3.2.09

l'école buissonière.


0,4 mm.
C'est l'épaisseur de la couche de neige qui suffit à désorganiser un pays breton, qu'il soit ar vro Vigouden ou ar vro Kemper.
Et ma journée avec.
N'allez par croire que je me plains : sous l'écorce rude du médecin, il y a une franche, une abyssale feignasse.
Ou bien, s'il faut se trouver un alibi, une éthologue inaboutie qui profite des consultations annulées pour venir à pied, regarder et écouter.
Comme cela change vite, le paysage sonore d'une ville.
Perplexes, les goélands ont pour une fois cessé de la ramener, et j'entends une infinité de petits oiseaux aux chants tellement plus grand qu'eux.
Presque pas de voitures, et, quand elles roulent, elles ne font vrrrrrr, elles font schlusshshssh.
Pas de voiture, les voix humaines ressortent comme des pensées sur la neige. Celles des enfants dominent au passage des trois écoles que je croise. C'est bon, on sait d'avance qu'ils seront trempés et heureux, et que les mots se bousculeront pour raconter quoi, comment et que, que c'était bien.
Pas d'énervement, ou peu. Discordante, quand même, la note de désespoir d'un homme à côté d'un camion tanké dans le rond-point :
"P'tain!, je bosse que trois jours par mois et je reste coincé!
-trois jours? dit celui qui a traversé la rue d'un pas incertain pour venir lui serrer la main.
-Ouais...Peu plus, peu moins. Mais tu sais.
-Ouais".
Le silence dit ce que tout le monde sait.
Une dame bien mise, joliment chaussée de ce qu'elle met habituellement pour aller au ski, sourit gentiment et tente de le réconforter. C'est vrai que la neige dure peu, que l'ouest est annoncé.
J'habite un pays amène, où l'habitude est restée de se saluer en se croisant dans une petite rue, de se sourire au pas des portes. Les transports sont arrêtés. La ville est pleine de jeunes lycéens gais et bavards qui n'ont pu se rendre à leur établissement.
Je taillerai six ou sept rapides et bienveillantes bavettes tout au long du petit kilomètre qui me sépare de l'un de mes bureaux.
De l'automobiliste heureux et fier d'avoir réussi à freiner pour me laisser passer, et qui me raconte son périple depuis la côte à la dame emmitouflée, qui sort un minuscule APn pour photographier la rivière, et me raconte son mariage, ici, sous la neige. Le mari avait dit "premier samedi de février".
L'année de ma naissance, je le sais maintenant, les marches de l'église étaient blanches.

5 commentaires:

Yves a dit…

Photographier la ville sous la neige avec les oreilles... C'est tout toi. Ne va pas prendre froid aux oreilles précisément.

l'âne Onyme a dit…

Mes pas dans la neige
Encore plus de silence
Qu’avant

Oxygène a dit…

Et dire qu'ici nous avons chaud ...si chaud que nous ne parlons que de ça...sans poésie, ni finesse comme tu le fais si bien.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Qu'est ce que j'aime te lire !

jardin a dit…

Souvenirs du Vercors sous la neige: pas 0.4 cm, mais cinquante, soixante, voire plus.

Ce matin là, une odeur particulière de l'air, une couleur particulière des sons. Le chasse neige avait tourné toute la nuit, mais la neige, sans se presser, l'avait gagné de vitesse. Il avait pu déneiger la route principale, mais j'habitais sur une secondaire. Elle était vierge de toute trace.

Bonne fortune, bon coeur, une journée de farniente dans un univers lumineux et feutré. Une pause dans le quotidien. Un instant hors du temps.