Les blogs sont pleins d'histoires de chaussettes.
Veuves.
Esseulées.
Condamnées à attendre solitairement le retour de leur moitié de paire, des semaines durant, voire des mois chez
certains procrastinateurs d'élite, recroquevillées en petit tas dans une bachole en plastique blanc, en osier chez les plus chics.
Au fond d'un placard noir, solitairement, la chaussette restante espère et patiente.
Certaines, pour meubler leur solitude et adoucir leur peine, se racontent d'improbables histoires dont
l'une a été récemment recueillie par Monsieur Réponse, homme bon et délicat qui ne pouvait imaginer laisser sans réponse une question aussi cruciale pour le mi-bas.
Parfois, l'humanité distraite-feignante aussi hélas- se laisse attendrir et abrège le calvaire de la socquette. Poubelle, vidange ou chiffonniers, on tranche le noeud gordien et par là-même on se délivre du regard accusateur que vous lance la délaissée à chaque corvée de linge.
Mais certains d'entre nous s'obstinent, sans relâche. On lance les troupes d'interpolochons, on sonde les fauteuils et jusqu'aux revers des bibliothèques, on retrace des itinéraires sur des cartes d'états-majors...
Et des fois, on gagne.
Après 237 jours de captivité sous un matelas, je viens de délivrer l'une d'entre elles.
Happy end, embrassade et rideau.
Ou presque.
Car il y a plus terrible encore que l'attente sans fin, plus déchirant que l'euthanasie de la dernière chaussette. C'est si tragique que je n'en ai vu mention nulle part sur les blogs.
Elles sont réunies, oui.
Mais le temps a passé. L'une a vieilli doucement parfumée de lessive bio, tandis que l'autre connaissait les rigueurs de la poussière et des attaques bacteriennes.
Une chaussette d'adolescent(e) laissée à elle-même durant des jours et des jours, dans des conditions extrêmes, cela ne tarde pas à retourner à l'état sauvage.
Elles sont réunies. Elles ne se reconnaissent plus.
Leur prometteuse histoire d'amour (
"où tu iras, j'irais, jusqu'à la fin du monde") a été brisée net. A quoi donc leur a servi leur inutile fidélité, leur chasteté absolue durant l'épreuve? Plus rien ne sera comme avant. Plus jamais elles ne feront les fières ensemble. Leur désaccord est bien trop visible. Même pour les festou noz.
Lecteur, mon ami, lectrice ma soeur, garde-toi de trouver ce post futile. Aide-moi et tourne un regard lourd de reproche vers l'Adolescente inconsciente, dont je sais qu'elle me lit :
"Mon enfant, tes 16 ans printaniers ne te rendent-ils pas sensible à la tristesse absolue de cette histoire? Combien de couples vas-tu ainsi briser, ô jeunesse cruelle, avant de décider que toute histoire d'amour mérite notre protection?"
C'est mon dernier espoir.
Parce que décidément, "descends ton linge sale, criss* ed feignasse baptisée à l'huile de lièvre!" ça marche pô.