17.11.08

Réforme de la psychiatrie : "J'irai chercher la santé mentale avec les dents!"

Comme bon nombre de médecins, j'ai sauté en l'air-pas de surprise, non, on s'y attendait- lorsque le Présiprince, à la suite d'un fait divers tragique impliquant un schizophrène a déclaré, dans son style inimitable qu'il allait nous pondre illico une réforme de la psychiatrie.
J'attends encore, depuis la révélation d'un autre fait divers, tout aussi dramatique, impliquant un membre de sa famille politique, qu'il promette une réforme de l'UMP.

C'est vrai, certains passages à l'acte me trouvent plus compatissante que d'autres. Je ne le nie pas, et souvent, je m'en interroge. A la vie publique, il m'arrive de prêter une oreille différemment accordée selon les cas. Je vois bien bien qu'il m'est de plus souvent possible d'utiliser des outils de compréhension professionnelle. Ils ont l'avantage de me laisser sceptique peut-être, mais sans rancoeur.
Mais parfois, je ne peux, ou ne veux pas. Je me laisse mettre en colère. Je sais parfaitement que c'est inutile, mais tant pis. Je serai une sage nonne Taoïste dans une autre vie. (La troisième après celle de ménagère ordonnée aux armoires pleines de linge sentant la lavande)

Je vois bien que cela a à voir avec ce que je pressent comme un pouvoir de nuisance d'amplitude variable.
Derrière le premier fait divers, j'entends la terreur, l'envahissement par les voix, la lutte incessante, pied à pied, contre la menace intérieure et le passant qui passe par hasard, prendre le rôle de l'ennemi dans cette histoire folle. Je connais notre impuissance, l'irréductibilité de la souffrance humaine, qui se contrefout des effets de manches et des rodomontades.
Sûrement, en toute logique avec moi-même, je devrais entendre la même chose dans ce deuxième fait divers. Mais j'ai beau faire, le bruit qui en monte me raconte l'histoire d'une fin de toute-puissance, l'histoire d'un après-moi-le-déluge, l'histoire d'un homme qui croyait posséder une mairie et un être humain. Elle me raconte l'histoire d'une vision politique de l'être humain aux antipodes de la mienne, d'un système qui broie les faibles de telle façon que les anciens forts n'ont plus d'autre recours que le sursaut haineux, quand ils viennent eux-mêmes à défaillir.
Cet homme-là a-t-il songé une seule fois à offrir son aide, a-t-il songé une seule fois à en demander?
Le choeur de ceux qui crient au crime passionnel, prouvant bien qu'ils en font une circonstance atténuante que jamais ils ne reconnaîtront à la misère et à la maladie mentale, qui sont les mêmes qui démolissent pierre à pierre ce que le service public avait d'un peu généreux- et prévoyant-me donnent envie de faire provision de bois vert, et de m'en aller le leur casser sur dos.
Peut-être la compassion me viendra néanmoins. Cette bête est surprenante. Tiens, je me suis presque surprise à en ressentir en lisant la lettre de JM Le Pen à Carl Lang...
Cette réthorique boursouflée, ce trépignement rageur de chef suprême d'un parti fantoche, cet aboiement édenté ! Un monument, mes amis!
Il est urgent de créer un asile pour vieux Matamores emphysémateux, pour Tyrans sans public, pour presque-Maîtres-du-Monde poussés à la retraite. Mixte, oui.

18 commentaires:

l'âne Onyme a dit…

Je crois qu'il est des régions intérieures qui ne sont pas accessibles à tous les hommes. Certains pensent que la réussite se mesure à l'aune de l'argent ou du pouvoir. Certains pensent que la fin justifie les moyens. Ces moyens là et ces fins là nous rendent sans doute impuissants à ressentir, à compatir, à demander, à comprendre.

Yves a dit…

Qu'est-ce qu'il est prévisible finalement !
Une pensée positive : ni Attila, ni Napoléon, ni Mussolini, ni Franco, ni Pol Pot, ni Le Pen ne se sont assis sur la moindre chaise de ma maison.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Mettre en parallèle ces deux histoires est tellement nécessaire pour souligner l'iniquité de traitement faite par celui qui se croit le mètre du monde

Fauvette a dit…

Merci, oui vraiment.
Tu as vraiment les mots pour le dire.

Oxygène a dit…

Et Tili annonce que l'assemblée nationale a respecté 1 mn de silence pour cet homme !

Oxygène a dit…

Et Tili annonce que l'assemblée nationale a respecté 1 mn de silence pour cet homme !

Marianne a dit…

Dans les deux cas ce sont des drames de la folie
mais que le chef de l'état puisse réagir à l'émotionnel me parait grave d'une personne dont on attend du sang froid .Alors pourquoi silence sur le deuxième événement ,il fait du shopping à NYC avec Madame .
Un asile mixte avec camisoles en dentelles et électrochocs en musique même si le fait d'y voir certaines personnes aurait tendance à me mettre en joie , je ne suis pas certaine d'approuver .
La minute de silence était une proposition d'une élue qui à mon avis devrait consulter . D'après le parisien de ce matin , ce n'était qu'une proposition .

l'âne Onyme a dit…

Je crois que nous devrions ôter notre chapeau et faire une minute de silence devant l'incommensurable et la monumentale imbécilité institutionnelle.
C'est la société du paraitre : plus de spectacle sans "standing ovation", plus de fait divers sans marche silencieuse, plus de décès sans minute de silence, plus de Boileau sans Narcejac !!

anita a dit…

@Mariane, mais non pas d'électrochocs : on donnerai juste à celui-là des cartes d'adhérents à déchirer et à ranger dans une boîte marqué "exclus du FN", à cet autre un monopoly où les rues seraient remplacées par "justice" "éducation" "santé" "droit de travail" et les gares par des noms de yachts.
Je suis pour les méthodes douces...

@ Tous : Un drame reste un drame, nous sommes d'accord. Même avant de connaitre la minute de silence, l'utilisation politique si différente suivant que vous serez pauvre ou non, m'a donné une sérieuse nausée.
@ Yves : méfie-toi, je me suis assise chez toi. Et nul ne sait ce que l'avenir nous réserve.

Marianne a dit…

Anita moi aussi je suis pour les méthodes douces d'autant plus que j'ai travaillé en hôpital psychiatrique et les électrochocs et autre tortures comme les insulines m'impressionnait du haut de mes 17 ans 1/2 .
Ai- je besoin de confirmer que mon commentaire était à prendre au degré que vous voulez ne connaissant que les degrés des boissons alcoolisées que je consomme avec force millésimée pour les vins et pas du tout pour le reste .
Une utilisation politique pour le premier drame oui , cent fois oui mais comme sur tous les événements qui mettent en émoi le bon peuple qui rêve d'une sécurité jusque dans sa chambre à coucher .
Bon on la fait quand la révolution méthode douce avec le monopoly ?

Marianne a dit…

Merci de conjuguer correctement le verbe impressionner à ma place !

Yves a dit…

Je te fais confiance.
Continue à vivre debout.

anita a dit…

@Marianne : soyez rassurée, si j'ai hésité, c'est entre le 92 et le 93 degré. Je pense que nous partageons la même horreur des violence institutionnelles.
Pour le monopoly, ce serait très rigolu. Dommage, la morale m'interdit d'instrumentaliser les enfants de votre groupe de création pour leur demander de faire les illustrations. Le résultat aurait certainement été magnifique et plein d'humour.
@Tves : pfff! tout ça parce que tu voudrais une standing ovation...

stéphane a dit…

La réaction de notre président s'est juste pour la galerie comme d'habitude.
Ce qui est plus inquiétant c'est l'a minute de silence pour l'assassin d'une femme. Je pense que la prochaine étape c'est la réception en grande pompe des chefs tribaux pakistanais.
Ce comportement est inique pour la représentation nationale. Y aurait il eu une minute de silence si au lieu d'abattre une femme, il avait assassiné l'homme qui l'a battu aux municipales. Je ne pense pas qu'il y aurait eu une minute de silence pourtant c'eût été aussi passionnel.
La parité c'est pas gagné à l'assemblée nationale, alors la compréhension de la souffrance psychique c'est pas pour demain.

anita a dit…

Bienvenue, Stéphane. Quand j'ai écrit ce post, je n'étais pas au courant de cette incroyable minute de silence. Voilà une femme assassinée deux fois et la deuxième en séance publique. Oui, je trouve cela inquiétant, cette absence de dignité.
Je viens de passer chez vous. Vous allez peut-être réussir le miracle de me faire renouer avec la néphro! Moi, dont dont les principaux outils de travail sont le stylo... et le kleenex.

stéphane a dit…

Merci pour le commentaire, je travaille aussi beaucoup du stylo et parfois un peu du kleenex.
La dimension chronique du patient en néphrologie ouvre parfois sur d'autres centres d'intérêts que le ionogramme ;-)

jardin a dit…

Seuls les gens sains d'esprit (meurtriers de leur femme de préférence) auront droit désormais à l'excuse du "coup de folie".

Les schizophrènes avérés, mal soignés du fait de la décrépitude grandissante de nos hôpitaux, qui tuent un inconnu sous l'emprise d'un délire, seront désormais considérés comme pleinement responsables de leurs actes.

Réfléchissez au nombre grandissant de situations où les valeurs de base s'inversent de manière surréaliste, vous aurez le vertige.

anita a dit…

Jardin, tu sous-entendrais qu'on vivrait dans un monde où il serait plus grave de n'avoir pas de titre de séjour que de faire sortir des millions d'euros vers les Iles Caïmans? Tssss.....