18.12.08

Paris-Irkoutsk


Vous êtes un lectorat fidèle, amical, souvent discret, drôle, chaleureux, indispensable, généreux.
Et vous ne roulez pas sur l'or.
C'est bien dommage.
Mais qui sait? Tassili a bien trouvé, pour son petit nouel, un bel homme, un vrai, avec deux b ... avec tout ce qu'il faut pour accrocher l'étoile et danser tango.
Peut-être, parmi vous, dans les silencieux, les masqués, les furtifs, il y a ce trésor de Golconde :

Un mécène.

Désintéressé.

Pété de thunes.

Culpabilisé, peut-être, d'avoir continué à gagner de l'argent en Bourse, malgré la débâcle. Ou bien enivré d'avoir touché le gros lot. Ou encore, vous avez hérité des 500 millions de la Begum et la coïncidence avec ce post est trop forte pour que vous hésitiez.

Car le cadeau de mes rêves est ici : un voyage de Moscou à Irkoutsk, sur les traces de Michel Strogoff.

Je me fous que ce soit en groupe, donc avec des gens qui ne sauront même pas quelle passionnante blogueuse je suis, qui n'auront peut-être même pas lu Jules Verne sur la fourche d'un arbre en pleurant comme un veau sibérien quand la lame de Feofar Khan s'avance vers les yeux bleus de Michel, et qui se plaindront du confort du train sans rien connaître de la différence entre un tarentass et une télègue.

Oui, oui, Perm est sans doute une ville industrielle et le Baïkal infesté de moustique...
Oui, oui.

Mais c'est Michel Strogoff, c'est la Sibérie, c'est le Transsibérien, ce sont des noms de villes qui furent les tapis volants de mon enfance et de mon adolescence, Nijni Novgorod, Kazan, Omsk, Irkoutsk.

C'est : "Regarde de tous tes yeux, regarde"
Et c'est :
En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.



Et peu importerait que vous ne ressembliez pas à l'impavide géant blond, je calerais mon visage contre la vitre du train et je regarderais de tous mes yeux, je regarderai et je serais en route.
La cadence du train, si vous savez vous taire, nous servira de coeur commun, il y aura des plaines et des forêts de bouleaux transparentes, et des femmes à chaque gare, nous apporteront du pain frais et du thé. Nous mettrons le morceau de sucre dans notre bouche et nous nous ébouillanterons la gorge. Cela durera vingt-quatre jours.
De retour sur le quai de Paris, vous n'en saurez pas plus sur moi-hors le fait que vous auriez rendu un être humain intemporellement heureux.


Mais vous êtes mon lectorat fidèle, amical et désargenté. Je vous aime comme vous êtes parce que vous savez, comme moi, voyager d'un mot et de quelques rêves. Peut-être certains d'entre vous sont descendus au premier paragraphe.
Pour les autres, il n'y a nulle urgence à revenir à notre point de départ.
Si vous êtes bien, si le wagon est assez chauffé, votre écran point trop embué, nous pouvons poursuivre avec Blaise Cendrars et la petite Jehanne de France jusqu'à Kharbine, en Mandchourie ou même, échangeant le flegme de Michel contre le sourire en coin de Corto, ne descendre qu'au bout de la rêverie, à Shangai.
N'oubliez pas, cette fois-ci de prendre votre tasse de thé à deux mains.
Bon voyage, et prenez soin de vous.

14 commentaires:

Boutoucoat a dit…

Le train retombe toujours sur ses roues (http://fr.wikisource.org/wiki/La_Prose_du_transsib%C3%A9rien_et_de_la_petite_Jehanne_de_France )
et .....le soleil se couche toujours à l' ouest !

Pablo*NSN a dit…

Ah, merci pour ces rêves !

Fauvette a dit…

Oui rêvons, cela nous changera !
C'est bon pour la santé hein ?

Madeleine a dit…

Transsibérien ... juste ce mot et j'entends le bruit d'un train ...
A défaut de te payer le voyage, je peux porter ton bagage :)

Lyjazz a dit…

Ah, pour la Russie et les voyages en train il faut lire Ella Maillart : Des monts célestes aux sables rouges, et aussi Parmi la jeunesse russe.
Pour une biographie voir là :
http://www.memo.fr/Dossier.asp?ID=696

La plupart de ses livres sont parus chez Payot voyageur en poche.

J'aime rêver ici....

Catherine a dit…

Nijni Novgorod en voilà un nom qui m'a fait rêver aussi.

l'âne Onyme a dit…

joyeux noël à toi aussi

Anonyme a dit…

« Regarde de tous tes yeux, regarde » est la citation qui ouvre la vie mode d'emploi de Perec.

KA.

Yves a dit…

Un billet à ton nom.
Départ le 4 août 2009. Ça ira ?
Un clic :
http://arime.free.fr/ahoui/billettrans.jpg

Yves a dit…

A clique pas, bretzel liquide ! A qu'à recopier l'adresse de l'image...
http://arime.free.fr/ahoui/billettrans.jpg

Marianne a dit…

Le transsibérien fonctionne- t-il avec une caténaire ? entre les actions des anarchistes et celles des tireurs, le voyage va peut être être un peu plus long que prévu Mme Anita , je vous conseille de prendre l'homme aux 99 défauts et la bibliothèque en entier .Merci par avance pour les pigeons voyageurs qui nous porteront vos billets d'impressions du voyage .

Sar@h a dit…

"Rêvez-en
Faites-le
C'est magique !
Sergio Bambarén"
Furent associés à mes vœux 2003 & 2006, je réchauffe et vous les offre pour 2009.

Peut-on laisser nos adresses pour les cartes postales ?

Encre a dit…

La mer ne te manquera pas trop en Sibérie? Joyeux Noël nordique, chère nomade!

anita a dit…

entre faire et rêver, finalement j'hésite toujours.
Je rêve beaucoup- et puis un jour, le rêve mûrit- généralement d'un seul coup- et la coque se fend. Alors je fais, mais ce n'est un coup de tête qu'en apparence.
Vous savez quoi? Je vous aime bien, les gens qui passez ici.
Ainsi, certains d'entre vous m'ont vue un jour sur le pas de leur porte, et pour certains, ce n'est qu'une question de vents portants.

Que les fêtes vous soient douces.