L'Homme aux 276669015 défauts a, c'est entendu, plein de défauts. Des petits, des gros, des horripilants, des attendrissants. Cycliquement, j'en pogne un qui me semble présenter toutes les garanties d'un défaut parfaitement rédhibitoire, qui me permettrait une bonne fois pour toutes, d'envoyer promener les 276669014 autres.
Las, ce doit être des défauts de fabrication chinoise : ils ne tiennent pas la semaine. Sous le regard d'amis bienveillants-et aussi d'enfants plus exaspérés qu'inquiets, le défaut se ratatine en baudruche grotesque, se dilue en poussière au vent ou pire, cristallise en fait d'armes tout à fait employable en future légende de Grand Ancêtre plus facile à avoir en photo qu'en pension.
Dammned.
Reste le moyen suggéré par l'amie bienveillante qui prétend cultiver une âme de femme de footballeur : prendre un amant.
On sait bien qu'il n'y a rien de tel, au moins sur le papier, que de chercher ailleurs les qualités qui manquent à votre conjoint pour supporter celui-ci.
Sur le papier.
Car dans mon cas, la recherche de l'amant idéal risque de poser au minimum quelques problèmes stylistiques. Sinon érotiques.
Essayons d'imaginer les amorces susceptibles tout à la fois d'attirer le chaland et de signifier la vacance de poste :
Premiers contacts :
"On vous a déjà dit que vous aviez une montre magnifiquement à l'heure?"
"C'est à vous ces beaux prélèvements automatiques?"
Si l'affaire se poursuit:
"savez-vous que votre façon d'ouvrir vos courriers me trouble beaucoup...?"
-mais ton dossier facture est si... si.... si extraordinairement mince!
-OMG! Tu... OMG bis! Tu jettes un vieux tee-shirt à la poubelle! Deux? mais tu es insatiable, grand fou!
-
Baissant la voix :
"Et jamais? Vraiment jamais? On ne t'a jamais coupé le téléphone parce que tu n'avais pas payé? Tu voudrais? rien qu'une fois??? Ah non écoute, si tu commence à vouloir faire le vieux couple, ça va se terminer rapidement, nous deux... Mais non, je ne suis pas fâchée. Mais chuuuuut! Non! ne me montre pas le contrôle technique de ta voiture comme ça en public, voyons, mais non, mais on va nous voir!
Cherche beau mec avec une très grosse pile de papiers rangés, ça le fait sur mythique?
31.7.10
13.7.10
Pour l'amie qui revient.
Quand je l'aie connue
Elle dansait sur sa propre flamme
et riait
comme on refuse de répondre.
Elle aimait le désert
et les hommes qui portent le jasmin à l'oreille.
Nous avions juste l'âge
de nous croire très vieilles
en faisant la vaisselle
à grandes poignées de sable
entre Douz et Kebili.
Je ne l'ai pas vue depuis très longtemps
sa voix me dit que je ne la retrouverai
ni béate, ni défaite
On ne vit pas sans repli
Qu'au moins
je la retrouve
sans regrets.
Nous avons tant de choses
à nous dire
que nous n'en ferons sans doute rien
et nous regarderons monter
la vapeur du thé
comme nous fumions autrefois
les sentiments trop encombrants
pour être dits
C'est l'une des balises de mon été
et je m'en réjouis.
Elle dansait sur sa propre flamme
et riait
comme on refuse de répondre.
Elle aimait le désert
et les hommes qui portent le jasmin à l'oreille.
Nous avions juste l'âge
de nous croire très vieilles
en faisant la vaisselle
à grandes poignées de sable
entre Douz et Kebili.
Je ne l'ai pas vue depuis très longtemps
sa voix me dit que je ne la retrouverai
ni béate, ni défaite
On ne vit pas sans repli
Qu'au moins
je la retrouve
sans regrets.
Nous avons tant de choses
à nous dire
que nous n'en ferons sans doute rien
et nous regarderons monter
la vapeur du thé
comme nous fumions autrefois
les sentiments trop encombrants
pour être dits
C'est l'une des balises de mon été
et je m'en réjouis.
9.7.10
Knock knock knock!
Tiens, quelqu'un est entré.
Cela n'a pas fait de désordre. Pas de pont-levis abaissé à grand bruit de chaînes, pas de porte claquée, nulle effraction.
Savait-on d'ailleurs, qu'il existait à cet endroit-là, un imperceptible guichet? Accessible à lui ou elle seuls, franchi d'autant plus souplement qu'en toute vraisemblance, il ou elle ignore être entré.
Ce n'est pas faute, en commensal poli, d'avoir décliné titres et travaux et montré patte blanche sans mendicité. Ce n'est pas faute d'avoir respecté l'usage du perron, du petit banc d'entrée, du porche banal et commun.
Il ou elle peut y être resté une heure ou un an, peuvent n'avoir pas même esquissé l'intention d'un pas plus avant.
Qu'est-ce qui, tout d'un coup, les déplacera (et ce sera irrémédiable)?
La beauté d'un profil, pris dans la lumière? Le geste quasi-philosophique autour de la tasse de café qui dit tout du détachement amusé? La faille pudiquement recouverte? La connivence insolite? Mais tout autant le rire en torrent, la jeunesse entêtée, la pensée précise, l'honnêteté à vivre ce qui doit être vécu.
Peu importe. Des fois, on ne le sait même pas. Quelqu'un est entré, il est à l'intérieur de vous et là-bas, tout près ou très loin, pour le peu ou le prou, avec douceur ou déchirement, avec sympathie, curiosité, désir ou nostalgie, quelqu'un s'est mis à compter pour vous.
Cela n'a pas fait de désordre. Pas de pont-levis abaissé à grand bruit de chaînes, pas de porte claquée, nulle effraction.
Savait-on d'ailleurs, qu'il existait à cet endroit-là, un imperceptible guichet? Accessible à lui ou elle seuls, franchi d'autant plus souplement qu'en toute vraisemblance, il ou elle ignore être entré.
Ce n'est pas faute, en commensal poli, d'avoir décliné titres et travaux et montré patte blanche sans mendicité. Ce n'est pas faute d'avoir respecté l'usage du perron, du petit banc d'entrée, du porche banal et commun.
Il ou elle peut y être resté une heure ou un an, peuvent n'avoir pas même esquissé l'intention d'un pas plus avant.
Qu'est-ce qui, tout d'un coup, les déplacera (et ce sera irrémédiable)?
La beauté d'un profil, pris dans la lumière? Le geste quasi-philosophique autour de la tasse de café qui dit tout du détachement amusé? La faille pudiquement recouverte? La connivence insolite? Mais tout autant le rire en torrent, la jeunesse entêtée, la pensée précise, l'honnêteté à vivre ce qui doit être vécu.
Peu importe. Des fois, on ne le sait même pas. Quelqu'un est entré, il est à l'intérieur de vous et là-bas, tout près ou très loin, pour le peu ou le prou, avec douceur ou déchirement, avec sympathie, curiosité, désir ou nostalgie, quelqu'un s'est mis à compter pour vous.
1.7.10
Deux choses sont infinies...*
Le truc le plus con de l'année. Et pourtant, l'épidémie de grippe fut un fertile terreau en âneries de choc.
Accrochez-vous c'est du lourd :
" Je suis d'accord pour l'achat d'un défibrillateur automatique externe par le Lycée, dit ce Proviseur, mais à condition qu'il soit réservé à celui-ci."
Donc, au lieu du logo, genre celui-ci

destiné à prévenir la population qu'on peut tenter de réanimer le pékin moyen qui vient de s'effondrer devant vous, ou, du moins, dans un rayon de 500m
je vais être forcée de proposer au prochain comité Hygiène et Sécurité un genre comme ça :

Et pour ceux qui me poseraient la question, non, il n'y a pas de défibrillateur de cerveau. Sinon, je vous jure que j'aurais tout tenté.
*L'Univers et la bêtise humaine. Encore pour l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. (Einstein)
Accrochez-vous c'est du lourd :
" Je suis d'accord pour l'achat d'un défibrillateur automatique externe par le Lycée, dit ce Proviseur, mais à condition qu'il soit réservé à celui-ci."
Donc, au lieu du logo, genre celui-ci
destiné à prévenir la population qu'on peut tenter de réanimer le pékin moyen qui vient de s'effondrer devant vous, ou, du moins, dans un rayon de 500m
je vais être forcée de proposer au prochain comité Hygiène et Sécurité un genre comme ça :

Et pour ceux qui me poseraient la question, non, il n'y a pas de défibrillateur de cerveau. Sinon, je vous jure que j'aurais tout tenté.
*L'Univers et la bêtise humaine. Encore pour l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. (Einstein)
Libellés :
Des fois,
duloc est un monde parfait,
hein,
va donc bosser feignante.
28.6.10
Enquiquinez les riches!
Dans cette atmosphère faisandée, où l'on découvre que les préfets touchent une prime d'efficacité pouvant se monter à 4 SMICS annuels, où l'on avoue implicitement qu'un ministre peut commander des redressements fiscaux-et en interdire d'autres?-, où un monarque se paye un avion pour nous pisser dessus de plus haut encore, il ne faut pas se priver d'une occasion, même minime, de redire que la loi est un bien commun.
Depuis 1986, date d'entrée en vigueur de la loi "littoral", de riches propriétaires* du Fouquet's club, empêchent l'accès au sentier douanier de Beg Meil** sous prétexte qu'ils y ont piscines, gloriettes tennis et autres agréments à tenir loin du peuple.
Il suffirait, pour que la continuité du sentier soit rétablie que les propriétaires reculent leur haie de 3 ou 4 mètres.
Une inlassable pétition de bretons têtus*** circule chez Cyberacteurs, demandant la simple application de la loi.
Si ça vous dit, de signer et de faire circuler, voici le lien
Rien ne vous interdit de cliquer aussi sur les pétitions voisines, notamment pour ceux qu'affligent la glaciation de la grille de France Inter.
* On compterait dans ce petit segment une propriété Bolloré, une Taittinger et une Lascar .
** d'accord, c'est en pays fouesnantais, donc chez les étrangers, mais bon !
*** un oxymore, je maintiens. ( ce sont les bretonnes qui sont têtues!)
Depuis 1986, date d'entrée en vigueur de la loi "littoral", de riches propriétaires* du Fouquet's club, empêchent l'accès au sentier douanier de Beg Meil** sous prétexte qu'ils y ont piscines, gloriettes tennis et autres agréments à tenir loin du peuple.
Il suffirait, pour que la continuité du sentier soit rétablie que les propriétaires reculent leur haie de 3 ou 4 mètres.
Une inlassable pétition de bretons têtus*** circule chez Cyberacteurs, demandant la simple application de la loi.
Si ça vous dit, de signer et de faire circuler, voici le lien
Rien ne vous interdit de cliquer aussi sur les pétitions voisines, notamment pour ceux qu'affligent la glaciation de la grille de France Inter.
* On compterait dans ce petit segment une propriété Bolloré, une Taittinger et une Lascar .
** d'accord, c'est en pays fouesnantais, donc chez les étrangers, mais bon !
*** un oxymore, je maintiens. ( ce sont les bretonnes qui sont têtues!)
21.6.10
j'peux pas, j'ai pause.

J'ai pause.
Je ne sais pas très bien pourquoi, pas plus que je sais comment s'est déployé un jour ce besoin de faire part. Je sais juste que j'en ai profondément eu du plaisir, que j'en ai un peu moins en ce moment, que cela arrive à beaucoup d'entre nous. Je sais que certains closent, effacent radicalement, attendent la reprise, envoient des signaux de loin en loin, pausent en fait de façon tout aussi diverses que nous écrivons.
Je sais que la vie publique atteint de tels sommets d'obscénité que je n'ai plus envie d'en rire, que ma vie privée, même si j'en laisse passer et, probablement, bien au delà de ce que j'imagine, n'a de place ici que si j'ai le sentiment d'en avoir pensé quelque chose et de n'en présenter que ce qui peut prendre soin de vous par écho.
Je sais que je manque d'envie de pastiches ou de jeux.
Je sais que je tiens à vous. Que je serais contente si vous avez le courage la patience ou l'envie de m'attendre un peu.
Que je reviendrais dès que j'aurais quelque chose à vous dire.
Et que ça sera peut-être même demain. Même si j'ai piscine.
Libellés :
Des fois,
hein,
va donc bosser feignante.
16.6.10
diagnostic

Si je considère toute à la fois mon miroir, mon agenda, ma pile de tâches et ma pile à lire, l'attachement que j'éprouve envers mes commensaux et mon exaspération croissante, le diagnostic de mon besoin est extrêmement aisé:
Anita, mon petit, tu aurais très exactement besoin d'un marivaudage en règle, intelligent, caustique en apparence et tendre en dessous, qui ne pèserait pas plus que l'ombre d'un clin d'œil et qui te permettrait d'envoyer aux cent mille diables tous tes devoirs d'adulte responsables mais pas trop loin quand même.
L'inconvénient par ailleurs étant que tu y es habile comme au vernissage d'ongles et que ce n'est pas peu dire.
Mais ce n'est pas pour autant que tu dois te priver d'être lucide.
Libellés :
génie pas doué,
va donc bosser feignante.
13.6.10
bébés phoques

En ce moment, j'ai plein de bébés phoques.
De ceux qu'on pose sur la banquise, l'œil implorant et le poil mouillé devant les caméras et avec l'injonction immédiate et culpabilisatrice de "faire quelque chose!".
Docteur.
De résoudre le problème de ce jeune homme appareillé depuis des années, jamais signalé et dont on se dit, que peut-être, éventuellement il serait gêné pour entendre les bandes sonores aux épreuves orales de langue. Dans une salle déserte avec une seule personne. J'ai dit : "Ah? Et sept ans dans une classe plein d'adolescents bourrés d'hormones, il a entendu correctement?"
De celui qui terrorise tout le monde du haut de ses 8 ans manifestement psychotiques, qui est en attente de classe spécialisée et dont on me demande, faute de position claire du psychiatre et de l'inspection primaire de déclarer qu'il est "médicalement inapte à la scolarisation." Bon d'accord, mais du coup, comment vous allez pouvoir le scolariser dans sa classe spécialisé après? J'ai dit à l'Inspecteur que je pouvais faire un certificat comme quoi l'école de P. était "institutionnellement inapte à scolariser cet enfant." De toute façon, ça fait très longtemps qu'on est pas copains, lui et moi :-).
Celui qui vous demande un certificat d'aptitude pour aller en lycée agricole, parce que c'est le seul endroit qui l' a accepté et qui vous jure, les yeux en coquelicot, le nez en patate et la voix étouffée que non, absolument pas, il n'est pas sensible au rhube des foins. J'ai rien dit, j'ai tendu le paquet de mouchoir et levé un sourcil.
Celui qui a perdu sa maman et qu'on me supplie, à rebours d'une de mes rares règles intransigeantes (On voit un enfant de 6 ans avec l'adulte responsable, point barre.), d'accepter que la visite se déroule avec une grande sœur, parce que le père est en déplacement. Montez le son à 60 décibel et écoutez, sans frémir si vous le pouvez, la phrase proférée devant toute la classe : "PASSQUE C'EST PAS SA MERE QUI VA POUVOIR VENIR, HEIN!". Je suis héroïque, je n'ai pas répondu "il a un père, connasse, et une grande sœur qui a largement autre chose à faire de son chagrin que de jouer les mères de substitution".
J'ai eu le dit père longuement au téléphone, tout va aussi bien que cela peut, ils font face. Nous nous verrons en septembre, calmement. Dignement.
A vous, parce que vous êtes des potes, je vous dis : cette fin d'année, j'en ai marre.
Libellés :
Des fois,
hein.,
va donc bosser feignante.
11.6.10
brève de comptoir
Au bar.
Décidément, le supporter est maussade. A peine quelques occasion d'entamer un début de mugissement, vite suspendu et remplacé par un "putaiiiiiiiiin..."
A la 60° minute ( ou à peu près, hein, on va pas chipoter)
" On se fait chier , hein?
-tu parles. Je s'rais chez moi, j'aurais déjà tapé sur ma femme..."
Mea culpa. J'ai ri.
Décidément, le supporter est maussade. A peine quelques occasion d'entamer un début de mugissement, vite suspendu et remplacé par un "putaiiiiiiiiin..."
A la 60° minute ( ou à peu près, hein, on va pas chipoter)
" On se fait chier , hein?
-tu parles. Je s'rais chez moi, j'aurais déjà tapé sur ma femme..."
Mea culpa. J'ai ri.
31.5.10
Dans le champ d'artichauts

Dans le champ d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Après tout, les têtes étaient presque mûres et les dames, même aux allures respectables, sont peut être armées tout à la fois de couteaux et de mauvaises intentions.
Jean, en bon trégorois, eut la méfiance aimable et la politesse vigilante. Rapidement convaincu que je n'emporterais que des clichés, il laissa monter un plissement amical au coin des yeux et entama la placote. D'abord légère, météorologique et locale.
Pas banale, non, parce que celui qui a couru le monde m'étonne parfois moins que celui qui n'a pas bougé d'auprès de son arbre.
Je ne crois pas que Jean soit bavard par essence. Je ne crois pas non plus que je sois toujours fascinée par les fragments d'histoire des champs d'artichauts. Mais cela s'est noué comme ça, parce qu'on était bien installé le long du muret, parce que la lumière se faisait attendre. Il s'est mis à raconter et moi à écouter.
Les notices biographique sont toujours étrangement sèches et leur dureté serre souvent le cœur. Jean raconte, sans aucune espèce de plainte, le père mort en 39, la mère aux cinq enfants qui se remarie avec le paysan aux six encore petits, le travail de ferme qu'il découvre à 14 ans. Les longues tablées qu'il faut nourrir. L'artichaut n'était qu'une culture de subsistance et les finistériens n'avaient pas encore amené le chou-fleur. On cultivait la Fin de Siècle.
Et on mangeait ce qu'on cachait aux Allemands.
Il ne met pas plus de vantardise que de plainte à raconter comment il s'est engagé en trichant dans la résistance à 16 ans. Il dit qu'il y avait sans doute plus de désir d'échapper à la tutelle du beau-père casse-pied que d'héroïsme. N'empêche. Il désigne là la petite butte où les résistants avait essayé de bombarder le sémaphore. Candides, ils y avaient encerclé les Allemands en oubliant de leur couper le téléphone. Les autres sont venus les cueillir comme des fleurs. La fosse creusée sous la contrainte, le tir en rafale, les corps qui tombent.
Il dira ensuite combien de petites fioles d'éther on trouvait dans les fossés, combien ils étaient jeunes, ces meurtriers drogués dont la bouche fendillée brûlait.
Et l'œil de Jean, méditatif, flotte sur les contour de ce paysage qu'il connait par cœur.
Il ne sait pas comment finir et moi non plus. Nous revenons à des phrases tempérées. Nous n'oserons pas poser les vraies questions ni donner les vraies réponses.
("Est-ce que cela compte, ce que je vous ai raconté?
-Oui. Pas comme pour vous. Mais oui.
-C'est de l'histoire ancienne, si ancienne.
-Mais vous l'avez vécu. Cela a existé. Cela existe encore. Des hommes meurent. Et puis on fait pousser des artichauts.")
Nous nous saluerons, avec courtoisie et pudeur. Comme en Tregor.
NB : Et ce soir, en lisant, consternée, les justifications du raid israélien, je me demande comment Jean et moi, nous aurions fini cette conversation, en partie muette, sur la stupéfiante impression d'imbécilité que laissent les fracas humains soixante ans après.
Libellés :
breizh,
Des fois,
duloc est un monde parfait,
hein.,
voyage
30.5.10
Corolles.
Saison de coquelicots. La photo qui n'est pas prise, c'est celle d'un petit garçon fasciné, pouce dans la bouche, devant les corolles rouges qui dansaient. Les jupes des filles sont-elles la nostalgie du coquelicot, ou est-ce l'inverse?
Le vent joue parfois aprendre la photo à ma place :

Un coquelicot bichrome, un peu à la manière des fantômes délicats du jardin de Still.

Le pavot jaune annonce la couleur.
Est-ce un pavot, d'ailleurs? Il poussait en liberté surveillée sur le très beau sillon de Talbert, désert ce jour.

Comme un pt'it coquelicot. Mesdames.

J'ai même trouvé des artichauts câlins.

Dans le champs d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Je vous en parlerai demain.
Le vent joue parfois aprendre la photo à ma place :

Un coquelicot bichrome, un peu à la manière des fantômes délicats du jardin de Still.

Le pavot jaune annonce la couleur.
Est-ce un pavot, d'ailleurs? Il poussait en liberté surveillée sur le très beau sillon de Talbert, désert ce jour.

Comme un pt'it coquelicot. Mesdames.

J'ai même trouvé des artichauts câlins.

Dans le champs d'artichauts, j'ai rencontré Jean. Je vous en parlerai demain.
23.5.10
16 heures, un jour de mai

Tout doucement, les bruits s'éloignent.
Les cris d'enfants ne font guère obstacle. Ils se fondent en paillettes brèves, comme si je les entendais en couleurs dansantes, tournant autour de moi sans m'alarmer.
Des jeunes parents s'installent, j'entends leurs échanges rapides, interrogatifs, je me souviens de ce temps-là, si encombré de détails pratiques, d'objets, d'éventualités multiples. Peu à peu, je détend le filet de ces voix, je passe au travers de leurs mailles inquiètes.
Comme les plongeurs, je franchis des paliers, je sens le poids de mon corps se modifier, la chaleur qui commence à la nuque et roule jusqu'aux reins.
Je repousse l'agacement d'un bruit entêtant, obscène. Un scooter des mers.
Je plonge, le sable chauffé sent la poudre, je goûte brièvement le plaisir d'avoir soif.
La tête dans mes bras, je fais ma première sieste sur la plage.
Libellés :
breizh,
l'estran,
va donc bosser feignante.
17.5.10
Pierres blanches
Des mots généreux, des fleurs, des pensées précieuses, des appels, un fin et doux réseau...
Amis inquiets qui, au son du précédent billet, ont cru le jour triste, ou moi soucieuse de l'âge, ne vous alarmez pas : je suis de celles que l'absence de solution rassure, que l'empêchement de croire en une finalité de la vie réconforte. Quand je bute, je me plains ou je tire les moustaches du chat et je bats mes enfants. j'embête mon monde.
Quand j'écris, c'est que je suis déjà un peu plus loin, que le courant a levé les obstacles.
Pis, à midi, j'ai pique-niqué là :

Je vous zème très beaucoup.
PS: pour ceux qui veulent, il y a quelques photos d'Irlande en ligne sur l'Œil de la Baleine...
Amis inquiets qui, au son du précédent billet, ont cru le jour triste, ou moi soucieuse de l'âge, ne vous alarmez pas : je suis de celles que l'absence de solution rassure, que l'empêchement de croire en une finalité de la vie réconforte. Quand je bute, je me plains ou
Quand j'écris, c'est que je suis déjà un peu plus loin, que le courant a levé les obstacles.
Pis, à midi, j'ai pique-niqué là :

Je vous zème très beaucoup.
PS: pour ceux qui veulent, il y a quelques photos d'Irlande en ligne sur l'Œil de la Baleine...
16.5.10
Monde sensible.

(Post déconseillé aux moins de 40 ans) (et aux autres aussi d'ailleurs)
Danser à reculons*. Avec application, avec rage parfois, et parfois encore avec une légèreté inespérée, comme l'aile qui trouve, au ras de la falaise, le courant chaud et l'élan vers le haut.
De toute façon, tout cela finira mal et nos approches ne se différencieront que dans l'infinie variation de notre solitude. Nous mourrons, ici ou comme cela. La plupart d'entre nous n'auront jamais été champions olympiques et ceux qui l'auront été ne sauront jamais vraiment si cette fragile crête valait la peine de toute cette peine. Nous mourrons ici d'une mort occidentale, les malles pleines des rêves d'accomplissement qui ne surgissent qu'au sein des estomacs rassasiés, vaguement coupables de ne pouvoir qu'entrevoir ce que peut être la mort des autres, en plein vol de misère.
Nous n'aurons pas fait grand-chose et les rares, qui auront accompli des exploits, devront tenir dans l'ombre ceux qu'ils auront impitoyablement écartés, disqualifiés, ou bien même affamés pour les réaliser.
Nous mourrons à reculons, la miséricorde n'étant souvent que cette inaltérable capacité à réduire notre vision en quelques points scintillants, jusqu'à l'ultime confort d'un oreiller frais et des jeux de lumière sur le mur blanc.
Nous croyons avoir tendu la main vers les insignes irréfutables de notre destinée, nous avons pleuré de les voir nous échapper. Vaille que vaille, nous avons habité des lieux, aimé des passants. Nous avons voulu des objets et le soleil sur notre visage.
Nous avons acheté, poli et poncé, nous avons planté et arraché. Nous avons rêvé du désir des autres et, temporairement, nous nous sommes approprié leur paysage.
Nous n'avons rien fait d'autre que de chercher les pierres blanches. Jours heureux, fragiles instants, œuvres minuscules ou murmures flatteurs sur notre passage, satisfaction d'une maison remise en ordre, dernière retouche, réplique parfaite, nous avons moins peur de descendre à reculons quand brillent au loin, les pierres blanches des jours marqués, le dessin sinueux et toujours menteur de notre chemin parcouru.
*Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Appollinaire
(Demain, j'ai 47 ans. Je pense que ceci éclaire cela!)
12.5.10
Deux passants.

Ce matin, je regarde deux hommes sortir d'une voiture noire et, symétriquement, enfiler leur veste pour commencer une journée de travail.
Ils ont un peu plus que la trentaine, leurs traits sont agréables, plutôt neutres.
La voiture est parfaite propre, onéreuse sans doute, sans être ostentatoire, les chemises bleu ciel, les costumes bien coupés.*
De parfaits salary-men.
Et je découvre tout à coup, à quel point l'espèce m'est étrangère. Je suis moins désarmée par des hommes en boubou rose, par les marins du coin qui vous écrasent trois phalanges en toute généreuse inconscience, par les ex-junkies tatoués partout où il n'y a pas de veine affleurant, que par ces exemplaires répétés d'hommes corrects et interchangeables.
Je les rencontre parfois, quand ils viennent, entre deux rendez-vous professionnels, accompagner des enfants gentils en visite de maternelle. Si je demande un avis spécialisé en ophtalmologie, je suis sûre que cela sera fait. Et il est même possible qu'ils le feront eux-même et n'en chargeront pas forcément leur épouse. Ils sont courtois, efficaces et je les perçois comme indifférents.
Souvent, l'interrogatoire est pauvre. Tout va bien.
Est-ce la représentation que j'en ai, qui fait que je ne trouve pas la porte d'entrée? Est-ce au contraire, parce qu'il n'y a rien à voir, que je n'ai senti ni résistance, ni point de passage, que j'ai le sentiment qu'ils ne m'ont rien dit?
Probablement des deux. Mon efficacité tient à ma capacité de me fabriquer une image mentale des courants tensionnels, des marges de manœuvre, des mélodies intimes et des questions de mes interlocuteurs. Tout autant, voire bien plus que ce me disent, de leur enfant, mes mains et mes yeux. Et, sauf si l'imperfection de leur progéniture lance la consultation vers un terrain plus animé, la plupart du temps, je ne vois rien. Que des hommes corrects.
Est-ce l'éclat aveuglant de leurs chemises bien repassées qui brouille ainsi mes repères? Comment ça vibre, un homme impeccable? Est-ce que ça pleure? Ça rêve de quoi?
Ce costume leur est-il une jouissance, une obligation ou une armure?
Ce rasage de si près, est-ce à leur patron qu'ils le dédient ou à un amour?
Je regarde les deux inconnus approcher. Ils détonnent vaguement, dans cette rue. L'espèce n'est pas si nombreuse, ici, dans ce pays où les employés de banque risquent parfois l'absence de cravate et où, au vu de l'état de leur pantalon, vous donneriez cent sous aux hommes les plus riches du coin.
Je guette, du coin de l'œil, un rien, un tressaillement, un éclat de rire, un faux pas. Je n'ai pas d'hommes semblables dans mon paysage personnel, ni père, ni frère, ni époux, ni amis. L'un de mes oncles, peut-être, fut à cette image là.
Et peut être, d'avoir été une nièce assez aimée pour avoir eu de rares et brefs aperçus de sentiments profonds mais exprimés comme en se cachant, me laisse le sentiment que ces hommes là restent des hommes liés, comme lentement déshydratés, rendus pour ainsi dire, inaccessibles à eux-mêmes.
Passant correct en costume neutre, comme j'aimerais, si tu passes ici, tout vivant de tes rêveries, que tu me démentes...
* Je ne me souviens plus de la couleur de la cravate, mais il y en a de très jolies chez M. KA...
9.5.10
Aimer l'Irlande

Aimer le paysage
Comme la peau du Monde.
Le vent est né ici,
dans la brèche longue
des tourbes
Eveillant
Dans les collines immobiles
La harpe et l'herbe,
liées.
Il fallut si longtemps
En Irlande
Contourner du même pas
La pierre et le malheur
tenir le tumulte serré
Et l'œil sur la ligne des crêtes
que tous, ils savent chanter.
Croyez vous
qu'on puisse toujours
rester la voix basse?
Aimer l'Irlande
comme le vent du Monde
et les lacs d'eau noire
scellés sur l'Histoire.
7.5.10
L'homme aux 72 défauts et le démarchage par teléphone.
J'avais raconté ici comment l'Homme aux 71 défauts répondit à la dame qui lui proposait de réduire ses impôts.
Ce soir, c'est un monsieur qui lui propose un nouvel abonnement téléphonique.
Je vous la fais?
"Driiiiiing!!
(oui enfin, bip-bip-tut)
Homme à 70 défauts :
-Allo?
Monsieur Malpayé:
-Bonjour Monsieur à 69 défauts, je suis Monsieur Malpayé de la Société Kiventou, je viens vous proposer un nouvel abonnement téléphonique.
Homme à 68 défauts:
-Ah, c'est que voyez-vous, je n'ai pas le téléphone.
Monsieur Malpayé :
-Ah non?
Homme à 67 défauts :
-hébé non.
Monsieur Malpayé :
-Ah, bon, ben, c'est dommage. Et bien, au revoir Monsieur à 66 défauts
Homme à 65 défauts :
-Ben oui, au revoir Monsieur Malpayé."
M'en va devoir ouvrir une nouvelle rubrique. Mékilékon.
Pis même, je crois que je vais le sous-louer à ceux qui ont des Témoins de Kivousavez à faire lâche prise.
Ce soir, c'est un monsieur qui lui propose un nouvel abonnement téléphonique.
Je vous la fais?
"Driiiiiing!!
(oui enfin, bip-bip-tut)
Homme à 70 défauts :
-Allo?
Monsieur Malpayé:
-Bonjour Monsieur à 69 défauts, je suis Monsieur Malpayé de la Société Kiventou, je viens vous proposer un nouvel abonnement téléphonique.
Homme à 68 défauts:
-Ah, c'est que voyez-vous, je n'ai pas le téléphone.
Monsieur Malpayé :
-Ah non?
Homme à 67 défauts :
-hébé non.
Monsieur Malpayé :
-Ah, bon, ben, c'est dommage. Et bien, au revoir Monsieur à 66 défauts
Homme à 65 défauts :
-Ben oui, au revoir Monsieur Malpayé."
M'en va devoir ouvrir une nouvelle rubrique. Mékilékon.
Pis même, je crois que je vais le sous-louer à ceux qui ont des Témoins de Kivousavez à faire lâche prise.
5.5.10
Des pt'ites fiches, des pt'ites fiches, toujours des pt'ites fiches...

Je sais bien que les gogos gobent tout, mais quand même...
Un fichier des élèves décrocheurs?
Ça existe déjà.
En au moins deux exemplaires.
Le premier est un cahier d'appel.
Le deuxième un logiciel de vie scolaire.*
Etant donné que la scolarité n'est pas obligatoire après 16 ans, à quoi peut bien servir qu'un tartempion au Ministère sache que
A appeler le Recteur pour qu'il appelle l'Inspecteur d'Académie pour qu'il rappelle au Principal qu'il doit dire au CPE qu'il doit appeler les parent pour que ceux-ci tirent Karim du lit?
* auxquels ajouter la commission de suivi dans l'établissement, de la commission cas difficiles de l'Académie, des dossiers du conseil Général, voire de ceux du Juge pour Enfant, sans parler des registres mal tenus de votre humble servante.
4.5.10
Trois fois rien.

Je ne sais plus quel admirateur exaspéré des chats remarquait que les chats noir et blanc arrivaient toujours à coller leur poils blancs sur vos vêtements noirs et les noirs sur vos tee-shirts blancs.
Tout d'un coup, ça m'a semblé une excellente métaphore de l'adolescence.
_____________________
Quand je repars vers 16h de cette école, un petit garçon y rentre. Menu, vif et souriant. Un peu pâlot, mais le bonjour est clair. A cette heure là, le croiser au portail ne peut vouloir dire qu'une chose : il revient d'une rééducation orthophonique ou d'une prise en charge au centre médico-psychologique, juste à temps pour récupérer ses devoirs. D'ailleurs, de l'autre côté, sa mère est encore là. Elle a un physique ingrat, au moins vingt kilos de trop et une petite voiture sans permis couleur épinard. Le sourire qui flotte encore sur ses lèvres alors qu'elle regarde en direction du portail fait lever, dans ma mémoire, une cohorte de figures de mères démunies et affectueuses. Et, finalement, subtilement débrouillardes.
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est-ce que les japonais ont des pâtes alphabets en forme d'idéogrammes?
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Des fois,
hein,
va donc bosser feignante.
2.5.10
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