2.4.07

1968 : sous la plage


En soixante-huit, j’ai cinq ans.
Dans un journal, paraît l’avis de décès de Nicolas Bourbaki, célébrissime mathématicien imaginaire, qui recouvrait un courant bien réel.
Oui, 68, cela pourrait être cela, un événement menteur, le trompe-l’oeil d’une notice biographique, qui offre le spectaculaire en dissimulant l’essentiel, une blague de potache qui masque le déplacement fondamental.
Il ne m’est rien arrivé cette année-là, rien dont je me souvienne.
Néanmoins, ce qui s’y passa alors, court dans ma vie comme un filon de quartz au milieu du granit. Dissimulé le plus souvent, ressurgissant en affleurements parfois très loin des uns des autres, immédiatement reconnaissable.
Je n’ai rien connu du bruit, de la fumée, de l’agitation, ou bien rien ne m’en reste. Peut-être me suis-je endormie, un soir, comme peuvent le faire les enfants de 5 ans, la bouche un peu ouverte, tombée d’un coup au milieu des voix qui s’entrecroisent, de la fumée, du tintement des verres, et de la voix de Francesca Solleville.
Je ne suis pas sûre des sillons qu’ont tracés, en moi, les mots « autogestion », « situationnisme » et « division du travail ». Je pense même que leur principal stigmate est une méfiance ironique et embarrassée de toute théorie verticale, une préférence innée pour le fragmentaire, le douteux, l’incomplet. Je n’aime que les théories asymptotiques, celle qui tendent vers, en se gardant bien de l’atteindre, celles qui admettent en leur sein, une part d’irréductible qui, seule, leur donne sens.
Je sais par contre, ce qui est et demeure ineffaçable en moi. Dans ces discussions fiévreuses, les voix d’hommes se mêlaient à celles des femmes, comme rarement sans doute dans l’histoire. Ces voix de femmes disaient le désir à l’égal de celui des hommes, elles disaient la nécessité urgente d’être compagnons, elles disaient l’amour qui naissait du choix enfin possible, la volonté de porter des enfants voulus qui ne seraient plus des fardeaux...
Cela s’est dit dans la fièvre, cela s’est dit dans la tension, la violence parfois, le théâtralisme sûrement, car l ‘époque, plus encore que Dieu, vomissait les tièdes. Mais enfin cela s’est dit, et je suis presque certaine que la controverse ne s’interrompait même pas, lorsque l’un d’entre eux allait déposer l’un d’entre nous sur un matelas de fortune, au milieu d’autres enfants. Singulière berceuse à laquelle je dois une liberté inégalée dans le choix de mes amours, de mes voyages, de mon métier.
Berceuse qui compense le profond mensonge qui fit surgir, de dessous les pavés, non point la plage, mais un immense, un permanent, un obscène supermarché. Je n’ai pas le culte de la révolution de 1968, mais l’infime et fondamental déplacement que fut la révélation du fait féminin dans ma poreuse enfance, je le vis tous les jours, je m’en nourris, et, croisant les doigts, j’espère en avoir bercé mes petits.

(comme tous les billets qui portent une date, celui-ci est publié également sur le site des Ricochets des blogueurs)

vieille coque




La vague cinglante
Le vent abrupt et traversant
sont des dangers que je connais.
Je me suis moins méfiée
de la vase douce
du chant torpide
de cette invitation rampante
à me coucher et à me taire.
Quelque chose d'indispensable
s'est défait,
et je ne porte plus rien,
qu'une mémoire que chaque marée amenuise.
Pour vous, pour moi
et pour chaque bateau
cela porte un nom tentant, troublant
et sans retour :
cela s'appelle consentir.

30.3.07

Modernes saints.

JANVIER

1er janvier Journée mondiale de la paix
6 janvier : Journée mondiale des orphelins de la Guerre
26 janvier : Journée internationale de la douane et sur l'éthique
27 janvier : Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste
30 janvier : Journée mondiale des lépreux


FEVRIER

2 février : Journée mondiale des zones humides
4 février : Journée mondiale contre le cancer
6 février : Journée internationale contre les mutilations génitales féminines
12 février : Journée Internationale des enfants soldats
16 février : Journée internationale du patrimoine canadien
21 février : Journée internationale de la langue maternelle
27 février : Journée européenne de la mémoire l'holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité


MARS

7 mars, 2007 Semaine nationale de lutte contre le cancer
8 mars, 2007 Journée mondiale de la femme
9 mars, 2007 Journée nationale de l'audition
17 mars, 2007 Journée nationale du sommeil
21 mars, 2007 Journée internationale des forêts
22 mars, 2007 Journée mondiale de l'eau
23 mars, 2007 Journée mondiale de la météorologie
24 mars, 2007 Journée mondiale de lutte contre la tuberculose


AVRIL

2 avril, 2007 Journée internationale du livre pour enfants
7 avril, 2007 Journée mondiale de la santé
11 avril, 2007 Journée mondiale de la maladie de Parkinson
17 avril, 2007 Journée mondiale de l'hémophilie
22 avril, 2007 Journée mondiale de la Terre
25 avril, 2007 Journée africaine du paludisme
28 avril, 2007 Journée mondiale sur la sécurité et la santé au travail

MAI

1er mai, 2007 Journée mondiale du travail
3 mai, 2007 Journée mondiale de l'asthme
3 mai, 2007 Journée du soleil
3 mai, 2007 Journée internationale de la presse
6 mai, 2007 Journée nationale de dépistage du cancer de la peau
11 mai, 2007 Journée du pied
12 mai, 2007 Journée internationale de l'infirmière
14 mai, 2007 Journée mondiale contre l'hypertension
15 mai, 2007 Journée internationale des familles
16 mai, 2007 Journée nationale de l'autisme
28 mai, 2007 Journée internationale d'action pour la santé des femmes
31 mai, 2007 Journée mondiale sans tabac


JUIN

5 juin, 2007 Journée mondiale de l'environnement
8 juin, 2007 Journée mondiale des océans
12 juin, 2007 Journée mondiale contre le travail des enfants
14 juin, 2007 Journée mondiale du don du sang
17 juin, 2007 Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse
18 juin, 2007 Journée nationale contre les maladies orphelines
22 juin, 2007 Journée nationale de réflexion sur le don d'organes et la greffe
26 juin, 2007 Journée internationale contre l'abus et le trafic illicite de drogues


JUILLET

2 juillet, 2007 Journée mondiale de lutte contre la tuberculose
11 juillet, 2007 Journée mondiale de la population (???)


AOUT

7 août, 2007 Journée internationale de l'éducation
12 août, 2007 Journée internationale de la jeunesse


SEPTEMBRE

10 septembre, 2007 Journée mondiale de prévention du suicide
10 septembre, 2007 Journée mondiale des premiers secours
15 septembre, 2007 Journée européenne de la prostate
16 septembre, 2007 Journée internationale de la protection de la couche d'ozone
21 septembre, 2007 Journée mondiale de la maladie d'Alzheimer
25 septembre, 2007 Journée mondiale de la surdité
25 septembre, 2007 Journée mondiale du cœur
30 septembre, 2007 Journée mondiale de la mer (dernière semaine de septembre)


OCTOBRE

1er octobre, 2007 Journée mondiale de l'allaitement maternel
1er octobre, 2007 Journée internationale des personnes âgées
1er octobre, 2007 Journée mondiale de sensibilisation aux hépatites
6 octobre, 2007 Journée mondiale des animaux
7 octobre, 2007 Journée nationale des aveugles et malvoyants
9 octobre, 2007 Journée mondiale du handicap
10 octobre, 2007 Journée mondiale de la santé mentale
12 octobre, 2007 Journée mondiale contre la douleur
12 octobre, 2007 Journée mondiale pour la vue
12 octobre, 2007 Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles (2ème Mercredi d'Octobre)
16 octobre, 2007 Journée mondiale de l'alimentation
17 octobre, 2007 Journée mondiale du don d'organes et de la greffe
18 octobre, 2007 Journée mondiale de la ménopause
21 octobre, 2007 Journée nationale pour l'épilepsie
23 octobre, 2007 Journée mondiale de l'ostéoporose
29 octobre, 2007 Journée mondiale du psoriasis


NOVEMBRE

6 novembre, 2007 Journée nationale contre l'herpès
14 novembre, 2007 Journée mondiale du diabète
17 novembre, 2007 Journée mondiale contre les Broncho-Pneumopathies Chroniques Obstructives
20 novembre, 2007 Journée internationale des droits de l'enfant
21 novembre, 2007 Journée nationale de la trisomie 21


DECEMBRE

1er décembre, 2007 Journée mondiale de la lutte contre le SIDA
5 décembre, 2007 Journée mondiale du bénévolat
11 décembre, 2007 Journée internationale de la montagne


Rude journée.
J' en ai sûrement oublié.


(source wikipédia et service de santé scolaire)

29.3.07

27.3.07

Un cadeau

Il est arrivé à 13h 24. J'étais à la bourre quand j'ai vu arriver madame La Poste. J'ai failli ne pas m'arrêter, parce que je venais déjà de perdre quelques minutes pour regarder le bleu du céanothe, et puis les tulipes parce que.
Sur l'enveloppe, c'était marqué "De partout... jusqu'à vous."
Le genre de slogan qui vous fait ricaner sur votre propre territoire, mais qui vous met la larme à l'oeil, quand il vous dit que là bas, loin, quelqu'un s'est ému à l'idée que cette petite merveille tarderait peut-être à traverser la mare aux canards.
Il est petit, dense, presque carré, d'un bleu gris, comme un gratte-ciel verre et acier, il dit la ville, ses éclats doux et blessants, et ses lumières qui vous traversent au vol.
Un peu avant les mots imprimés, il y a quelques mots manuscrits, simples et chauds, comme un café qu'on aurait partagé, un jour par hasard, dans cette ville.
J'ai ouvert le livre, je l'ai reniflé, je l'ai empoché, et je suis allée travailler.
Vous saviez, vous, que 220 grammes de papier, cela pouvait tenir chaud à ce point?
Merci Pierre Léon.

26.3.07

Coeur d'artichaut (2)


Mes passions littéraires furent de vraies amours, n'en doutez pas. Mais je prend de l'âge, et il arrive aussi aux histoires virtuelles de pâlir quelque peu. Alors, parfois, même envers eux, un soupçon d'ironie me monte aux lèvres.
Mes trois blogamis, cités dans le volets 1, dénonçaient ce que l'usure fait aux amours de chair, d'eaux et de couci-couça.
M'en voudrez -vous de faire de même avec mes, avec vos idoles? Vous imaginez vous mariés depuis 20 ans:

A MICHEL STROGOFF? "
" Ah écoute, ça commence à bien faire J'en ai ras le bonnet sibérien de ce tsar qui t'expédie encore une fois un dimanche en Tatarie, et pour un salaire de misère, encore. Il a qu'à le porter lui-même son courrier!"

A ARSENE LUPIN?
"Non, non et non! Je n'ai aucun besoin d'une septième crédence XIII° siècle! On ne peut plus se tourner dans le salon. Et c'est pas toi qui te tape la visite de la Sûreté toutes les semaines..."

A RAHAN?
"Je m'en fous que cela vienne de ton père! Je te jure que si tu ne jettes pas une fois pour toutes cet immonde colllier de griffes, je retourne chez ma mère, et tant pis si je dois recommencer à marcher à 4 pattes."

A RETT BUTLER

"Oui, chéri, le siège d' Atlanta... Oui, oui, l'incendie, l'explosion de l'armurerie, oui oui.. Tu veux bien lâcher cette bouteille, et prendre tes gouttes?"

A CYRANO?
"Oui, de tes oeuvres je finis le catalogue
et je viens tout de suite corriger ton blog
Si de ta rapière, tu remettais la mouche?
Car du clavier, hier, tu as pété une touche..."

A RINUS DE GIER
Je te demande pourquoi tu as oublié les poireaux, et toi tu me réponds que la vie est une carotte?

Et, sans doute, parce que je l'aime encore...

A CORTO MALTESE?
" Chéri, hum... je sais que c'est moins passionnant que la Cabbale, mais hum... c'est encore un papier pour la Caisse de Retraite... Tu peux reprendre précisément où tu étais de 1918 à 1935?



Me restent intouchables l'aventurier boiteux, sans doute parce qu'il fut alchimiste, et un moine, sans doute parce qu'il fut jardinier. Quant à l'Apache qui persistait dans son silence, tout en jouant avec son couteau...

23.3.07

Coeur d'artichaut(1)


Cela parle beaucoup d'amour, dans ma blogosphère, ces jours-ci. Moukmouk, d'abord qui s'interroge sur la pérennité de l'amour, Samantdi et Meerkat, qui y répondent à leur guise charmante.
Par hasard mon ricochet sur l'année 67 écrit de longue date, tombait dans la soupe en même temps que les choux et les roses des mes blogamis.
Toutefois, ce billet, pris isolément, risque de de donner une fausse image d'Anita.
Il est temps de lâcher la vérité toute nue dans les printanières prairies.

Je fus un coeur d'artichaut.

Mon amour le plus durable, peut- être parce que le premier, celui dont on peut se souvenir avec ironie, mais pas sans émotion, s'appelait Michel Strogoff.
Il était grand, il était beau, il sentait les bouleaux de la Sibérie, mais surtout, surtout... Il avait cette façon, lui, le taciturne, le monolithe taillé dans le devoir et le permafrost, de tendre la main et de dire:
"viens"
qui lui ouvrit mon coeur pour toujours.
Viens, n'est ce pas, dès lors qu'on est libre de répondre oui ou non, le plus beau mot d'amour qu'on puisse dire? Et ce trait de génie, de faire pleurer le héros, une seule, une unique fois? Pour le moins, la meilleure incitation à rêver de l'épisode numéro deux, celui, où, en lieu et place d'une lame chauffée à blanc, mes doigts se seraient posés sur ses paupières.
Ah les taiseux magnifiques de ma jeunesse... L'Apache. ( les lectrices de Pif Gadget, avec moi!) Son cigarillo, l'ombre sur sa joue, ses jambes interminables, ses quatre mots tous les dix épisodes.
Corto Maltese, lui-même, commença de profil et de peu de mots. Est-il seulement besoin que je vante ses charmes à celui-là? Il a tout conjugué, le noir et le blanc, la quête de la fortune et le dépouillement insoucieux, l'inaliénable et la fidélité en filigrane, la mystique et le désenchantement. Plus il s'est fait nomade, plus il s'est fait loquace, et dans mon coeur, il a annoncé les bavards, sans pour autant, d'ailleurs, leur céder complètement la place.

Alors, oui, j'ai aimé conjointement Figaro et Cyrano, et le vibrionnant Arsène Lupin. J'ai aimé Jeoffrey de Peyrac aussi, et ne riront que ceux qui ne le connaissent par d'affligeants navets filmés. (laissez tomber ces derniers, et tentez les livres. Vous dauberez toujours autant, mais par la Libellule Cornue, je vous jure que vous avez toutes les chances de vous retrouver à 4H du matin avec le tome trois.)
Plus tard, mes amours prirent du poil un poil plus fourni, ou bien en perdirent carrément.
Sans doute, ne connaissez-vous pas les moustaches du Sergent De Gier? C'est JanWillem Van de Wetering qui nous a présenté. J'ai passé des heures dans son petit studio, essayant de caresser son chat sans me faire griffer et comprendre quelque chose au zazen. (non les griffes du chat ne font le même effet que le bâton du maître...) Et puis des heures encore à trottiner à sa suite dans Amsterdam, tâchant d'éviter, cette fois-ci, la fiente de héron.
Tant d'amants à longues jambes... Je me reposais avec Adamsberg et Frère Cadfael. Oui, je sais un flic étrange et un moine sexagénaire tonsuré : je vous l'ai dit, je vous livrerai toutes mes vésanies.

Je n'ai pas parlé de Rett Butler? C'est que je souffre encore. Vous riez, là aussi? ah, c'est qu'il ne vous a pas regardé jusqu'au fond de l'âme, avec ces prunelles noires, soudain éteintes et lasses pour vous dire: "Il ne vous est jamais venu à l'idée que même un amour aussi grand que le mien pouvait s'éteindre et disparaître?". Oh, je cite de mémoire, mais je me souviens encore de cet écho de porte claquant sur un absolu, et du désert soudain. Et je me souviens aussi que la boîte de kleenex était vide.
(a suivre)

21.3.07

N. nous cherche.

N. se cogne aux parois de l'institution, tout le temps, répétitivement, compulsivement.
"Ah, dit le maître , il nous cherche en permanence."
N. est intenable, provoque les autres, claque les portes, tient tête, le verbe haut, le menton levé, les poings serrés, d'autant plus arrogant qu'il est pris dans les rêts d'une argumentation pathétiquement enfantine.
D'ailleurs, N. est un enfant.
Mais N. pense qu'il doit absolument montrer qu'il est un homme, puisqu'il en faut bien un dans la famille. Celui qui avait signé pour le rôle à sa naissance vient quand il veut, veut très irrégulièrement, arrive parfois comme Tonton Cristobal, des objets plein les poches, et c'est alors la fête excessive, l'abondance ingérable et sans horaire. Parfois c'est lui tout entier qui est plein, de menaces, de colère, de vide, d'alcool.
N. se dit que c'est bien d'être grand, parce qu'on fait ce qu'on veut. Ceux-là, en face de lui, qui lui disent que les grands essaient surtout de faire ce qu'ils peuvent, et qu'en tout, cas, face à lui, ils tentent de faire ce qu'il doivent, ne pas le laisser seul, ne pas renoncer à lui apprendre à tirer parti de son intelligence, ceux-là ne comprennent rien, ceux-là sont dangereux.
Parce qu'enfin, s'il se pouvait qu'ils aient, oh juste un peu, sinon raison, du moins des raisons de dire ce qu'ils disent, si c'est vrai qu'il faille un jour-oh! ne serait-ce qu'un peu, ouvrir les mains, baisser sa garde, alors on sait ce qui vous attend, s'asseoir par terre et pleurer, longtemps, longuement, sur cet immense gachis.

Pleurer jusqu'à ce que l'enfantine morve vous déborde du nez et du coeur, jusqu'à atteindre le noyau de détresse sous le flot purulent, jusqu'à ce qu'une alliance soit possible.

Mais qui peut attendre ce temps des larmes? L'éducateur qui n'est pas encore venu? Le pédo-psychiatre qui ne peut le voir qu'une fois par mois?

Bien sûr, N. aurait sa place en Institut, spécialisé dans les enfants qu'on appelait autrefois caractériels. Pourquoi faut-il que depuis un an, le guichet d'entrée pour cette prise en charge s'appelle la "Maison du Handicap"?

Malgré tout les précautions oratoires que j'ai prises, malgré mon refus absolu, sans ambiguïté, de le considérer comme handicapé, ce noyé qui se cramponne à des lames de rasoir, vous avez une idée de ce qu'il m'a répondu, le N. ?

chaque chose en son temps



Je sais, je lui dit parfois que son gaspillage m'énerve. Mais à 6 ans, j'espère qu'il entre, dans la photo ci-dessus, plus de goût de l'exploit technique que d'inquiétude pour le sort des forêts amazoniennes!

19.3.07

1967 : souvenir de contrebande


En 1967, j'ai quatre ans. Le Professeur Barnard réalise en Afrique du sud, la première greffe de coeur.
Je me promène parfois le long de cette rivière lente et sombre, avec mon manteau rouge dans lequel je ressemble à une boule à chaussures blanches. Si l'on cherche la raison de la gravité de nos enfances du dimanche, interrogez ces tissus lourds et raides, ces emmanchures étroites, cet engoncement qui vaut sagesse, pour les générations d'avant le lycra. Je tiens mon ballon à deux mains. Il n'y a pas de voitures sur ce quai, je n'ai pas besoin de donner la main.
Ce petit garçon là est bien habillé aussi. Sa mère désargentée a des des doigts de fée, et une exigence sans faille. Il a une dizaine d'année, il est rond, brun, et pour l'instant, totalement absorbé par sa jeune tante. Un peu trop, même, au goût de celle-ci, qui se serait bien passé du chaperon imposé par sa soeur aînée. Oui, c'est entendu, elle raffole habituellement de ce garçon expansif et secret comme un vrai homme du sud, mais là, il lui vole le temps de son fiancé. Le petit garçon n'y voit pas malice, la tante est belle, rit tout le temps, virevolte, il la regarde, émerveillé.
Allez savoir pourquoi, comment, j'ai laissé échappé le ballon. Il y avait du vent, le ballon a roulé vers l'eau et j'ai crié. Serviable, il a couru, l' a rattrapé in extremis. Il a dit "attend!" à sa tante, et il est venu me le rapporter, avec toute la solennité d'un chevalier servant.
Il dit que c'est la première fois qu'il voyait des yeux avec un cercle jaune à l'intérieur. Il dit que j'avais déjà à quatre ans, les paupières plissées quand je riais,et qu'il s'est senti grand et fort. Il dit que cela a dû se passer comme cela, cette année où il a traversé la mer pour venir aux fiançailles de sa tante.

Il peut dire ce qu'il veut. Tout ceci est une légende, bien commode pour tenter d'expliquer ce qui nous lie, cette greffe de coeurs qui battent parfois en rythme, et parfois pas, cette amplitude parfois, qui dilate chacune de nos artères, ces rejets brusques, véritables urgences qui font sonner toutes nos alarmes, ces transfusions alternées de lui à moi, de moi à lui, cette force partagée.
Il peut dire ce qu'il veut, l'histoire n'est là que pour masquer l'émotion, parfois la gêne d'un sentiment si curieusement vivant, si profondément ancré sous la peau même.
Mais comme dans toutes les histoires de greffe, l'histoire n'est pas que rose. Pour que se rejoignent la petite fille des bords de Saône, et le petit garçon d'Outre Méditerranée, il faudra des années, et une suite d'évènements pour lesquels nous n'aurions jamais signé.
Qui voudrait d'une histoire annoncée dont les chapitres obligés comporteraient exil, séparation, divorce , un mort si jeune que c'en était indécent, en sus d'une ou deux guerres?
Personne. Pourtant c'est ainsi, et le petit garçon est cet homme, qui, ce soir comme un autre, depuis des années, effleure mon cou, pose une tasse de café à coté de moi, sans même tenter de lire par dessus mon épaule, au moment même où, à ce post je met ce point.

la jeune fille



Des fois, devant la funambule adolescence,
on retient son souffle.
Surtout ne pas applaudir.

18.3.07

He has a dream


récupéré sur le site de Christophe Grebert, cette photo saisissante.
D'habitude, je me contente de savourer ces clins d'oeil en privé, mais là...

17.3.07

1966: D'ancre et d'erre


En 1966, débute le projet Arpanet. J'ai trois ans, et mon premier souvenir qui dépasse celui de l'image immobile, est le voyage qui amènera famille et paquets dans la région que j'habiterai presque quarante ans.
Dans cette gare noire d'ancienne fumée et de monde, je tiens la main de mon père, avec gravité, et une appréhension qui se mêle d'un sentiment d'importance. Sans doute, fus-je quelque peu chapitrée sur la nécessité d'être sage dans un train de nuit, car je me vois droite et digne, très consciente du protocole du voyage. Déjà, j'aime l'odeur et la fièvre, et les bruits dans ces gares qu'on ne se préoccupe ni d'insonoriser ni de sonoriser.

Nous déménageons, dans une région que j'aimerai peu, mais dans une maison qu'encore aujourd'hui, je décrète idéale pour abriter une enfance. C'est peut être d'ailleurs parce qu'elle remplit si bien, si pleinement son rôle de maison de mon enfance, qu'y repenser aujourd'hui ne provoque ni regret ni nostalgie, mais une forme de reconnaissance. Ce fut une bonne maison, et je ne manque jamais de lui dire, quand je la revois.
Elle était d'une couleur et d'une forme attendrissante et insolite, jaune avec un pignon, légèrement perchée, avec un jardin en haut et un jardin en bas. Cette maison que nous louions était en bordure du parc d'une maison de maître, si souvent mystérieusement fermée, attirante et troublante. Interdite, bien sûr, sinon, où serait le plaisir? Oui, j'ai des souvenirs de frissons partagés, de marche en file indienne, guère plus bruyants que des bisons, vers tel bosquet de buis centenaires, qui faisaient une cabane naturelle.
Mais ces exotiques séductions pâlissaient devant la fidèle bonhomie du mur de devant, sur lequel il était si facile de se jucher, à partir du portique, d'un balancement exact du trapèze. Moins poste d'observation que royaume longiligne, j'y ai régné sur un trésor : d'innombrables dômes de mousse verte, émeraudes de peluches, douces, tentantes et immédiatement déshonorées par le coup d'ongle qui les détachait de leur support. Sur ce mur, j'ai croisé la chatte, soliloqué, interpellé et parfois fui les passants.
De cette maison, je suis partie et revenue, car de cette époque datent les longs voyages qui ont marqué l'été de mon enfance. A partir de la maison jaune, rejointe en train, j'expérimenterai le vélo, le patin à roulettes, les longs voyages en voiture, l'avion, et même la roulotte.
Le bateau et la montgolfière viendront plus tard, ainsi que diverses formes de transports amoureux.
Et quand l'antique ARPANET deviendra INTERNET, je découvrirais cette forme de voyage curieusement mouvant et immobile, ce bruissement sans voix, encre et air.

Qui me lit de Chine?

15.3.07

La tortue



Telle que vous me voyez
Il me faudra encore quelques millions d'années
pour toucher au but.
Mais ne croyez pas tout savoir de moi.
Je ne suis ainsi, tortue lente et lourde
Qu'à marée basse.
Dans l'eau, loin de vos terrestres regards,
cessant de feindre,
Je danse.

13.3.07

Trop bon élève?



La note de vie scolaire entre en vigueur. Je n'envie pas les enseignants sur ce chapitre. A voir les milliers de pages blogs qui apparaissent sur les moteurs de recherche, il y en a que cela interpelle au niveau du vécu et du référentiel, comme aurait dit Brétecher.
Moi, j'ai envie de vous parler de Z.
Z a enfreint le réglement à de multiples reprises. Pire, il sait, nous savons, tout le monde sait qu'il l'enfreindra encore d'innombrables fois. C'est avec une infinie désolation que le principal se prépare à lui appliquer les rigueurs de la loi. Au nombres d'infractions, légitimement sanctionnées, il ne peut garder la note de 20/20 en vie scolaire.

Pourquoi cet accablement des adultes à peser, au trébuchet de Robien, les mauvaises actions de cet adorable larron?

Z. est fumeur. Un fumeur toxicomaniaque, tombé dans le chaudron à nicotine à 11 ans. S'il reconnaît, et nous reconnaissons tous la nécessité d'une interdiction de fumer, il ne peut pas s'en empêcher. Il se planque, ruse, explore les moindres recoins. Il ne fait aucun prosélytisme, ne file pas ses clopes aux copains. Il a vu l'infirmière, m'a vu, il a vu l'assistante sociale, la COP, son médecin traitant. Les surveillants, en désespoir de cause, finissent par essayer de ne pas le voir, mais des accidents se produisent. Des professeurs le surprennent, ou bien le nombre d'élèves autour de lui ne permettent pas décemment de l'ignorer.
Z. est contrit, sincèrement, mais reste impie et relapse. Il a fait des heures de colles, bouffé des gommes, ramassé les mégots dans le parc. D'imperméables bonnes âmes ont demandé le marquage à la fleur de lys-pardon, l'abaissement de la vie scolaire, arguant que cette atteinte au règlement valait tout autre.
Mais.
Mais, contrairement à celui qui crache au nez d'un autre, Z a obéi à de respectables adultes. Pas à de ténébreux corrupteurs, planqués sur la toile ou dans l'encoignures des portes d'immeubles. Non,non, à des adultes qui payent patente, étudient, raffinent, fabriquent, commercialisent, annoncent, et jusqu'à très peu, vendaient en toute liberté.
Quand on voit la drague effrenée des cigarettiers et des alcooliers envers la population adolescente, leurs embuscades dans tout ce qui peut être un rassemblement de jeunes, leurs luttes féroces, faut-il réellement punir Z d'avoir été, à cet égard, trop bon élève?

12.3.07

maërl



Cendrillon des sables
Jamais ne sera
Princesse au petit pois.
Petit Poucet de dune,
Elle dort au milieu des coquillages.
Un os de seiche même
Ne la réveille pas.

11.3.07

Identité déclinée


Dans un billet de la série "Ricochets", j'évoquais le double sens, voire l'antinomie, contenus dans le mot partage. Mon très cher Diogène ( mais ouvre un blog, sacré nom d'une clé à molette!), qui continue, bien que je le connaisse depuis des années, à me scotcher sur place, me dit alors, qu'en fait d'ambiguïté, on ne pouvait guère faire mieux que le mot "Identité".

Un blog à développement durable fonctionnant bien entendu sur le recyclage, je m'étais promis de faire un billet là dessus. Je ne pensais pas le faire dans une actualité si crue.

Un Ministère de l'Identité Nationale? Mais de laquelle?
Mon identité, c'est en partie ce qui me fait ressembler aux autres. Qui fait que je me repère, ici ou ailleurs comme française, apte, non pas génétiquement, mais culturellement, à apprécier les escargots à l'ail et dédaigner la croustillante sauterelle grillée. J'ai aussi une identité de femme, qui me programme, génétiquement cette fois-ci, (dixit une enquête de l'Inserm), pour virer définitivement le rouleau de carton signant la fin de la réserve de PQ, DANS la poubelle, et pas À COTÉ. Il y a entre vous et moi, une certaine identité de vue, si j'en crois vos commentaires, sur l'instigateur de ce fameux ministère, et une tendance à attribuer cette promessse électorale, à la nécessité d'aller pêcher les voix de ceux qui s'identifient au borgne vitupérant.

Mais mon identité, c'est aussi celle qui fait de moi un être singulier, et ma carte d'identité porte (devrait porter, elle est périmée depuis 3 ans, et, oui, cela fait partie intégrante de mon identité): yeux verts, 1m 63, sexe féminin, et mes empreintes digitales uniques, tous ces signes qui permettent sans coup férir à un gendarme de ne pas me confondre avec un terroriste syrien barbu, et encore moins avec une fraise des bois.

Alors, ce ministère, c'est pourquoi faire? pour vérifier qu'un natif de l'Ohio a bien ingéré sa ration d'escargots et de pages du Bartholo Magazine? Ou pour vérifier que tel natif de l'Ouzbekistan continue, malgré la loi dite "BENISTI" à "parler aux enfants le patois du pays"?
(vous ne trouverez plus cette formule texto-elle était dans le premier rapport qui déclenché une telle volée de bois vert chez les linguistes que la piétaille sous secretariale a été obligée de lui faire un lifting d'urgence!)
Je dénierai pas à cette graine de dictateur son identité française. Mais je ne m'identifie pas à ses supports obsessionnels. Dans mon identité française, il y a eu du hasard et du désir, il y a de l'appropriation et du refus, du situé et du volatil, de l'ancre et de l'erre.
Je me permet donc de revendiquer ici, sous une identité d'emprunt, une identité nationale inassimilable, invérifiable, insituable,inencadrable, inencartable, mais poreuse, mouvante, jouissive, reliée, vivante...

10.3.07

Tu quoque simone?

Madame Simone,
Tu as beau être couverte des ors de la République, je te tutoie, parce que tu es une de celles qui ont évité à des milliers de femmes de mourir dans le sang et le pus. Tu as su là, où était le vrai danger.
Je pourrais aussi vous vouvoyer, parce que là bas, à Auswitcz, vous avez peut-être croisé les ombres de ceux de ma famille que je ne connaîtrai jamais, et que pour toujours, vous êtes, sans doute parfois à votre coeur et corps défendant, multiple, porteuse de voix éteintes qui n'ont eu que vous.

alors tu/vous ne pouvez pas. Vous ne pouvez pas tu es/tuer ces voix là sous la frénétique recherche de voix électorales.
Vous ne pouvez pas cautionner un MINISTERE IGNOBLE qui s'intutitulerai " de l'immigration et de l'identité nationale".

Madame Simone, je ne sais pas comment s'appelaient tes grands-parents. Les miens ont sûrement emporté la bouche des fonctionnaires qui les ont inscrit pour la première fois. Mais quand je pense à eux, ils n'étaient pas des étrangers, ils étaient des futurs français.
Tu ne vas quand même pas attendre qu'on rajoute à ce ministère un secrétariat à la pureté de la filiation pour te sauver, pour nous sauver de cette histoire honteuse?

Tu ne peux pas, à ce point, t'aveugler. Pas vous, Simone.

8.3.07

1965 : être et/ou avoir


En 1965, Perec publie "Les choses", et moi, je m'essaye aux mots. Deux ans, c'est le bon moment pour vous faire le coup du mot et de la chose.
Dans cette famille, l'appropriation du langage est l'une des bases de la survie. Les mots fusent, rebondissent, se détournent à l'envie, se dotant de double-fonds et d'emplois surprenants, chantent souvent, se mêlent de larmes parfois, de cris, point trop encore.
Mon père aime le mot précis et le calembour approximatif, fredonne d'une voix de basse, explique patiemment, et déjà, esquive les questions trop intimes d'un "humm" qui dépasse à peine la barbe. Ma mère chante faux, mais cultive la formule stupéfiante et l'étincelante répartie, bretteuse dans l'âme passionnée, excessive, mais capable d'enchanter notre monde d'alors.
Ils n'ont pas beaucoup d'argent, et cela leur évite sans doute de voir à quel point les objets les possèderont différemment quand viendra le temps des vaches grasses.

Nous avons bien quelques jouets, projectiles de choix, lorsque nous décidons de renverser les lits pour en faire des barricades et bombarder nos parents-Mais surtout, nous sommes bavards, nous inventons des histoires interminables, nous sommes intarissables et fatigants. Directs et curieux, nous avons le privilège de croire que ce que nous disons intéresse les adultes.
Les mots, dans ces premières années, sont monnaie d'échanges abondants, matière vivante, échelle de Jacob.
Du désordre, moins qu'il n'y en aura plus tard. Peu de choses, ou bien de peu d'importance. Moins qu'il n'y en aura plus tard.
Elles viendront , ces choses , figeant chez ma mère un territoire sacralisé, étouffant les voix, asphyxiant les codes. A bout de mots, les assiettes voleront, ultime sacrilège.
Les mots et les choses. Aujourd'hui encore je me méfie des choses, je les aime parfois, elles m'attirent et me pèsent. Tous les moments de ma vie qui m'ont vue sans bagages m'ont connue allégée, presque délivrée.
Il m'arrive de me dire que j'ai la même ambivalence envers les mots. je les aime, les cherche, les donne parfois, et pourtant, j'aimerai tant savoir me taire.

6.3.07

le dessinateur, comme la plus belle conquête du chat.

Depuis que M'zelle Zuzu m'a fait découvrir Maliki, je me régale. Tout être humain légitimement possédé par un ou plusieurs chats peut s'y reconnaître, et savourer, par tranche de 4 à 12 cases, chaque croquette de son masochisme. Ce strip ci est particulièrement délectable.
Mais pourquoi, pourquoi ai-je laissé la contraception de la chatte nouvelle aux bons soins de Sainte Procrastination? Et surtout pourquoi ai-je promis que je garderai un chaton, le chat crétin ayant récemment défuncté?

Parce que BIBI me l'a demandé. Et que parfois :
"Elle a dans les yeux
un p'tit chat sauvage
qui resemble au tatouage
que j'ai dans l'coeur"

(Higelin)(faux, Vivien savage, Anitta-la-grande soit louée)

simple comme : "bonjour madame"

Il n'y en a pas beaucoup qui font la manche dans cette petite ville. Celle-ci le fait si discrètement qu'il est facile de ne pas la voir. Elle ne parle pas le français, et esquive les questions en souriant. Cette fois-ci, il ne lui a pas donné un euro. Il a mis l'euro dans le monneyeur du chariot, lui a tendu le chariot et lui a fait signe de rentrer dans le supermarché. Elle a fait ses courses, et il a payé. Il me l'a dit deux jours après. Je me rend compte que s'il m'est arrivé de tendre un sac de courses, je n'ai jamais eu l'idée d'inviter quelqu'un de cette façon là. Il dit qu'il s'est fait plaisir, sans fausse honte, et il sourit de son sourire de loup.
J'aime bien vivre avec cet homme-là.

4.3.07

1964 : Inaccessibles archives


En 1964, j'ai un an et Brejnev accède au Soviet Suprême. Vu mon jeune âge, les générations en quête de justification des horreurs passées m'accorderont que je n'y étais pour rien.
Comme un certain nombre d'enfants mystérieusement avertis que c'est le bon jour pour un faire un cadeau à leurs parents, je marche le jour de mes (mon) un an.
J'ai très peu d'informations sur ce que j'étais à l'époque. Je sais juste qu'on m'appelait "la douce", et que sur l'une des très rares photos dont je me souvienne, j'illustre assez bien le slogan " Dans le bébé, tout est rond".

Pour reconstruire l'histoire d'une façon assez vraisemblable, il faudrait confronter les souvenirs et les documents. Or si le lien existe avec l'un, c'est l'autre qui a emmené les archives. Je suis donc en face d'une page, sinon blanche, du moins codée en une écriture incompréhensible.

Tout ceci me rappelle, que dans l'ex-URSS, il n' y avait quasiment que deux journaux d'information. L'un s'appelait les "Izvestia", à savoir les nouvelles, et l'autre, la "Pravda", à savoir la vérité. La-bas, comme souvent en famille, il n'y a généralement pas d'izvestia dans la Pravda, et pas de pravda dans les Izvestia.

Billet publié aussi dans les ricochets des blogueurs.

3.3.07


Plus de fièvre de l'attente,
ou bien pas encore
celle de l'ultime bord.
Je suis au portant, sans heurt.
Les jours que j'ai
devant moi sont à ma mesure,
ni trop loin
ni trop près
de l'échouage en terre inconnue.
J'ai retenu mon souffle de peur que que le lien ne se casse.
Il est là, noué autour de mon poignet,
loch inverse du décompte
et sur mon erre,
je ferme les yeux.

2.3.07

Papa, ta relève est assurée, me semble-t-il




J'aime, avec délectation, ravissement, et atavisme, quand cette adolescente canaille me propose "tu veux deux belles ?" pour la préparation du repas du soir, parce que "deux laides", c'est quand même dommage.

25.2.07

with a little help from my friends

En lisant le blog de Kozlika, j'apprends qu'un professeur de math de ZEP a fermé son blog à la suite d'une procédure disciplinaire engagé par le chef d'établissement. Bien entendu, cela évoque tout à fait le précédent Garfield, sans compter l'inspecteur du travail Bereno, et le policier Thomas.
Là, j'éprouve une légère culpabilité.
Non pas tant parce que je découvre après coup ces blogs: après tout, les découvertes de proche en proche sont faites pour être aléatoires, et il n'y aurait aucun intérêt à suivre tous les mêmes balises, html ou pas.

Non, ma culpabilité est d'un autre ordre.

En fait, je tiens probablement l'un des très rares, sinon le seul blog de médecin de l'Education Nationale ( qui est bien souffrante, tout le monde le sait) et depuis un an, je constate que je n'ai rien fait pour le faire interdire. Et ce, bien que je l'eût ouvert en pensant y parler aussi de mon métier.
En dehors de ma propension naturelle à la flânerie, à l'esquive de toute photo officielle, aux regards toujours en coin et au plaisir pur des mots, je m 'accorderai d'autres excuses : les histoires que je traite d'un peu près sont nécessairement assez catastrophiques, et si peu me chaut qu'un menu potentat se reconnaisse dans mes écrits, qu'un de mes jeunes patients s'y voit nécessairement réduit me touche plus sévèrement. Donc très peu de billets en parlent, au point que je crois que c'est la première fois que je nomme en toutes lettres ce qui justifie mon salaire.

Mais quand même, en observant de si près mon devoir de réserve, est-ce que je ne commet pas un autre genre d'erreur?

Je prive par exemple ces messieurs d'une occasion de faire acte d'autorité sur un gibier rare. (je rappelle pour mémoire qu'il existe 1300 titulaires pour 14 millions d'élèves.)
Or faire acte d'autorité est bien le dernier plaisir qu'il vous reste quand on ne fait pas autorité.
Par ailleurs, une fermeture jetterai un coup de projecteur sur cette profession, ce qui serait bien utile aux candidats de tout poil. Car pour modeste qu'elle soit, ma profession constitue un fantastique observatoire du voeu pieu politique et du tic compassionnel.
Si! si!, je vous assure! Il en est de la santé scolaire ce qu'il en est des vieilles actrices de théâtre. A certaines échéances, on les sort du placard, on s'ébaubit sur leur fantastique talent, on regrette (en choeur) de les voir si peu reconnues , et on jure que promis craché, on les a découvertes pour de bon cette fois-ci, et que, cornegidouille, Mère Ubu, on ne les laissera pas retomber dans l'oubli. Un an après, on baîlle, tiens, l'est pas morte? Doit pas valoir beaucoup mieux...

Je vais donc tâcher de sortir de ma flemme, vous raconter un peu plus souvent pourquoi, malgré pas mal de vicissitudes, je continue à trouver nécessaire de coincer le pied dans la porte, pourquoi je trouve que la séquelle scolaire de la maladie est trop souvent vécue avec un fatalisme antique, pourquoi le problème ce n'est pas d'accentuer le dépistage, mais de donner des moyens de prise en charge.

Et puis je vous raconterai la petite trisomique qui voulait aller voir le grand rassemblement de montgolfières, parce que c'était des gens comme elle.

Bon, les gens j'ai besoin de vous. Va falloir tâcher moyen de me faire fermer ce blog au plus vite.


PS: à vous de trouver lequel des candidats, outre la départementalisation, prône de : Recentrer la médecine scolaire sur la détection et la prévention de certaines pathologies ou certaines situations aujourd'hui mal prises en charge (violences familiales ou sexistes ; troubles du comportement...).
Je me ferais alors un plaisir de vous expliquer en long et en large comment ce genre de posture me pue au nez.

24.2.07

Un peu de générosité en ce bas monde

L'on apprendra, à cette adresse parfaitement informée, que l'Etat même en période de restriction budgétaire, peut être compréhensif.
Une rallonge de 18%, ( substantielle, à l'aune d'un coup de la vie augmenté, lui, de 10%), aux FRAIS DE CAMPAGNE, signée en bonne deuxième place par Le Ministre de l'Intérieur lui-même, peut effectivement redonner le sourire à certains candidats qui auraient déjà pas mal dépensé, par exemple en frais de communication auprès des internautes.

Notamment...ah zut, comment s'appelle-t-il déjà? Son nom m'échappe... Espérons que je saurais m'en souvenir dans l'isoloir.

23.2.07

Du vent ce soir, chez moi.


A ce niveau de Beaufort, mon père n'aurait pas manqué de citer cette paysanne, peut-être moins affolée qu'il n'y paraissait :
"heu là, il fait un vent à décrocher la queue de tous les ânes, et mon pauv'mari qu'est dehors!"

20.2.07

1963: titre de séjour.


A ce stade là du jeu de ricochets, j'ai bien entendu envie de me dérober.
Anoter cette date, comme Louis XVI le fit du 14 juillet 1789 : "aujourd'hui, rien".
Ou bien anticiper ce qui fut ma première image télévisuelle, et dire "un trois milliardième de pas pour l'humanité, et depuis, qu'est-ce que je rame parfois."
Comme tout le monde ici, je suis née. Comme tout un chacun je gagne à être connue, mais pas trop. Je suis née, et le nombre de gens à qui cela importe est parfaitement ridicule en regard de ceux qui s'en foutent jusqu'au vertige.
De cette année qui vit la disparition de Jean XXIII, de Kennedy, de Piaf et de Cocteau, ma naissance et celle de Lolo Ferrari suffisent-elles à combler les vides ainsi laissés?
Pourtant je suis née, et depuis le résultat occupe une grande partie de mon temps, et un peu celui de quelques autres . J'ai sans doute été conçue de façon aléatoire, et je suis devenue plein d'autres choses par inadvertance, mais naître, non, cela j'ai dû le faire en m'y consacrant entièrement.
Dans ces histoires de naissance, il y a, en général, au moins deux personnes parfaitement concentrées sur ce qu'elles sont en train de faire.
Plus tard, au milieu de déchirements tout à la fois imprévisibles et curieusement répétitifs, ma mère s'accusa à plusieurs reprises de ne pas avoir été une bonne mère pour le nourrisson que j'étais, le troisième en trois ans, nourrisson tranquille et peu caressé. Est-ce vrai? Ou bien, comme je l'ai souvent pensé, était-ce une dérobade devant l'ici et maintenant de la violence maternelle?
Si j'en crois ma propre expérience de la chose, la relative bonne humeur que je mis à en faire naître trois, avec ni plus de complications qu'une mère chatte, ni moins de poids qu'une baleine, la sérénité avec laquelle je donnais le sein, tant au commissariat, qu'à la table du conseil municipal, je peux, là aussi, me livrer à une supposition : elle ne devait pas être si mauvaise mère qu'elle a bien voulu le dire.
Car ces choses-là, qui ne font nuls souvenirs, font mémoire au corps, et j'ai bien de quoi dire, somme toute, merci.
"the rough places will be made plains and the crooked places will be made straight"
On peut toujours rêver.


NB: je le rappelle, de nombreux autres ricochets, de toutes provenances, sont lisibles ici

19.2.07

la part réservataire.


Pour parodier Duras, y-a-t-il un voyage qui puisse tenir lieu de voyage, une rencontre qui tienne lieu de rencontre?
Je suis partie, je partirai toujours. Près, loin, cela n'a pas d'importance. J'ignore presque toujours ce qui me met en mouvement. Ce n'est ni la curiosité, ni le désir d'exotisme. Pourtant comme tout le monde, il m'arrive de rêver de soleil immobile, de siestes longues, du plomb fondu entre les omoplates, oui, oui, imaginez ce que vous voulez.
Mais vous ne m'avez pas vue descendre une autre rue Sainte Catherine, fouettée de neige, les joues mordues, légère, presque clandestine dans cette nuit qui tombe si tôt. Vous ne m'avez pas vue, la tête en arrière devant un rêve enfantin: voir- non pas voir : ENTENDRE les glaces sur le fleuve.

Non, vous ne m'auriez pas vue, je ne me serais pas donnée à voir. J'ai généralement le voyage pudique et dérobé, dans les interstices, en passant. Je suis polie avec les monuments, et souvent spectatrice ravie des arrières-cours. Je croise vos chats avec bonheur, et j'aime goûter ce qui vous nourrit. Je regarde les bus que vous prenez, les livres que vous lisez. J'aime moins vos grands hommes que les strates patientes de la vie des vôtres.

Des gens? Oui, il y eut des gens, mais ils ne m'appartiennent pas. Je les ai effleurés, ils m'ont touchée, je n'en dirais rien de plus, la bribe ne se porte bien que dans un vent flou.

Je vous aime toujours.

18.2.07

je vous aime toujours.


Après une petite semaine dans l'improbable de l'ailleurs, back to reality.

8.2.07

Kan an avel

Ce blog part en vacance dans une certaine direction, et moi dans une autre. Je le retrouverai peut-être en route avant mon retour à la maison, mais cela n'est pas sûr.
Pendant cette semaine, portez-vous bien, et si certains veulent bien me porter un peu dans un coin de leur tête, j'y serais, je crois, fort bien.

7.2.07

du bromure dans l'eau de la ville, et qu'on en parle plus.

Le comité national d'éthique a clairement renvoyé l'inspiration du texte sur la prévention de la délinquance là d'où elle n'aurait jamais dû sortir. Dans le bourbier des vieille tentations de la maîtrise hygiéniste.
La fameuse étude de l'Inserm qui avait motivé l'appel du collectif "pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans" est clairement mise en cause tant sur ses postulats initiaux que les modalités de l'étude elle-même. Du trouble du comportement au trouble à l'ordre public, c'était une étude d'une troublante opportunité.
J'aime bien cette phrase du comité:
"Nous redisons notre opposition à une médecine qui serait utilisée pour protéger la société davantage que les personnes."»

Et bien qu'incroyante, je vous joint, pour faire bonne mesure, des extraits de la prière attribuée au médecin Maimonide, dont j'aime bien, là, l'inspiration.

"Mon Dieu, remplis mon âme d'amour pour l'Art et pour toutes les créatures. N'admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m'influencent dans l'exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l'amour des hommes pourraient facilement m'abuser et m'éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon cœur pour qu'il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l'ami et l'ennemi, le bon et le mauvais.
Fais que je ne voie que l'homme dans celui qui souffre. (...)
Éloigne de leur lit les charlatans, l'armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout: car c'est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions
Prête-moi, mon Dieu, l'indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.(...)
Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Éloigne de moi l'idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l'occasion d'élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd'hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier."


J'sais pas, cela me parle plus que la recherche de l'héritabilité du trouble du comportement.

C'est peut-être la couleur?

5.2.07

Et je m'éloignerai m'illuminant au milieu d'ombres


Bien sûr, la foule. Cette chose sans couleur à pieds multiples, qui s'écoule ininterrompue, sans regard, sans autre odeur qu'un collectif fond de fatigue et de surchauffe, la foule que j'ai fui, qui érode si vite mes patiences, qui me bannit des endroits "faits pour", la culture , le sport, le loisir, la ration de soleil de l'été...
Bien sûr la foule. Mais quand même, ce bouquetin foutraque et discret qui teste son matériel de montagne dans son salon et ne dit ses chagrins qu'à mi-mots, cette fille du bord de mer qui vous pond des pastiches de Fréhel comme en s'en moquant et incise la douleur avec une sûre passion du verbe, cet ours perdu en ville qui plante son museau en l'air pour appeler le lac et les bois, cette semeuse de petits cailloux et d'amarres secourable, cette dame-là qui doit être enseignante si j'en juge son paquet de copies? Ah non, tiens, ce sont des recettes de confitures poétiques, et le dessin de cet enfant dont elle tente de faire dévier le destin programmé, et puis la dame qui enfourche un vélo retrouvé pour distribuer ses miettes de courage, aux proches comme aux lointains, le pêcheur d'images, celui là même qui se plante là d'un seul coup, laissant la foule continuer sans lui, parce qu'il a vu dans un coin ce qui avait échappé à tout le monde, et qu'il a déjà dans la tête l'autre image avec il va frotter celle-ci parce que, quand on s'y prend bien, ça fait des étincelles, et cette jeune fille toujours un peu perdue dans le métro, qui s'en va toute seule à Vanuatu, parce que les langues, c'est comme les baleines, ça doit pas s'éteindre.
Je ne sais pas si vous verrez cette dame qui, dans quelque chose comme ça, verra le fragment qui fait sens, ni le délicat poète-photographe, ces deux là effleurent pour mieux voir, et l'on ne voit qu'après-coup la trace de leur passage. Pas sûr non plus, que l'on repère sous le costume sage, le loup métaphysique, et de la blonde, l'oeil vif et sagace.
Mais ceux-là et quelques autres me réconcilient avec le flot.
Hep! Diogène! prend ta lanterne et un taxi, et viens voir dans ces parages...


(le titre cite Apollinaire)

3.2.07

1962 : frères, la ligne de partage des os


En 1962, Messieurs Crick, Watson et Wilkins reçurent le Prix Nobel pour leur travaux sur la structure de l'ADN.
Ce fut cette année là également que naquit le deuxième brin de cet ensemble que je nommais, de façon auto centrée : mes frères. Sous- ensemble quasi -indiscernable, d'un noyau appelé "les enfants", dont émergeait à intervalle régulier, un quota suffisant de genoux écorchés, de bouches à nourrir, d'oreilles à laver, pour qu'on nous jugeât en bonne santé physique.
Si les petits cailloux qui ricochent en direction de mes parents interrogent le fil de la transmission, celui-là questionne le partage. Et pose, de façon très nette, le double sens de ce mot, qui parle de ce qu'on fait circuler entre nous, de ce qui appartient tout entier à tous et à chacun, mais aussi de ce qui tranche, isole, et distribue en fragments inconciliables. Sans nul doute, la langue que nous partageons est riche de ces doubles sens, de ces appariements en miroir, distincts et indissociables.
Nous eûmes cela, le trésor sans fond des histoires inventées à trois, des chatons solennellement promenés en landau, du bruit de la pluie sur la toile de tente, la barre du milieu, bien sûr, et d'improbables pulls tricotés main par une grand mère aveugle, tout ce qui tenait chaud à chacun sans léser l'autre.
Pourtant, les places n'étaient pas interchangeables. Dans chaque famille, dans chaque clan, se créent des territoires de prédilections, qu'on se les choisisse ou qu'on vous les impose. Notre adolescence fit éclater le magma avec d'autant plus de violence qu'à la nécessaire négociation intime de notre âge s'ajouta l'effondrement du couple parental. Les lignes de partage dessinèrent la géographie douloureuse de nos conflits de loyauté. Dans le retournement haineux du divorce, Médée nous laissa la vie sauve, mais ce ne fut pas sans contrepartie. Sommés insidieusement de prendre partie, incapables d'être infidèle à l'une des moitié de notre génome, nous lâchâmes notre complicité pour réorganiser solitairement nos débris.

Adultes, nous savons encore qu'il ne faut jamais parler sèchement à un numide et nous rions encore à faire parrrrrrrler petit pistolet trrrrrrrrrente- six coups. Notre fond commun de vieilles plaisanteries, la certitude que chacun à notre manière, nous avons tous tenté de comprendre quelque chose au monde qui nous entoure, notre rapport à l'enfance, notre (trop souvent muette) sensibilité à ce qui affecte l'autre, continuent de jeter, par endroit, des ponts sur nos tranchées de repli.
Mon père fit deux autres enfants, avec lesquels tout sera différent, et bien sûr, je me suis crée d'autres frères.
Dans mes aînés, outre ce que la vie a fait d'eux, je contemple des reflets inédits de mes parents, dont certains m'avaient- et c'est le cas de le dire- complètement échappé. Mais malgré cette inaltérable familiarité, je garde l'étrange sensation qu'il me sera désormais, et pour toujours, plus facile de leur donner ou d'en recevoir un rein qu'un avis.

2.2.07

c'est toujours ça de pris, mais à quel prix?.


"Les enfants sont ainsi: ils commandent au monde par l'énergie d'un voeu desespéré. Et quelque fois, dans sa folie, le monde leur obéit."*

Suzylène est de retour, grâce à la mobilisation de RESF, et des lycéens de Colombe.
J'en suis fort heureuse. Plus que de lire dans mon cause-toujours local, la construction à marche forcé d'un centre de rétention.
J'aimerai qu'on me fasse un jour, un bilan strictement comptable de ce que coûte l'accueil de Suzylène et de ses pairs, et ce que coûte l'entretien de X fonctionnaires , pour traquer, trouver, surveiller, expulser... et parfois ramener des gens qui pourraient de leur côté utiliser leur énergie à autre chose qu'à se planquer.
En thérapeutique, on a parfois un genre de surprise quand on a l'honnêteté de calculer les rapports coûts/bénéfices.



* La phrase vient d'une carte postale qu'on m'envoya à un moment critique. Si d'aucuns lui connaissent un auteur...

1.2.07

blog -out

Ce soir entre 19h55 et 20H, noir. Je serais en cours de langue. Vu la respectabilité des participants, j'ai bien peur qu'il ne m'arrive rien.
Et vous, vous avez fait quoi dans ces 5 mn?

31.1.07

1961:De l'enfance comme une profession de foi, ni plus menteuse, ni moins sincère qu'une autre.



En 1961, naquit mon frère aîné, durant un mois d'avril qui vit aussi le putsch d'un quarteron de généraux en Algérie.
Le moyen mnémotechnique que me livra plus tard mon père pour me souvenir d'au moins trois de ces généraux, révèle sans ambiguité aucune ce qu'il en pensait. J'en sais curieusement bien plus sur ce que lui inspiraient Messieurs Challe (con) Jouhaux (con) et Zeller (con) que sur la naissance de celui qui les rendit parents pour la première fois.
Le conte de sa naissance ne m'a pas été raconté, ou bien je l'ai oublié.
(Je n'ose même pas demander si lui- même l'a entendu. Comment es-tu né? Comment as-tu été porté? De quoi, plus encore que de qui, es-tu l'enfant? Courrait-elle à longueur de blog, cette question, si elle n'était l'une des plus intimes, l'une des plus fuyantes, l'une des plus difficiles à poser?
Serions-nous là, en train de faire des ricochets, pour écouter ce que la question déplace, chez toi, chez moi?)

Qu'il arrive ainsi très tôt dans leur histoire ne fut pas une surprise. Nous étions, dès l'origine, dans le contrat amoureux qui les liait. Nous allions de soi, venant d'eux. Même si aucun de nous trois n'eut les mêmes parents, l'aîné, ouvrant l'oeil sur le monde, devait poser les bases d'une grammaire commune qui, longtemps, organisa les rapports entre la petite république des enfants et l'adulte tutelle.
Ils avaient une très haute idée de l'enfance. Dans ce monde si fortement hiérarchisé, encore colonial, il entrait, dans le refus de croire à l'enfance des peuples, la même exigence que celle qui les conduisit à réfuter la courante niaiserie, l'idolatrie prompte à clore les bouches d'un bonbon ou d'une tape, la moquerie qui masque les déroutes.
Très peu excentriques dans leur habitus, ils furent pourtant extraordinairement précurseurs dans leur désir d'extraire notre enfance de l'infantilisation.
Je ne saurais dire ce qu'il entrait de culture humaniste, d'idéologie, de revanche à prendre sur leur propre enfance, dans ce point d'honneur, mais le résultat fut là.
Nous connûmes un grand respect de leur part, et chose infiniment rare, ni mépris, ni condescendance, encore moins de compassion non réclamée à l'égard du différent, qu'il soit l'algérien, le gros, le trisomique, l'inquiet ou tout autre espèce de raton-laveur pas encore identifiée.
Que ces fondations, nécessaires et estimables n'aient pas été suffisantes pas, pas plus que l'indépendance des peuples ne donna de gage d'éternel bonheur, que le temps passant, certaines racines plongeant loin, puissent s'intoxiquer avec cette âpreté, la désillusion et ce qui s'ensuivit diversement pour chacun de nous, cela est bien le coeur même de notre histoire. Comme l'est ce qui reste de l'utopie nécessaire, de l'élan fragmenté par le désenchantement, mais toujours vivace.
Il n'y a nul hasard si, tous trois, nous fîmes plus tard nombre de bébés devenus jeunes gens, vifs et tendres. Et dans la patience de tel grand flandrin adolescent, grand adepte de l'humour gore, à l'égard des jeux chocolatés d'un tout- petit sur son pull préféré, je reconnais bien quelque chose d'un refrain connu. Un genre de gimmick .

29.1.07

chat attendra bien demain.


Un clin d'oeil à Samantdi, qui réclamait des vues sur la chatosphère.
Et un grand coup de projecteur sur ma flemme.

27.1.07

1960: histoire ici, préhistoire là


Il y a une véritable ironie à prétendre pouvoir m'inscrire dans un chemin si clairement balisé par les dates. Mon sens du temps se dérobe aux calendriers, mes strates, comme la plupart des archéologies, s'imbriquent et parfois même se confondent, je compte les échéances en battements de coeur, et mes mutations en chemins parcourus. Les années se condensent parfois dans un fragment minuscule, et des instants se dilatent encore à l'infini, pour le pire, le meilleur ou l'indicernable.
Commencer alors que je ne suis pas née, qu'il s'en faudra encore de trois ans, n'est pas plus choquant que de prétendre que la chronologie parlera plus précisément de moi que la géographie.

Encore qu'à ce stade là, il s'agisse d'eux, ces deux jeunes gens que j'imagine un peu raides, attentifs à dompter l'émotion.
Fervents.
Je ne peux les voir que comme celà, d'une ferveur qui les sauvait, au moins temporairement, de l'arrogance. Pas spécialement beaux, mais je suis prête, partialement, à pouvoir leur trouver du charme, lui, en forme de chat efflanqué, au bord du roux, tributaire encore de sa pipe et de ses lunettes pour se trouver un peu de poids, elle, la bouche longue et belle, un peu trop grande, l'iris large d'un saisissant bleu gris.
Ils avaient enduré tous deux des familles dont la prodigieuse complexité leur apparaissaient encore extraordinaire-Ils passeront leur vie à découvrir que les histoires de familles proprement délirantes sont d'une constante banalité. Pour l'heure, ils ne percevaient des lignes à haute tension enterrées dans leur propre champ, que de crépitants éclairs de passion, souvent dissimulés sous la joute d'idées.
Je peux à la rigueur scruter leur visage. Leurs voix juvéniles ne me sont pas parvenues, mais cela n'importe pas. Je peux m'avancer en toute certitude : ces deux là se sentaient une mission. Pas forcément sauver le monde, encore qu'il y ait eu de cela, sans doute, quinze ans après un chaos qu' ils interrogèrent longuement.
Peut être juste prouver à celui-ci qu'on pouvait être jeunes, supérieurement intelligents, mythiquement drôles, et s'aimer passionnément la vie entière.

Mais de tout cela, je ne sais finalement rien. Leur histoire n'est pas entièrement superposable à ma préhistoire. Je ne suis pas dupe du regard que je porte sur eux, je sais d'avance que j'en choisirai ce qui fera fondation à ma naissance. Je suis, depuis longtemps, bien plus vieille que ces deux là, qui n'ont plus rien à voir non plus avec d'autres, qui eux, ont vieilli près de moi, me regardant grandir et mûrir.

Peut-être, d'ailleurs, est-ce à cela que je peux mesurer l'âge que j'ai aujourd'hui, et percevoir que je suis désormais près de mon équateur : à cela, cet éprouvé de tendresse envers ces deux jeunes gens qui levaient le menton, et qui se marièrent cette année-là.

Comme au passant qui chante, on reprend sa chanson*

Un jour, Dame Kozlika décida de remonter le temps, en 46 marches qui, chacune, donnaient à voir sur un paysage de grande et petite histoire. Dans les commentaires, il fut rapidement clair qu'elle avait déclenché là une impressionnante usine à associations d'idée. Comme elle est profondément généreuse, elle ouvre, A CET ENDROIT, un asile à ricochets, souvenirs d'enfance, rengaines, et fragments de biographie dont l'authenticité n'est pas plus garantie que réclamée.

Akynou, des Racontars, et Samantdi, de Vie Commune, la seconderont dans cette entreprise.
Vous pourrez m'y retrouver, ici, où là bas, ou bien encore décider de jouer avec nous.
Ceux qui visiteraient le site des trois dames sus-citées pour la première fois doivent être avertis d'une chose: c'est pire que d'ouvrir une boite de mik@dau. L'ultime "encore un et j'arrête" vous trouve encore debout à 4h du matin.
D'autant que Dame Koz republie l'intégralité du chemin, ainsi que le parcours en sens inverse, chez ANNA FEDOROVNA.(bolgé moï!)

* La suite logique étant: j'ai tout appris de toi, jusqu'au sens du wiki...

26.1.07

Piété filiale.

Le drame des enfants d'intellectuels, c'est que leur héritage leur est souvent malaisé à quantifier, fluctuant dans dans le temps, et bien plus difficile à vanter qu'une collection de porcelaines en vrai Wedgwood.
Ainsi, recevant la sous-préfète pour le thé, m'imaginez-vous, penchée de concert avec elle sur un délicat présentoir à idées?
"Oui, celle ci me vient de mon père.
- !!
-N'est ce pas? J'y tiens beaucoup. Elle est en plus très pratique. Je m'en sers AB-SO-LU-MENT tous les jours.
- ???
-Mon Dieu quelques-unes , très chère amie. Encore que mes frères aient fait main basse sur certaines d'entre elles. Mais je crois avoir pu conserver, sinon les plus considérables, du moins les plus finement ouvragées. Celle-ci, tenez, il me l'a offerte en...85, me semble-t-il. Exquise, non? Il n'en avait plus l'usage, il venait tout juste d'en avoir une autre. Très brillante d'ailleurs.
- ?
-Oui, brillante. Non, je n'ai pas dit clinquante, mon Dieu non, le cher homme, mais enfin pas tout à fait mon style... Et vous même?
- ...
-Ah? Humm. (...) un treizième petit gâteau?"


C'est un fait, certaines gloires sont inacccessibles aux enfants d'intellectuels.
Au moins, puis-je compter, au nombre de mes richesses visibles et indéniables, une chevelure insoumise, qui se lève avec la rafale et jamais ne s'abaisse avec elle, un effarant stock de chansons idiotes et les œuvres complètes de Simenon. Plus plein de ratons-laveurs en liberté.

22.1.07

Rictus d'hiver


Merd’ ! V’là l’Hiver et ses dur’tés,
V’là l’ moment de n’ pus s’ mettre à poils :
V’là qu’ ceuss’ qui tienn’nt la queue d’ la poêle
Dans l’ Midi vont s’ carapater !

V’là l’ temps ousque jusqu’en Hanovre
Et d’ Gibraltar au cap Gris-Nez,
Les Borgeois, l’ soir, vont plaind’ les Pauvres
Au coin du feu... après dîner !

Et v’là l’ temps ousque dans la Presse,
Entre un ou deux lanc’ments d’ putains,
On va r’découvrir la Détresse,
La Purée et les Purotains !

Les jornaux, mêm’ ceuss’ qu’a d’ la guigne,
À côté d’artiqu’s festoyants
Vont êt’ pleins d’appels larmoyants,
Pleins d’ sanglots... à trois sous la ligne !


..................................

C’ qui va s’en évader des larmes !
C’ qui va en couler d’ la piquié !
Plaind’ les Pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes
C’est un vrai commerce, un méquier !

Ah ! c’est qu’on est pas muff en France,
On n’ s’occupe que des malheureux ;
Et dzimm et boum ! la Bienfaisance
Bat l’ tambour su’ les Ventres creux !

L’Hiver, les murs sont pleins d’affiches
Pour Fêt’s et Bals de charité,
Car pour nous s’courir, eul’ mond’ riche
Faut qu’y gambille à not’ santé !
......................................
Et faut ben qu’ ceux d’ la Politique
Y s’ gagn’nt eun’ popularité !
Or, pour ça, l’ moyen l’ pus pratique
C’est d’ chialer su’ la Pauvreté.


C'est de Jehan Rictus, ça date de de 1896, ou à peu près. Bon, pas sûr que le bonhomme ait très bien fini comme camelot du roi, mais la misère n'a jamais décerné de brevet de bonne conduite.

21.1.07

un petit bout de lorgnette, pour celui qui n'aime pas les chenalacons, mais.



Un fidèle, discret, et fourbe lecteur s'est recemment plaint que je ne livrais pas grand chose de moi-même sur mon blog. Il est bien évident que j'ai exactement le sentiment inverse.
Donc, spécialement pour mon FDFL qui se reconnaîtra, des éléments biographiques indispensables à la compréhension des pages précédentes. Après tout, il s'agit de faits connus de longue date par mes proches.
-J'ai passé le réveillon de mes vingt ans en robe rose à kiki au milieu de deux mille militaires. C'était à N'djaména.

-J'ai mis onze ans avant de demander le duplicata de mon permis de conduire.

-J'ai été invitée une fois à un happenning sculptural. Pas deux. Au sculpteur dont le projet était de souder des pièces d'avion dans une capsule destinée à n'être ouverte que deux cent ans plus tard, j'ai affirmé que les ressorts qu'il tenait à la main me venaient de mon arrière grand père. Ce génial et modeste précurseur aurait, selon mes dires, inventé le premier siège éjectable, malheureusement cinquante avant l'invention du parachute. J'ai été personnellement très froissée du geste de mépris avec lequel l'Artiste a rejeté tout ce qui me restait de mon aïeul. Pourtant, c'était intéressant, aurait dit Mr KA.

-Je suis membre fondateur de l'Association pour le Droit Imprescriptible des Veufs, des Orphelins, des Séropositifs, des Cancéreux, des Juifs et des Noirs à se Faire Engueuler Comme Tout le Monde. Qu'il me soit permis de préciser que le nom de l'association s'est formé autour des caractéristiques possiblement discriminatoires des fondateurs originels, mais que les statuts sont très larges.

Alors, heureux?

16.1.07

charité bien ordonnée peut commencer par une franche rigolade.

Allez donc voir là , remplacez , si vous êtes français,"Auberges du Coeur" par "Resto idem", marrez vous un bon coup. Je prend les paris. Vous hésiterez peut-être encore un tour, juste pour le plaisir. Deux? m'étonnerai...

15.1.07

météores.


Certaines relations sont comme les villes d'Afrique. Elles s'étendent, sinueuses et sans but, s'étalent au fil du temps, sans véritable centre, sans profondeur.
D'autres ont la netteté, la fulgurance d'un vol de cormoran, et plongent, sans une éclaboussure, au coeur de nous-mêmes.
Peu importe leur brièveté, c'est leur trajectoire parfaite qui nous émeut, histoires qui nous trouvent sans défense, éblouis et désarmés.
Ce n'est parfois pas plus qu'un geste jeté comme une cerise dans un panier.
Revivrai-je un jour certain miracle de mes vingts ans, quand, plongeant la main dans la poche de mon manteau, j'y découvris un morceau de papier sur laquelle une main inconnue avait griffonné un vœu rieur?
"Petite grenouille
je vous souhaite d'être follement aimée."
Que j'aimerai remercier, après toutes ces années, ce dispensateur de prophéties généreuses. Puissent-elles, à lui aussi, lui avoir porté chance.

10.1.07

Demain est une autre année : ordre du jour.

Suite au commentaire d'Otir sur les activités du club, la première séance sera consacré à la question suivante:
Quelqu'un connaît-il le nom d'un bon voyagiste qui organise des croisières vers les calendes grecques?
Il semble y avoir de bien beaux monuments là- bas.

des jours avec, des jours sans moi.



Ma clandestine, 14 ans aux prochaines fraises de pleine terre, me pose cette question, me prévenant qu'il s'agit d'une question stupide. Belle antiphrase.
" Maman, est-ce que tu soignerais Hitler ?"

Passons sur le frisson de dégoût, qui, à froid (c'est le mot), me fait m'imaginer en train de faire un bouche-à-bouche à Pinochet. J'aime bien voir surgir chez elle cette question qui a occupé quelques unes de nos nuits d'étudiants de garde. Sans autres réponses que purement spéculatives.
Le plus difficile n'est pas, en disant "oui, bien sûr"- parce que c'est oui, bien sûr- de se faire à peu de frais une réputation d'incorruptible, le serment d'Hippocrate coincé entre les dents.
Non, parce que si un ou deux abrutis que je voue régulierement aux gémonies (parche que gémonies, on peut le prononcher avec che truc dans les badigoinches, mais chi tu crois que ch'est fachile d'intuber à la volée avec cha, t'as de de la chanche), me tombe en pâmoison sous les yeux, je n'aurais même pas le temps de voir la tête qu'ils ont. La maison prend la tension avant les autographes.
L'urgence facilite la prise en charge des noeuds gordiens, surtout quand elle reste parfaitement hypothétique.
Je trouve beaucoup plus dur de réprimer certains agacements quotidiens, et de maintenir ses oreilles ouvertes, quelque soit ceux qu'on a en face de soi.
Y compris quand les gens souffrent d'une façon qui énerve.

La petite G. souffre certainement, je veux bien le croire, mais elle et malheureusement sa mère aussi ont une tête à claque. J'ai bien peur que tous les diagnostics de phobie scolaire posés par toutes les sommités mondiales ne parviennent pas à réfréner mon envie d'expérimenter les:

"Bénéfices de la culpo-pédo-thérapie, à propos d'un cas, LE SIEN." par Jean Aymard, Rine Afoot&Casimir Haculeux.
J'ai également bien peur que cela ne soit senti.

Oui, ça m'arrive.
A l'inverse, je ne me suis pas demandé hier si Mr N. était ou non un sale type, avant d'envoyer son petit garçon à la cantine avec un sourire et de tirer son père par la manche. Je savais juste qu'à la mort de sa femme, il s'est retrouvé très seul pour élever ses 4 fils, et qu'il avait bu avant de venir à la visite. J'ai recraché le guide de la protekchion de l'enfanche, qui me gênait un peu, et je lui proposer de discuter un petit quart d'heure avec moi, et plus si affinités.
Pleurer, par exemple.
Des fois, y a , des fois y a pas.

8.1.07

matin sur la rivière.



Sous la quille,
inverse image du voyage
un tableau parfois.

6.1.07

Résolutions de début d'année.



Un jour, je vivrai
A Saint-Sauveur-Givre-en Mai,
Avec le chien Assis
Et le chat Mipatarôt.
Je planterai des Locard Teint Frais
et des Vertus Marteaux.
Je rapprocherai la Barbe de Moine
Et la Grosse Blonde Paresseuse.
Sous le blanc rosier Cuisse-de-nymphe,
Je boirais des Larmes Célestes,
Et bien sûr, de l'En Redrescul
Sous les roses Cuisse-de-Nymphe-Emue.
Rue Casse-la-Foi,
Ou Rue des Gâts-Prompts,
Pas loin en tous cas
Du Courseau-de-Risque-de-Vie.
Et viendront les Faces-de-Pioche
Les Bercés-Trop-Près-du Mur,
les Traines-Savates, les Claques-Patins,
Et les Marie-Couche-Toi-Là
Dans ma maison de Saint-Sauveur-Givre-en-Mai,
Au carrefour du Bouc Etourdi
Et de La Belle Inutile.

1.1.07

Kès tu voeux?


Il y a un monde entre ce que l'on peut souhaiter pour de vrai aux gens qu'on aime, et ce qu'on arrive à balbutier dans une pièce remplie de monde, entre deux naninanères à ceux qui nous indiffèrent.
On a rarement le courage, ou le tact nécessaire pour dire à l'une qu'on lui souhaite l'amoureux de sa réalité à la place de celui de ses rêves, à l'autre, qu'on croise souvent les doigts pour lui, à ce troisième qu'on voudrait qu'il se trouve aussi beau et charmant qu'on le voit nous-mêmes...
alors, flûte, cette année, c'est à moi, égoïstement, que je vais souhaiter des choses:
Lundi, être émue avec...
Mardi, me fendre la poire avec...
Mercredi, me souvenir avec...
Jeudi, réfléchir avec...
Vendredi, jouer avec...
Samedi, sentir avec...
Dimanche, songer avec...
avec vous, les autres, ceux que je n'ai pas encore rencontrés, ceux qui vont resurgir de ma mémoire, ceux dont je ne connais que les mots, ceux dont la voix me bouleverse, ceux dont je reconnais l'odeur et le pas dans l'escalier, ceux qui prennent des photos, et les rendent mille fois plus belles, ceux qui mettent de la musique un peu partout, ceux qui lisent sans faire de commentaire, ceux qui envoient un petit mot, ceux qui bousculent, ceux qui lissent, ceux qui décalent, ceux qui fouinent et qui trouvent, les quantiques, les relatifs, les positifs, les mi-figues, mi-raisins, les moutons à cinq pattes, les poétiques, les polémiques, ceux qui écrivent parce que, vraiment, ils ne peuvent pas faire autrement, ceux qui s'arrêtent parce que leurs écrits leur font soudain une peau morte qu'il faut quitter, mais qui laissent, quand même les autres se nourrir de ce qui a surgi, ceux qui rêvent de voir les pistes d'atterrissage éclairées au chandelles, et ceux qui boivent du thé au beurre de yack, ceux dont les messages sont contenus tout entiers dans les liens, ceux qui pensent et font penser en diptyque, ceux qui font des confitures, ceux qui envoient des sucettes en forme de Babar, ceux qui remontent le temps, ceux qui mettent un jour devant l'autre,

ceux qui, assez rarement pieusement, mais souvent copieusement.

Me permettez vous de vous en souhaiter de même?