9.12.08

mes nuits sont souvent plus givrées que mes jours


J'aime les manuels de savoir vivre. Non que je différencie une fourchette à bigorneau d'une pelle à homard, ni que je ne me soucie de plier mes serviettes en mitre d'évêque.
Mais je leur trouve un charme désuet et une vertu prophylactique : ils jettent une lumière cruelle et sans appel sur toute amorce de désir d'être un jour rich and famous. A la simple idée de qui il me faudra fréquenter et de quelle manière, je retourne sans regret aucun à mes verres dépareillés, mes spaghettis à l'ail et au pain de l'homme aux 99 défauts.
Reste une douce fascination pour l'art avec lequel les hommes se rassurent sur leur appartenance, en se compliquant la vie de toutes les manières possibles.
Pourtant, même en feuilletant abondamment cette littérature, il est un sujet sur lequel je n'ai pas trouvé de réponse et qui pourtant, mériterait de l'être.
Je ne dirais pas qu'il me hhhante, mais enfin, il s'agit d'un point subtil dans la symphonie du jeu social, et qui n'est abordé nulle part.
Ni chez la Berthe Bernage, ni chez le Goujon qui, pourtant, nous promet un Manuel de l'homme bon ton, ou cérémonial de la bonne société, comprenant, Des notions sur la manière de faire les honneurs d'une table, sur l'art de dépecer et terminé par un choix de jolis jeux de société, et de rondes à danser avec les airs notés, ni chez la Rothschild.

Je livre donc ma perplexité à votre sagacité :

Faut-il prévenir une relation que vous avez rêvé d'elle?

Je conçois que cela ne pose pas de problème en ce qui concerne l'Elu(e) de votre coeur.
Le "Chéri (e) j'ai rêvé de toi" tend à affermir une histoire débutante, rassure le partenaire qui fréquemment se laissera aller lui-même à une douce rêverie en imaginant combien il fut magnifique dans votre nuit. Il ne cherchera pas à voir plus loin, et vous n'êtes pas obligé de lui dire qu'il était vêtu d'un pagne fait de foulards Hermès vintage représentant des fourchettes à bigorneau.

Mais le collègue de travail n'a-t-il pas droit à une explication devant votre coup d'oeil en dessous de la ceinture et votre air immédiatement soulagé, puisque après vérification, il porte bien un pantalon? A moins que vous ne pouffiez subitement devant sa cravate ornée de pelles à homard.

Le rêve prémonitoire ne doit-il pas être immédiatement communiqué à celui qui en est l'objet? Si j'ai rêvé d'une chevrette attachée à une guirlande, broutant le chapeau (rose avec des étoiles vertes) de Mr Diafoirus, ne dois-je pas en avertir l'amie que cela concerne? (ta radio va être normale, mais si tu ne la fais pas, qu'est-ce que tu vas te faire enguirlander!)

Bon, tout ceci n'est que gaudriole et vous savez que chez moi, ce n'est qu'un chapitre de mon manuel de savoir masquer.
J'ai rêvé d'un ami.
Un ami? sur le cadastre de mon existence, sa place est minuscule, son empreinte à peine visible. Un griffonnage, mais si curieusement alerte, précis. Dois-je lui cacher que, dans ce rêve, il a, l'espace d'un sourire et d'un regard, incarné tout ce que l'amitié offre d'intemporelle sécurité, de connivence paisible, d'humour bienvenu et de liberté. Le tout, très correctement vêtu.
Dois-je le lui dire?

Ermine de Clermont-Tonnerre, Baronne Staffe, aidez-moi! Mânes d'Erasme, bloggueurs compatissants, venez à mon secours!


Ps: il est des cas où, bien sûr, la question ne se pose même pas. Si vous rêvez de Dieu assis sur la bibliothèque du présiprince, vous savez bien que ni l'un ni l'autre n'existe. Et si vous rêvez de Kouchner assis sur la déclaration des droits de l'Homme, vous savez que vous ne rêvez pas.

25 commentaires:

En quête ... de quoi ? a dit…

Bonjour, Anita

Pour ma part, j'aurais du mal à résister à un élan comme celui-ci.
Le dire, oui, et accepter d'être cette givrée qui ouvre son cœur , quitte à me prendre une claque ;-)

sana a dit…

Mais ton ami existe. Dieu aussi peut-être.

Anonyme a dit…

Tout dépend de la façon dont l'ami de tes rêves arrive à manier la fourchette bicépahle et le décapsuleur à bulots.

Hé hé Madame,on vous attend sur la plateforme dotclearienne ! Rose avec des étoiles vertes, hé hé !

Ris, member, ris member !

samantdi

anita a dit…

@Sam: mon hébergeur familial semble éprouver quelque difficulté à causer avec Dotclear Install.
Mais chose idiote promise sera toujours plus due qu'une autre! Réponse dans quelque jours. (j'ai jusqu'au 22!)

l'âne Onyme a dit…

Ne dis rien surtout rien, c'est si beau le bord d'une feuille givrée, l'intérieur d'un flocon de neige.
Et s'il est ton ami, qu'est ce que ça peut bien faire ?
Et de toute façon, les pelles à langouste, il doit s'asseoir dessus. Enfin, c'est une image...

l'âne Onyme a dit…

Et puis, c'est pas tous les matins que le gel dessine des fougères sur les pare-brise.. Alors

planeth a dit…

moi j'imagine dans ces cas là que quelque chose est passé à travers l'espace , des ondes, un rien, un zéphir, je crois que je suis un bon récepteur, alors, s'il est venu dans ce rêve c'est qu'il l'a voulu..
Je suis persuadée que la télépathie existe, (ça m'arrange de le penser aussi) ;0)

Lyjazz a dit…

J'aime bien la chute...

anita a dit…

ciel planeth! Tu me jettes dans une autre méditation, qui risque, elle aussi, d'être sans fin.
Devons nous frapper discrètement avant d'entrer dans le rêve de quelqu'un?
J'aurais tendance à dire oui, mais ne risquons-nous pas de le réveiller?

Enn" a dit…

Au réveil il est bien agréable de lire les rêves d'Anita. Nul doute que le rêvé sera heureux de l'avoir été par la rêveuse.

Fauvette a dit…

Tes rêves t'appartiennent, va en paix !
Ah, ah, un nouveau blog, mais qui a dit que les promesses n'engageaient que ceux qui y croyaient ? Mmmmm.
Bonne journée.

Miss Glu a dit…

L'esprit picore des miettes de petits riens tout le jour pour secouer le tout dans son shaker. Résultats, un cocktail puissant, un rêve prégnant. Eh bien, moi je crois que j'aimerais bien être l'ami en question. Avoir pris tant de place en si peu de temps...

Tili a dit…

Offrir un rêve, comme on offre un sourire...

Papistache a dit…

Permettez-moi de déposer au pied de ce billet un petit compliment pour le délicieux commentaire que vous avez laissé sous le texte de Tiphaine pour le dernier défi du samedi.

anita a dit…

@Fauvette : j'ai jusqu' au 22!
@MissGlu: c'est sans moins affaire de durée, ou d'intensité que de ... de quoi, au fait? de pertinence, peut-être.
@ Tili : J'vous ai apporté une vision, passque les fleurs, c'est périssable...
@Papistache : merci de votre passage et de votre commentaire. Je serais heureuse d'avoir des nouvelles de Tiphaine dont le texte est poignant et si juste. Embrassez là de ma part.

Yves a dit…

La question laisse rêveur.
Tellement rêveur que je reste, rêvassant, mains croisées derrière la nuque, à regarder vaguement l'écran. Me prépare un café. Note une idée – géniale, comme d'habitude – d'une série de toiles à faire... Comment la pensée succède à la pensée ? Reviens à la question première. Relis le billet. Lui dire ? Oui. Sans doute. Je tais tant pourtant.

anita a dit…

Ce qu'on tait tant ne devient-il pas entêtant?


merci à vous tous de cette belle suite de commentaires, comme un ciel de traîne à la rêverie.

Anonyme a dit…

Si c'est à moi que t'as rêvé l'espace d'une milli-seconde aussi ténue que notre amitié, t'as le droit (le devoir !) de me le dire. Et tant pis si j'étais vêtu d'un pagne fait de foulards Hermès vintage représentant des fourchettes à bigorneau.

Signé l'Homme qui aime recevoir des palets de Loudéac à l'Assassin.

anita a dit…

huhu, mais toi, tu es un cas particulier!
(je dois dire que le pagne en boites de soupe à la tomate te va délicieusement bien...)

Anonyme a dit…

Des boîtes de soupe Campbell, alors. Comme Warhol.

Signé L'Homme qui, blablabla.

anita a dit…

Gzactement! mais ce rêve là a tourné court parce que c'est vraiment difficile d'ouvrir ces boites avec une pelle à homard.

Moukmouk a dit…

Il arrive que ce soit les baleines qui nous transmettent le sourire de l'autre dans nos rêves, ou cette main que nous sentons sur notre ventre. Personne n'est responsable, les baleines résonnent et amplifient les émotions, comme un fait global. Donc, il n'y a pas de devoir, ni d'obligation, il n'y a que du plaisir.

Anonyme a dit…

T'as essayé avec les des fourchettes à bigorneau ?

Signé L'Homme qui a quand même un peu peur des fourchettes à bigorneau.

anita a dit…

@Moukmouk : le rêve est le sourire de la baleine... quelle poétique idée!

@l'homme qui est en train de partir en live sur cette histoire de fourchette à bigorneaux:
sous anesthésie, alors? j'ai choisi les mômes, pasque j'étais pas terrible en chirurgie...

Marianne a dit…

Un rêve qui part en live sur plusieurs épisodes avec un anonyme ? on dirait le début d'un polar , attention aux lancés de fourchettes à bigorneaux et à tout à l'heure pour l'apéro rue de la banque .