22.11.06

On a les Pablo Pineda qu'on mérite.




Les démêlés des parents d'un enfant pas dans les normes avec les diverses administrations ressemblent souvent à une litanie, de celles qu'on entend dans les cours de récrés:
"alors y m'dit..
-alors j'lui dit...

-alors y m'ont répondu...
- mais moi j'ai dit..."

Il importe alors de laisser flotter l'attention, non pas pour refuser d'entendre, mais pour qu'une image puisse se former, au travers des méandres, quelqu'un qui ne saurait être l'enfant lui-même, mais juste un croquis, de préférence avec paysage autour. Des fois cela prend beaucoup de temps, le croquis est pâteux, ou bien de grosses taches d'émotions brouillent la vue.

Quand j'ai reçu Mr et Mme L., il ne m'a fallu que trois phrases pour que l'image de R., leur fils, soit parfaitement nette dans mon crâne. Et parfaitement insupportable.

R est au CP.
Il y est seul, sans l'aide d'une auxiliaire de vie scolaire.
Celle-ci lui a été refusée.


Il faut savoir que R. a eu une naissance pas facile, ce qui entraîne des troubles non vitaux, mais très gênant dans une société qui ne saurait s'envisager sans école. Il a des troubles attentionnels important, et pendant longtemps n'a pas eu accès au langage. Mais il est capable de raisonner, d'apprendre, de progresser. Si l'on veut mesurer cela avec une echelle de QI, il est sur beaucoup de points, dans la normale, pénalisé juste par ce qui a trait à la langue, et ce qui demande une attention et une mémoire soutenue.

Le choix des parents de le scolariser en milieu ordinaire avec une tierce personne, susceptible de l'aider à se concentrer, de suppléer un tant soit peu aux difficultés de langage était peut-être un peu héroïque, mais pas blâmable.

Et bien dans l'esprit de la toute nouvelle loi. De plus, l'école, prévenue à l'avance acceptait de tenter ce beau pari sur l'intelligence.

Nous fîmes donc un sémillant dossier, truffé de courriers émanant des médecins spécialistes, des divers rééducateurs et de votre ci-devant servante.

Quel(le) sous-fifre a pu ainsi passer outre l'avis d'une demi-douzaine de personnes?
Et sur quels éléments?

Dans quoi avait-il trempé son pinceau? dans le fiel?

R. va mal. Je vois gros comme une promesse non tenue au front d'un candidat, qu'un autre sous-fifre va parler de troubles du comportement.

Je sais bien, j'ai déjà dit que la colère était un mauvais outil de travail. Mais comme carburant pour donner envie d'affûter ceux qui restent à notre disposition, c'est pas mal.

Mes amis, je pars à la chasse à l'auxiliaire!


Ah au fait, c'est qui Pablo Pineda? C'est le premier européen à avoir zeugmatiquement une trisomie 21 et un diplôme de troisième cycle.

En sciences de l' éducation.

6 commentaires:

Moukmouk a dit…

C'est le genre de bataille qu'il faut mener jusqu'au bout. Pas qu'on est sûr de les gagner, mais que si on ne les mêne pas, on se perd.

anita a dit…

Promis l'ours. Quand tu liras sur ce blog "le drapeau noir flotte sur la marmite", tu sauras que la victoire est proche!

Otir a dit…

Anita : c'est Samantdi qui a attiré mon attention sur ton billet aujourd'hui. Elle sait combien ce sujet m'est proche.

Elle ne savait sans doute pas à quel point il serait d'actualité, moi qui aujourd'hui même revient, en qualité de représentante des parents aux commissions scolaires, d'une série de réunions de même type que celle que tu décris dans ton billet, et l'une d'entre elles, sur un enfant du profil exact de R. (également en équivalent du CP).

Je mesure à quel point du chemin reste à parcourir. Je vous souhaite d'en venir là où nous en sommes. Ah ! c'est vrai, j'oublie de préciser. Je te parle depuis les Etats-Unis...

Le petit garçon dont il était question chez nous est dans une classe ordinaire et ses progrès remarquables laissent à prédire qu'un de ces quatre, comme d'autres comme lui, il n'aura plus autant besoin du dispositif de soutien qui est mis en place aux frais du district scolaire.

anita a dit…

Bienvenue Otir, je passe sur ton blog régulièrement, même si je n'ai pas encore commenté. Je sais donc combien tu es sensible à ces questions.
En France, localement, il y a des évolutions. Mais je ne crois pas que je vais être au chomâge technique demain. Et parfois,je suis en colère.

Still a dit…

C'est si vite fait de se débarrasser des questions encombrantes... Il suffit de faire comme si elles n'existaient pas... Et nous savons bien du côté du champ social, que l'incarnation des questions par des êtres de chair et de sang ne suffit pas à leur prise en compte. Reste la colère et le "tenir bon"...

Super Mouton a dit…

Pour certains l'éducation n'est pas un droit, ce n'est qu'un investissement. Les mêmes considèrent d'ailleurs le sida comme un outil de régulation de la densité de population. C'est beau, la vie !