6.5.07

Nicolas, nous voilà


Pour Nicolas, le jour se lève.
Et les ennuis commencent.
Il est dans la situation du petit ours qui voulait tant voir l'autre côté de la montagne, et qui est bien obligé de s'apercevoir que, derrière ce sommet si péniblement gravi, si férocement souhaité, il y a...
L'autre côté de la montagne.
Alors de deux choses, l'une moins pire que l'autre.
Les ayant, selon une de ses expressions paraît-il favorites, "tous nikê", il ne peut se résoudre à s'en satisfaire, et continuera de s'exciter sur des objets les plus divers, pour y imprimer frénétiquement sa marque. Et là, de la justice à la santé, en passant par l'éducation et la culture, le social et l'environnement nous sommes dans la mouise pour un bon bout.

Ou bien, s'apercevant après l'ivresse, que l'exercice du pouvoir est infiniment plus morne que sa conquête, quelque chose se déprime et qui sait? ... laisse place à un doute, une ombre de temporisation, une possibilité, même minime, de se dessaisir d'une miette de pouvoir. Ce serait le mieux qu'on puisse lui, nous souhaiter.

Vivons heureux en attendant la sixième! Tâchons d'être rigolards, solidaires, pas dupes. Continuons d'oeuvrer en sous-main, de soutenir les associations d'aides aux sans papiers, aux sans logis, à toute détresse... continuons de faire des répubrunchs, des soliloques, des chénalacons. Continuons à penser qu'on est quand même mieux ici qu'en face!
Des bises à tous.

3.5.07

Après cinq ans?


le droit opposable, kekcé?
Je ne suis pas juriste, alors j'aimerai bien qu'on m'explique cette nouvelle marotte du droit opposable.
Par contre, je suis une médecin très préoccupée de la scolarité des enfants malades et handicapés.
Alors quand un candidat dit:
"Qu'une famille au bout de cinq ans, à qui on refuserait une place dans une école, pourrait aller devant le tribunal en disant : la République m'a promis un droit.
".

Je gaspe ou je pouffe?

Cinq ans?

Et pour le droit opposable à la place en garderie c'est après cinq ans aussi?

Pour la place en maison de retraite aussi, tiens!

Mon Dieu, si tous mes problèmes thérapeutique pouvaient se résoudre ainsi.

2.5.07

JE SUIS PROMUE



Chers amis,
je suis très émue. Je crois même que la dernière fois que j'ai été aussi émue, c'est quand j'ai été, au bord de l'épilepsie, promue empereure dans CESAR III.
Voui, y a pas la version impératrice, mais on a l'habitude.
Madame LA MINISTRE DU GOUVERNEMENT BLOGOSPHERIQUE, vient de me faire l'insigne honneur de me nommer conseillère en matière de Santé, m'assurant de sa confiance. (La vérité, et l'horreur de toute langue de bois m'oblige à dire que j'ai été nommée en même temps qu'un gône obscur mais fort sympathique, mais bref.)
Madame la Ministre, prouvant ainsi que sa confiance n'est pas un vain mot, vient de me charger d'une mission de la plus haute importance : trouver une autre couleur à la carte vitale.
Madame la Ministre trouvait en effet que la couleur verte s'harmonisait mal avec ses nouvelles chaussures.
Je commence donc à travailler d'arrache-pied sur le sujet. Sachant- héhé!- que Madame la Ministre fut professeure de lettres dans une vie antérieure (y a -t-il une vie avant le Pouvoir?), j'espère qu'Elle verra un discret hommage dans le premier projet que je lui propose.


Coté face, la rhubarbe:




Coté pile, le séné:




Vive la Blogosphère Libre, Vive Madame la Blogoministre, vive Vercintego, vive Vergincé, euh... Vive Versac Ier!!

1.5.07

message personnel



Bon anniversaire, la très chérie, que cette année te soit douce, pleine, rieuse, que tes jupes virevoltantes te soient des ailes!

28.4.07

27.4.07

critique d'art.



J'aime beaucoup ce tableau. Sous l'apparente simplicité de la composition, la touche légère et nerveuse inscrit une veine quasi documentaire. L'artiste y a posé une question essentielle, celle du support même de la projection picturale. Il déconditionne ainsi son propre classissisme, laissant sédimenter, couche par couche, le résidu-quasi sidétique- de l'acte perceptif.

Hélas, ce tableau n'est pas à vendre.
Ou bien :



C'est toute la cale de carénage qu'il vous faudra acquérir.

25.4.07

Où l'on reparle d'Eugène (François Vidocq, bien sûr*)


Il y a un petit moment que je me dis qu'il faut que je réponde au passant. Celui-ci m'écrit, en commentaire de ce post:

l'âge du consentement ne veut pas dire qu'il n'y a pas un certain nombre de troubles qu'on peut identifier comme une attirance exclusive pour des partenaires non nubiles (...) Et rien ne dit que ces troubles ne soient pas génétiques ou du moins innés (rien ne dit le contraire non plus car de toute façon, la première chose à faire serait d'avoir une nosographie non plus basée sur les symptômes mais sur les processus en jeu).
Alors qu'il fait si beau, et que je serais si bien, assise par terre, à me coller du terreau sous les ongles et à foutre en l'air mes chaussures neuves en jardinant avec. Passant, je ne te remercie pas, mais bon.

Merci quand même d'avoir fait une distinction entre inné et génétique. Au moment où nous naissons, ce qui est "inné" chez nous, nous a été transmis de façon bien plus subtile encore que par l'ADN. Ainsi, on viendrait de mettre en évidence que le système sérotoninergique qui influençe précocément le développement du cerveau du foetus serait celui de la mère. Voilà donc de l'inné, mais qui n'est pas transmis par le code génétique présent dans l'embryon.
En naissant, on possède aussi nombres d'expériences, certaines relativement invariantes (c'est quoi ce poum-ta que j'entends régulièrement?), d'autres culturellement codées (miam, maman a encore mangé du pili-pili, du gigot bouilli à la sauce à la menthe, un big beurk, usw...) d'autres encore franchement personnelles (p'tain c'est quoi cette invasion d'adrénaline? ah! c'est maman qui a encore regardé les prévisions du second tour. )
Mais bref, génétique, ou sous forme d'engrammes précoces, il faudrait imaginer un système subtil qui coderait tout à la fois la pulsion (jusque là, OK), l'objet du désir, et la propension à la transgression.
Là, franchement, le bât me blesse.
Sans entrer dans des détails oiseux (les détails en ont marre, eux aussi, non mais!), il faudrait imaginer une série allèlique, comme pour les groupes sanguins.
Soit un gène P pour perversion codant sous sa forme Ppf (petites filles), Ppg (petits garçons), Pa( animaux) Pn (nécrophilie) Pe (électeurs)
Ad libido, pardon ad libitum, puisque, je le rappelle, l'une des caractéristiques de la perversion, c'est souvent la triste répétition des scénarios excitatoires, dont les relations avec les enfants non nubiles ne sont que le versant le plus horrifique pour notre société.
Et comme, pour compliquer le tout, on ne voit pas pourquoi seuls les objets du désir interdits par la loi seraient génétiquement codés, il faudrait admettre d'autres séries de gènes pour le genou de Claire et les coups de menton du petit N.S (à moins qu'on ne range cela dans la catégorie Psm pour sarko-masochisme?)

Franchement, je ne vois pas pourquoi la nature se serait embarrassée d'un système aussi coûteux. Sans compter que toute mutation ayant été plus ou soumise à une sélection naturelle, jusqu'à ce que les scientologues me prouvent contraire, je pense que la mutation "violeurs de t'its n'enfants non en âge de procréer" aurait fortement couru le risque de s'éteindre, que ce soit naturellement ou sous la pression du groupe, qui en plus leur aurait bouffé le foie.

Non, la nature, qu'est une brave chose souvent assez économe, a trouvé un moyen beaucoup moins couteux de stocker l'information " bas les pattes ".
Un truc qui s'appellerait l'éducation, la culture, la transmission des interdits, le soin, l'attention portée aux personnalités troublées, la prévention précoce des carences affectives, la protection de la jeunesse, le soutien de la parentalité.
Ce n'est pas un système parfait, loin de là. Il bugge, souvent. Mais finalement, pas forcément plus que l' ADN...

Donc, scientifiquement, les propos du candidat sont de la bouillie pour chat. Politiquement, ils ont une ombre portée, qui va bien au delà d'une interrogation métaphysique, pour l'instant aussi utile que l'existence d'une tasse pour gaucher. Balayons rapidement les soupçons d'eugénisme, encore qu'on ait vu, dans dans de respectables démocraties, des femmes stérilisées pour moins que ça.
Par contre, pour qui sait combien sont mises à mal toutes les politiques de prévention, de travail social, de soins de proximités, y compris en psychiatrie, et surtout quand on sait combien le lobbying pharmaceutique est prêt à payer pour que tous les troubles mentaux ou presque soient déclarés organiques, et donc accessible à la pharmacopée, les propos du candidat sont tout, sauf candides.


* Eugène François Vidocq, pour ceux qui ne sont pas tombés raides dingues de Claude Brasseur dans le rôle titre de la série télévisée, commença bagnard et finit chef de la Sûreté.

23.4.07

Trompe l'oeil.



Le Pen n'est pas au second tour. Ses thèses, si hélàs.

22.4.07

A cette heure là, la grande gagnante de la soirée


Est, sans contestation aucune, la démocratie.
85% de participation estimée.

C'est toujours bon à prendre.


Edit : m'enfin entendre un ex ministre du budget, grand pourfendeur de fonctionnaires, verser une larmichette sur "les cantons désertés", passer la rhubarde aux malades abandonnés, le séné aux handicapés, sans une seule fois évoquer l'idée que des postiers, des infirmiers, des auxiliaires de vie, ça se paye... Quel culot!
Je sais, c'était ma minute de naïveté.

Bon, faudrait songer à virer, les mouettes ont pied.

quand faut y aller...

19.4.07

Au vent d'ouest



Fendu, rompu par l'hiver,
L'arbre crochu
laissa voir son âme de peintre

18.4.07

Un QI aux petits oignons.


J'ai eu, très récemment, une journée de formation sur les enfants dits à haut potentiel, intellectuellement précoces ou surdoués. Je suis devant la question comme une poule devant un couteau, à moins que ce ne soit comme un cloporte devant un ophicléïde.
D'une part, les conditions mêmes de la formation m'ont légèrement fait lever le sourcil: une intervenante professionnelle, (multi professionelle d'ailleurs), mais aussi membre d'une très militante association, des parents qui veulent entrer,une "invitée" d'abord présentée comme intervenante de seconde intention, professionnelle du soin, mais que se révèlera être membre de la dite association, et donc, parent d'enfants IP. La séance n'avait d'ailleurs débuté qu'après que nous ayons poliment, mais fermement refusé la présence d'une journaliste dans ce qui, dès le départ, se voulait une formation interne.
Vais-je le dire?
Oui.
Ça sentait très fort l'entrisme.
Il m'arrive d'avoir le sourcil sourcilleux, même envers des associations dûment agrées.

Ce sujet m'embarrasse, à plus d'un titre. D'abord parce que toutes les études présentées sur la relation entre haut potentiel et échec scolaire sont d'un grand flou. Les seules que j'ai trouvées sont toutes réalisées à partir d'enfants déjà détectés comme EIP. Or généralement, quand on a éprouvé le besoin de faire un test psychométrique, c'est, en général, qu'il y a déjà un rhinocéros dans le potage.
La question reste donc posée : combien d'EIP vivent raisonnablement bien dans l'école, sans faire suer ni eux ni leurs proches?

Que le mode de souffrance des EIP en échec soit particulier, qu'il pose en soi un paradoxe, je veux bien le croire. Ça ne pense pas forcément mieux, mais ça pense plus vite, et surtout ça pense tout le temps. Ça conceptualise souvent si vite, que ça se demande pourquoi diable on se fatiguerait à faire. La représentation de ce qu'il y a en haut de la montagne est tellement précise, pourquoi mettre un pied devant l'autre pour y aller? Passons à autre chose, tiens, ce ravin...

Qu'il soit nécessaire d'affiner, toujours plus, notre clinique de l'échec, qu'il faille se méfier des diagnostics de carences intellectuelles hâtifs, non étayés, voir biaisés par des observateurs trop prompts à chercher sous le réverbère la montre perdue dans le bois , parce qu'il y a de la lumière à cet endroit-là, soit. Je dirais même que j'applaudis d'une main (oui, j'ai toujours la chatonne dans l'autre)

Qu'on puisse se servir de ces paradoxes pour penser ce que pourrait être une école bien traitante, oui encore. (je la change de main et j'applaudis derechef) Au passage, s'apercevoir que l'école est moins affaire d'intelligence que d'adaptation, c'est loin d'être une révélation.

Que celui qui vit mal parce qu'il se sent "différent" recueille de notre part, respect, attention, et ce qu'il faut d'éclairage pour s'apercevoir qu'il est loin d'être le seul, c'est le minimum.

Mais pourquoi faut-il que l'intervenante, des trémolos dans la voix, nous annonce ainsi le summum de l'horreur:
" Rendez-vous compte, cette dame a un enfant qui a 150 de QI, eh bien il est dans la rue maintenant."
Moi, qu'on soit à la rue, cela me navre, quelque soit la façon dont on résout une suite logique.

De même, lorsque on me dit que tel enfant a "fini" dans un LEP, je me demande pourquoi une société n'aurait pas le droit d'avoir un plombier de génie. Après tout, c'est rare qu' au moment où l'on réussit à déboucher un lavabo, on en vienne à murmurer: " si j'avais su, j'aurais inventé la bombe atomique".

Une fois de plus, je touche l'une des limites de ma profession, agent de l'intime au coeur de la plus massive des institutions. Comment laisser place à l'exceptionnel, sans le rechercher à tout prix, comment le laisser émerger, sans pour autant outiller l'institution d'une désastreuse machine à extraire et rentabiliser l'enfant intellectuellement précoce?

17.4.07

j'avais bien dit que j'en voulais plus!



Vous avez déjà essayé de bloguer sérieusement avec un chaton de 15 jours sevré brutalement par sa mère, et qui ne veut pas seulement un biberon 6 fois par jour, mais des bras en permanence?

15.4.07

Anita vous mène en bateau.

Normalement, à cet endroit là, aurait dû se trouver un post sur la génétique et la neurobiologie des comportements, extrêmement précis, documenté, et rasoir. Pour tout dire, je me suis moi-même endormie en l'écrivant.
Je vais donc le tenir à disposition de tout électeur de NS qui en fera la demande, ce qui ne devrait pas encombrer ma boite, et, parce que l'humeur du moment est au léger, je vais vous présenter un ancien nouveau venu:

Ci-dessus, vous avez une vue imprenable sur le troisième chandelier babord d'Inithiael, jeune homme de 46 ans et de 8m50, qui ne demandait qu'un peu de soins pour reprendre l'eau. Il n'a jamais été aussi près depuis fort longtemps.
Ma foi, on a la cabane de jardin qu'on peut
Poncez, poncez l'escarpolette!
Et aspirer, peignez, reponcer, faites la causette avec les voisins, (la marine, disait mon père, c'est saluer tout ce qui bouge et repeindre le reste), reculez, admirez votre oeuvre, repassez le pinceau sur une pétouille, et surtout rêvez.
Et tiens, puisque vous avez été sages, un aperçu sur l'ultime toilettage du voisin, un certain Pen Duick:

Bon vent!

13.4.07

Qui c'est qui vote S....Y?


Je sais c'est un post à l'économie
c'est pas gentil
Demain, vous aurez un complément
ce sera pas méchant.

Ou p'têt que si.

8.4.07

Enfin libres !

Je sais que je ne risque guère de convaincre qui que ce soit, puisque je pense sincèrement que la quasi totalité de mon lectorat est convaincu d'avance, et l'autre partie non concernée. Mais de temps en temps, il faut bien dire les choses, simplement parce qu'elles nous tiennent à coeur :
Les récents propos de l'ex-ministre à hautes pressions sur l'héritabilité de la pédaufillly, qui fait écho à la recherche des caractères génétiques de la délinquance, ces propos, donc, me soulagent grandement.
Cela fait un peu plus de 18 ans que je m'échine, depuis la rencontre avec celle qui me fit mère pour la première fois, à trouver des moyens d'enseigner les notions de permis/interdit, de limites, de lois, et tout d'un coup, je découvre, benête que je suis, que je n'avais qu' à croiser les doigts et faire confiance à cette nouvelle science prédictive, toute belle, si, comment dire... si BASIQUE!
La génétique des comportements vient de me délivrer d'une astreinte éducative, qui il faut bien le dire, me pesait un peu. Plus besoin d'éducation mes enfants! Un petit cierge à Sainte Thymine, une prière à Sainte Guanine et ses frangines Adénine et Cytosine, un ex voto en passant à Saint Uracile, et tout roule!
Reste à savoir si j'ai choisi le bon géniteur... Car moi, vous me connaissez, je traverse toujours dans les clous.

Cela dit, il m'apparaît nécessaire, compte tenu du rayonnement de la France, de porter nos regards en dehors de nos frontières, et de mondialiser un peu nos reflexions.
Chez nous, sont considérés comme paidaufilllles, les auteurs d'actes sexuels sur moins de 15 ans.
Mais l'âge du consentement varie entre 12 et 21 ans selon les pays. Je ne dis pas que je suis favorable, amis argentins, yémenites, et iraniens, aux relations sexuelles à 12 ans, mais euh... êtes-vous partant pour un caryotype généralisé, afin d'éclairer notre débat?
Et vous, amis malgaches, pour qui l'âge du consentement libre et éclairé ne commence qu'à 21 ans, de quel oeil navré devez-vous regarder la bande de tarés, au sens génétique bien sûr, que nous sommes en France. Pardonnez-nous, nous avons manqué sans doute, du fantastique brassage génétique qui fût le vôtre, et nous avons concentré nos gènes défectueux.
Toutefois, ce n'est rien en comparaison du chaudron de violence et de délinquance que doit représenter la fraction de l'Australie peuplée par les européens, bagnards de droits communs, ayant pratiqué une relative endogamie jusqu'à la fin du XIX° siècle. Tous ces gènes de délinquants rassemblés sur une mince frange littorale, j'en tremble. Perth doit être plus dangereuse que la gare du Nord.
Monsieur l'ex-ministre des Hautes Pressions, je vais vous faire une confidence de quelqu'un qui s'intéresse un peu, professionnellement à la question. Comme les gènes n'ont pas été encore clairement identifiés, leur transmission reste floue. Nous risquons donc de ne pas pouvoir les éliminer. La seule solution reste de noyer ces gènes défectueux par un apport massif de chromosomes venus d'ailleurs. Régularisez préférentiellement ceux qui ont montré leur courage et leur détermination, eux aussi génétiques sans doute, en venant chez nous dans des conditions héroïques. Encourageons nos fils et nos filles à faire des bébés avec eux.
Je suis prête à prendre le pari que le taux de délinquance baissera.
Par simple diversification génétique, bien sûr.

7.4.07

Enigme



C'était un bon jour pour le pique-nique, c'est sûr. Etait-ce un jour rêvé pour le poisson banane?

6.4.07

printemps des sables



J'aime la plage de Pâques, ces premiers jours où, pour peu que la Bretagne soit généreuse, le corps cesse de se défendre. Le printemps s'y déverse comme par surprise, révèle ceux pour qui l'arrivée du soleil marque la fin de l'hiver et ceux qui s'en saisissent comme d'un début d'été.
On croise alors, sur la même étendue de sable, des manteaux tout juste entrouverts et des enfants en maillots de bain. Les premiers, les yeux clos, offrent leur visage au soleil, quand les seconds lui font déjà le dos rond, accroupis sur leur trésors éternellement renouvelés.
Ça gratouille, ça se promène, ça court après les nouveaux ballons, ça échafaude des projets pour les prochaines vacances, ça regrette de ne pas avoir acheté la combi qui aurait permis dès aujourd'hui de se mettre à l'eau, ça fait, bien sûr, d'inépuisables comparaisons météorologiques, ça glisse une ou deux allusions sur le réchauffement de la planète, qu'on déplore ce jour là, du bout des lèvres, tandis que la peau, elle, semble s'allonger et s'assouplir sous la caresse.
Ça glisse aussi un regard ou deux, suivant l'âge ou la compagnie qu'on a, vers un corps ou un autre, à peine émergé de l'enfouissement de l'hiver, et ça rêve, pas encore précisément.
Ça s'étire, ça soupire, ça désire un peu, ça s'offre et s'adoucit, c'est un printemps sur une plage tiède en Finistère.

2.4.07

1968 : sous la plage


En soixante-huit, j’ai cinq ans.
Dans un journal, paraît l’avis de décès de Nicolas Bourbaki, célébrissime mathématicien imaginaire, qui recouvrait un courant bien réel.
Oui, 68, cela pourrait être cela, un événement menteur, le trompe-l’oeil d’une notice biographique, qui offre le spectaculaire en dissimulant l’essentiel, une blague de potache qui masque le déplacement fondamental.
Il ne m’est rien arrivé cette année-là, rien dont je me souvienne.
Néanmoins, ce qui s’y passa alors, court dans ma vie comme un filon de quartz au milieu du granit. Dissimulé le plus souvent, ressurgissant en affleurements parfois très loin des uns des autres, immédiatement reconnaissable.
Je n’ai rien connu du bruit, de la fumée, de l’agitation, ou bien rien ne m’en reste. Peut-être me suis-je endormie, un soir, comme peuvent le faire les enfants de 5 ans, la bouche un peu ouverte, tombée d’un coup au milieu des voix qui s’entrecroisent, de la fumée, du tintement des verres, et de la voix de Francesca Solleville.
Je ne suis pas sûre des sillons qu’ont tracés, en moi, les mots « autogestion », « situationnisme » et « division du travail ». Je pense même que leur principal stigmate est une méfiance ironique et embarrassée de toute théorie verticale, une préférence innée pour le fragmentaire, le douteux, l’incomplet. Je n’aime que les théories asymptotiques, celle qui tendent vers, en se gardant bien de l’atteindre, celles qui admettent en leur sein, une part d’irréductible qui, seule, leur donne sens.
Je sais par contre, ce qui est et demeure ineffaçable en moi. Dans ces discussions fiévreuses, les voix d’hommes se mêlaient à celles des femmes, comme rarement sans doute dans l’histoire. Ces voix de femmes disaient le désir à l’égal de celui des hommes, elles disaient la nécessité urgente d’être compagnons, elles disaient l’amour qui naissait du choix enfin possible, la volonté de porter des enfants voulus qui ne seraient plus des fardeaux...
Cela s’est dit dans la fièvre, cela s’est dit dans la tension, la violence parfois, le théâtralisme sûrement, car l ‘époque, plus encore que Dieu, vomissait les tièdes. Mais enfin cela s’est dit, et je suis presque certaine que la controverse ne s’interrompait même pas, lorsque l’un d’entre eux allait déposer l’un d’entre nous sur un matelas de fortune, au milieu d’autres enfants. Singulière berceuse à laquelle je dois une liberté inégalée dans le choix de mes amours, de mes voyages, de mon métier.
Berceuse qui compense le profond mensonge qui fit surgir, de dessous les pavés, non point la plage, mais un immense, un permanent, un obscène supermarché. Je n’ai pas le culte de la révolution de 1968, mais l’infime et fondamental déplacement que fut la révélation du fait féminin dans ma poreuse enfance, je le vis tous les jours, je m’en nourris, et, croisant les doigts, j’espère en avoir bercé mes petits.

(comme tous les billets qui portent une date, celui-ci est publié également sur le site des Ricochets des blogueurs)

vieille coque




La vague cinglante
Le vent abrupt et traversant
sont des dangers que je connais.
Je me suis moins méfiée
de la vase douce
du chant torpide
de cette invitation rampante
à me coucher et à me taire.
Quelque chose d'indispensable
s'est défait,
et je ne porte plus rien,
qu'une mémoire que chaque marée amenuise.
Pour vous, pour moi
et pour chaque bateau
cela porte un nom tentant, troublant
et sans retour :
cela s'appelle consentir.

30.3.07

Modernes saints.

JANVIER

1er janvier Journée mondiale de la paix
6 janvier : Journée mondiale des orphelins de la Guerre
26 janvier : Journée internationale de la douane et sur l'éthique
27 janvier : Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste
30 janvier : Journée mondiale des lépreux


FEVRIER

2 février : Journée mondiale des zones humides
4 février : Journée mondiale contre le cancer
6 février : Journée internationale contre les mutilations génitales féminines
12 février : Journée Internationale des enfants soldats
16 février : Journée internationale du patrimoine canadien
21 février : Journée internationale de la langue maternelle
27 février : Journée européenne de la mémoire l'holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité


MARS

7 mars, 2007 Semaine nationale de lutte contre le cancer
8 mars, 2007 Journée mondiale de la femme
9 mars, 2007 Journée nationale de l'audition
17 mars, 2007 Journée nationale du sommeil
21 mars, 2007 Journée internationale des forêts
22 mars, 2007 Journée mondiale de l'eau
23 mars, 2007 Journée mondiale de la météorologie
24 mars, 2007 Journée mondiale de lutte contre la tuberculose


AVRIL

2 avril, 2007 Journée internationale du livre pour enfants
7 avril, 2007 Journée mondiale de la santé
11 avril, 2007 Journée mondiale de la maladie de Parkinson
17 avril, 2007 Journée mondiale de l'hémophilie
22 avril, 2007 Journée mondiale de la Terre
25 avril, 2007 Journée africaine du paludisme
28 avril, 2007 Journée mondiale sur la sécurité et la santé au travail

MAI

1er mai, 2007 Journée mondiale du travail
3 mai, 2007 Journée mondiale de l'asthme
3 mai, 2007 Journée du soleil
3 mai, 2007 Journée internationale de la presse
6 mai, 2007 Journée nationale de dépistage du cancer de la peau
11 mai, 2007 Journée du pied
12 mai, 2007 Journée internationale de l'infirmière
14 mai, 2007 Journée mondiale contre l'hypertension
15 mai, 2007 Journée internationale des familles
16 mai, 2007 Journée nationale de l'autisme
28 mai, 2007 Journée internationale d'action pour la santé des femmes
31 mai, 2007 Journée mondiale sans tabac


JUIN

5 juin, 2007 Journée mondiale de l'environnement
8 juin, 2007 Journée mondiale des océans
12 juin, 2007 Journée mondiale contre le travail des enfants
14 juin, 2007 Journée mondiale du don du sang
17 juin, 2007 Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse
18 juin, 2007 Journée nationale contre les maladies orphelines
22 juin, 2007 Journée nationale de réflexion sur le don d'organes et la greffe
26 juin, 2007 Journée internationale contre l'abus et le trafic illicite de drogues


JUILLET

2 juillet, 2007 Journée mondiale de lutte contre la tuberculose
11 juillet, 2007 Journée mondiale de la population (???)


AOUT

7 août, 2007 Journée internationale de l'éducation
12 août, 2007 Journée internationale de la jeunesse


SEPTEMBRE

10 septembre, 2007 Journée mondiale de prévention du suicide
10 septembre, 2007 Journée mondiale des premiers secours
15 septembre, 2007 Journée européenne de la prostate
16 septembre, 2007 Journée internationale de la protection de la couche d'ozone
21 septembre, 2007 Journée mondiale de la maladie d'Alzheimer
25 septembre, 2007 Journée mondiale de la surdité
25 septembre, 2007 Journée mondiale du cœur
30 septembre, 2007 Journée mondiale de la mer (dernière semaine de septembre)


OCTOBRE

1er octobre, 2007 Journée mondiale de l'allaitement maternel
1er octobre, 2007 Journée internationale des personnes âgées
1er octobre, 2007 Journée mondiale de sensibilisation aux hépatites
6 octobre, 2007 Journée mondiale des animaux
7 octobre, 2007 Journée nationale des aveugles et malvoyants
9 octobre, 2007 Journée mondiale du handicap
10 octobre, 2007 Journée mondiale de la santé mentale
12 octobre, 2007 Journée mondiale contre la douleur
12 octobre, 2007 Journée mondiale pour la vue
12 octobre, 2007 Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles (2ème Mercredi d'Octobre)
16 octobre, 2007 Journée mondiale de l'alimentation
17 octobre, 2007 Journée mondiale du don d'organes et de la greffe
18 octobre, 2007 Journée mondiale de la ménopause
21 octobre, 2007 Journée nationale pour l'épilepsie
23 octobre, 2007 Journée mondiale de l'ostéoporose
29 octobre, 2007 Journée mondiale du psoriasis


NOVEMBRE

6 novembre, 2007 Journée nationale contre l'herpès
14 novembre, 2007 Journée mondiale du diabète
17 novembre, 2007 Journée mondiale contre les Broncho-Pneumopathies Chroniques Obstructives
20 novembre, 2007 Journée internationale des droits de l'enfant
21 novembre, 2007 Journée nationale de la trisomie 21


DECEMBRE

1er décembre, 2007 Journée mondiale de la lutte contre le SIDA
5 décembre, 2007 Journée mondiale du bénévolat
11 décembre, 2007 Journée internationale de la montagne


Rude journée.
J' en ai sûrement oublié.


(source wikipédia et service de santé scolaire)

29.3.07

27.3.07

Un cadeau

Il est arrivé à 13h 24. J'étais à la bourre quand j'ai vu arriver madame La Poste. J'ai failli ne pas m'arrêter, parce que je venais déjà de perdre quelques minutes pour regarder le bleu du céanothe, et puis les tulipes parce que.
Sur l'enveloppe, c'était marqué "De partout... jusqu'à vous."
Le genre de slogan qui vous fait ricaner sur votre propre territoire, mais qui vous met la larme à l'oeil, quand il vous dit que là bas, loin, quelqu'un s'est ému à l'idée que cette petite merveille tarderait peut-être à traverser la mare aux canards.
Il est petit, dense, presque carré, d'un bleu gris, comme un gratte-ciel verre et acier, il dit la ville, ses éclats doux et blessants, et ses lumières qui vous traversent au vol.
Un peu avant les mots imprimés, il y a quelques mots manuscrits, simples et chauds, comme un café qu'on aurait partagé, un jour par hasard, dans cette ville.
J'ai ouvert le livre, je l'ai reniflé, je l'ai empoché, et je suis allée travailler.
Vous saviez, vous, que 220 grammes de papier, cela pouvait tenir chaud à ce point?
Merci Pierre Léon.

26.3.07

Coeur d'artichaut (2)


Mes passions littéraires furent de vraies amours, n'en doutez pas. Mais je prend de l'âge, et il arrive aussi aux histoires virtuelles de pâlir quelque peu. Alors, parfois, même envers eux, un soupçon d'ironie me monte aux lèvres.
Mes trois blogamis, cités dans le volets 1, dénonçaient ce que l'usure fait aux amours de chair, d'eaux et de couci-couça.
M'en voudrez -vous de faire de même avec mes, avec vos idoles? Vous imaginez vous mariés depuis 20 ans:

A MICHEL STROGOFF? "
" Ah écoute, ça commence à bien faire J'en ai ras le bonnet sibérien de ce tsar qui t'expédie encore une fois un dimanche en Tatarie, et pour un salaire de misère, encore. Il a qu'à le porter lui-même son courrier!"

A ARSENE LUPIN?
"Non, non et non! Je n'ai aucun besoin d'une septième crédence XIII° siècle! On ne peut plus se tourner dans le salon. Et c'est pas toi qui te tape la visite de la Sûreté toutes les semaines..."

A RAHAN?
"Je m'en fous que cela vienne de ton père! Je te jure que si tu ne jettes pas une fois pour toutes cet immonde colllier de griffes, je retourne chez ma mère, et tant pis si je dois recommencer à marcher à 4 pattes."

A RETT BUTLER

"Oui, chéri, le siège d' Atlanta... Oui, oui, l'incendie, l'explosion de l'armurerie, oui oui.. Tu veux bien lâcher cette bouteille, et prendre tes gouttes?"

A CYRANO?
"Oui, de tes oeuvres je finis le catalogue
et je viens tout de suite corriger ton blog
Si de ta rapière, tu remettais la mouche?
Car du clavier, hier, tu as pété une touche..."

A RINUS DE GIER
Je te demande pourquoi tu as oublié les poireaux, et toi tu me réponds que la vie est une carotte?

Et, sans doute, parce que je l'aime encore...

A CORTO MALTESE?
" Chéri, hum... je sais que c'est moins passionnant que la Cabbale, mais hum... c'est encore un papier pour la Caisse de Retraite... Tu peux reprendre précisément où tu étais de 1918 à 1935?



Me restent intouchables l'aventurier boiteux, sans doute parce qu'il fut alchimiste, et un moine, sans doute parce qu'il fut jardinier. Quant à l'Apache qui persistait dans son silence, tout en jouant avec son couteau...

23.3.07

Coeur d'artichaut(1)


Cela parle beaucoup d'amour, dans ma blogosphère, ces jours-ci. Moukmouk, d'abord qui s'interroge sur la pérennité de l'amour, Samantdi et Meerkat, qui y répondent à leur guise charmante.
Par hasard mon ricochet sur l'année 67 écrit de longue date, tombait dans la soupe en même temps que les choux et les roses des mes blogamis.
Toutefois, ce billet, pris isolément, risque de de donner une fausse image d'Anita.
Il est temps de lâcher la vérité toute nue dans les printanières prairies.

Je fus un coeur d'artichaut.

Mon amour le plus durable, peut- être parce que le premier, celui dont on peut se souvenir avec ironie, mais pas sans émotion, s'appelait Michel Strogoff.
Il était grand, il était beau, il sentait les bouleaux de la Sibérie, mais surtout, surtout... Il avait cette façon, lui, le taciturne, le monolithe taillé dans le devoir et le permafrost, de tendre la main et de dire:
"viens"
qui lui ouvrit mon coeur pour toujours.
Viens, n'est ce pas, dès lors qu'on est libre de répondre oui ou non, le plus beau mot d'amour qu'on puisse dire? Et ce trait de génie, de faire pleurer le héros, une seule, une unique fois? Pour le moins, la meilleure incitation à rêver de l'épisode numéro deux, celui, où, en lieu et place d'une lame chauffée à blanc, mes doigts se seraient posés sur ses paupières.
Ah les taiseux magnifiques de ma jeunesse... L'Apache. ( les lectrices de Pif Gadget, avec moi!) Son cigarillo, l'ombre sur sa joue, ses jambes interminables, ses quatre mots tous les dix épisodes.
Corto Maltese, lui-même, commença de profil et de peu de mots. Est-il seulement besoin que je vante ses charmes à celui-là? Il a tout conjugué, le noir et le blanc, la quête de la fortune et le dépouillement insoucieux, l'inaliénable et la fidélité en filigrane, la mystique et le désenchantement. Plus il s'est fait nomade, plus il s'est fait loquace, et dans mon coeur, il a annoncé les bavards, sans pour autant, d'ailleurs, leur céder complètement la place.

Alors, oui, j'ai aimé conjointement Figaro et Cyrano, et le vibrionnant Arsène Lupin. J'ai aimé Jeoffrey de Peyrac aussi, et ne riront que ceux qui ne le connaissent par d'affligeants navets filmés. (laissez tomber ces derniers, et tentez les livres. Vous dauberez toujours autant, mais par la Libellule Cornue, je vous jure que vous avez toutes les chances de vous retrouver à 4H du matin avec le tome trois.)
Plus tard, mes amours prirent du poil un poil plus fourni, ou bien en perdirent carrément.
Sans doute, ne connaissez-vous pas les moustaches du Sergent De Gier? C'est JanWillem Van de Wetering qui nous a présenté. J'ai passé des heures dans son petit studio, essayant de caresser son chat sans me faire griffer et comprendre quelque chose au zazen. (non les griffes du chat ne font le même effet que le bâton du maître...) Et puis des heures encore à trottiner à sa suite dans Amsterdam, tâchant d'éviter, cette fois-ci, la fiente de héron.
Tant d'amants à longues jambes... Je me reposais avec Adamsberg et Frère Cadfael. Oui, je sais un flic étrange et un moine sexagénaire tonsuré : je vous l'ai dit, je vous livrerai toutes mes vésanies.

Je n'ai pas parlé de Rett Butler? C'est que je souffre encore. Vous riez, là aussi? ah, c'est qu'il ne vous a pas regardé jusqu'au fond de l'âme, avec ces prunelles noires, soudain éteintes et lasses pour vous dire: "Il ne vous est jamais venu à l'idée que même un amour aussi grand que le mien pouvait s'éteindre et disparaître?". Oh, je cite de mémoire, mais je me souviens encore de cet écho de porte claquant sur un absolu, et du désert soudain. Et je me souviens aussi que la boîte de kleenex était vide.
(a suivre)

21.3.07

N. nous cherche.

N. se cogne aux parois de l'institution, tout le temps, répétitivement, compulsivement.
"Ah, dit le maître , il nous cherche en permanence."
N. est intenable, provoque les autres, claque les portes, tient tête, le verbe haut, le menton levé, les poings serrés, d'autant plus arrogant qu'il est pris dans les rêts d'une argumentation pathétiquement enfantine.
D'ailleurs, N. est un enfant.
Mais N. pense qu'il doit absolument montrer qu'il est un homme, puisqu'il en faut bien un dans la famille. Celui qui avait signé pour le rôle à sa naissance vient quand il veut, veut très irrégulièrement, arrive parfois comme Tonton Cristobal, des objets plein les poches, et c'est alors la fête excessive, l'abondance ingérable et sans horaire. Parfois c'est lui tout entier qui est plein, de menaces, de colère, de vide, d'alcool.
N. se dit que c'est bien d'être grand, parce qu'on fait ce qu'on veut. Ceux-là, en face de lui, qui lui disent que les grands essaient surtout de faire ce qu'ils peuvent, et qu'en tout, cas, face à lui, ils tentent de faire ce qu'il doivent, ne pas le laisser seul, ne pas renoncer à lui apprendre à tirer parti de son intelligence, ceux-là ne comprennent rien, ceux-là sont dangereux.
Parce qu'enfin, s'il se pouvait qu'ils aient, oh juste un peu, sinon raison, du moins des raisons de dire ce qu'ils disent, si c'est vrai qu'il faille un jour-oh! ne serait-ce qu'un peu, ouvrir les mains, baisser sa garde, alors on sait ce qui vous attend, s'asseoir par terre et pleurer, longtemps, longuement, sur cet immense gachis.

Pleurer jusqu'à ce que l'enfantine morve vous déborde du nez et du coeur, jusqu'à atteindre le noyau de détresse sous le flot purulent, jusqu'à ce qu'une alliance soit possible.

Mais qui peut attendre ce temps des larmes? L'éducateur qui n'est pas encore venu? Le pédo-psychiatre qui ne peut le voir qu'une fois par mois?

Bien sûr, N. aurait sa place en Institut, spécialisé dans les enfants qu'on appelait autrefois caractériels. Pourquoi faut-il que depuis un an, le guichet d'entrée pour cette prise en charge s'appelle la "Maison du Handicap"?

Malgré tout les précautions oratoires que j'ai prises, malgré mon refus absolu, sans ambiguïté, de le considérer comme handicapé, ce noyé qui se cramponne à des lames de rasoir, vous avez une idée de ce qu'il m'a répondu, le N. ?

chaque chose en son temps



Je sais, je lui dit parfois que son gaspillage m'énerve. Mais à 6 ans, j'espère qu'il entre, dans la photo ci-dessus, plus de goût de l'exploit technique que d'inquiétude pour le sort des forêts amazoniennes!

19.3.07

1967 : souvenir de contrebande


En 1967, j'ai quatre ans. Le Professeur Barnard réalise en Afrique du sud, la première greffe de coeur.
Je me promène parfois le long de cette rivière lente et sombre, avec mon manteau rouge dans lequel je ressemble à une boule à chaussures blanches. Si l'on cherche la raison de la gravité de nos enfances du dimanche, interrogez ces tissus lourds et raides, ces emmanchures étroites, cet engoncement qui vaut sagesse, pour les générations d'avant le lycra. Je tiens mon ballon à deux mains. Il n'y a pas de voitures sur ce quai, je n'ai pas besoin de donner la main.
Ce petit garçon là est bien habillé aussi. Sa mère désargentée a des des doigts de fée, et une exigence sans faille. Il a une dizaine d'année, il est rond, brun, et pour l'instant, totalement absorbé par sa jeune tante. Un peu trop, même, au goût de celle-ci, qui se serait bien passé du chaperon imposé par sa soeur aînée. Oui, c'est entendu, elle raffole habituellement de ce garçon expansif et secret comme un vrai homme du sud, mais là, il lui vole le temps de son fiancé. Le petit garçon n'y voit pas malice, la tante est belle, rit tout le temps, virevolte, il la regarde, émerveillé.
Allez savoir pourquoi, comment, j'ai laissé échappé le ballon. Il y avait du vent, le ballon a roulé vers l'eau et j'ai crié. Serviable, il a couru, l' a rattrapé in extremis. Il a dit "attend!" à sa tante, et il est venu me le rapporter, avec toute la solennité d'un chevalier servant.
Il dit que c'est la première fois qu'il voyait des yeux avec un cercle jaune à l'intérieur. Il dit que j'avais déjà à quatre ans, les paupières plissées quand je riais,et qu'il s'est senti grand et fort. Il dit que cela a dû se passer comme cela, cette année où il a traversé la mer pour venir aux fiançailles de sa tante.

Il peut dire ce qu'il veut. Tout ceci est une légende, bien commode pour tenter d'expliquer ce qui nous lie, cette greffe de coeurs qui battent parfois en rythme, et parfois pas, cette amplitude parfois, qui dilate chacune de nos artères, ces rejets brusques, véritables urgences qui font sonner toutes nos alarmes, ces transfusions alternées de lui à moi, de moi à lui, cette force partagée.
Il peut dire ce qu'il veut, l'histoire n'est là que pour masquer l'émotion, parfois la gêne d'un sentiment si curieusement vivant, si profondément ancré sous la peau même.
Mais comme dans toutes les histoires de greffe, l'histoire n'est pas que rose. Pour que se rejoignent la petite fille des bords de Saône, et le petit garçon d'Outre Méditerranée, il faudra des années, et une suite d'évènements pour lesquels nous n'aurions jamais signé.
Qui voudrait d'une histoire annoncée dont les chapitres obligés comporteraient exil, séparation, divorce , un mort si jeune que c'en était indécent, en sus d'une ou deux guerres?
Personne. Pourtant c'est ainsi, et le petit garçon est cet homme, qui, ce soir comme un autre, depuis des années, effleure mon cou, pose une tasse de café à coté de moi, sans même tenter de lire par dessus mon épaule, au moment même où, à ce post je met ce point.

la jeune fille



Des fois, devant la funambule adolescence,
on retient son souffle.
Surtout ne pas applaudir.

18.3.07

He has a dream


récupéré sur le site de Christophe Grebert, cette photo saisissante.
D'habitude, je me contente de savourer ces clins d'oeil en privé, mais là...

17.3.07

1966: D'ancre et d'erre


En 1966, débute le projet Arpanet. J'ai trois ans, et mon premier souvenir qui dépasse celui de l'image immobile, est le voyage qui amènera famille et paquets dans la région que j'habiterai presque quarante ans.
Dans cette gare noire d'ancienne fumée et de monde, je tiens la main de mon père, avec gravité, et une appréhension qui se mêle d'un sentiment d'importance. Sans doute, fus-je quelque peu chapitrée sur la nécessité d'être sage dans un train de nuit, car je me vois droite et digne, très consciente du protocole du voyage. Déjà, j'aime l'odeur et la fièvre, et les bruits dans ces gares qu'on ne se préoccupe ni d'insonoriser ni de sonoriser.

Nous déménageons, dans une région que j'aimerai peu, mais dans une maison qu'encore aujourd'hui, je décrète idéale pour abriter une enfance. C'est peut être d'ailleurs parce qu'elle remplit si bien, si pleinement son rôle de maison de mon enfance, qu'y repenser aujourd'hui ne provoque ni regret ni nostalgie, mais une forme de reconnaissance. Ce fut une bonne maison, et je ne manque jamais de lui dire, quand je la revois.
Elle était d'une couleur et d'une forme attendrissante et insolite, jaune avec un pignon, légèrement perchée, avec un jardin en haut et un jardin en bas. Cette maison que nous louions était en bordure du parc d'une maison de maître, si souvent mystérieusement fermée, attirante et troublante. Interdite, bien sûr, sinon, où serait le plaisir? Oui, j'ai des souvenirs de frissons partagés, de marche en file indienne, guère plus bruyants que des bisons, vers tel bosquet de buis centenaires, qui faisaient une cabane naturelle.
Mais ces exotiques séductions pâlissaient devant la fidèle bonhomie du mur de devant, sur lequel il était si facile de se jucher, à partir du portique, d'un balancement exact du trapèze. Moins poste d'observation que royaume longiligne, j'y ai régné sur un trésor : d'innombrables dômes de mousse verte, émeraudes de peluches, douces, tentantes et immédiatement déshonorées par le coup d'ongle qui les détachait de leur support. Sur ce mur, j'ai croisé la chatte, soliloqué, interpellé et parfois fui les passants.
De cette maison, je suis partie et revenue, car de cette époque datent les longs voyages qui ont marqué l'été de mon enfance. A partir de la maison jaune, rejointe en train, j'expérimenterai le vélo, le patin à roulettes, les longs voyages en voiture, l'avion, et même la roulotte.
Le bateau et la montgolfière viendront plus tard, ainsi que diverses formes de transports amoureux.
Et quand l'antique ARPANET deviendra INTERNET, je découvrirais cette forme de voyage curieusement mouvant et immobile, ce bruissement sans voix, encre et air.

Qui me lit de Chine?

15.3.07

La tortue



Telle que vous me voyez
Il me faudra encore quelques millions d'années
pour toucher au but.
Mais ne croyez pas tout savoir de moi.
Je ne suis ainsi, tortue lente et lourde
Qu'à marée basse.
Dans l'eau, loin de vos terrestres regards,
cessant de feindre,
Je danse.

13.3.07

Trop bon élève?



La note de vie scolaire entre en vigueur. Je n'envie pas les enseignants sur ce chapitre. A voir les milliers de pages blogs qui apparaissent sur les moteurs de recherche, il y en a que cela interpelle au niveau du vécu et du référentiel, comme aurait dit Brétecher.
Moi, j'ai envie de vous parler de Z.
Z a enfreint le réglement à de multiples reprises. Pire, il sait, nous savons, tout le monde sait qu'il l'enfreindra encore d'innombrables fois. C'est avec une infinie désolation que le principal se prépare à lui appliquer les rigueurs de la loi. Au nombres d'infractions, légitimement sanctionnées, il ne peut garder la note de 20/20 en vie scolaire.

Pourquoi cet accablement des adultes à peser, au trébuchet de Robien, les mauvaises actions de cet adorable larron?

Z. est fumeur. Un fumeur toxicomaniaque, tombé dans le chaudron à nicotine à 11 ans. S'il reconnaît, et nous reconnaissons tous la nécessité d'une interdiction de fumer, il ne peut pas s'en empêcher. Il se planque, ruse, explore les moindres recoins. Il ne fait aucun prosélytisme, ne file pas ses clopes aux copains. Il a vu l'infirmière, m'a vu, il a vu l'assistante sociale, la COP, son médecin traitant. Les surveillants, en désespoir de cause, finissent par essayer de ne pas le voir, mais des accidents se produisent. Des professeurs le surprennent, ou bien le nombre d'élèves autour de lui ne permettent pas décemment de l'ignorer.
Z. est contrit, sincèrement, mais reste impie et relapse. Il a fait des heures de colles, bouffé des gommes, ramassé les mégots dans le parc. D'imperméables bonnes âmes ont demandé le marquage à la fleur de lys-pardon, l'abaissement de la vie scolaire, arguant que cette atteinte au règlement valait tout autre.
Mais.
Mais, contrairement à celui qui crache au nez d'un autre, Z a obéi à de respectables adultes. Pas à de ténébreux corrupteurs, planqués sur la toile ou dans l'encoignures des portes d'immeubles. Non,non, à des adultes qui payent patente, étudient, raffinent, fabriquent, commercialisent, annoncent, et jusqu'à très peu, vendaient en toute liberté.
Quand on voit la drague effrenée des cigarettiers et des alcooliers envers la population adolescente, leurs embuscades dans tout ce qui peut être un rassemblement de jeunes, leurs luttes féroces, faut-il réellement punir Z d'avoir été, à cet égard, trop bon élève?

12.3.07

maërl



Cendrillon des sables
Jamais ne sera
Princesse au petit pois.
Petit Poucet de dune,
Elle dort au milieu des coquillages.
Un os de seiche même
Ne la réveille pas.

11.3.07

Identité déclinée


Dans un billet de la série "Ricochets", j'évoquais le double sens, voire l'antinomie, contenus dans le mot partage. Mon très cher Diogène ( mais ouvre un blog, sacré nom d'une clé à molette!), qui continue, bien que je le connaisse depuis des années, à me scotcher sur place, me dit alors, qu'en fait d'ambiguïté, on ne pouvait guère faire mieux que le mot "Identité".

Un blog à développement durable fonctionnant bien entendu sur le recyclage, je m'étais promis de faire un billet là dessus. Je ne pensais pas le faire dans une actualité si crue.

Un Ministère de l'Identité Nationale? Mais de laquelle?
Mon identité, c'est en partie ce qui me fait ressembler aux autres. Qui fait que je me repère, ici ou ailleurs comme française, apte, non pas génétiquement, mais culturellement, à apprécier les escargots à l'ail et dédaigner la croustillante sauterelle grillée. J'ai aussi une identité de femme, qui me programme, génétiquement cette fois-ci, (dixit une enquête de l'Inserm), pour virer définitivement le rouleau de carton signant la fin de la réserve de PQ, DANS la poubelle, et pas À COTÉ. Il y a entre vous et moi, une certaine identité de vue, si j'en crois vos commentaires, sur l'instigateur de ce fameux ministère, et une tendance à attribuer cette promessse électorale, à la nécessité d'aller pêcher les voix de ceux qui s'identifient au borgne vitupérant.

Mais mon identité, c'est aussi celle qui fait de moi un être singulier, et ma carte d'identité porte (devrait porter, elle est périmée depuis 3 ans, et, oui, cela fait partie intégrante de mon identité): yeux verts, 1m 63, sexe féminin, et mes empreintes digitales uniques, tous ces signes qui permettent sans coup férir à un gendarme de ne pas me confondre avec un terroriste syrien barbu, et encore moins avec une fraise des bois.

Alors, ce ministère, c'est pourquoi faire? pour vérifier qu'un natif de l'Ohio a bien ingéré sa ration d'escargots et de pages du Bartholo Magazine? Ou pour vérifier que tel natif de l'Ouzbekistan continue, malgré la loi dite "BENISTI" à "parler aux enfants le patois du pays"?
(vous ne trouverez plus cette formule texto-elle était dans le premier rapport qui déclenché une telle volée de bois vert chez les linguistes que la piétaille sous secretariale a été obligée de lui faire un lifting d'urgence!)
Je dénierai pas à cette graine de dictateur son identité française. Mais je ne m'identifie pas à ses supports obsessionnels. Dans mon identité française, il y a eu du hasard et du désir, il y a de l'appropriation et du refus, du situé et du volatil, de l'ancre et de l'erre.
Je me permet donc de revendiquer ici, sous une identité d'emprunt, une identité nationale inassimilable, invérifiable, insituable,inencadrable, inencartable, mais poreuse, mouvante, jouissive, reliée, vivante...

10.3.07

Tu quoque simone?

Madame Simone,
Tu as beau être couverte des ors de la République, je te tutoie, parce que tu es une de celles qui ont évité à des milliers de femmes de mourir dans le sang et le pus. Tu as su là, où était le vrai danger.
Je pourrais aussi vous vouvoyer, parce que là bas, à Auswitcz, vous avez peut-être croisé les ombres de ceux de ma famille que je ne connaîtrai jamais, et que pour toujours, vous êtes, sans doute parfois à votre coeur et corps défendant, multiple, porteuse de voix éteintes qui n'ont eu que vous.

alors tu/vous ne pouvez pas. Vous ne pouvez pas tu es/tuer ces voix là sous la frénétique recherche de voix électorales.
Vous ne pouvez pas cautionner un MINISTERE IGNOBLE qui s'intutitulerai " de l'immigration et de l'identité nationale".

Madame Simone, je ne sais pas comment s'appelaient tes grands-parents. Les miens ont sûrement emporté la bouche des fonctionnaires qui les ont inscrit pour la première fois. Mais quand je pense à eux, ils n'étaient pas des étrangers, ils étaient des futurs français.
Tu ne vas quand même pas attendre qu'on rajoute à ce ministère un secrétariat à la pureté de la filiation pour te sauver, pour nous sauver de cette histoire honteuse?

Tu ne peux pas, à ce point, t'aveugler. Pas vous, Simone.

8.3.07

1965 : être et/ou avoir


En 1965, Perec publie "Les choses", et moi, je m'essaye aux mots. Deux ans, c'est le bon moment pour vous faire le coup du mot et de la chose.
Dans cette famille, l'appropriation du langage est l'une des bases de la survie. Les mots fusent, rebondissent, se détournent à l'envie, se dotant de double-fonds et d'emplois surprenants, chantent souvent, se mêlent de larmes parfois, de cris, point trop encore.
Mon père aime le mot précis et le calembour approximatif, fredonne d'une voix de basse, explique patiemment, et déjà, esquive les questions trop intimes d'un "humm" qui dépasse à peine la barbe. Ma mère chante faux, mais cultive la formule stupéfiante et l'étincelante répartie, bretteuse dans l'âme passionnée, excessive, mais capable d'enchanter notre monde d'alors.
Ils n'ont pas beaucoup d'argent, et cela leur évite sans doute de voir à quel point les objets les possèderont différemment quand viendra le temps des vaches grasses.

Nous avons bien quelques jouets, projectiles de choix, lorsque nous décidons de renverser les lits pour en faire des barricades et bombarder nos parents-Mais surtout, nous sommes bavards, nous inventons des histoires interminables, nous sommes intarissables et fatigants. Directs et curieux, nous avons le privilège de croire que ce que nous disons intéresse les adultes.
Les mots, dans ces premières années, sont monnaie d'échanges abondants, matière vivante, échelle de Jacob.
Du désordre, moins qu'il n'y en aura plus tard. Peu de choses, ou bien de peu d'importance. Moins qu'il n'y en aura plus tard.
Elles viendront , ces choses , figeant chez ma mère un territoire sacralisé, étouffant les voix, asphyxiant les codes. A bout de mots, les assiettes voleront, ultime sacrilège.
Les mots et les choses. Aujourd'hui encore je me méfie des choses, je les aime parfois, elles m'attirent et me pèsent. Tous les moments de ma vie qui m'ont vue sans bagages m'ont connue allégée, presque délivrée.
Il m'arrive de me dire que j'ai la même ambivalence envers les mots. je les aime, les cherche, les donne parfois, et pourtant, j'aimerai tant savoir me taire.

6.3.07

le dessinateur, comme la plus belle conquête du chat.

Depuis que M'zelle Zuzu m'a fait découvrir Maliki, je me régale. Tout être humain légitimement possédé par un ou plusieurs chats peut s'y reconnaître, et savourer, par tranche de 4 à 12 cases, chaque croquette de son masochisme. Ce strip ci est particulièrement délectable.
Mais pourquoi, pourquoi ai-je laissé la contraception de la chatte nouvelle aux bons soins de Sainte Procrastination? Et surtout pourquoi ai-je promis que je garderai un chaton, le chat crétin ayant récemment défuncté?

Parce que BIBI me l'a demandé. Et que parfois :
"Elle a dans les yeux
un p'tit chat sauvage
qui resemble au tatouage
que j'ai dans l'coeur"

(Higelin)(faux, Vivien savage, Anitta-la-grande soit louée)

simple comme : "bonjour madame"

Il n'y en a pas beaucoup qui font la manche dans cette petite ville. Celle-ci le fait si discrètement qu'il est facile de ne pas la voir. Elle ne parle pas le français, et esquive les questions en souriant. Cette fois-ci, il ne lui a pas donné un euro. Il a mis l'euro dans le monneyeur du chariot, lui a tendu le chariot et lui a fait signe de rentrer dans le supermarché. Elle a fait ses courses, et il a payé. Il me l'a dit deux jours après. Je me rend compte que s'il m'est arrivé de tendre un sac de courses, je n'ai jamais eu l'idée d'inviter quelqu'un de cette façon là. Il dit qu'il s'est fait plaisir, sans fausse honte, et il sourit de son sourire de loup.
J'aime bien vivre avec cet homme-là.

4.3.07

1964 : Inaccessibles archives


En 1964, j'ai un an et Brejnev accède au Soviet Suprême. Vu mon jeune âge, les générations en quête de justification des horreurs passées m'accorderont que je n'y étais pour rien.
Comme un certain nombre d'enfants mystérieusement avertis que c'est le bon jour pour un faire un cadeau à leurs parents, je marche le jour de mes (mon) un an.
J'ai très peu d'informations sur ce que j'étais à l'époque. Je sais juste qu'on m'appelait "la douce", et que sur l'une des très rares photos dont je me souvienne, j'illustre assez bien le slogan " Dans le bébé, tout est rond".

Pour reconstruire l'histoire d'une façon assez vraisemblable, il faudrait confronter les souvenirs et les documents. Or si le lien existe avec l'un, c'est l'autre qui a emmené les archives. Je suis donc en face d'une page, sinon blanche, du moins codée en une écriture incompréhensible.

Tout ceci me rappelle, que dans l'ex-URSS, il n' y avait quasiment que deux journaux d'information. L'un s'appelait les "Izvestia", à savoir les nouvelles, et l'autre, la "Pravda", à savoir la vérité. La-bas, comme souvent en famille, il n'y a généralement pas d'izvestia dans la Pravda, et pas de pravda dans les Izvestia.

Billet publié aussi dans les ricochets des blogueurs.

3.3.07


Plus de fièvre de l'attente,
ou bien pas encore
celle de l'ultime bord.
Je suis au portant, sans heurt.
Les jours que j'ai
devant moi sont à ma mesure,
ni trop loin
ni trop près
de l'échouage en terre inconnue.
J'ai retenu mon souffle de peur que que le lien ne se casse.
Il est là, noué autour de mon poignet,
loch inverse du décompte
et sur mon erre,
je ferme les yeux.

2.3.07

Papa, ta relève est assurée, me semble-t-il




J'aime, avec délectation, ravissement, et atavisme, quand cette adolescente canaille me propose "tu veux deux belles ?" pour la préparation du repas du soir, parce que "deux laides", c'est quand même dommage.

25.2.07

with a little help from my friends

En lisant le blog de Kozlika, j'apprends qu'un professeur de math de ZEP a fermé son blog à la suite d'une procédure disciplinaire engagé par le chef d'établissement. Bien entendu, cela évoque tout à fait le précédent Garfield, sans compter l'inspecteur du travail Bereno, et le policier Thomas.
Là, j'éprouve une légère culpabilité.
Non pas tant parce que je découvre après coup ces blogs: après tout, les découvertes de proche en proche sont faites pour être aléatoires, et il n'y aurait aucun intérêt à suivre tous les mêmes balises, html ou pas.

Non, ma culpabilité est d'un autre ordre.

En fait, je tiens probablement l'un des très rares, sinon le seul blog de médecin de l'Education Nationale ( qui est bien souffrante, tout le monde le sait) et depuis un an, je constate que je n'ai rien fait pour le faire interdire. Et ce, bien que je l'eût ouvert en pensant y parler aussi de mon métier.
En dehors de ma propension naturelle à la flânerie, à l'esquive de toute photo officielle, aux regards toujours en coin et au plaisir pur des mots, je m 'accorderai d'autres excuses : les histoires que je traite d'un peu près sont nécessairement assez catastrophiques, et si peu me chaut qu'un menu potentat se reconnaisse dans mes écrits, qu'un de mes jeunes patients s'y voit nécessairement réduit me touche plus sévèrement. Donc très peu de billets en parlent, au point que je crois que c'est la première fois que je nomme en toutes lettres ce qui justifie mon salaire.

Mais quand même, en observant de si près mon devoir de réserve, est-ce que je ne commet pas un autre genre d'erreur?

Je prive par exemple ces messieurs d'une occasion de faire acte d'autorité sur un gibier rare. (je rappelle pour mémoire qu'il existe 1300 titulaires pour 14 millions d'élèves.)
Or faire acte d'autorité est bien le dernier plaisir qu'il vous reste quand on ne fait pas autorité.
Par ailleurs, une fermeture jetterai un coup de projecteur sur cette profession, ce qui serait bien utile aux candidats de tout poil. Car pour modeste qu'elle soit, ma profession constitue un fantastique observatoire du voeu pieu politique et du tic compassionnel.
Si! si!, je vous assure! Il en est de la santé scolaire ce qu'il en est des vieilles actrices de théâtre. A certaines échéances, on les sort du placard, on s'ébaubit sur leur fantastique talent, on regrette (en choeur) de les voir si peu reconnues , et on jure que promis craché, on les a découvertes pour de bon cette fois-ci, et que, cornegidouille, Mère Ubu, on ne les laissera pas retomber dans l'oubli. Un an après, on baîlle, tiens, l'est pas morte? Doit pas valoir beaucoup mieux...

Je vais donc tâcher de sortir de ma flemme, vous raconter un peu plus souvent pourquoi, malgré pas mal de vicissitudes, je continue à trouver nécessaire de coincer le pied dans la porte, pourquoi je trouve que la séquelle scolaire de la maladie est trop souvent vécue avec un fatalisme antique, pourquoi le problème ce n'est pas d'accentuer le dépistage, mais de donner des moyens de prise en charge.

Et puis je vous raconterai la petite trisomique qui voulait aller voir le grand rassemblement de montgolfières, parce que c'était des gens comme elle.

Bon, les gens j'ai besoin de vous. Va falloir tâcher moyen de me faire fermer ce blog au plus vite.


PS: à vous de trouver lequel des candidats, outre la départementalisation, prône de : Recentrer la médecine scolaire sur la détection et la prévention de certaines pathologies ou certaines situations aujourd'hui mal prises en charge (violences familiales ou sexistes ; troubles du comportement...).
Je me ferais alors un plaisir de vous expliquer en long et en large comment ce genre de posture me pue au nez.

24.2.07

Un peu de générosité en ce bas monde

L'on apprendra, à cette adresse parfaitement informée, que l'Etat même en période de restriction budgétaire, peut être compréhensif.
Une rallonge de 18%, ( substantielle, à l'aune d'un coup de la vie augmenté, lui, de 10%), aux FRAIS DE CAMPAGNE, signée en bonne deuxième place par Le Ministre de l'Intérieur lui-même, peut effectivement redonner le sourire à certains candidats qui auraient déjà pas mal dépensé, par exemple en frais de communication auprès des internautes.

Notamment...ah zut, comment s'appelle-t-il déjà? Son nom m'échappe... Espérons que je saurais m'en souvenir dans l'isoloir.

23.2.07

Du vent ce soir, chez moi.


A ce niveau de Beaufort, mon père n'aurait pas manqué de citer cette paysanne, peut-être moins affolée qu'il n'y paraissait :
"heu là, il fait un vent à décrocher la queue de tous les ânes, et mon pauv'mari qu'est dehors!"

20.2.07

1963: titre de séjour.


A ce stade là du jeu de ricochets, j'ai bien entendu envie de me dérober.
Anoter cette date, comme Louis XVI le fit du 14 juillet 1789 : "aujourd'hui, rien".
Ou bien anticiper ce qui fut ma première image télévisuelle, et dire "un trois milliardième de pas pour l'humanité, et depuis, qu'est-ce que je rame parfois."
Comme tout le monde ici, je suis née. Comme tout un chacun je gagne à être connue, mais pas trop. Je suis née, et le nombre de gens à qui cela importe est parfaitement ridicule en regard de ceux qui s'en foutent jusqu'au vertige.
De cette année qui vit la disparition de Jean XXIII, de Kennedy, de Piaf et de Cocteau, ma naissance et celle de Lolo Ferrari suffisent-elles à combler les vides ainsi laissés?
Pourtant je suis née, et depuis le résultat occupe une grande partie de mon temps, et un peu celui de quelques autres . J'ai sans doute été conçue de façon aléatoire, et je suis devenue plein d'autres choses par inadvertance, mais naître, non, cela j'ai dû le faire en m'y consacrant entièrement.
Dans ces histoires de naissance, il y a, en général, au moins deux personnes parfaitement concentrées sur ce qu'elles sont en train de faire.
Plus tard, au milieu de déchirements tout à la fois imprévisibles et curieusement répétitifs, ma mère s'accusa à plusieurs reprises de ne pas avoir été une bonne mère pour le nourrisson que j'étais, le troisième en trois ans, nourrisson tranquille et peu caressé. Est-ce vrai? Ou bien, comme je l'ai souvent pensé, était-ce une dérobade devant l'ici et maintenant de la violence maternelle?
Si j'en crois ma propre expérience de la chose, la relative bonne humeur que je mis à en faire naître trois, avec ni plus de complications qu'une mère chatte, ni moins de poids qu'une baleine, la sérénité avec laquelle je donnais le sein, tant au commissariat, qu'à la table du conseil municipal, je peux, là aussi, me livrer à une supposition : elle ne devait pas être si mauvaise mère qu'elle a bien voulu le dire.
Car ces choses-là, qui ne font nuls souvenirs, font mémoire au corps, et j'ai bien de quoi dire, somme toute, merci.
"the rough places will be made plains and the crooked places will be made straight"
On peut toujours rêver.


NB: je le rappelle, de nombreux autres ricochets, de toutes provenances, sont lisibles ici

19.2.07

la part réservataire.


Pour parodier Duras, y-a-t-il un voyage qui puisse tenir lieu de voyage, une rencontre qui tienne lieu de rencontre?
Je suis partie, je partirai toujours. Près, loin, cela n'a pas d'importance. J'ignore presque toujours ce qui me met en mouvement. Ce n'est ni la curiosité, ni le désir d'exotisme. Pourtant comme tout le monde, il m'arrive de rêver de soleil immobile, de siestes longues, du plomb fondu entre les omoplates, oui, oui, imaginez ce que vous voulez.
Mais vous ne m'avez pas vue descendre une autre rue Sainte Catherine, fouettée de neige, les joues mordues, légère, presque clandestine dans cette nuit qui tombe si tôt. Vous ne m'avez pas vue, la tête en arrière devant un rêve enfantin: voir- non pas voir : ENTENDRE les glaces sur le fleuve.

Non, vous ne m'auriez pas vue, je ne me serais pas donnée à voir. J'ai généralement le voyage pudique et dérobé, dans les interstices, en passant. Je suis polie avec les monuments, et souvent spectatrice ravie des arrières-cours. Je croise vos chats avec bonheur, et j'aime goûter ce qui vous nourrit. Je regarde les bus que vous prenez, les livres que vous lisez. J'aime moins vos grands hommes que les strates patientes de la vie des vôtres.

Des gens? Oui, il y eut des gens, mais ils ne m'appartiennent pas. Je les ai effleurés, ils m'ont touchée, je n'en dirais rien de plus, la bribe ne se porte bien que dans un vent flou.

Je vous aime toujours.

18.2.07

je vous aime toujours.


Après une petite semaine dans l'improbable de l'ailleurs, back to reality.

8.2.07

Kan an avel

Ce blog part en vacance dans une certaine direction, et moi dans une autre. Je le retrouverai peut-être en route avant mon retour à la maison, mais cela n'est pas sûr.
Pendant cette semaine, portez-vous bien, et si certains veulent bien me porter un peu dans un coin de leur tête, j'y serais, je crois, fort bien.

7.2.07

du bromure dans l'eau de la ville, et qu'on en parle plus.

Le comité national d'éthique a clairement renvoyé l'inspiration du texte sur la prévention de la délinquance là d'où elle n'aurait jamais dû sortir. Dans le bourbier des vieille tentations de la maîtrise hygiéniste.
La fameuse étude de l'Inserm qui avait motivé l'appel du collectif "pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans" est clairement mise en cause tant sur ses postulats initiaux que les modalités de l'étude elle-même. Du trouble du comportement au trouble à l'ordre public, c'était une étude d'une troublante opportunité.
J'aime bien cette phrase du comité:
"Nous redisons notre opposition à une médecine qui serait utilisée pour protéger la société davantage que les personnes."»

Et bien qu'incroyante, je vous joint, pour faire bonne mesure, des extraits de la prière attribuée au médecin Maimonide, dont j'aime bien, là, l'inspiration.

"Mon Dieu, remplis mon âme d'amour pour l'Art et pour toutes les créatures. N'admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m'influencent dans l'exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l'amour des hommes pourraient facilement m'abuser et m'éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon cœur pour qu'il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l'ami et l'ennemi, le bon et le mauvais.
Fais que je ne voie que l'homme dans celui qui souffre. (...)
Éloigne de leur lit les charlatans, l'armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout: car c'est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions
Prête-moi, mon Dieu, l'indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.(...)
Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Éloigne de moi l'idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l'occasion d'élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd'hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier."


J'sais pas, cela me parle plus que la recherche de l'héritabilité du trouble du comportement.

C'est peut-être la couleur?