
"Mais finalement, me disait Eyjafjöll en tétant sa bouffarde, pourquoi voyager?
Il est parfaitement possible de s'exprimer en restant immobile. Regarde, il me suffit de plonger en moi-même et...
- Oui. Mais tu fumes trop".
Je suis toujours embêtée quand je la ramène comme ça avec mes foutus discours de prévention. D'un côté, je me sens obligée et puis d'un autre, ça m'embête. Au fond, il est gentil Eyjafjöll et plutôt du genre lent à la réplique d'habitude.
Mais c'est vrai que sa question me trotte.
" Pourquoi voyager, dit la question? Au fond, on fait très bien le tour sans boug...
Ah zut.
Celui-ci, je l'avais un peu déguisé en visite, comme on arrange la coiffure d'une petite fille pour aller chez Mère-Grand. J'en avait fait bouffer, comme les coquerets d'un ruban, le long éloignement de M'zelle Zuzu et la nécessité relative de ramener une partie de sa garde-robe.
Je n'ai, bien entendu, dupé quiconque.
Ils le savent tous, ils savent entendre ce léger claquement de voile qui prend soudain le vent et ils prennent, avec un humour sans doute empreint d'un léger soulagement, mes mines affairées de chien courant, plus encore impatient de suivre la piste que d'arriver au but.
Quel but?
Je sais bien ce que n'est pas le voyage. Empilé comme les signes d'une réussite sociale, il m'ennuie comme une vitrine de montres de luxe et c'est peu dire. Rangé soigneusement, ordonné avec grâce comme les indices d'une culture irréprochable et de bon goût, il a tendance à me laisser légèrement sarcastique extérieurement et au fond, bizarrement, obscurément rebutée.
Je décline souvent à l'avance et avec discrétion, ce que je dois avoir vu.
Je ne traque pas le château, ni les places célèbres,
Au fond, je n'aime rien tant que la rencontre à l'improviste, comme si dans le voyage, je cherchais à prouver que j'étais, entre tous, aimée du petit Dieu Mercure, bénie par l'herbe de la Détourne, protégée par un hasard tendre et malicieux.
Rencontre inévitable :

Rencontre menteuse et gaie :

Rencontres minuscules dans ce qui n'est qu'en apparence un désert minéral, le Burren enclos de dalles grises, percées de fleurs entêtées.


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Et puis, parce que toute visite à son enfant devenue adulte est une nouvelle rencontre et avec son autorisation, ce portrait de M'zelle Zuzu qui a 22 ans aujourd'hui.
Avec tout mon émerveillement.
