11.12.07

Vents contre courants.


Ce post -ci pouvait donner à penser que je ne voyais que du noir dans des ces fameuses Assises de la Prévention. J'en serais confuse. C'est pourquoi je vais vous infliger un post bien moins joli que les vagues roses et ourlées.
Je veux des travailleurs sociaux dans ce pays. Je veux des assistantes sociales qui aient le temps de s'assoir boire un café, je veux des éducateurs qui aient moins de quarante mesures sous le coude, je veux des juges qui aient d'autres outils décisionnels que celui-ci,
et bien entendu, je veux pour mon propre compte, moins de 8000 élèves répartis en quarante et un établissements.
J'aime, j'aimerai toujours les gens qui font fonction, chacun à leur façon, de l'animatrice d'ateliers au médecin, en passant par l'instit et le prof, de remailleurs de fin, de tissu conjonctif, de halte bienfaisante et de dérailleurs de machines folles.
Mais, sans doute parce que je suis née dans la marmite, je ne peux m'empêcher faire bouillir quelques contradictions.
En vla un petit bouquet.
1) Travailler avec les familles.
Ben tiens.
Comme je le disais précédemment, on ne voit JAMAIS, mais absolument jamais de famille dans ces réunions. Passe encore qu'on n'invite pas à monter sur l'estrade une famille pour nous raconter leur vécu du placement d'enfants. Mais j'ai bien regardé sur la liste des réunions préparatoires. Rien, nada, maccache, nitra. Pas même une association comme ATD, Emmaus, même pas une association de familles plus huppée.
Travailler avec les familles, soit, mais pas travailler avec les familles à apprendre à travailler avec les familles.
Je me bagarre au quotidien pour que, lors des équipes éducatives, les parents ne soient pas convoqués APRES les professionnels, mais EN MÊME TEMPS.
Ahmaismediton, quand les familles sont là, on ne peux plus se dire les mêmes choses.
Ben justement.
Avant de leur dire des choses, on a d'abord à en entendre. Où en sont- elles? que font-elles de l'inquiétude des professionnels, sont-elles au bord d'une solution? Laquelle? Est-elle forcément sotte?
Ahmaismediton, il faut quand même se concerter avant pour parler d'une même voix.
Et voilà mon deuxième serpent de mer.
2) parler d'une même voix, se coordonner, avoir le même référentiel.
A se demander à quoi cela sert de mettre autour d'une table, un assistant social, un éduc, un médecin, un psy, un prof et un raton-laveur, si c'est pour qu'il aient la même chose à dire.
Si je n'écoute pas ce que le psy a à me dire, je ne fais pas mon métier. Mais si je ne fais que l'écouter, je ne fais mon métier non plus, je fais le sien.
Je ne veux pas qu'on parle d'une même voix. Je veux la voix de l'autre, y compris si elle me fait grincer des dents.
Je mets dans le même pot au noir ceux qui voudraient harmoniser les secteurs d'interventions en plus des pratiques. Travaillant avec des maternelles qui sont à l'échelle d'un quartier, des primaires à l'échelle d'une ville, des collèges à l'échelle de l'intercommunalité et des lycées drainant le département, permettez que je pouffe sur mon barreau.
Je crois à la prévention comme à une succession de tamis, à mailles différentes, ici ou là. Je crois à la nécessaire incohérence des pratiques, qui seule est capable de rendre compte de la complexité des enjeux.
Je crois à la nécessité d'avoir des lieux pour les enfants tout petits, et des lieux pour les adolescents, et que crois inévitable que les professionnels des premiers se plaignent du manque de suivi ultérieur et que les seconds aient envie d'intervenir plus tôt.
je crois inévitable que les gens parfois se dérobent, que des accidents aient lieu, parce que le jour où l'on se mêle de vouloir un paradis sur terre, cela fait tout de suite un fort convenable enfer, parce qu'une société qui s'imaginerait vider les couloirs de la psychiatrie adulte et la tôle, le tenterait au moyen de procédés terrifiants.
Et je crois à l'absolue nécessité de ne pas s'arrêter au genre de constat que je fais, et à celle de continuer à pousser des petits cailloux sur les rails des destins programmés.


PS qui n'a rien à voir :
ce week-end est née en Bretagne un nouvel aphorisme météorologique : "il souffle des Rafales à décoiffer une secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme."
Allez, une petite dernière, trafiquée celle-là.

5 commentaires:

l'âne Onyme a dit…

C'est vrai, vent contre courant, on avance peu.
Des humains, j'en parlais dans mon billet "là bas si j'y suis". J'en rencontre ici aussi, contre vents et marées.
Et ça remonte quand même, comme un coup de lambig, de ti-punch, de whisky.
Ou des trois à la fois
En attendant que la marée change.
Bises

Yves a dit…

Juste un petit mot. Parce tard. Parce que écrit pas vite. Parce que pense pas vite. Non, ça tu barres.
Comment tu mets le doigt sur l'essentiel "on a d'abord à entendre". C'est bien la dernière chose qu'on fasse avec les parents pas dans le droit fil, comme avec leurs enfants...

Encre a dit…

Je crois aussi à l'absolue nécessité de ce que vous faites, et suis estomaquée de lire qu,il voous faut vous occupper de «8000 élèves répartis en quarante et un établissements.»

Tout cela est révoltant. La souffrance de ces enfants pèse bien peu dans la balance des décisions gouvernementales puisqu'ils ne sont pas électeurs.

Et que dire de l'inertie administrative, de l'incurie des gestionnaires, des blocages idéologiques qui réduisent à néant les efforts de tant d'intervenants. «Travailler avec les familles, soit, mais pas travailler avec les familles à apprendre à travailler avec les familles.» En effet, quelle perte de temps quand il y a tant de problèmes si graves et urgents.

Chapeau de travailler dans de telles conditions, et avec un tel sentiment d'impuissance!

Marianne a dit…

La prévention intelligemment pensé, à long terme avec tous le acteurs et non pas reposant que sur des bénévoles plein de bonne volonté mais pas armés ,ni formés aux problèmes qu'ils rencontrent .
Des voix discordantes pour une harmonie de vie et de bien être ponctuel en espérant pouvoir faire mieux , plus longtemps , plus loin ,pour encore plus de monde.
Qu'il est réconfortant de lire ce post .
Il me viendrait à penser que ce genre de réunion sans les familles , sans aucune association représentative ressemble plus à un tribunal qu'à une réunion de travail .
Faisant référence à mon vécu dans le monde du handicap je crois que c'est pire , ben ma bonne dame ils sont handicapés alors vous ne voudriez pas qu'ils causent
en plus !.
Allez au boulot Anita , il faut changer tout ça !

anita a dit…

L'âne, Yves, Encre et Marianne, j'ai comme une envie, là tout de suite, de préparer un immense plat de spaghetti et de m'attabler avec vous, et de passer la nuit a parler de toussa...