27.4.07

critique d'art.



J'aime beaucoup ce tableau. Sous l'apparente simplicité de la composition, la touche légère et nerveuse inscrit une veine quasi documentaire. L'artiste y a posé une question essentielle, celle du support même de la projection picturale. Il déconditionne ainsi son propre classissisme, laissant sédimenter, couche par couche, le résidu-quasi sidétique- de l'acte perceptif.

Hélas, ce tableau n'est pas à vendre.
Ou bien :



C'est toute la cale de carénage qu'il vous faudra acquérir.

25.4.07

Où l'on reparle d'Eugène (François Vidocq, bien sûr*)


Il y a un petit moment que je me dis qu'il faut que je réponde au passant. Celui-ci m'écrit, en commentaire de ce post:

l'âge du consentement ne veut pas dire qu'il n'y a pas un certain nombre de troubles qu'on peut identifier comme une attirance exclusive pour des partenaires non nubiles (...) Et rien ne dit que ces troubles ne soient pas génétiques ou du moins innés (rien ne dit le contraire non plus car de toute façon, la première chose à faire serait d'avoir une nosographie non plus basée sur les symptômes mais sur les processus en jeu).
Alors qu'il fait si beau, et que je serais si bien, assise par terre, à me coller du terreau sous les ongles et à foutre en l'air mes chaussures neuves en jardinant avec. Passant, je ne te remercie pas, mais bon.

Merci quand même d'avoir fait une distinction entre inné et génétique. Au moment où nous naissons, ce qui est "inné" chez nous, nous a été transmis de façon bien plus subtile encore que par l'ADN. Ainsi, on viendrait de mettre en évidence que le système sérotoninergique qui influençe précocément le développement du cerveau du foetus serait celui de la mère. Voilà donc de l'inné, mais qui n'est pas transmis par le code génétique présent dans l'embryon.
En naissant, on possède aussi nombres d'expériences, certaines relativement invariantes (c'est quoi ce poum-ta que j'entends régulièrement?), d'autres culturellement codées (miam, maman a encore mangé du pili-pili, du gigot bouilli à la sauce à la menthe, un big beurk, usw...) d'autres encore franchement personnelles (p'tain c'est quoi cette invasion d'adrénaline? ah! c'est maman qui a encore regardé les prévisions du second tour. )
Mais bref, génétique, ou sous forme d'engrammes précoces, il faudrait imaginer un système subtil qui coderait tout à la fois la pulsion (jusque là, OK), l'objet du désir, et la propension à la transgression.
Là, franchement, le bât me blesse.
Sans entrer dans des détails oiseux (les détails en ont marre, eux aussi, non mais!), il faudrait imaginer une série allèlique, comme pour les groupes sanguins.
Soit un gène P pour perversion codant sous sa forme Ppf (petites filles), Ppg (petits garçons), Pa( animaux) Pn (nécrophilie) Pe (électeurs)
Ad libido, pardon ad libitum, puisque, je le rappelle, l'une des caractéristiques de la perversion, c'est souvent la triste répétition des scénarios excitatoires, dont les relations avec les enfants non nubiles ne sont que le versant le plus horrifique pour notre société.
Et comme, pour compliquer le tout, on ne voit pas pourquoi seuls les objets du désir interdits par la loi seraient génétiquement codés, il faudrait admettre d'autres séries de gènes pour le genou de Claire et les coups de menton du petit N.S (à moins qu'on ne range cela dans la catégorie Psm pour sarko-masochisme?)

Franchement, je ne vois pas pourquoi la nature se serait embarrassée d'un système aussi coûteux. Sans compter que toute mutation ayant été plus ou soumise à une sélection naturelle, jusqu'à ce que les scientologues me prouvent contraire, je pense que la mutation "violeurs de t'its n'enfants non en âge de procréer" aurait fortement couru le risque de s'éteindre, que ce soit naturellement ou sous la pression du groupe, qui en plus leur aurait bouffé le foie.

Non, la nature, qu'est une brave chose souvent assez économe, a trouvé un moyen beaucoup moins couteux de stocker l'information " bas les pattes ".
Un truc qui s'appellerait l'éducation, la culture, la transmission des interdits, le soin, l'attention portée aux personnalités troublées, la prévention précoce des carences affectives, la protection de la jeunesse, le soutien de la parentalité.
Ce n'est pas un système parfait, loin de là. Il bugge, souvent. Mais finalement, pas forcément plus que l' ADN...

Donc, scientifiquement, les propos du candidat sont de la bouillie pour chat. Politiquement, ils ont une ombre portée, qui va bien au delà d'une interrogation métaphysique, pour l'instant aussi utile que l'existence d'une tasse pour gaucher. Balayons rapidement les soupçons d'eugénisme, encore qu'on ait vu, dans dans de respectables démocraties, des femmes stérilisées pour moins que ça.
Par contre, pour qui sait combien sont mises à mal toutes les politiques de prévention, de travail social, de soins de proximités, y compris en psychiatrie, et surtout quand on sait combien le lobbying pharmaceutique est prêt à payer pour que tous les troubles mentaux ou presque soient déclarés organiques, et donc accessible à la pharmacopée, les propos du candidat sont tout, sauf candides.


* Eugène François Vidocq, pour ceux qui ne sont pas tombés raides dingues de Claude Brasseur dans le rôle titre de la série télévisée, commença bagnard et finit chef de la Sûreté.

23.4.07

Trompe l'oeil.



Le Pen n'est pas au second tour. Ses thèses, si hélàs.

22.4.07

A cette heure là, la grande gagnante de la soirée


Est, sans contestation aucune, la démocratie.
85% de participation estimée.

C'est toujours bon à prendre.


Edit : m'enfin entendre un ex ministre du budget, grand pourfendeur de fonctionnaires, verser une larmichette sur "les cantons désertés", passer la rhubarde aux malades abandonnés, le séné aux handicapés, sans une seule fois évoquer l'idée que des postiers, des infirmiers, des auxiliaires de vie, ça se paye... Quel culot!
Je sais, c'était ma minute de naïveté.

Bon, faudrait songer à virer, les mouettes ont pied.

quand faut y aller...

19.4.07

Au vent d'ouest



Fendu, rompu par l'hiver,
L'arbre crochu
laissa voir son âme de peintre

18.4.07

Un QI aux petits oignons.


J'ai eu, très récemment, une journée de formation sur les enfants dits à haut potentiel, intellectuellement précoces ou surdoués. Je suis devant la question comme une poule devant un couteau, à moins que ce ne soit comme un cloporte devant un ophicléïde.
D'une part, les conditions mêmes de la formation m'ont légèrement fait lever le sourcil: une intervenante professionnelle, (multi professionelle d'ailleurs), mais aussi membre d'une très militante association, des parents qui veulent entrer,une "invitée" d'abord présentée comme intervenante de seconde intention, professionnelle du soin, mais que se révèlera être membre de la dite association, et donc, parent d'enfants IP. La séance n'avait d'ailleurs débuté qu'après que nous ayons poliment, mais fermement refusé la présence d'une journaliste dans ce qui, dès le départ, se voulait une formation interne.
Vais-je le dire?
Oui.
Ça sentait très fort l'entrisme.
Il m'arrive d'avoir le sourcil sourcilleux, même envers des associations dûment agrées.

Ce sujet m'embarrasse, à plus d'un titre. D'abord parce que toutes les études présentées sur la relation entre haut potentiel et échec scolaire sont d'un grand flou. Les seules que j'ai trouvées sont toutes réalisées à partir d'enfants déjà détectés comme EIP. Or généralement, quand on a éprouvé le besoin de faire un test psychométrique, c'est, en général, qu'il y a déjà un rhinocéros dans le potage.
La question reste donc posée : combien d'EIP vivent raisonnablement bien dans l'école, sans faire suer ni eux ni leurs proches?

Que le mode de souffrance des EIP en échec soit particulier, qu'il pose en soi un paradoxe, je veux bien le croire. Ça ne pense pas forcément mieux, mais ça pense plus vite, et surtout ça pense tout le temps. Ça conceptualise souvent si vite, que ça se demande pourquoi diable on se fatiguerait à faire. La représentation de ce qu'il y a en haut de la montagne est tellement précise, pourquoi mettre un pied devant l'autre pour y aller? Passons à autre chose, tiens, ce ravin...

Qu'il soit nécessaire d'affiner, toujours plus, notre clinique de l'échec, qu'il faille se méfier des diagnostics de carences intellectuelles hâtifs, non étayés, voir biaisés par des observateurs trop prompts à chercher sous le réverbère la montre perdue dans le bois , parce qu'il y a de la lumière à cet endroit-là, soit. Je dirais même que j'applaudis d'une main (oui, j'ai toujours la chatonne dans l'autre)

Qu'on puisse se servir de ces paradoxes pour penser ce que pourrait être une école bien traitante, oui encore. (je la change de main et j'applaudis derechef) Au passage, s'apercevoir que l'école est moins affaire d'intelligence que d'adaptation, c'est loin d'être une révélation.

Que celui qui vit mal parce qu'il se sent "différent" recueille de notre part, respect, attention, et ce qu'il faut d'éclairage pour s'apercevoir qu'il est loin d'être le seul, c'est le minimum.

Mais pourquoi faut-il que l'intervenante, des trémolos dans la voix, nous annonce ainsi le summum de l'horreur:
" Rendez-vous compte, cette dame a un enfant qui a 150 de QI, eh bien il est dans la rue maintenant."
Moi, qu'on soit à la rue, cela me navre, quelque soit la façon dont on résout une suite logique.

De même, lorsque on me dit que tel enfant a "fini" dans un LEP, je me demande pourquoi une société n'aurait pas le droit d'avoir un plombier de génie. Après tout, c'est rare qu' au moment où l'on réussit à déboucher un lavabo, on en vienne à murmurer: " si j'avais su, j'aurais inventé la bombe atomique".

Une fois de plus, je touche l'une des limites de ma profession, agent de l'intime au coeur de la plus massive des institutions. Comment laisser place à l'exceptionnel, sans le rechercher à tout prix, comment le laisser émerger, sans pour autant outiller l'institution d'une désastreuse machine à extraire et rentabiliser l'enfant intellectuellement précoce?

17.4.07

j'avais bien dit que j'en voulais plus!



Vous avez déjà essayé de bloguer sérieusement avec un chaton de 15 jours sevré brutalement par sa mère, et qui ne veut pas seulement un biberon 6 fois par jour, mais des bras en permanence?

15.4.07

Anita vous mène en bateau.

Normalement, à cet endroit là, aurait dû se trouver un post sur la génétique et la neurobiologie des comportements, extrêmement précis, documenté, et rasoir. Pour tout dire, je me suis moi-même endormie en l'écrivant.
Je vais donc le tenir à disposition de tout électeur de NS qui en fera la demande, ce qui ne devrait pas encombrer ma boite, et, parce que l'humeur du moment est au léger, je vais vous présenter un ancien nouveau venu:

Ci-dessus, vous avez une vue imprenable sur le troisième chandelier babord d'Inithiael, jeune homme de 46 ans et de 8m50, qui ne demandait qu'un peu de soins pour reprendre l'eau. Il n'a jamais été aussi près depuis fort longtemps.
Ma foi, on a la cabane de jardin qu'on peut
Poncez, poncez l'escarpolette!
Et aspirer, peignez, reponcer, faites la causette avec les voisins, (la marine, disait mon père, c'est saluer tout ce qui bouge et repeindre le reste), reculez, admirez votre oeuvre, repassez le pinceau sur une pétouille, et surtout rêvez.
Et tiens, puisque vous avez été sages, un aperçu sur l'ultime toilettage du voisin, un certain Pen Duick:

Bon vent!

13.4.07

Qui c'est qui vote S....Y?


Je sais c'est un post à l'économie
c'est pas gentil
Demain, vous aurez un complément
ce sera pas méchant.

Ou p'têt que si.

8.4.07

Enfin libres !

Je sais que je ne risque guère de convaincre qui que ce soit, puisque je pense sincèrement que la quasi totalité de mon lectorat est convaincu d'avance, et l'autre partie non concernée. Mais de temps en temps, il faut bien dire les choses, simplement parce qu'elles nous tiennent à coeur :
Les récents propos de l'ex-ministre à hautes pressions sur l'héritabilité de la pédaufillly, qui fait écho à la recherche des caractères génétiques de la délinquance, ces propos, donc, me soulagent grandement.
Cela fait un peu plus de 18 ans que je m'échine, depuis la rencontre avec celle qui me fit mère pour la première fois, à trouver des moyens d'enseigner les notions de permis/interdit, de limites, de lois, et tout d'un coup, je découvre, benête que je suis, que je n'avais qu' à croiser les doigts et faire confiance à cette nouvelle science prédictive, toute belle, si, comment dire... si BASIQUE!
La génétique des comportements vient de me délivrer d'une astreinte éducative, qui il faut bien le dire, me pesait un peu. Plus besoin d'éducation mes enfants! Un petit cierge à Sainte Thymine, une prière à Sainte Guanine et ses frangines Adénine et Cytosine, un ex voto en passant à Saint Uracile, et tout roule!
Reste à savoir si j'ai choisi le bon géniteur... Car moi, vous me connaissez, je traverse toujours dans les clous.

Cela dit, il m'apparaît nécessaire, compte tenu du rayonnement de la France, de porter nos regards en dehors de nos frontières, et de mondialiser un peu nos reflexions.
Chez nous, sont considérés comme paidaufilllles, les auteurs d'actes sexuels sur moins de 15 ans.
Mais l'âge du consentement varie entre 12 et 21 ans selon les pays. Je ne dis pas que je suis favorable, amis argentins, yémenites, et iraniens, aux relations sexuelles à 12 ans, mais euh... êtes-vous partant pour un caryotype généralisé, afin d'éclairer notre débat?
Et vous, amis malgaches, pour qui l'âge du consentement libre et éclairé ne commence qu'à 21 ans, de quel oeil navré devez-vous regarder la bande de tarés, au sens génétique bien sûr, que nous sommes en France. Pardonnez-nous, nous avons manqué sans doute, du fantastique brassage génétique qui fût le vôtre, et nous avons concentré nos gènes défectueux.
Toutefois, ce n'est rien en comparaison du chaudron de violence et de délinquance que doit représenter la fraction de l'Australie peuplée par les européens, bagnards de droits communs, ayant pratiqué une relative endogamie jusqu'à la fin du XIX° siècle. Tous ces gènes de délinquants rassemblés sur une mince frange littorale, j'en tremble. Perth doit être plus dangereuse que la gare du Nord.
Monsieur l'ex-ministre des Hautes Pressions, je vais vous faire une confidence de quelqu'un qui s'intéresse un peu, professionnellement à la question. Comme les gènes n'ont pas été encore clairement identifiés, leur transmission reste floue. Nous risquons donc de ne pas pouvoir les éliminer. La seule solution reste de noyer ces gènes défectueux par un apport massif de chromosomes venus d'ailleurs. Régularisez préférentiellement ceux qui ont montré leur courage et leur détermination, eux aussi génétiques sans doute, en venant chez nous dans des conditions héroïques. Encourageons nos fils et nos filles à faire des bébés avec eux.
Je suis prête à prendre le pari que le taux de délinquance baissera.
Par simple diversification génétique, bien sûr.

7.4.07

Enigme



C'était un bon jour pour le pique-nique, c'est sûr. Etait-ce un jour rêvé pour le poisson banane?

6.4.07

printemps des sables



J'aime la plage de Pâques, ces premiers jours où, pour peu que la Bretagne soit généreuse, le corps cesse de se défendre. Le printemps s'y déverse comme par surprise, révèle ceux pour qui l'arrivée du soleil marque la fin de l'hiver et ceux qui s'en saisissent comme d'un début d'été.
On croise alors, sur la même étendue de sable, des manteaux tout juste entrouverts et des enfants en maillots de bain. Les premiers, les yeux clos, offrent leur visage au soleil, quand les seconds lui font déjà le dos rond, accroupis sur leur trésors éternellement renouvelés.
Ça gratouille, ça se promène, ça court après les nouveaux ballons, ça échafaude des projets pour les prochaines vacances, ça regrette de ne pas avoir acheté la combi qui aurait permis dès aujourd'hui de se mettre à l'eau, ça fait, bien sûr, d'inépuisables comparaisons météorologiques, ça glisse une ou deux allusions sur le réchauffement de la planète, qu'on déplore ce jour là, du bout des lèvres, tandis que la peau, elle, semble s'allonger et s'assouplir sous la caresse.
Ça glisse aussi un regard ou deux, suivant l'âge ou la compagnie qu'on a, vers un corps ou un autre, à peine émergé de l'enfouissement de l'hiver, et ça rêve, pas encore précisément.
Ça s'étire, ça soupire, ça désire un peu, ça s'offre et s'adoucit, c'est un printemps sur une plage tiède en Finistère.

2.4.07

1968 : sous la plage


En soixante-huit, j’ai cinq ans.
Dans un journal, paraît l’avis de décès de Nicolas Bourbaki, célébrissime mathématicien imaginaire, qui recouvrait un courant bien réel.
Oui, 68, cela pourrait être cela, un événement menteur, le trompe-l’oeil d’une notice biographique, qui offre le spectaculaire en dissimulant l’essentiel, une blague de potache qui masque le déplacement fondamental.
Il ne m’est rien arrivé cette année-là, rien dont je me souvienne.
Néanmoins, ce qui s’y passa alors, court dans ma vie comme un filon de quartz au milieu du granit. Dissimulé le plus souvent, ressurgissant en affleurements parfois très loin des uns des autres, immédiatement reconnaissable.
Je n’ai rien connu du bruit, de la fumée, de l’agitation, ou bien rien ne m’en reste. Peut-être me suis-je endormie, un soir, comme peuvent le faire les enfants de 5 ans, la bouche un peu ouverte, tombée d’un coup au milieu des voix qui s’entrecroisent, de la fumée, du tintement des verres, et de la voix de Francesca Solleville.
Je ne suis pas sûre des sillons qu’ont tracés, en moi, les mots « autogestion », « situationnisme » et « division du travail ». Je pense même que leur principal stigmate est une méfiance ironique et embarrassée de toute théorie verticale, une préférence innée pour le fragmentaire, le douteux, l’incomplet. Je n’aime que les théories asymptotiques, celle qui tendent vers, en se gardant bien de l’atteindre, celles qui admettent en leur sein, une part d’irréductible qui, seule, leur donne sens.
Je sais par contre, ce qui est et demeure ineffaçable en moi. Dans ces discussions fiévreuses, les voix d’hommes se mêlaient à celles des femmes, comme rarement sans doute dans l’histoire. Ces voix de femmes disaient le désir à l’égal de celui des hommes, elles disaient la nécessité urgente d’être compagnons, elles disaient l’amour qui naissait du choix enfin possible, la volonté de porter des enfants voulus qui ne seraient plus des fardeaux...
Cela s’est dit dans la fièvre, cela s’est dit dans la tension, la violence parfois, le théâtralisme sûrement, car l ‘époque, plus encore que Dieu, vomissait les tièdes. Mais enfin cela s’est dit, et je suis presque certaine que la controverse ne s’interrompait même pas, lorsque l’un d’entre eux allait déposer l’un d’entre nous sur un matelas de fortune, au milieu d’autres enfants. Singulière berceuse à laquelle je dois une liberté inégalée dans le choix de mes amours, de mes voyages, de mon métier.
Berceuse qui compense le profond mensonge qui fit surgir, de dessous les pavés, non point la plage, mais un immense, un permanent, un obscène supermarché. Je n’ai pas le culte de la révolution de 1968, mais l’infime et fondamental déplacement que fut la révélation du fait féminin dans ma poreuse enfance, je le vis tous les jours, je m’en nourris, et, croisant les doigts, j’espère en avoir bercé mes petits.

(comme tous les billets qui portent une date, celui-ci est publié également sur le site des Ricochets des blogueurs)

vieille coque




La vague cinglante
Le vent abrupt et traversant
sont des dangers que je connais.
Je me suis moins méfiée
de la vase douce
du chant torpide
de cette invitation rampante
à me coucher et à me taire.
Quelque chose d'indispensable
s'est défait,
et je ne porte plus rien,
qu'une mémoire que chaque marée amenuise.
Pour vous, pour moi
et pour chaque bateau
cela porte un nom tentant, troublant
et sans retour :
cela s'appelle consentir.