14.10.07

ineffables.


Voilà, j'étais là. Ce vendredi, vers dix-huit heure, après une journée consacré au repérage de la souffrance psychique chez l'adolescent, j'étais exactement à cet endroit.
Et c'était comme cela, dans ce paysage qui jouait à sa propre carte postale, en la paraphant de son odeur unique. Pour la première fois depuis des houles, j'ai pu laisser se dénouer des fils lancinants, j'ai écouté les vagues friser les galets légers de la rade, et j'ai vu jaillir hors de l'eau, un banc entier de minuscules poissons, comme des ricochets inverses, pour le plus grand affairement des mouettes.

La connaissez vous, cette heure suspendue, ce singulier sursis de la mer étale? L'avez vous, un jour vécue, dans un soir de douceur sans vent, dans l'estompe d'une brume qui, charitablement, bascule l'argent cinglant vers un or débonnaire?
Sans doute alors, vous êtes-vous, comme moi, partagé entre le désir de croire que tout ceci a été fait pour vous, que vous êtes, pour quelques secondes, propriétaire de cette beauté qui vous ravive et vous réchauffe, et l'insinuante certitude qu'il n'en est rien.
Que c'est, bien au contraire, la perception que tout cela se passe entièrement de vous, que rien ni personne ne vous a assigné à être là, qui allège soudain votre poids d'humain.
Tiède et indifférent, le granit, doucement, desserre mes doigts crispés, décentre mes inquiétudes et rassemble d'éparses sensations en un bouquet consolant.

16 commentaires:

Madame Irza a dit…

Dans ces moments-là moi c'est plutôt le contraire : je sens que c'est cette vue, ce site auquel j'appartiens, et non le contraire :-)

la bacchante a dit…

Être au monde, juste un instant...

Lise a dit…

Instant magique, hors du temps. Le bonheur, quoi :-)

Tili a dit…

Etre un petit grain insignifiant mais existant comme quand on regarde les étoiles...

Oxygène a dit…

Espérer d'autres moments comme celui-là.

Still a dit…

Le grand pouvoir consolateur de la beauté du monde...

Tippie a dit…

Cette photo est vraiment sublime !

Quand on voit ça on se sent tout petit... Minuscule.

anita a dit…

@madame Irza: c'est vrai! des fois je me dis que je finirai sous forme de moi flotté sur la plage...
@ la bacchante : fragment, maillon, ligne de vie
@ Lise: so close

@tili: me manque juste l'odeur des étoiles. Je suis de plus en plus olfactive!
@oxygène: la mer est bonne fille!

@still: le reste est silence...

@ Tippie: a voir tes photos , tu sembles plus forêt que mer? (les genss: tippie a des champignons tout à fait elfiques sur son bloug! fo y aller)

l'âne Onyme a dit…

Je me dis parfois en ces instants immobiles : à quoi bon être propriétaire de ton jardin alors que le monde entier t'appartient. Et en même temps j'ai le sentiment intense d'appartenir à monde, physiquement, en tant que particule élémentaire.
Et si cette beauté était là juste pour qu'on puisse l'admirer ?

Marianne a dit…

Plein de bouquets consolants , ils se situent partout ou l'on porte les yeux lorsque l'on aime l'endroit ou l'on se trouve ...

Tippie a dit…

Quand je vais en Bretagne et Normandie, alors je ne "shoote" plus que la mer et les mouettes :) (Et le Mont Saint Michel... Forcément !)
Mais euh, ca reste de la photo amateur. Loin (loin loin) de la qualité de ta photo ici (et de bien d'autres aussi, d'ailleurs).

C'est un régal ton blog. *miam* :)

brigetoun a dit…

je l'ai connu plusieurs fois, et je n'ai pas pensé, je me suis faite transparente et réceptrice, et j'ai gardé ce que j'ai pu

Fauvette a dit…

Un bouquet consolant, oui, voilà, c'est vraiment un beau cadeau.

meerkat a dit…

Tu me fais partager cet instant suspendu, ce voyage immobile qui dénoue et apaise. Quand il suffit de se laisser porter par ses sens, voir, écouter, entendre, toucher... Et sûrement goûter un peu de cette beauté. Peut-être une mouette t'a-t-elle lancé un petit poisson à gober ?

ennairam a dit…

yes...

nath a dit…

Ho la la... rêvé cet endroit !!
ça fait trop longtemps que je ne suis pas venue te lire.. je me prends quelques heures pour rattraper ça.. quelques heures de bonheur :-)