangeables.

Je les rencontre parfois, quand ils viennent, entre deux rendez-vous professionnels, accompagner des enfants gentils en visite de maternelle. Si je demande un avis spécialisé en ophtalmologie, je suis sûre que cela sera fait. Et il est même possible qu'ils le feront eux-même et n'en chargeront pas forcément leur épouse. Ils sont courtois, efficaces et je les perçois comme indifférents.

Souvent, l'interrogatoire est pauvre. Tout va bien.

Est-ce la représentation que j'en ai, qui fait que je ne trouve pas la porte d'entrée? Est-ce au contraire, parce qu'il n'y a rien à voir, que je n'ai senti ni résistance, ni point de passage, que j'ai le sentiment qu'ils ne m'ont rien dit?

Probablement des deux. Mon efficacité tient à ma capacité de me fabriquer une image mentale des courants tensionnels, des marges de manœuvre, des mélodies intimes et des questions de mes interlocuteurs. Tout autant, voire bien plus que ce me disent, de leur enfant, mes mains et mes yeux. Et, sauf si l'imperfection de leur progéniture lance la consultation vers un terrain plus animé, la plupart du temps, je ne vois rien. Que des hommes corrects.

Est-ce l'éclat aveuglant de leurs chemises bien repassées qui brouille ainsi mes repères? Comment ça vibre, un homme impeccable? Est-ce que ça pleure? Ça rêve de quoi?
Ce costume leur est-il une jouissance, une obligation ou une armure?
Ce rasage de si près, est-ce à leur patron qu'ils le dédient ou à un amour?

Je regarde les deux inconnus approcher. Ils détonnent vaguement, dans cette rue. L'espèce n'est pas si nombreuse, ici, dans ce pays où les employés de banque risquent parfois l'absence de cravate et où, au vu de l'état de leur pantalon, vous donneriez cent sous aux hommes les plus riches du coin.
Je guette, du coin de l'œil, un rien, un tressaillement, un éclat de rire, un faux pas. Je n'ai pas d'hommes semblables dans mon paysage personnel, ni père, ni frère, ni époux, ni amis. L'un de mes oncles, peut-être, fut à cette image là.
Et peut être, d'avoir été une nièce assez aimée pour avoir eu de rares et brefs aperçus de sentiments profonds mais exprimés comme en se cachant, me laisse le sentiment que ces hommes là restent des hommes liés, comme lentement déshydratés, rendus pour ainsi dire, inaccessibles à eux-mêmes.

Passant correct en costume neutre, comme j'aimerais, si tu passes ici, tout vivant de tes rêveries, que tu me démentes...


* Je ne me souviens plus de la couleur de la cravate, mais il y en a de très jolies chez M. KA...

9.5.10

Aimer l'Irlande


Aimer le paysage
Comme la peau du Monde.
Le vent est né ici,
dans la brèche longue
des tourbes
Eveillant
Dans les collines immobiles
La harpe et l'herbe,
liées.

Il fallut si longtemps
En Irlande
Contourner du même pas
La pierre et le malheur
tenir le tumulte serré
Et l'œil sur la ligne des crêtes
que tous, ils savent chanter.

Croyez vous
qu'on puisse toujours
rester la voix basse?

Aimer l'Irlande
comme le vent du Monde
et les lacs d'eau noire
scellés sur l'Histoire.

7.5.10

L'homme aux 72 défauts et le démarchage par teléphone.

J'avais raconté ici comment l'Homme aux 71 défauts répondit à la dame qui lui proposait de réduire ses impôts.
Ce soir, c'est un monsieur qui lui propose un nouvel abonnement téléphonique.
Je vous la fais?
"Driiiiiing!!
(oui enfin, bip-bip-tut)
Homme à 70 défauts :
-Allo?
Monsieur Malpayé:
-Bonjour Monsieur à 69 défauts, je suis Monsieur Malpayé de la Société Kiventou, je viens vous proposer un nouvel abonnement téléphonique.
Homme à 68 défauts:
-Ah, c'est que voyez-vous, je n'ai pas le téléphone.
Monsieur Malpayé :
-Ah non?
Homme à 67 défauts :
-hébé non.
Monsieur Malpayé :
-Ah, bon, ben, c'est dommage. Et bien, au revoir Monsieur à 66 défauts
Homme à 65 défauts :
-Ben oui, au revoir Monsieur Malpayé."

M'en va devoir ouvrir une nouvelle rubrique. Mékilékon.
Pis même, je crois que je vais le sous-louer à ceux qui ont des Témoins de Kivousavez à faire lâche prise.

5.5.10

Des pt'ites fiches, des pt'ites fiches, toujours des pt'ites fiches...


Je sais bien que les gogos gobent tout, mais quand même...
Un fichier des élèves décrocheurs?
Ça existe déjà.
En au moins deux exemplaires.
Le premier est un cahier d'appel.
Le deuxième un logiciel de vie scolaire.*

Etant donné que la scolarité n'est pas obligatoire après 16 ans, à quoi peut bien servir qu'un tartempion au Ministère sache que le petit Nicolas a séché les cours de droit le 15 mai 1975? Karim du Lycée Tombé de Saint Troubidou Chef-Chef n'est pas venu en math?
A appeler le Recteur pour qu'il appelle l'Inspecteur d'Académie pour qu'il rappelle au Principal qu'il doit dire au CPE qu'il doit appeler les parent pour que ceux-ci tirent Karim du lit?


* auxquels ajouter la commission de suivi dans l'établissement, de la commission cas difficiles de l'Académie, des dossiers du conseil Général, voire de ceux du Juge pour Enfant, sans parler des registres mal tenus de votre humble servante.

4.5.10

Trois fois rien.


Je ne sais plus quel admirateur exaspéré des chats remarquait que les chats noir et blanc arrivaient toujours à coller leur poils blancs sur vos vêtements noirs et les noirs sur vos tee-shirts blancs.
Tout d'un coup, ça m'a semblé une excellente métaphore de l'adolescence.

_____________________

Quand je repars vers 16h de cette école, un petit garçon y rentre. Menu, vif et souriant. Un peu pâlot, mais le bonjour est clair. A cette heure là, le croiser au portail ne peut vouloir dire qu'une chose : il revient d'une rééducation orthophonique ou d'une prise en charge au centre médico-psychologique, juste à temps pour récupérer ses devoirs. D'ailleurs, de l'autre côté, sa mère est encore là. Elle a un physique ingrat, au moins vingt kilos de trop et une petite voiture sans permis couleur épinard. Le sourire qui flotte encore sur ses lèvres alors qu'elle regarde en direction du portail fait lever, dans ma mémoire, une cohorte de figures de mères démunies et affectueuses. Et, finalement, subtilement débrouillardes.

_____________________

est-ce que les japonais ont des pâtes alphabets en forme d'idéogrammes?

2.5.10

Pour le printemps

Je me suis fait une petite pelouse à carreaux...